DU CHOIX DES SOCIÉTAIRES
À mesure que nous diminuons de nombre, nous augmentons les dif-
ficultés de la manœuvre passionnelle. Si, dans sa plénitude, elle exige 4200 personnes, dont 810 de caractère plein, et le reste de supplément ou complément, on perd plus de moitié des ressorts dès qu’on est réduit à 600 personnes, taux ultérieur de la Tribu. La perte augmente et devient presque insoutenable quand il faut tomber à 300 personnes, comme dans la 1"° phase de la Tribu, et nous nous trouvons ici dans le cas d'un vaisseau à qui les bordées de l'ennemi coupent successivement tous ses mâts, et ne laissent que des tronçons auxquels il faut rattacher quelques voiles par des expédients quelconques. . Nous ne pouvons donc plus ici spéculer sur une manœuvre passionpelle, régulière et complète ; il faudra proportionner le choix des sectaires au peu de ressources que nous laissera le faible nombre de 300, et quoique 300 soit le quart de 1200, les moyens d'harmonie seront réduits bien au-dessous du quart, et à peine au 8°, car les ressorts passionnels font, dans leur amalgame, l'effet des sommes multipliées par elles-mêmes, comme 3, 9, 27, 84.
Ainsi les 4 sociétés. X Y Phalange entiire. . . . . . . . .. 1200 81 24
Fribu forte. ee. > = + + + » 600 | 27 Ha Tribu faible. . . . . . . . . . .. 300 9 6.
Sérigermie. ...-....-.... 46 8 3
Sont en rapport de forces comme les nombres :æ, et non pas comme les nombres y. |
Il nous restera donc très-peu de leviers passionnels à mettre en jeu dans une association de 300 personnes. La plupart des règles d'harmonie ne seront plus applicables à cette petite réunion ; il faudra recourir à des statuts, des conventions agréées. On les rapprochera autant que possible des méthodes d'harmonie, mais on ne pourra pas se flatter de conduire, au bout d’un mois, la Tribu de 300 personnes par pure attraction, comme la phalange de 4200, qui est une mécanique à toutes pièces passionnelles, apte à surmonter tous obstacles, et comparable à un vaisseau qui, pourvu de tous ses agrès, peut braver les tempêtes auxquelles succomberait un navire désemparé.
La Tribu de 1"° phase est une société destinée à louvoyer et s'élever, selon ses faibles moyens, jusqu'à une hauteur déterminée , comme un ballon mal pourvu de gaz. Il faut au moins apporter le plus grand soin au choix des matériaux passionnels dont se composera son petit approvisionnement, et si j'ai désigné de préférence les Parisiens, c’est qu'ils sont de toutes voix le peuple le plus raffiné de la Civilisation. Ils ont à eux seuls l’urbanité dont se vantent les Français, qui dass la plupart des provinces cachent un grand fond de grossièreté sous un masque de politesse. ((L'observation peut s'étendre aux femmes, il n’y a de polies en France que celles de Paris et Genève. Ce sont des femmes sensées, élevées à disserter sur toutes sortes de sujets, aptes à prendre part aux conversations des hommes. Quant aux Françaises de province, comme celles de Lyon, Marseille, etc., ce sont des [{ | d'hypecrites, fardées d'esprit, de dévotion ou de romanesque, et cachant des inclinations de Messaline sous un masque de [ ], femmes qui se moquent de tout ce qui n’a pas les airs d’un Hercule, et avec qui on ne peut pas entamer une conversation | |, sans s’exposer aux railleries secrètes. Observons ici, comme partout, l'exception d'un 8°, qui confirme la règle. On trouve cette exception dans les familles protestantes, bien plus que dans les catholiques, où elle est infiniment rare.))
Les Parisiens, comme plus polis que les Français, ne donnent guère dans les excès qui caractérisent le Français, et surtout le Provençal; ils sont plus rapprochés des goûts qu'on appelle simple nature, comme le goût de soigner les végétaux et les animaux, goûts qui ne tiennent en rien de la nature simple , mais de la composée. On voit, à Paris, chscun se complaire à perfectionner les belles espèces, tandis qu'en pro-
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vinee une femme se croirait déshonorée de soigner an animal ou an végétal. Aussi les provinciaux n’ont-ils que des chats abominables, tandis qu’à Paris on voit, dans toutes les boutiques, des chats magnifiques.
Les Provinciales françaises ne sont adonnées qu'à Phypocrisie et aux momeries cafardes, les hommes qu'à l’agiotage et à la chicane ; ñ n’est donc pas surprenant que les Français voient la France entière dans Paris, dont le caractère vaut un peu mieux que celui du commun de la France, où l’on ne trouve partout, même chez les hommes, qu'un profond mépris pour ce qui tient aux sciences et aux arts. Lyon, Bordeaux., Marseille, sont 3 bazars où, sur 4100 marchands, on trouve au moins 99 personnages très-commuas, dont les 10 autres sont forcés de suivre le ton, sous peine de discrédit; il en est de même chez les femmes qui, sans être communes par les manières, le sont par l'extrême fausseté et l'affectation de mépris pour les sciences et Îles arts.
11 faut dire, à la louange des Parisiennes et des Genevoises, qu’elles n’ont rien de cet ignobte caractère. C'est ce qui les rendra plas aptes à intervenir dans an essai d'harmonie dont nous allons donner le plan quant au choix des caractères. Je vais décrire les classes préférables , ensuite j'indiquerai les motifs de mon choix.
Il faut éviter, en monogynie, les titres de hant degré, c’est-à-dire que des caractères fortement prononcés en monogynie, comme un joueur fiefé, ou joueur de 5° degré, un gourmand fieffé, an ivrogne fieflé (ces ftres du 5° degré), gens qui seraient très-utiles en Harmonie, ne vaudront rien dans la Tribu de 4'° phase, et fausseront son mécanisme. Il faudra donc bien se garder d’y admettre des Provençaux et Languedociens, maniaques de passions jusque dans les plas petites choses, et ne pouvant faire un pas sans donner dans l'excès. J'ai fait observer que ta Tribu est un corps faible, un vaisseau désemparé, qu’il faut confier à des matelots très-souples, et munis de patience. On devra donc, en monogynie, préférer les degrés 2 et 3 aux £° et 5°, si toutefois on a l’eption.
Sous le même rapport, on devra rechercher les polygynes de haut degré, comme César et Alcibiade, qui sont des gens d’une souplesse infinie. Le choix devra donc être, en monogynie, le contraire de ce qu'il sera en polygynie. On devra rechercher les bas degrés de l’'ane, les hauts titres de l’autre. C’est un assortiment bien différent de celui d'Harmonie, où il faut de tous les titres, et où Néron est. aussi ulfle que Fénélon.
À cette règle, j'en pourraïs ajouter bien d’autres; mais chacun va me dire qu’on ne saura pas, lors de la fondation d’une Tribu, faire ta distinction des caractères monogynes et polygynes, puisqu'ils sont, de mon propre aveu, confondus en Civilisatron, inconnus pour moi-même,
qui tiens la clé du calcul, et qui avoue que j'ai besoin d'étudier quelques mois un caractère et le soumettre à des épreuves, pour assigner son vraititre. |
L'objection est juste ; il est certain que le fondateur d’une Tribu ne saura pas discerner les caractères pour en faire un choix. Je vais donc donner, à cet égard, des instructions civilisées ou analogues aux notions vulgaires et dégagées du jargon scientifique sur les titres caractériels; on ne l’entendrait pas; supprimons-le, et passons à une instruction familière.
Choisissez dans les nuances, dites libérales. Je n'entends pas par ce mot le libéralisme des démagogues, mais les caractères généreux, honorables, tolérants en toutes passions. Un libéral philosophique voudra que la femme adultère soit livrée aux bourreaux ; Jésus-Christ veut qu'on lui pardonne; et gourmande les accusateurs, plus coupables qu'elle. Jésus est le vrai libéral ; il est tolérant, et les philosophes, sous le masque de libéralisme, ne sont que des égoïstes renforcés.
Evitez certaines classes, qu'on appelle vicieuses en fait d'ambition pécuniaire, et qui, sans être vicieuses pour la phalange d'Harmonie, le seraient vraiment pour la Tribu, porce qu’elle n’admet pas les excès en sens illibéral, comme l’avarice, l'extrême cupidité.
Admettez les vices de Civilisation, qui tendent au plaisir, comme une galanterie romanesque ou cynique. Ces prétendus vices ne sont point insociables, comme la cupidité et l’avarice ; ils seront donc utiles dans une société qui ne {end qu’à donner aux liens passionnels la plus grande extension possible. |
Quant aux détails, recherchez spécialement les individus qui se plaisent au soin des animaux et des végétaux. Tout sociétaire admis dans la Tribu, devant cumuler plusieurs fonctions, on ne pourrait pas l'y employer utilement ni le conserver, s’il voulait s'y borner à nn seul travail, comme la menuiserie. La phalange d'Harmonieaurait des moyens pour arracher un monogyne à ses goûts exclusifs, mais la Tribu ne le pourrait pas. Dans tous les cas, il faut donc choisir, en ouvriers et arti- Sans, ceux qui manifestent du penchant pour les fonctions champêtres, et qui inclinent à faire diversion à leurs travaux par les soins des jardins et vergers, basses-cours, étables, etc.
Recherchez et préférez, dans tous les cas, ceux qui ont l'oreille juste, qui sont aptes à chanter en chœur, ou jouer de quelque instrument. Il faut que la Tribu se distingue par un bon orchestre et des chœurs trèsjustes. Elle sera même obligée de faire intervenir, pour cet objet, des étrangers. Il lui serait bien avantageux de pouvoir fournir l'orchestre de son propre fonds, chose difficile, puisqu’en Civilisation les musiciens ne vaquent à aucune autre fonction, et ne savent pas même planter un
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chou (au moins en France; il se peut qu'ailleurs cela soit différent).
Préférez les familles qui ont des enfants industrieux, polis, honorables, disposés au travail des jardins et basses-cours. Ces goûts sont difficiles à découvrir parmi les enfants d'artisans. On les mettra à l'épreuve par quelques essais, sur lesquels tout homme clairvoyant pourra juger s'ils sont passionnés pour les fonctions champètres.
Recherchez les femmes de tout âge qui aiment la parure et le bon goût, c’est un penchant très-utile dans tout le mécanisme d'Harmonie, quelque dangereux qu'il soit en Civilisation, où le goût de la parure conduit aux excès par défaut de concert ou parure collective des groupes.
Recherchez les hommes gourmands sans gloutonnerie, c’est-à-dire les gastronomes, intelligents à apprécier la bonne chère, et se montrant sévères sur tout détail de cuisine et de cave.
Evitez les inconséquents, gens dont les goûts sont en contradiction. Tels sont ceux qui croient aimer les animaux quand ils aiment un chien qui, en une soirée, détruit leur basse-cour, leur dévore une douzaine de volailles vivantes, et les fait périr dans les supplices. Pour aimer Îles animaux ou les hommes, il faut vouloir le bien-être de tous, et non pas d'un seul aux dépens de tous. On ne considérera donc pas pour bonnes gens et amis des animaux ni des hommes, ceux qui gorgent leurs chiens de viande, et refusent à manger à leurs domestiques. Dans le même sens, il faudra choisir une famille de bouchers qui ne soit pas française, parce que les Français se plaisent à rouer de coups leurs animaux, et les faire morceler par les chiens, avant qu'ils n’arrivent à la tuerie. Les Allemands sont humains dans ce genre de service, et l’adjonction d'une ou 2 familles allemandes ne changera rien au ton général de la Tribu.
Recherchez les caractères alternants ou dominés de la 44° passion (papillonne). Un grand avantage dans la Tribu sera d’habituer les sociétaires à s’adonner simultanément à divers travaux, et tendre, autant que possible, à la méthode harmonienne qui fait alterner les séances d'heure en heure, ou de 2 en 2 heures au plus. On n’atteindrait pas ce - but avec des êtres monotones de goût, et qui se plairaïient une journée entière à une même occupation. Ces individus, même dans le cas d'exercice parfait, nuiraient à la rivalité qui exige l'intervention de plusieurs concurrents dans chaque branche.
Préférez les gens qui, en industrie, aiment le beau et le bon, s’attachent à bien faire et élever leur ouvrage à la perfection. C’est moins la quantité que la qualité qu’on recherchera dans une Tribu dont tous les travaux devront tendre au plus grand perfectionnement, sous peine d'obstacle à l’émulation et lésion aux rivalités concurrentes. Au reste, cet esprit de perfection naît de lui-même dans l’ordre des séries, mais
He LA PHALANGE.
il sera d'autant plus fort chez ceux qui en manifestent le penchant dès la Civilisation, où on ne sait pas apprécier le bon ouvrage.
Les indications vagues, les conseils trop généralisés, comme celui-ci :
n’admeitez pas les vilaines gens, seraient souvent défectneux par apphcation à une masse de 300 associés. Il reste à vérifier si ces vilaines gens ne seront pas de quelque utilité dans la Tribu ; par exemple, un calomniateur y sera sans doute nuisible et odieux, puisqu'il l'est déjà en Civilisation; mais ua avare, que nous appelons vilain homme, y deviendra utile, en ce qu’il épargnera pour la Tribu entière, et provoquera les épargnes dans les groupes qu'il fréquentera, et quelques ava- - res, disséminés dans la masse, y seront infiniment utiles. Ils n'empécheront en rien l'essor de l'esprit libéral, et y adapteront leur manie économique dans les fonctions où elle pourra être utile.
Un avis, et des plus importants, c’est de réunir de belles gens. Il est des beautés de tout âge, même à 80 ans. Chacun sait bien faire distinction d’un beau vieillard ou d’un laid. La Tribu qui aura divers équilibres à fonder sur les relations amoureuses, y parviendra d'autant plus facilement, qu’on aura réuni une race belle et robuste, en proportion des âges. C’est une précaution de la plus haute importance. On en jugera mieux quand on aura vu combien ce petit noyau, gêné dans ses manœuvres de série, tirera des secours de amours bien développés à chaque âge, même daas ceux que nous estimons hors de ligne, comme 60 à 70, et qui fournissent parfois des sujets très-actifs encore en amour. Ces barbons galants et valides seront, dans l’un et l’uutre sexe, du plus grand prix pour consolider les équilibres passionnels qui péricliteraient totalement sur divers points, si la vieillesse n'était pas plus galante qu'on ne la voit communément en Civilisation. On se moque, parmi nous, des vieilles femmes galantes. Elles seront les plus utiles dans la Tribu, surtout dans une opération de haute Harmonie, qui aura lieu en 3e phase, et sera la manœuvre décisive de la Tribu. Il est entendu qu'en conseillant de rechercher les vieillards galants, je suppose qu'ils seront de la élasse riche, et plus il y aura de vieillards riches, plus l'équilibre passionnel sera assuré.
Pour dernier avis, je recommande en tous genres de caractère le choix des { } sensibles à l'honneur. J'ai dit que des êtres vils pourraient être utilisés dans la phalange qui, opérant sur le clavier général des ‘ caractères, aura l'emploi de tous les mixtes les plus méprisables, mais ici, bornés à un petit nombre d'individus dont on ne pourra ni détermimer le tire caractériel, ni l'employer en système général; il convient, ” faute d'emploi général des caractères, de spéculer sur La portion estimable. Telle a été la règle de mes | ]. J'ai tâché de { .] les : opérafions sur { ],et je ne saurais trop recommander de s’atta-
OR Due — mr — — mm — | |
DE LA SÉRISOPRIK. at
cher, pour le choix, aux gens d'honneur véritable, et non pas d'honneur simulé. En [ ] des êtres sordides et [ ] si communs en Crrilisation, comment pourrait-on moculer à la Fribu le plus fort des teviers d'unité, la persuasion que sa bonne conduite, sa loyauté, son + à pendant ‘7 mois vont décider du changement, du sort du monde et | 1?