‹ Manuscrits de FourierChapitre 83 sur 134 · TOME X · texte numérisé non relu

TOME X

gi LA PHALANGE.

da grosse besogne; mais si ces gens du peuple ne sont pas intimes avec les marquis, s’il ne règne pas dans le groupe une franche cordialité, comment parvenir à l'équilibrer selon la méthode indiquée touche 4°, 3, 3,3,

ES que les marquis ne doivent pas se familiariser avec leurs jardiniers, qu’ils doivent réserver leur intimité pour les amis de k morale, du commerce et de la charte ? il n'en est rien. Les marquis, comme les bergers, doivent être dans la Tribu en gaieté perpétuelle. Au jardin comme à table, il faut que tout rassemblement soit jovial et bien intrigué, à moins qu'il ne tienne au groupe d Ambition, qui a le ton grave, Or, la culture des œillets et des roses ne sera pas dans la Tribu une spéculation d’ambition, mais une amusette qu'il faudra traiter en sens d'amitié. .

Ne suffit -il gas, diront les moralistes, de jouir du bonbeur champétre selon l’abbé Delille, geûter les doux charmes de l'amour des champs en cultivant les doux présents de Flore ? — Non vraiment, Avec toutes ces fadeurs poétiques et morales, vous ferez de votre jardinier un fripoz, ua ennemi secret prêt à vous dénoncer après qu'il vous aura volé. Tels sont les ouvriers civilisés sous leur manteau de bonhomie, Ou ne veut, dans la Tribu, rien de ces mascarades morales : elle veut faire de tous ses sectaires autant d'amis, sans acception des rangs que l'amitié ne fera pas méconnaltre, mais qui ne devront pas nuire à l'essor de l'a milié.

Pour le préparer, j'ai fait observer qu'on devait choisir les 60 familles pauvres parmi les gens polis et honorables qu’on reneontre en abondance chez le peuple de Paris, où l’on trouve souvent plus d'urbaniéé que chez certains grands de province. Une réunion de ces ouvriers polis sera l’élément convenable pour former au travail des groupes d'amitié bien contrastés et équilibrés qui assurent l'essor d'amitié directe, expansive et joviale.

Du moment où Les philesophes verront régner universellement dass la Tribu cette amitié et oette vérité partout hannies de leur infâme Civilisation, ils chancelleront ot n'oseront pas même songer au combat ; ils seront désorientés, abasourdis et culbutés les uns par les autres, comme le furent par la chute des tentes les armées de Roshach, en apereevant inopinément le bel ordre de cette poignée d'hommes qu'on croyait tenir prisonniers. C’est ainsi qu'avant le cboc définitif qui téeat aux opérations mmitaires de la horde sainte, la philosophie sera déjà battue, et par le seul aspect de l'amitié collective équilibrée, e'en sera 2ssez pour faire augurer l'issue, et ne Laisser aueun doute sur ls prechaine débâcle qui va entraîner bibliothèques, fauteuils, renomurmées et Cvrilisation, queique étayés dans le combet par ai cu volumes ot par

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400 rangées de fautemils académiques d’où jaillissent des torrents dé lumières. (Je dis 400, car j'estime que la Civilisation en masse peut bien mettre sur pied 400 académies, plus ou moins parsemées de ces doctrines inutiles de classe incertaine). :

On ne doit pas perdre de vae que le bonheur de la vie consistant à se trouver fréquemment dans des groupes d’amis bien gradués, contrastés et équilibrés, ce charme serait perdu pour la Tribu, si la domesticité simple existait, car il deviendrait impossible de réunir passionnément sur chaque branche de culture ou d'industrie des groupes d'environ 9 personnes assez intimes et familières pour l'équilibre du groupe d'amitié. Cette intimité sera pleinement praticable du moment où le travail immonde sera réduit en service de charité religieuse. Chacon, dans les autres fonctions, se trouvera au niveau du marchand et de l'artisan, qui ne sont pas serviteurs spéctaux de tel individu, quoiqu'ils s'empressent pour lui dès qu’il réclame leurs services, qui ne l'empêchent pas de se familiariser avec eux.

Le plan d'opérations serait manqué si l’on n’arrivait pas à former les groupes de gaïeté industrielle ou d'amitié directe. On n'aurait plus dans les travaux que des réarions mercenaires et mornes comme celles des Civilisés ; le travail n’attirerait plus.

Le plan seraït manqué de même si l'on négligeait Ja garantie fondamentale d'unité, celle du minimum. Il n’y aurait plus d’insouciance ni de cordialité là où règnerait l'inquiétude da lendemain ; les riches sus= pecteraient des pauvres qui seraient dans le cas de demander ou intriguer pour s'enrichir à leurs dépens. L’amitié tomberait du moment où le souei et le soupçon de vues intéressées germerait dans les esprits ; il faut les amener à [ ] impraticables en Civilisation : l’incurie motivée par M garantie du minimum et l'attraction industrielle fondée sar la brièveté des séances : la subdivision et répartition libre des travaux ; l’assortiment équilibré des compagnies.

On atteint à la fois tous ces divers büts si l’on opère bien dans la formation de la légion de charité intégrale. On assure le mécanismé d'amitié directe en fondant celui de charité fédérale ou ambition indirecte, et rien n’est plus facile que de produire cet effet en formant les petites hordes, ou en leur donnant an grand relief par la monture sur chevaux nains et la beauté des uniformes, en les exaltant au travail par l'esprit religieux. H faudra les installer les premiers, va la facilité des fonctions, dont la plupart n'exrgent aucune étude ; on peut dire qu’ed soignant bien cette facile fondation, l’on aura tout disposé pour que la philosophie, déjà eonsternée à la levée de la toile par le spectacle de l'amitié directe, soit achevée par l'accord d'ambition indirecte, ou cha-

rité fédérale qui, en absorbant toute fonction méprisée, lèvera ua des obstacles principaux à l'unité.

Empressé de leur rendre justice quand il s’en trouve par hasard quelque occasion, je n'oublierai pas de les louer sur certaines lueurs d'instinct charitable en amitié indirecte dans les genres d'hospitalité et d'infirmerie. On a vu en fait de charité hospitalière de beaux accords de quinte (masse avec masse), chez les moines du Mont Saint-Bernard voués au soutien des voyageurs perdus dans les neiges ; on a vu en charité fraternelle de sublimes accords chezles pères de la Rédemption des captifs; on a vu en hospitalité amicale l'honorable coutume de la grande Chartreuse où l’on recevait et hébergeait très-gracieusement pendant 3 jours bon nombre de voyageurs inconnus et souveut peu dignes par le prolongement indiscret de séjour ; enfin on voit partout dans les hôpitaux un dévouement magnanime de charité médicale. Pourquoi tous ces nobles amis de l'humanité sont-ils si mal payés de leur zèle, si oubliés dans les derniers rangs de la société, et pourquoi à côté d’un titre glorieux pour la Civilisation, faut-il toujours se récrier sur l’ingratitude des civilisés ?

J'ai dû es louer sur ces actes honorables pour les rappeler à la vraie théorie du bien social: c'est la tendance aux accords transcendants comme les quintes d'amitié indirecte que je viens de citer, et la défiance des accords de 2°, 3°, 4°, dont on n'obtient isolément que la discorde. Si les académies voulaient entendre la vérité qu'elles feignent de chercher, on les mettrait sur la voie par cette seule proposition : déterminer un système social où tout le mécanisme des relations soit régi par des accords transcendants, 4°, 59, 6e, 7e, 8e, et où tous les accords subcendants %, 3°, 4€, soient en tous sens subordonnés à l'influence des transcendants. Voilà en jargon scientifique le problème de l'harmonie universelle déjà posé dans d’autres thèses, entre autres dans celle de l'essor passionnel en raison directe des masses, inverse des distances.

Méthode rebutante ; je n’en parle que pour faire voir que j'évite autant que je puis ces épines scientifiques. Poursuivons sur l'étude plus intéressante du développement des passions affectueuses en hauts accords. Nous allons passer à un noble effort de l’honneur, à la charité fédérale dont le succès sera pour la Tribu le plus sûr garant de la conquête du monde.

Nous avons peu de moyens dans la Tribu, ménageons-les bien et suppléons par l'habileté au défaut de forces réelles.

On a Vu, Touche 5° majeure, que le pivot de l'ambition indirecte ou charité est la petite horde, sans qui le travail des classes inférieures

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serait déshonoré, et par suite on dédaiguerait celui des classes voisines du rang inferieur, et, d'orgueil en orgueil, la société ne serait comme en Civilisation qu’un chaos d'ennemis se haïssant en gradation ; il n’y aurait plus de lien honorifique entre les classes extrêmes du moment où les derniers degrés seraient méprisés. Le ralliement général d’ambition ne peut se fonder que sur le lustre des fonctions utiles et pourtant avilies parmi nous. C'est à les rehausser que doit tendre la charité collective en titre d’ambition, et pour y parvenir il faut transformer en service religieux les fonctions de service immonde.

On a vu en 5° Touche majeure, que cette illustration des emplois domestiques subalternes tient aux 2 corporations des petites hordes et du corps vestalique ; nous ne pourrons pas dans la Tribu organiser la 2e; quelle foi aurait-on à des vestales sortant de civilisation où il est avéré même dans les innocentes campagnes que les filles ne sont plus intactes à 40 ans. Nous ne sommes plus au temps où l’on croit aux rosières.

11 faut donc dans la Tribu renoncer au puissant levier de la corporation vestalique et se rattacher d'autant à celui des petites hordes, l’accroître en forces pour compenser l'absence de l'autre levier.

On les étaiera d’une horde de Coeres et Coeresses choisis parmi les individus qui, même après la puberté, conservent un penchant à exercer gaiement les fonctions immondes et répugnantes : il se trouve de ces caractères dans la classe riche comme dans la pauvre. Il faudra soigneusement les recueillir pour former la horde coere, mi-partie des des 2 sexes.

Les petites hordes ainsi que les grandes fourniront chaque jour 113 de leurs membres pour le service immonde qui commencera en été à 3 heures, en hiver à 5 heures, en 1]2 saison à 4 heures ; il s’exercera sur les décrottages, les fumiers, les déjections, les triperies et autres services répugnants.

Dans ce service on comprendra celui des malades et on adjoindra à la petite horde une grande horde composée de coeres et infirmistes.

En supposant que les enfants des familles riches prennent parti dans les petites hordes, ce qui ne manquera pas, on peut compter, sur une masse de 480 habitants, environ 60 enfants de 8 à 45 ans, dont on pourra enrôler plus de moitié aux petites hordes. Il ne faut pas spéculer sur le tout puisque l’enrôlement est volontaire et qu’on a besoin d’une corporation formant contrepoids; mais , par besoin; par circonstance, il conviendra de donner beaucoup plus de relief aux petites hordes qu'aux petites bandes, et forcer de nombre sur les hordes, qu’on peut estimer à 375, soit 36 enfants dont 18 garçons et 18 filles.

Vu la difficulté de se procürer des chevaux nains, on ne montera

que les petites hordes; elles auront d'autant plus de relief en comparaison des petites handes moins nécessaires dans une opération bâtarde, comme celle de la Tribu mixte où les petites bandes ne pourraient fonctionner scientifiquement qu'après 3 ou 4 ans d'exercice, tandis que les petites hordes affectées à la charité sociale ou {{(amitié }} ambition indirecte qui s'applique aux travaux immondes pourront fonctionner en pleine attraction dès la 2 quinzaine, pourvu qu'on les entoure de tout le lustre nécessaire à les exalter dans leurs fonctions.

J'ai prôné ce levier dans la 5° touche majeure en traitant de la Phalange ; il devient ici plus précieux encore puisque la Tribu ne pourra déployer en plein que sur pivot d’ambition et d'amitié , et très-peu sur pivot d'amour et de famille, tandis que Ta Phalange déploierait sur toutes passions. On devra donc soigner d'autant les petites hordes, qui sont le ressort principal d'amitié et qui fourniront 2 cohortes dans la légion de charité. Sans leur intervention nous verrions avorter en divers sens la manœuvre passionnelle de la Tribu. 1] faudrait créer un corps de domestiques dont les fonctions, surtout dans le genre immonde, seraient dédaignées et empêcheraient toute intimité publique entre le page et le maître. De là résulterait l'impossibilité de nuancer et d’équilibrer les groupes d'amitié directe et d’intrigue joviale en industrie; de JRà résulterait un bien plus grand inconvénient, celui des mépris de la classe riche pour la classe pauvre. Les riches ne voudraient point se familiariser ni aux travaux avec des valets ni frayer avec eux dans les soirées.

Ainsi le mécanisme d'amitié et d’ambition, du moment où il avorterait en essor inverse. deviendrait impraticable en essor direct, en intrigue de gaieté et d'intimité industrielle et en ligue de conquéte sociale.

Envisageons bien cet obstacle, car, si nous parvenons à le surmonter (et c’est l'unique), la philosophie sera b:ttue sans combat. Il suffit, pour la mettre en déconfiture, de lui montrer, dès le début, un bel ordre de bataille dans cette petite esquisse d'harmonie qu'elle aura couverte de huées pendant les travaux préparatoires.

Précisons donc bien la principale condition à remplir. Ï1 faut que la Tribu, par le moyen de sa légion de charité collective, développe sur les 4 cardinales en essor et industrie. Nous en sommes à franchir lobstacle d'ambition par un ralliement d’extrêmes, ce qui ne peut avoir lieu qu’en faisant disparaître la domesticité. Tout-à-l'heure nous aurons à traiter de l’obstacle en ralliement d'amour ; achevons sur celui-ci. On va opposer lés préjugés; ils seront puissants. Toute cette race qu'on asssemblera dans la Tribu aura été élevée à mépriser les travaux domestiques et surtout les fonctions immondes ; quelques hochets, quel ques fumées honorifiques ne suffiront pas à vaincre les préventions ef

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n’amèneront jamais le marquis à frayer publiquement avec son valet ; il pourra en secret s'apprivoiser avec la soubrette, mais c’est un rapprochement déjà effectué, aussi bien que celui de la marquise avec son laquais, et il n’est pas besoin d’un attirail de Tribu ni d’une théorie fastueuse d'harmonie pour en venir à faire ce qui existe déjà et rêver œ qui est impraticable, comme la prétention d'identifier et associer les domestiques avec les maîtres. |

Je ne me dissimule ni les obstacles ni les préventions qui décréditeront la Tribu pendant les travaux préparatoires. On s’en égaiera à tel point que la philosophie croira au-dessous d’elle d'entrer en lice et de démontrer l'impossibilité. Les antagonistes seront aussi superbes que les vaincus d’Austerlitz et de Rosbach: la veille tous comptaient prendre vivants Frédéric et Bonaparte ; quelle fut leur déconvenue à la fin de la journée!

Les petites hordes auraïent peu de relief, méme dans une épreuve de Phalange complète à 4,200 personnes, tant qu’elles ne pourraient pas former la nuée ou escadron de 12 hordes vicinales, se prêtant secours et formant corporation. La Tribu sera infiniment loin de cet effet ; elle n’aura qu’une quarantaine d'enfants enrôlés pour le travail immonde: supposons 36, dont 20 garçons et 46 filles, les hordes devant être de 46 au moins, dont 12 cavaliers formant le cercle, puis 4 chef, 4 foyer et 2 acolytes latéraux; on ne peut pas former le cercle de cavaliers à moins de 42. L’on pourra facilement, va l’insigne relief attaché à cette corporation, enrôler 40 enfants pour le travail immonde; ceux des familles riches adjointes seront les premiers enrôlés. Quand les enfants riches verront la horde formée et exécutant sur chevaux naïns la manœuvre tartare, les pères n’auront ni paix ni trève avec l'enfant jusqu'à ce qu'ils lui aient permis d'y entrer. On peut même augurer que les petites bandes seront réduites à peu de chose, et que les petites bordes absorberont la grande majorité des enfants de 9 à 45 ans. Il n'importe, puisque nous n'avons, dans ce faible essai, aucune opération à confier aux petites bandes, et qu'au contraire notre principale maœuvre, celle de l'absorption du régime de domesticité simple, ronle entièrement sur les petites hordes.

Parmi les enfants d'âge inférieur et sapérieur on choisira l’élite pour ladjoindre à toutes les cérémomes dont la horde sera le pivot, comme dans la manœuvre de l’encensoir à 72 thuriféraires. On fera de cette adjonction aux petites hordes une faveur pour les enfants d'âge inférieur. Plas on donnera de relief aux fonctions des petites hordes, plus on renforcera l’esprit de charité industrielle qui est l'objet de leur institution.

äl arrivera nécessairement que divers enfants riches, entrainés par

la vocation et l'esprit de corps, exerceront les fonctions immondes, qui dès lors seront relevées de [ 1. Là finiront les préventions contre l’état de domesticité composée ou service collectif et libre, dans lequel, loin d’être assujetti aux volontés de tel individu, chaque servant peut à volonté refuser son service à tel individu.

” Alors les gens riches ou qualifiés pourront sans déroger prendre parti dans les fonctions domestiques non immondes, qu'on appelle domestiques et dont plusieurs sont attrayantes, sinon pour l'exercice manuel, au moins pour la distribution. Tel saura diriger et | ]le battage des habits, il se plaira à occuper un rang dans le groupe du battage. Chacun a des prétentions même sur quelqu’une des fonctions nommées domestiques, et qui cesseront de l’être par l'établissement des Phalanges et par la collectivité et liberté du service, qui n'aura rien de désagréable lorsque sa grande étendue, ses nombreux détails portant sur 480 personnes permettront d'établir une grande division du travail et d’affecter à chacun la branche où il pourra exceller.

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