DU SERVICE PASSIONNEL COMPOSË RÉCIPROQUE
J'ai démontré qu’en affaires d'harmonie générale , calculée pour des masses de 500 et 4000 associés, on ne peut ni en amitié, ni en amour, ni en ambition , ni en famillisme, spéculer sur les accords inférieurs 2, 3°, 4°, que ces accords employés isolément n’établissent du plus au moins que l’égoïsme, la fausseté et la discorde, quoique 2 soient de fait accords réels, car la tierce est le plus doux des accords. Ainsi nous allons en ambition indirecte ou charité corporative spéculer comme en toute autre passion , et fonder toujours nos plans d'harmonies sur les accords transcendants, ceux de 5°, 6° 7°, 8°, joints à celui de prime , qui n’est concertant que par connexion avec les transcendants.
Étudions donc la charité fédérale en 5° degré , qui donne une protection des masses riches pour les masses pauvres, et réciproquement de cette ligue naît un lien merveilleux que je nommerai service passionnel. Il absorbe la domestiuité et transforme en plaisir une des plus grandes servitudes de la Civilisation.
J'ai déjà signalé une plainte continuelle des riches , qui se lamentent sur ce que les domestiques internes ou externes sont le tourment de la classe riche , tandis que de son côté la classe domestique se plaint à bon droit de l'injustice et de l’égoisme des mattres. Tel est le résultat des accords de seconde, tierce et quarte, qui sont traités d’individu
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à individu ou d’un chef à une masse. En élevant cette branche de relations à l'accord de quinte on la transforme en source de plaisir continuel pour les riches et les pauvres. Tel est l’objet de la charité fédérale ou service passionnel collectif, qui confédère les corporations de serviteurs avec celles de servis.
Pénétrons-nous bien des propriétés de l'opération décisive dont il s'agit. On a vu que le service composé, élevé au rang de charité fédérale, par entremise des petites hordes crée aux riches des variétés d'amitié par le fait même de l’inconstance avec ses pages, tandis que le service de mode simple lui enlève l’amitié du valet même qui en avait pour lui. On se lasse les uns des autres en fonction trop continue ; il faut quelquefois se quitter pour mieux s'aimer. Aussi, dit-on des écoliers qu'ils ne sont pas bons amis sans s’être battus une fois. La 44° passion, qui a beaucoup d'influence chez le grand nombre, veut des alternats en toutes choses, et tout au moins des entr'actes. J'ai vu une foule de gens se dégoûter de leur mets favori pour en avoir maugé trop habituellement et regretter ensuite de n’avoir pas songé à la nécessité de varier. {l faut que cet alternat, en affectif comme en matériel, naisse de la nature même des relations sociales , qu’il naisse des chances de variété , et qu’on ne soit pas obligé d'y recourir par calcul et par lassitude au moment où la possession coutinue d'un bien en a usé pour nous la saveur. En domesticité passionnelle comme en toute autre jouissance , il faut des [ ]; et comment les chercher en Civilisation quand on ne trouve pas même l'affection simple ou garantie d'attachement sincère dans l'individu qui nous sert en domestique, et qui doit être suspect au mattre par cela seul qu’il est payé par lui? car ce débat des salaires et l’obligation des générosités sont déjà deux motifs de refroidissement chez un homme honorable : il faut que le valet soit un peu mercenaire , un peu vil, ou tout au moins faible sur le point d'honneur, pour s'attacher franchement à celui qui le pale et avec qui il faut débattre ses intérêts ou se contenter de peu, puisque sur 40 civilisés il y en a 9 d’injustes et de ladres sur le paiement de services rendus.
La tribu doit éviter toute opération ambiguë qui ne conduirait pas aux liens composés. Par exemple, si on se bornait à mettre en jeu les petites hordes pour absorber la domesticité en fonctions immondes, ce - serait n’atteindre qu’à moitié du but. C'est peu d'absorber le service mercenaire simple, il faut encore y substituer le service passionnel composé, transformer en germe de dévouement cette fonction, qui aujourd’hui n’est que germe de haine secrète, parce qu'elle est personnelle et salariée.
Quelques lecteurs pourraient croire qu’il s'agit de transformer les
domestiques en amis zélés de leurs mattres, il n’en est rien, puisqu'il n’y a point de domestiques dans l’Harmonie, où chaque page sert par préférence officieuse et jouit d’un dividende sur le travail général de la Tribu.
Pourquoi s’attachera-t-elle fortement à produire cet effet ? c’est que saus le service passionnel composé, qui est effet d'honneur corporatif et de charité fédérale, on ne parviendrait pas à équilibrer les groupes d'amitié, les réunions industrielles d'inégaux, et ils ne seraient plus attrayants ; le travail et les intrigues de rivalité ne suffiraieut pas à égayer la séance et la transformer en fête qui fasse amorce par ellemême et indépendamment des bénéfices et rivalités. On voit par À combien la perfection des groupes d'amitié tient à celles du système de charité fédérale ou ambition indirecte, et que les 2 cardinales ma- jeures sont liées l’une à l’autre dans cette opération, et qu'on doit disposer tout le système de manière à leur assurer un plein essor.
C'est pour l'activer que j'ai élagué tous les travaux pénibles. En nous restreignant aux jardins , vergers , troupeaux, bassecours , nous 2e prendrons pas un vol trop élevé , selon nos faibles moyens.
Nous n'avons qu'environ 400 sectes au lieu de 400 qu'exigerait la grande mécanique passionnelle ; en estimant les 400 sectes à 20 groupes, terme moyen, d'environ neuf personnes, ce sera 4,400 groupes à 2,000. Sur une petite masse de 400 sectaires, on peut sans exagération espérer ce nombre de groupes réguliers dans les & titres.
Si l'on manque les moyens d'établir la gaieté, la fraternité et l'équilibre d'unité dans chaque groupe, son travail sera peu profitable , et la Tribu, au désavantage de peu gagner, joindra le vice bien plus grand d'avoir peu d'unité, d'en manquer dans diverses relations. Le véritable préservatif contre ce double péril, consiste dans les mesures de charité fédérale, d'où résulte le service passionnel composé , qui lève tous les obstacles et fait des 500 sectaires une masse très-iatégralement liée et très-fortement confédérée, lors même que l’amour ne iendrait que faiblement à l'appui.
Dans l’état actuel il est à peu près impossible de juger jes influences du service passionsel , chacun se rattache à l'idée banale de commander à des valets, les rudoyer, les renvoyer. Tout civilisé se croirait ‘privé d'autorité s’il n'avait pas des mercenaires à quereller et [ 1e Ce goût de querelle ne naît que de l'habitude d’être mal servi, nous 2e quereHons pas une maîtresse lorsqu'elle daigne s'entremettre à notre service. Tout est bien, quoi qu’elle ait fait. On se contente même d’un service insuffisant ; on n’est plus au plaisir de commander un merceaaire, mais à celui d’être servi passionnément , et ce 2° agrément sem-
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ble bien préférable à celui de rudoyer un mercenaire qui vous volera l'instant d'après s’il en trouve l’occasion.
Les civilisés, tout entourés d'ennemis en domesticité, ne songent qu’au besoin de les contenir el non pas au plaisir qu’il y aurait à être. délivré d'eux, à pouvoir les remplacer par des amis empressés et fidèles. Cet effet ne peut pas avoir lieu dans le mécanisme de domesticité permanente; personne ne sera serviteur empressé et fidèle quand il faudra passer sa vie à satisfaire les caprices d’un ingrat, ou même d'un maître juste. Si le service est passionné dans la Tribu comme dans la Phalange, c'est qu'il est momentané et libre. C’est sur quoi il convient d'insister par quelques exemples qui établissent bien le contraste du mode combiné avec le mode incohérent.
Je continue à citer le battage des habits, qui n’a rien d’immonde et rentre dans la catégorie des services, assez intriguables pour s’élever au degré d'attraction, sauf les ressorts cabalistiques et les équilibres : on peut puiser ces équilibres hors des intrigues d'amour qui rendent le lien trop facile, car si nous voulons mettre aux prises la jouvencelle camérière Chloé avec le sexagénaire Dorante, il est sùr qu'il y aura entre eux de grands moyens de concorde et que Dorante verra un service passionné dans les plus petits soins que donne Chloë au battage de ses habits. Laissons les calculs grivois et spéculons sur une relation de pure amitié.
Phébou, âgé de 50 ans, est un des plus pauvres sectaires de la Tribu ; il ne s’est point adonné au service de page, il est tout occupé des jardins et vergers, troupeaux et fruiterie, où il excelle dans divers groupes, il y obtient de bons dividendes et jouit d'une grande considération. Cependant il a des prétentions dans un service réputé aujourd'hui pour basse domesticité, c’est le battage des habits. 1l a pris parti dans le groupe qui s’en oceupe. Lisimon, très-satisfait de l’intelligence de Phébon , Je préfère et lui confie exclusivement sa garderobe, et après avoir essayé sucœæssivement des services d'autres pages, il me trouve que dans Phébon le genre de battage qu’il désire, et il est très-satisfait que Phébon, pressé par beaucoup de solliciteurs, veuille bien accepter le soin de sa garderobe de préférence à tant d’autres qui lui sont offertes. D'ailleurs Phébon ne veut pas accepter plus de 12 garderobes, dont il [ June portion chaque jour de te. semaine. On lui en offre 50, il se borne à 19 et n'est point payé individuellement par les 42 aeceptés, mais par une portion da diridende affecté au groupe du battage, où il tient rang d’officier de pages et où il fonctionne une heure chaque matinée, ou deux heures en cas de{ ].
.Croit-ou que Phébon puisse être considéré comme valet des 12 personnes dont il accepte la garderobe ? Tant s’en faut , car chacun les
félicite d’avoir été préférés. Phébon sera dans cette fonction ce qu'est
parmi nous un habile artisan, qui ne travaille pas pour tous ceux qui
le font appeler. Ajoutons que l'artisan, et même l'homme de profes-
sion libérale, comme avocat ou médecin, est payé par les individus,
tandis que Phébon n'est point en relation d'intérêt avec eux et n’en reçoit pas une obole.
D'autre part, les 42 individus se rencontrent avec Phébon dans divers groupes des jardins et troupeaux, où il est leur co-sectaire et leur supérieur en connaissances, ils sont encore obligés de le consulter et réclamer ses services, ils ne sont embarrassés que des moyens de s’en reconnaître par des civilités, des invitations, où Phébon, officier de pages et décoré comme tel, peut bien figurer à la table d’un comte, capitaine d’aspergistes, lieutenant de cerisistes.
Eh! de quelle considération jouiront les sectaires du battage qui ne sont que simples pages? N'y en aura-t-il point dans leur nombre quelques brouillons qui maltraiteront les habits et feront donner au diable le groupe de pages et ses dignités ?
Cette crainte n’est pas fondée. Aucun groupe n'admet de sectaires maladroits, et aucune série n’admet de groupes éclipsés ou notés comme inféricurs dans l’objet de leurs fonctions.
Cependant il y aura bien quelques sectaires inférieurs à Phébon, puisqu'il est le premier en habileté, mais ces sectaires , pour être moins exercés, manqueront-ils de moyens pour satisfaire et mériter la considération. Examinons leur clientèle.
Dorimon est moins raffiné, moins exigeant que Lisimon sur le battage des habits. II se contente volontiers des services de la jeune Chloé, qui ne passe pas pour la plus experte du groupe de battage, mais les choses tournent de manière que Dorimon s’estime encore fort heureux que Chloé veuille bien lui donner ses soins pour cet objet.
Quelques rigoristes diront que ces préférences peuvent tenir à des intentions très-alarmantes pour la morale : laissons les philosophes s’alarmer et occupons-nous de former nos accords un peu par amitié, un peu par amour, ici par ambition, là par esprit de religion. Je ne me suis pas engagé à àtablir les accords d’un groupe sur un seule passion puisqu'il doit moduler sur les 42 quoiqu'il n’en ait d'ordinaire qu'une seule en pivot.
La plus belle propriété des groupes industriels étant de substituer au vil ressort du salaire le lien des esprits de parti ou des affections quelconques, lorsque le mécanisme est bien organisé il se trouve des affinités de toute espèce pour lier les divers membres d’un groupe avec ceux qu'ils ont à servir et fonder sur des affections nobles tous ces travaux
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avilis aujourd'hui par le sordide esprit du gain et les tentatives continuelles de fourberie.
La garantie assurée contre toute fraude sera dans la Tribu un plaisir absolument neuf pour les sociétaires sortant de l’état actuel où ils ne sauraient faire un pas sans avoir à se prémunir contre quelque astuce. À cette garantie de vérité ajoutons l’insouciance du lendemain, l’assurance du minimum perpétuel, la cessation de toute inquiétude sur le placement des enfants, tous ces motifs se réunissent pour enthousiasmer les sociétaires. Comment pourraient-ils manquer d'accord sur l’opération d'où dépend le succès de la Tribu ct la fortune subite de ses sociétaires ?
Or, cette opération difficile en perspective, cet essor de charité fédérale ne sera plus même un obstacle, quand au concert intentionnel se joindront les intrigues et liens de toute espèce dont j'ai fait mention. Eh ! sans ressasser le détail de ces liens, ne voyons-nous pas chez nous que le seul lien de l'intrigue suffit à faire oublier tous les rangs? On en a pu juger dans les révolution où les intrigues de parti ont rapproché tant de familles et de classes hétérogènes comme les anciens nobles et les jacobins qu’on a vus plus d'une fois en accord cabalistique. — Or, cet esprit de secte est un levier général pour tous les groupes régulièrement organisés : la Cabaliste, 40€ passion, y est en essor collectif et suffirait seule à élever le charme au degré suffisant pour faire tomber le préjugé de domesticité dans un service qui n’étant ni personnel , nj obligé, ni salarié, joindra à tous ces titres d'indépendance le titre plus noble de lien personnel et charme réciproque entre les sociétaires.
Parmi les jouissances refusées à la Civilisation et qui seront pleinement réalisées dans la tribu mixte, il faut particulièrement distinguer celle du service passionnel. Les monarques même n’en trouvent pas l'ombre dans leur domestique où règne tout au plus le simple et non le composé. Un souverain peut bien se procurer un valet de chambre affectionné, reconnaissant. On le paie si bien par le crédit et par les libéralités qu’on peut soupçonner des motifs d'intérêt dans cette affection; mais comment un souverain trouverait-il un dévouement absolu et dégagé d'intérêt dans tous ceux de qui il reçoit quelque service domestique ? tel est le problème que résout la Tribu, le bien qu’elle procure à tout le monde. Analysons le charme qui y est attaché.
Chacun a pu jouir quelques fois du service passionnel, simple et hors de la domesticité. Une mattresse est ardente à servir son amant malade : les soins d'un mercenaire lui seraient insipides, ceux d’une amie Jui sont délicieux. Le service passionnel est agréable même pour celui qui l’exerce. Quel homme n’a pas quelques fois pris plaisir à servir sa maîtresse ? Lui plait-il de déjeuner au lit? l'amant sera son va-
let empressé, donnera lui-même serviette, cuillier, tassa, elc. et s'en fera un plaisir qu’il disputera à la soubrette. Le service passionnel est donc joyissance en actif comme en passif ; il fait le charme du servitepr et du mattre à la fois.
Jouissance bien rare en Civilisation ! Chacun en cherche le simulacre.
Un père aime à être servi par sa fille et prend pour sains empressés et passionnels ce qui n’est, hélas ! que devoir et formule de hienséance. Du moins ce père jouit en illusion. Un vieux garçon accoquiné à sa gouveruante serait désolé s’il manquait de ses services impérieux, Qu'elle fasse un voyage d’une quinzaine et qu'on la remplace par une tbéate bien experte, bien attentive, bien craignant Dieu et bien soumise au maître, au bout de la quinzaine le vieux garçon sera à demi mort d'impatience, rien ne peut remplacer la servante maitresse qui lui dicte ses ordres d'un ton sévère et dontil est le véritable serviteur, mais il est persuadé qu'elle le soigne affectucusement. C’est bien souvent illusion, du moins en partie; car sans les vues intéressées, sans l'espoir d’héritage, la gouvernante délaisserait le barbon. Il s’étourdit sur ces vérités que lui font entendre les collatéraux, il jouit d’une apparence de service passionnel. Il faut que ce soit un plaisir bien séduisant pour maitriser ainsi l’homme dans tous les âges,
L'enfant y est sensible comme le vieillard ; il s'attache à celui des valets qui soutient ses fredaines et les cache au père. Quand un valet a fait la conquête des enfants, on les verrait dans la désolation s'il était bruit de le renvoyer, ce n’est plus pour eux un domestique, c'est un ami intime.
Sans doute on est bien convaincu de la réalité des plaisirs que trouve le riche dans le service passionnel de ses inférieurs, car cette illusion est la fatterie la plus fréquemment employée auprès des rois. Tout s'accorde à leur persuader que les sujets servent passionnément ef paient les impôts et marchent à la conscription avec transport de joie, et brèlent d’un pur amour pour la personne sacrée du monarque ; gazettes, courtisans, littérateurs, tout redit aux rois cet impudent mensonge et ils en croieut toujours quelque chose. Tibère et Néron se croyaient les pères du peuple. Avaient-ils tort ? non, car on le leur persuadait par des crieurs et deslouangeurs stipendiés,
Les êtres les plus méchants, les Néron, les Tibère, sentent donc c& besoin de trouver le service passionnel dans les inférieurs et sont flattés du simulacre.
Ce genre de lien n’est jamais connu chez nous qu'en mode simple. { ne roule que sur une personne, s’il s'agit des valets, ou sur une circonstance comme le service d'une mattresse dans une maladie, et ce qu’il faut remarquer dans ce genre de fonction, c'est que personne ne
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veut qu’elle porte le nom de domesticité, même dans un domestique lorsqu'on le croit serviteur passionné, On dit et on pense de lui: Ce m'est pas un domestique, c’est un ami qui m'est tout dévoué.
Nous avons à spéculer sur l'introduction générale de ce genre de ser vice, sur le cas où on ne rencontrerait dans toutes les fonctions de besoin journalier que des amis dévoués servant l'individu passionnément et par préférence à d'autres et sans aucun salaire personnel, effet qui ne peut avoir lieu que dans le cas où le serviteur a une option sur ua très-grand nombre de servis comme il a:rive de la Tribu où l’on peut dans chaque branche de service opter pour telle compagnie, telle table, tels individus, telle portion d'ouvrage, etc. Les variétés d'option n'y sont pas à beaucoup près aussi étendues que dans la Phalange, mais elles existent déjà et suffisamment pour comporter le service passionné en composé réciproque. Îl est composé lorsqu'au lieu d’être individuel et mercenaire il devient [ }, ilest réciproque lorsque par un système de relations inhérent aux séries passionnelles, le servant trouve J'instant d’après chez le serviteur un équivalent des bons offices qu'il vient de lui rendre.
C'est donc non seulement le riche, mais le pauvre même qui dans la tribu aura le charme de trouver à chaque pas ce service passionnel qu'un riche peut si rarement rencontrer dans quelqu'un de ses valets, encore n'est-il jamais assuré, vu le défaut d'option, qu'il y ait chez ce valet ane préférence bien sincère, une inchnation franche. Parfois le valet pourra être mécontent, déguiser longtemps, et mème toujours, son refroidissement : il n’y a jamais rien de garanti en Civilisation dans les affections de ce genre.
Ce sera donc un avantage bien neuf pour les Tributiens que celui de trouver un service passionnel chez 20 et 30 personnnes, chez un quart ou un tiers de ceux qui serviront la tribu et dont le nombre peut bien estimer à 400, car personne ne fera du service une fonction permanente. Tel qui est au balayage à six heures du matin est à huit beures officier de groupe ou de série dans une autre fonction des jardins, des ateliers.
La Tribu jusqu’en juin, 3° mois de son installation, n’a pas un grand nombre de serviteurs en tout genre comme Ja Phalange; elle n'a pas Bon plus un si grand deriches à servir. Ainsi l'option y est proportionnément très étendue, et quand Doraente fait choix de Colinette pour le battage de ses habits, il aurait pu choisir sur 7 ou 8 autres femmes qui eomposent le groupe du battage, mais il a un penchant pour Colinette, ÿ en a un pour Lucette qu'il a chargée de son linge, pour Zélie qu'il a chargée de ses bas; il aurait pu de mème opter entre beaucoup d’autres
qui composent les groupes de lingerie, ravaudage et ainsi des autres fonctions dont chacune est gérée par un groupe spécial.
Si Dorante a des préférences d'amourettes dans les fonctions confiées
aux femmes, il a de même des préférences d'amitié dans celles qu'exercent les groupes d'hommes : ainsi sur une trentaine de services divers dont il a besoin dans le cours de la semaine, ou de la journée, il a le charme de recevoir les services affectueux de 30 individus dont l’attachement est d'autant moins douteux qu'ils peuvent le quitter sans rien perdre de leur dividende annuel, et que lui peut les quitter sans que son service périclite un instant puisque chaque groupe fournit des remplacements dans le cas de brouillerie.
: Dorante pour quelque motif inutile à rapporter est mécontent de Colinette ; elle est la première à lui dire : Je cesserai de vous servir, faites votre choix dans le groupe du battage. Dorante s’accomode avec Chloé qui sera dorénavant chargée de la revue et du battage de ses habits. Que résulte-t-il de ce changement ? un surcroît de liens sans aucun froissement industriel. Ni Colinette, ni Chloé n’y ont rien perdu, car la Tribu Jeur paie un dividende pour l'opération au groupe du battage et non pour services rendus à tel ou tel, c'est à ce groupe à répartir entre ses sectaires selon leurs faits et gestes, mais qu'importe au groupe qu'à telle date Colinette ait quitté la garde-robe de Dorante et pris celle de Dorimon, que Chloé ait ajouté celle de Dorante à d'autres qu'elle battait déjà ? Le conseil du groupe, sans s'arrêter à ces convenances individuelles, n’estime que la masse de travail fait dans le courant de l'année par chaque sectaire, et un groupe de gens exerçants ne peut pas se tromper sur la dose de travail qu'ont fourni ses divers membres. On saura bien laquelle des jouvencelles a battu habituellement 40.à 42 garde-robes, ou n’en a battu que 5 à 6,'laquelle a été assidue ou rare aux séances, laquelle a par négligence obligé quelque autre à la suppléer et laquelle à par diligence été suppléante des autres. Les industriels ne se trompent pas sur ces menus détails, et n'ont pas même besoin de pointer journellement. Un groupe à la fin de l'année, tenant conseil de répartition du dividende, ne peut pas errer sur cette estimation des services respectifs. La passion aveuglerait un individu en faveur de son favori , ce serait jugement simple, mais la passion ne peut pas aveugler 40 à 42 personnes, prononçant en jugement composé sur l'assiduité et la dextérité d’une seule. Bref, le composé est toujours juste et vrai, le simple toujours faux, à moins qu'il n'intervienne en variante obligée du composé.
Les variations de service passionnel ne causent donc aucun froissement de[ |; d'autre part elles causent un surcroît de lien. En effet, croit-on que Dorante et Colinette seront longtemps brouillés pour une
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cessation de service ? non, ils n’iront pas à 8 jours sans se rejoindre et raccommoder en quatre mots leur querelle vraiment légère, parce qu'elle n'aura pas pu être poussée à l’aigreur, comme en civilisation, oùlla longueur des débats, le délai des séparations enveniment les moindres discordes et font une [ ] d’un germe de [ ]: Ici, au contraire, la querelle de Dorante avec Colinette étant oubliée au bout de # jours, malgré le changement il aura dans Chloé et Colinette deux pagesses affectionnées. Une autre querelle lui en donnera 3 sur le seul battage des habits et ainsi sur tous les détails du service domestique, où le mode passionnel composé devient [ ].
Des philosophes vont mêler ici une question de mécanisme amoureux direct dans une amitié indirecte. Nous n’en sommes ici que sur la domesticité passionnelle composée, que nous envisageons comme fonction émulative et préférence amicale; peu importe que l’amour y intervienne , les passions ne sont jamais de trop quand elles se soutiennent et se renforcent l’une, l’autre, en essor honorable et indépendant. Colinette et Chloé, dans le cas dont il s’agit, ne seront point avilies en relations d'amour avec Dorante , puisque leur salaire sera indépendant de lui. Qu'’elles en reçoivent quelques présents à titre de courtoisie, il n'est pas moins certain qu'elles ne pourront, ni ne voudront accepter de lui une obole pour service domestique. On sert la tribu et non l'individu, celui qui serait convaincu d’avoir accepté quelque chose pour service individuel, serait à l’instant réprouvé et congédié par sa série, comme coupable d'esprit vénal, de sujétion individuelle, de mœurs mercantiles et civilisées.
C’est escobarder, diront les philosophes, et qu'importe que Colinette ne reçoive pas de Dorante le salaire légitime à titre de service domestique , si elle reçoit de lui le double et le triple pour des complaisances criminelles condamnées par la philosophie moderne. -—- Eh! de quoi vont se mêler les philosophes? encore une fo's pourquoi compliquer une affaire accidentelle d'amour avec une d'amitié en service passionnel ? qui leur a dit que Colinette aura avec Dorante ces privautés qui font frémir la philosophie moderne? à supposer que cela soit, serait-elle moins complaisante en Civilisation ? non, elle le serait davantage et plus vénalement; mais est-il sûr que Dorante cherchera les faveurs de ces jeunes filles, par suite de quelque service domestique, auquel il n’assistera pas, car elles n’entreront guères chez lui qu’au moment où il n'y sera pas ? D'ailleurs, quand on connaîtra le mécanisme de la Tribu, on verra que les relations d'amour s’y établissent par tant d’autres voies romantiques et nobles, qu’il faut bien se garder de les attribuer aux rencontres de service domestique, service qui, au contraire, est un dis-
- solvant d'amour dans tous les cas, où il n’est pas passionné, mais du
morncn où it est passionné À west phas service, il derient branche d'a our ou d'amitié où de J’une et Pastre passion, il est lien sublime ea .œ qu'il combine l'essor de 2 cardinales.
Au résumé, le service passienuel composé, denne dans la Tribu le décuple (ce n’est pas trop dire) des jouissance, que peut donner le service passionsel simple en Civilrsation, dans les cas où à réussit pleinement comme lorsqu'il est fait par un valet sincèrement affectionné et désistéressé, par une maïtresse à son amant, ou par une fille empressée pour un père. Ajoutens qu’il est rare en Civilisæion que le service offre le charme de la réciprocité, qui à tesjours lieu en harmonie. Car celui qui jouit positivement du service passionnel avee 30 domestiques d'ébte en toutes fonctions, exerce lui-même activement dans d’autres fonctions de série un service passionnel, envers ceux à qui il est désireux de payer la dette d'obligeance. -
De là naït entre les mégaux, serviteurs ou non, une affection ardente qui, portant sur uue trentaine d’industriels et souvent sur une centaine per suite des changements, s'étend bien vite à la masse entière de la Tribu et produit ligue fédérale des servis avec les servants, intervention des servis pour le soutien des intérêts et droits honorifiques du corps de pages. |
Cette ligue sincère, cette charité fédérale est due à l'influence des petites hordes qui, s’emparant par esprit de religion de tout service immonde, répugnant et dédaigné, ne laissent aucune teinte de bassesse .ux autres fonctions. Il ne peut exister aucun service abject R, où tout ce qui serait réputé abject serait envahi à l'instant par une corporation très noble, et jouissant du plus grand lustre. Ainsi s'évanouit la défaveur attachée aux fonctions domestiques, il n’en reste que les jouissances de service passionnel et l'esprit de ligue fédérale entre les obkigeants etles obligés. C'est ici que l’on peut dire de l’harmonieux mécanisme des séries passionelles : 1l fait naître les accords des fonctions même qui, parmi nous, sont les gages de désunion générale, témoin cette relation de domesticité qui, chez nous, exercé en simple et en salaire individuel, y aboutit à semer les hatnes dans tout le corps social, par l'irritiation inévitable des valets contre les mattres, toujours injustes quand ils salarient et traitent du salaire en stipulation inditiduelle.
Chez nous, le seul [ ] de la domesticité et du salaire qui en est une branche, suffit pour exciter la guerre secrète du pauvre contre le tiche : nous allons le [ ] en plein accord, enligue d'intérêts, par la seule métamorphose de ce ressort que nous éléverons du simple au composé.
Qu'on s'abstienne donc d’opposer à cette théorie le danger d’aceoin-
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tances illicites entre tels et tels. Si, lorsque je traite d’une harmonie de passions en système bien restreint, on veut que j'en retranche l'emploi des passions plus fortes, comme l'amour, sur quoi donc faudra-t-il que j'optre, et quels leviers pourrais-je mettre en jeu ?
Evisageons mieux le problème, et considérons qu’il s’agit de multiplier les liens sociaux sur chaque fonction, y faire concourir toutes les passions le plus fréquemment que possible, et leur donner l'essor noble et libre qu'elle n’ont pas en civilisation, c'est-à-dire les développer en bauts degrés, par 6°, 6°, 7° et 8° où elles produisent, outre les accords collectifs, le règne de la vérité, qu'on a la stupide prétention d'introduire en Civilisation, sans songer qu'elle ne peut s’établir que par l’essor des passions en hauts degrés 5, 6, 7, 8, par l'essor de toutes et non d'une exclusivement, et que vouloir en bannir une seule, c’est vouloir moduler en fausseté dans tout l'ensemble du mécanisme.
Loin de ces [ ] de préjugé, il faut au contraire spéculer sur les moyens d'élever chaque passion au plus haut degré possible, et puisque l'amour, borné aux accords de seconde, tierce et quarte, n’est qu’un germe de discorde générale, il faudra s'attacher à l'élever au moins en accord de quinte ou infidélité composée, où il devient déjà un puissant levier de concorde. C’est précisément la propriété de la Tribu mixte, où la manœuvre d'amour pourra s'effectuer en quinte générale, mais sans arriver à l'accord de sixte, qui est le plus tendre et le plus romantique, encore moins aux accords d’octave direct et indirect, décrits en 409 et 44 touches.
Au reste, comment , avec un embryon de Phalanstère passionnel, pourrions-nous prétendre aux accords transcendants, et ne sera-ce pas déjà un plein triomphe, que de fonctionner harmoniquement dans une foule de degrés, dont la Civilisation ne fait naître que la discorde générale, parce qu’elle ne peut pas s'élever jusqu’à la quinte qui est le plus bas des liens en accord passionnel, et sans qui les accords inférieurs quarte, tierce, seconde ne spnt qu’une zizanie passionnelle, dont l'aspect révolte les âmes honnètes, et fait naître les 400,000 volumes de réveries sociales, qui veulent réprimer les passions, ou en d’autres termes réprimer Dieu qui en est le créateur et le distributeur.
Avec notre faible noyau, nous n'avons pas pu d'emblée tenter un développement général sur toutes passions. Il a fallu opérer particulièrement sur chacune, c’est-à-dire sur les 4 cardinales dont l'équilibre suppose celui de toutes les autres. Là où on s'accorde en Amitié, en Amour, en Ambition, en Esprit de famille, sur quoi ne s'accordera-t-on pas?