DES BANQUES RURALES
Il est évident que l'usure est devenue manie générale sous des noms décents et des formes bénignes, commeles placements en fonds publics, l'exercice de la banque, etc. Ces divers genres d'industrie ne sont autre chose que le domaine de l’usure et de l’agiotage ; le banquier le plus honnète prête à la journée; car il compte les intérèts jour par jour , faisant payer comme achevé le jour commencé; quelques-uns même spéculent à l'heure et calculent sur le retard habituel de leurs paiements pendant 6 heures.
La banque n’est donc autre chose que l’usure, et quant au placement en fonds publics, c'est la manie usuraire alliée à la manie du jeu. Telles sont les professions qu’on révère et qui fixent l'attention générale, même de la classe noble; autrefois elle dédaignait les manigances mercantiles ; aujourd'hui elle déserte et vend ses domaines pour venir exposer à la bourse ou y envoyer ses capitaux du fond de la province,
Comme on Île voit dans les faillites d'agents de change où figurent des légions de propriétaires de la province.
Tel est le germe d’un grand évènement que personne ne prévoit, mais qui s'avance à grands pas, c’est l'entrée en 4° phase de Civilisation. Souvent on se demande à l’aspect d’une innovation politique: Où va nous conduire ce [ }? On n'a pas encore songéà appliquer cette question au progrès colossal de la banque et de l'agiotage. On vend aujourd'hui le revenu des royaumes aussi lestement qu'on vendait autrefois des culottes; les mines de l'Amérique et les finances des états ne sont plus que des pièces d’étoffes étalées dans la grande boutique de l’agiotage, les capitaux se concentrent de plus en plus entre les mains des banquiers, des chefs de compagnies et des hauts ct puis-. sants tripotiers qu'on nomme gens d'affaires. Autrefois un banquier riche de 2 à 3 millions était cité comme colosse; aujourd’hui quelques uns possèdent cent millions et 1l faut de 20 à 30 millions pour ètre un notable dans la confrérie. Celui de 2 à 3 millions n’est que petit bourgeois en banque.
C'était donc le cas de se demander où nous conduira cet empiètement gigantesque de la banque , effet d'autant plus digne d'attention qu'il fait des progrès rapides. C'était là un beau sujet d'investigation ; mais la science, tout occupée de suivre les recherches sur les vieilles pierres d'Egypte([ ]caractère, inquiétude du passé et non de l’avenir, seul utile à connaître) ? ne songe pas à prévoir et neutraliser les événements qui peuvent changer la face du monde. Il faut rendre justice aux banquiers et agioteurs , eux-mêmes ne savent pas non plus où ils conduisent l’état social. C'est le seul instinct de la cupidité qui dirige toute la force des choses et entratne la Civilisation , mère depuis longtemps, pour passer en 4° phase. Ceux qui rêvent l’immobilisme prennent bien mal leur temps, car jamais le monde social ne toucha de plus près à un changement décisif, qu'aucune théorie d'immobilisme ni d’obcurantisme ne saurait empêcher : répétons que je ne parle pas de l'association, j'en suppose la théorie ignorée ct je ne disserte ici que sur la tendance à une 4° phase de Civilisation. Ce ne serait pas un événement fàächeux , mais, au contraire, une innovation très-paisible, séduisante, pour les gouvernements comme pour les peuples, une restauration industrielle, qui serait toute confite en douceurs et pluisirs. Plus d’indigence, plus de soulèvement d'ouvriers, comme à Manchester, plus de populace affamée, déguenillée, plus de retard dans le paiement des contributions du pauvre, plus de privation de travail, plus d’insubordination chez la classe inférieure, ce serait la merveille sans égale que cette 4° phase, et la philosophie, qui toujours intervient après coup pour s’attribuer ce qui n’est qu'effet du hasard, aurait beau jeu de s’é-