TOME X
crier : Quel progrès vers la perfectibilité, sous la bannière de l'auguste philosophie du commerce !
Je n’ai décrit que le germe de cette innovation , l'empiètement de Ta banque. Expliquons maintenant la marche qu’elle suivrait. Elle n'est encore qu'enfant dans l’agiotage, car elle ne brocante que les revenus présents et futurs des empires, à peine quelques branches du fonds , comme les mines, les canaux , mais son art de dévorer l'avenir ne sait point encore s'exercer sur le fonds entier, c'est là le but à atteindre en banque , il faut en venir, et bien vite, à posséder le fonds, créer une agence de tripotiers moraux qui, d'accord avec le gouvernement coassocié et copartageant, organisent un vaste coup de filet pour s'emparer, par voie très-légale, de la massc entière des propriétaires, — entière, sauf l'exception ; — nrais dans cette affaire, quand on tiendra moitié ou tiers en possession , l’on tiendra le tout en propriété indirecte.
Il y a longtemps qu'on a sous la main le germe de cette opération, les monts-de-piété ou agence de prèt légal sur nantissemert. Il ne s’agit que de les appliquer à l’agriculture , au grand contentement des cultivateurs mêmes qui sont dévorés en détail par des usuriers locaux et des compagnies parisiennes prétant ostensiblement à & ou 5 pour 400 d’agio, et grivelant jusqu'à 20 pour 100 par des accessoires. Ceci rappelle qu’il y a trois ans un financier ou homme d'affaires, qui avait fortement déclamé dans les journaux contre les extorsions fardées , voulut y substituer des mesures modérées, et mit en scène un plan de commandite dont il aurait été le chef, où l’agiotage devait être borné à 5 pour 100. Ses adversaires, en réplique, disséquèrent le plan et prouvèrent que son projet au lieu de 5 pour 100 s’élèverait réellement à 417 pour 100 avec les accessoires. Voilà où en est la pauvre agriculture avec les secours de cent théories d'industrialisme ; encore est-elle heureuse de recourir à ces compagnies vampires, grugeaut 17 pour 100 par an; ils sont moins voraces encore que ceux qui, dans certaine ville, prêtent sous la halle à un écu le cent par mois ; ce qui fait 36 pour 400 par an, taux vraiment moral et chinois, car en Chine, centre de la morale et des bonnes mœurs, l'intérêt légal est de 35 pour 100 par aa, selon les lois. |
Il ne faut pas s'étonner que dans un tel état de choses on voie des gens très-pieux, très-moraux, prêter consciencieusement à 10 pour 400, tout en croyant faire une œuvre pie et travailler à leur salut en préservant l'agriculture des usuriers qui lui prennent 20 et 30 pour 100. J'ai vu de saintes gens raisonner ainsi et prêter à 10 pour 100 pour la plus grande gloire de Dieu ; aussi l'esprit commercial a légalisé toutes ces [ 1 et l’on n’a plus même ces scrupules de nos aïcux en matière
de prêt. Tout s'est perfectionné, mème la conscience religieuse des prèteurs.
Notre siècle a sanctifié 2 professions qui n'étaient rien moins que saintes autrefois, ce sont le commerce et la diplomatie. Des diplomates se disent saints en aidant à faire égorger et apostasier les chrétiens; des usuriers {je pourrais les citer) se disent saints en cachant à leurs confesseurs qu'ils ont prèté à 20 pour 100. Si on les en badine, ils répondent : Je l'ai fait pour le commerce; ce n'est pas pécher, c’est affaire da commerce. Ainsi, grâce aux saintetés de fratche date, saintctés mercantile et diplomatique, tous les crimes, toutes les infamies deviennent œuvres pies. Montesquieu se plaignait déjà de ce conflit de saintetés, en disant : Le mariage est un état saint et le célibat un état saint ; tout état est donc saint, car on ne peut être que garçon ou marié. Montesquieu trouverait aujourd'hui une hiérarchie de sainteté plus embrouillée ; mais rentrons dans le sujet.
Il s’agit de prouver que le monde social marche à l’usure féodale, qu'elle s’établira dès qu'un ministre en aura la pensée, la velléité, car elle sert merveilleusement les vues de centralisation et concentration qui règnent aujourd'hui chez les ministres de tous pays ; elle est même pour eux voice exclusive, hors de laquelle ils n'attcignent point le but et se trouvent en conflit avec le monde commercial, ainsi qu'on l'a vu dans l'affaire de la société commanditaire de l'industrie , qui à porté ombrage au ministre des finances ; d’où il est clair qu’il voudrait exer— cer cette influence, à laquelle marchent le commerce et la banque. Je vais lui indiquer le moyen d'y parvenir, et avec l'appui de l'opinion qu'il n'a pas toujours de son côté, mais qu'il aurait pleinement dans cette occasion.
Déjà elle est en faveur des monts-de-piété, qui sont pourtant trèsvexatoires cn ce qu'ils n'avancent réellement que moitié de la valeur réelle, et confisquent trop tôt l'objet engagé. Cependant ils sont moins rançonneurs que l’usurier bourgeois, ils sont donc le moindre mal en usure, et tel est Ie but auquel doit tendre la Civilisation, car clle ne peut pas arriver au bien possible, mais seulement au moindre mal. C’est l'effet que produiront les Banques rurales pour toutes les classes de propriétaires à qui elle prêteront sur engagement du fonds ou des ré coltes. L'entreprise étant très-lucrative[ ], Ie ministre des finances ne courrait aucun risque Cn créant, pour essai, une de ces banques rurales au voisinage de Paris, dans une petite commune de 15 à 1,600 babitants, sous sa direction. Il pourrait, dès la première année, estime: Îcs résultats généraux que donnerait cette méthode étenduc à la France entière.
Je vais analyser ladite méthode et en décrire les résultats.
La Banque rurale se compose des officiers divers nommés par le gouvernement, si c’est lui qui fonde l'établissement, et d'actionnaires votants, jouissant d’un nombre de votes proportionné à la masse de leurs actions.
Les concessionnaires de chaque Banque rurale versent un cautionnement à la’ caisse d'amortissement, et garantissent au fisc portion quelconque, un tiers ou un quart dans les bénéfices.
La Banque rurale ne se borne pas comme le mont-de-piété au prèt sur gage, elle opère activement en industric ; elle occupe la classe pauvre et se forme une ferme expérimentale, opérant selon les instructions d’un comité d’agronomes, placé dans la capitale, sous la direction du ministre. |
Le fisc est associé de la Banque rurale, comme il l'est du mont-depiété. Le ministre concède l’exploitation de chaque canton, chaque arrondissement , chaque division. Ainsi les Banques rurales sont comme les droits réunis , les douanes, etc., une agence du ministère, mais plus étendue à elles scules que toutes les autres ensemble ; aussi occuperaient-elles amplement un ministre spécial, qui nomme les agents au nombre de 12 à 15 dans chaque Banque rurale.
La Banque rurale prête au taux commercial qui est 6 pour 4090 l’an. Ce taux n’effraie pas les cultivateurs, ils savent bien que les compagnies qui prètent à 5 et à 4 en prennent bien plus de 40 avec les accessoires et les pièges.
La banque rurale prète les deux tiers de l’objet consigné; le troisième tiers payable à l’époque de la vente, soit de la récolte déposée, soit de l'immeuble non dégagé. Elle doit étre pourvue d'un édifice propre à recevoir les récoltes nantics, en bien gérer la manutention, surtout celle des liquides , si mal tenus par le paysan qui n’a pas l’attirail nécessaire en caves, futailles, et ne peut pas se les procurer.
En déposant à la Banque rurale , il trouve le triple avantage, 1° de voir sa récolte mieux gérée, mieux garantie des dégâts et intempéries ; 2 d’en recevoir d'avance les deux tiers de valeur, sans être obligé de vendre à l'instant ; 3° de travailler lui-même, avec salaire, au soin de ses propres récoites, qui, si elles étaient enserrées chez lui, lui coùteraient son temps, un salaire de valet, un achat d'ustensiles, futailles, etc., et des avaries inévitables dans une mauvaise manutention. Ainsi fout cam:agnard , mème l’homme riche, sera fort aise de verser tout le gros de sa récolte à la Banque rurale, moyennant une provision fixée à un taux très [ ], car la Banque rurale, opérant sur une grande masse de dcnrées, ne fera que le tiers des frais que fait un particulier.
Les récoltes versées à la Banque ne sont pas distinctement soi-
gnées ; elle peut recevoir du blé de cent individus, elle ne fera pas cent tas de blé, ce scrait perdre tout le bénéfice de gestion combinéc; elle se borne à faire 3à 4 tas, selon la série distincte des qualités, et ainsi des vins et de tous les objets déposés. Celui qui a versé dix hectolitres de vendanges en 3° qualité n’a droit que sur le foudre de 3° qualité et sera payé selon le produit de ce foudre ou estimativement s’il ne veut pas attendre la vente du foudre. La Banque par cette gestion combinée des récoltes petites et grandes qui lui sont consignées, épargnant une grande partie du temps “qu’'absorhe la gestion incohérente, il arriverait que beaucoup de paysans resteraient oisifs, surtout en hiver si elle ne se ménageait pas des moyens de les occuper. En conséquence elle doit avoir un jardin, une ferme, et trois manufactures, une pour les hommes, une pour les femmes, une pour les enfants, ou bien une seule si elle présente des fonctions applicables aux 3 sexes. Elle doit avoir aussi des écuries et cuisines spéculatives, salles d'enfants et écuries; le villageois ne pouvant pas ni bien traiter, ni faire prospérer ses animaux, ni se nourrir sainement et à bas prix. ni soigner convenablement ses enfants, elle traitera à prix convenu sur les 3 branches de dépense, et le villageois s’empressera de traiter avec elle, soit pour le bien-être des hommes, enfants et animaux, soit pour l'épargne du temps qu'il emploiera au service de la Banque, soit par l'avantage de ne rien débourser et jouir d’un crédit à la Banque sur la vente future de ses récoltes ou le produit de ses travaux, et même pour le logement qu'on dohnera à prix convenu à la classe pauvre dans les lieux où la Banque aura des édifices convenables.
Les sources de bénéfices de la Banque sont :
4° Les économies de gestion combinée (voyez sur leur énormité l’article de la préface) et cette gestion sera énorme parce que la grande majorité des habitants et surtout les gros propriétaires qui ne résident pas habituellement, remettront leurs récoltes à la Banque dont les greniers et les caves seront surveillées chaque jour et bien garanties contre les intempéries, les insectes, les rats, et autres fléaux, qui causent
tant de dégats dans les dépôts des particuliers. J'ai vu un arrondisse-
ment peu étendu perdre en un seul été trois mille muids de vin qui
poussèrent parce que les paysans ct même les propriétaires aisés man-
quent d'édifices et moyens convenables à la manutention.
2° Les bénéfices de ventes opportunes. Le paysan est obligé de vendre à vil prix au moment de la récolte; en 4819 on vendait, à 50 sous la mesure, des blés qui selon le compte des frais de culture coùtaicnt 62 sous aux cultivateurs ; ils ne pouvaient donc se tirer d'affaire qu’en
vendant à 70 sous, et pourtant ils donsaient à 50, par besoin de vivre, pour éviter les garnisaires, les usuriers.
La lésion du Coivateur cst bien plus forte en pays vignoble : aussi n'est-il rien de pauvre comme les vignerons, presque tous obligés de livrer à vil prix, au moment de la récolte, des vins qu’il faudrait garder 2 et 3 ans. La Banque rurale ne se presse jamais de vendre à la baisse, elle a des capitaux à &0]0 l'an, car, outre le fond des actions à dividende, elle a des versements de diverses parties à qui clle assure des avantages de comptes courants, une voix de plus aux délibérations, etc.
8° Les provisions ou droits de commission et gestion qui s'élèvent à ‘une somme assez considérable.
&° Le bénéfice des cultures sur les terres confiées à fermage fixe ; les gens riches aimeront mieux traiter avec elle qu'avec les paysans, fri pons et retardataires dans les années stériles.
5° Le produit desterres qu'elle acquerra successivement par expiration destermes de prèt.
6° Le hénélice de ses manufactures.
7e Le produit des jardins, fermes et étables.
De Entin, le bénéfice de commerce direct, moyen d'éviter par une forte consommation l'entremise et l'extension du commerce que les banques fereient entre elles sans voie de négociants.
K Puis la voie de bénéfice dans le bas prix des capitaux versés en
compte courant.
Le bénéfice du peuple se trouve dans la garantie contre le prét usaraire, la garantie de travail fructueux, moyen de profiter de ses pctites récoltes ct faculté de faire donner les soins convenables à ses enfants et ses animaux , bénéfice des journées qu'il pourra consacrer au travail salarié par suite de l'épargne de temps.
Le bénéfice du gouvernement se trouverait dans les articles suivants (je ne mentionne ici que la France):
49 Faire verser 300 millions à la caisse d'amortissement en suppo— sani 4500 banques rurales, dout les concessionnaires fourniraicat en moyenne 20,000 fr. de cautionnement.
@° Ajouter 200 millions au revenu fiscal par le produit des dividendes alloués au fise dans chaque phalange ; plus 50 et peu à peu 400 millions qu'on épargnerait en frais de perception, les banques faisant l'a vance de l'impôt du pauvre et des dépositaires de récoltes. [l en serait de méme des ménages combinés qui s’organiseraient daus les villes à li mitation des banques rurales, au moyen de quoi on parviendrait à abonmer bientôt tous les impôts des classes moyennes et basses.
3° Procurer subitement à 200,000 protégés du gouvernement
des emplois lucratifs en tous degrés, car il faut environ 12 à 45 employés par Banque rurale, le directeur, les gérants, les commis et les valets.
4° Maïtriser sans monopole ni contrainte le commerce des grains et comestibles et garantir à jamais des extorsions commerciales et famines, par les silos de réserve qu'entretiendraient toutes les Banques rurales. |
5 Extirper et prévenir l’indigence par le travail que fourniraient les Banques rurales en tout temps, et, par convention avec elles, prendre le soin des infirmes et malades.
6° Opérer en plein un bien qu’on a vainement rêvé, la restauration des forèts que le peuple ne dévasterait plus parce qu’il serait chauffé et nourri à la banque ; elle ferait donner à la culture des forèts le temps qu'on emploie aujourd'hui à les dévaster. ,
7 Établir en tout canton une caisse d'épargne où l’on recevrait aux conditions d'usage les petites sommes du pauvre en leur procurant dans l’intérieur de l’édifice des délassements et repas aux jours de chômage pour les détourner des habitudes vicieuses, cabarets et autres.
bd Enfin, établir la discipline populaire en soumettant le peuple à un régime régulier, l’action unitaire du gouvernement, par des fermes expérimentales qui, en chaque canton opéreraient méthodiquement selon les instructions données par le bureau ministériel d'agriculture.
K. Métamorphoser de fait le système commercial qui tomberait par la ligue des Banques rurales pour éviter l'intermédiaire ou négociant et traiter en droiture, effet qui ramènerait à l’industrie productive tous les capitaux et les neuf dixièmes des agents qu'absorbe aujourd’hui la complication commerciale.
Telle est l'opération qu'aurait dû faire depuis longtemps le gouvernement au lieu d'abandonner l'industrie à la concurrence individuelle et au morcellement. Voilà pour ceux qu’épouvantent les prodiges sociétaires une opération de basse catégorie civilisée et pourtant colossale en bienfaits ; le plan n'en est pas suspect, car il n’est que l’application, l’extension d’un germe existant sous le nom de Mont-de-Piété.
Nous avons à examiner comment on amènerait peu à peu la mort naturelle de la Civilisation et l'entrée en 6° période. L'effet n'aurait pas lieu d'emblée, car les Banques rurales deviendraient d’abord tyranniques ; l'esprit civilisé abuse de tout, et ne verrait d’abord dans cette innovation qu'un moyen de museler les peuples, pressurer la classe pau- -vre par une méthode qui augmenterait considérablement le produit sans enrichir le peuple. Bicntôt toutes les petites propriétés tomberaient entre les mains du gouvernement par expiration des délais de prêt, et alors toute la classe pauvre serait transformée en industrieux enrôlés et dis-
ciplinés , recevant comme le soldat vêtement et ration à la Banque rurale. Diverses propriétés de familles moyennes écherraient aussi à Ja banque par suite du prèt, desorte que le gouvernement posséderait bientôt un tiers du territoire; il pourrait alors monétiser le territoire selon le rêve de quelques forcenés qui n'ont pas observé que pour monétiser le tout ou partie du territoire, il faut d'abord posséder la partie qu'on veut monétiser. Or, lc gouvernement actuel ne possède que le revenu et non le fonds, mais au moyen des Banques rurales il pourrait en moins d'un demi siècle acquérir le 414, puis le 413, ct la 412 des immeubles. Je le répète, cet empiètement fiscal se présenterait sous les couleurs les plus séduisantes, les plus morales. On verrait le peuple morigéné, discipliné et ennuyé de cet état de monachisme industriel, mais comme il serait à l'abri de l’indigence et du manque de travail, vètu décemmentet contenu sévèrement, on peindrait tout en beau ce nouvel ordre. La philosophie chanterait le perfectionnement et le progrès des lumières sociales. On aurait trois beaux pretextes de jactance: 4° Îa discipline introduite parmi le peuple ; 2° l'accroissement réel du produit, car cette 4° phase de civilisation rend au moins 4,4 en sus de la 3° et le produit de la France estimé 5 milliards s'élèverait promptement au delà de 6. Le 3° serait la facilité des améliorations impossibles aujourd’hui, comme la restauration des forèts et des sources, la construction et l'entretien cantonal des chemins vicinaux sans les mettre à la charge du fisc, les travaux généraux d'irrigation qui seraient exécutés en grand par la Banque rurale ; enfin les reconstructions de nos sales bourgades et villages dont on ne conserverait que les maisons de la classe aisée, tandis que toutes les masures seraient remplacées par un bon édifice attenant à ja banque, et où elle logerait la populace enrolée, comme aujourd'hui le seigneur loge ses valets dans une attenance du château. Un £° trophéc apparent serait le changement de mœurs, la mascarade morale. On verrait non seulement les pères, mais la jeunesse entière devenir avaricieuse et ladre comme les Chinois et les Autrichiens. La Civilisation dans son âge de vieillesse ou 4° phase prendrait les caractères de la vieillesse qni est généralement avare. Sans ce [ le gouvernement deviendrait bientôt propriétaire de tous les immeubles par les folles dépenses des gens riches, mais les prodigues et dissipateurs sont infiniment rares dans cet ordre, ils seraient raillés et traités de fous par leurs égaux en âge. Le monde social parvenu à ce caractère sordide n'en vaudrait pas mieux, il serait encore plus hypocrite qu’à présent ; tout jeune homme s’élèverait à la fausseté méthodique d’un diplomate. On n'aurait aucune commisération pour le peuple, on dirait: « Rien ne lui manque, » et vraiment il ne manquerait de rien quant austrict nécessaire, mais il serait bien chétivement nourri et payé,
et ne poürrait guère s'émanciper de ce nouveau joug, car il ne trouverait plus de fermes, les riches aimeraient mieux affermer à la Banque rurale qu’à un individu sans moyens.
Nos sages commettent une grande bévue quand ils { ] de la perfection dans le caractère mercantile et usuraire de la jeunesse actuelle , élevée à peu près comme les jeunes gens de Chine, qui à vingt ans sont tous des usuriers raffinés. Aujourd’hui la jeunesse , il est vrai, n’est plus dissipatrice, comme elle l'était il y a un demi siècle; elle est faconnée à ne s'occuper que du 5 et du 3 010, de report et de dont-un, mais c’est un jeu où les familles se ruineront aussi bien qu'aux anciennes mœurs, et cela ne prouve autre chose que le progrès de l'égoïsme, inhérent à l'esprit commercial , que la tendance de la Civilisation à la &° phase, qui est la féodalité mercantile et usuraire à laquelle on marche à grands pas. Il est certain que dans cet ordre les jeunes gens seront très-peu dissipateurs, comme sont aujourd'hui ceux de Bâle et Genève, mais les enfants et les pères seront-ils moins vicieux, moins égoistes? le système social sera-t-il moins pervers , le peuple moins pressuré ? Non , il le sera plus encore, avec des formes plus régulières.
Toutefois la plus belle propriété de cette nouvelle Civilisation, c'est qu’elle ne pourrait pas durer longtemps sans se détruire par elle-même, et voici ce qui amènerait sa chute.
Après la première fougue passée, après les jactances des perfectibilités perfectibles, on verrait les écrivains politiques tomber dans un grand dénûment de sujet. L'organisation et les modifications des banques rurales pourraient bien occuper cinquante ans les faiseurs de systèmes. Après quoi il ne resterait plus rien à dire sur le sujet, car on connaitrait par expérience les meilleures dispositions pour pressurer le peuple, et on dirait de toutes parts aux sophistes que la perfection sociale qu'ils cherchaient est découverte et qu'on n’a plus besoin d’eux. Il y aurait pénurie absolue de sujets pour les systèmes : rien de neuf à dire, à moins de changer de marche, abandonner leur odieux système de ne travailler que pour le bien-être des riches.
* Comme ils seraient obligés de spéculer sur des masses , vu que toute industrie populaire serait organisée par masses nombreuses et non par couples conjugaux, ils arriveraient forcément à l'étude de l'attraction industrielle , étude qui consiste à spéculer sur des masses opérant combinément et sur l'art de rendre heureuse et enrichir la classe pauvre tout en enrichissant la classe opulente. Ils découvriraient cet art, parce que le besoin d'écrire et vendre les forcerait à chercher une voie de changement du sort ces masses populaires. Ce changement ne pourrait convenir aux riches qu'autant qu'il présenterait bénéfice, et tel est
l'effet du régime d'attraction industrielle: tous les philosophes tourneraient donc leurs vues vers cette nouvelle branche de calcul; ils deviendraient forcément pbilanthropes , faute de pouvoir écrire en faveur de l’égoïsme.
Une fois engagés dans cette carrière ils y prendraient goût , parce que les premiers essais seraient très-fructueux pour le canton d'épreuve et très-honorables pour l'inventeur. Alors tout se jetterait dans cette nouvelle route; on consentirait à prendre pour règle et base de système l'essor de cette attraction si dédaignée aujourd'hui , et l’on arriverait peu à peu à la disposition par séries et courtes séances. (Je la suppose non inventée.) Dès lors la Civilisation entrerait en 7° période, association simple, adaptée aux pauvres et non aux riches. Ce serait la mort naturelle de la Civilisation ; elle ne pourrait plus renaître , et le monde social passerait à la 7° période en fraachissant la 6e.
Ainsi, la 4° phase, quoique tout aussi vicieuse et oppressive que la 3°, a sur celle-ci une grande supériorité, c’est de conduire au progrès social par double voie : conduire en 7° période par les banques rurales ou monts-de-piété agricoles, et conduire en 6e période par la concurrence réductive ou maftrise proportionnelle illimitée dont je traiterai au chapitre suivant.
Si la 3° phase de Civilisation rend l’état social stationnaire, ce n’est pas qu'elle manque de moyens, mais les génies ont pris une marche noueuse et timide , n’osant pas sortir de l’ornière ni déroger aux coutumes de morcellement individuel, et manquant de grandeur dans le vice dont ils suivent la voie. Les grands vices mènent au progrès social comme les grandes vertus; c’est une loi générale de la nature que celle du contact des cxtrèmes. Quant à la petitesse, elle ne mène à rien, et c'est pour cela que le mouvement civilisé n’a fait aucun pas en avant depuis 300 ans qu’il est entré en 3° phase. Pour peu que les philosophes eussent eu de grandeur dans le crime, s'ils avaient su spéculer sur un monopole vaste et universel , embrassant le commerce et la conquête, s'ils avaient spéculé sur un vaste plan d'usure, envahissant les empires entiers, depuis longtemps ils auraient effectué de grandes et utiles opérations ; mais la petitesse de génie est le coup mortel pour le mouvement social , et telle est la cause pour laquelle il est stationnaire et rétrograde aujourd'hui, où il est pourvu de tant de moyens pour s'ouvrir quelque issue du labyrinthe civilisé. |
Quelle est la cause qui nous y retient si malheureusement ? C'est la faculté qu'ont les philosophes de gagner sur les théories de morcellement industriel et distribution des cultures par familles. En plaidant pour ce régime de fourberie et d’indigence, ils vendent beaucoup de
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DES DIVERSES ISSUES DE CIVI: ISATION. 203
systèmes ct de nouvelles philosophies ; ils obtiennent des pensions, des fauteuils, enfin leur commerce va. Si on leur propose de le quitter pour s'attacher à des théories de vérité et d'association , ils en hausseront les épaules et diront : « Nous avons un commerce qui va bien , et vous voulez que nous le quittions pour .un que nous ne connaissons pas, qu'il faudrait étudier sans savoir ce qu'on y gagnera; nous ne sommes pas si dupes. » Au résumé ils vous répondent comme le marchand à qui on dirait : Vous vendez là des étoffes détestables, dont le tissu léger et le faux teint ne peuvent pas durer une quinzaine , c'est de la droguc infâme : —à cela le marchand répondrait: Drogue tant que vous voudrez, c’est le meilleur article de ma boutique, je le vends aussi cher que du bon, il y a si peu de connaisseurs! — Dans le même sens Jes philosophes vous diront : « Ce morcellement que nous prônons, cette Civilisation perfectible , c'est un excellent article, il fournit à bien des systèmes qui se vendent bien. »
Tel est l’effet du caractère civiisé qui transforme les sciences en valeurs vénales, en articles de boutique. Aujourd'hui le monde social les juge, comme Îles procureurs jugent une mauvaise cause bien payée; dites lui que c'est un proces d’une injustice criante, qu'il devrait avoir honte de s’en charger, il vous répondra: c'est le meilleur procès de mon étude, c’est un client qui paye bien, une affaire qui s'embrouille sans fin ; il y aura gros à gagner là dessus, c'est la perle des procès.— Voilà au plus juste dans quelle situation le monde civilisé s’est placé, laissant carte blanche à ses philosophes sur le choix des sujets ; ils ne pouvaient manquer , à titre de procureurs littéraires , de choisir les eontroverses qui l’embrouillent le plus, telles que la civilisation perfectible, la morale douce et pure , les grandes vérités du commerce et autres articles de goût. Qu'on écrive sur pareil sujet pendant dix mille ans, on se comprendra moins qu'avant le premier jour; le commerce ira, les systèmes se vendront, c'est là tout le but des fabricants de systèmes et des libraires.
Mais si vous supposez un changement de régime industriel, un passage du morcellement au régime d'industrie combinée , par suite une bascule dans les modes littéraires, les philosophes seront obligés de spéculer comme le marchand à la suite d’un changement de mode, qui voit par cette mode nouvelle son magasin à moitié paralysé : telle drogue qui était si bonne à la vente est rebutée tout à coup, Particle ne ca plus, il faut se retourner sur d'autres articles. En voici un qui commence à prendre, c'est la théorie de l'attraction appliquée à l’industrie ; il faut tenir cet article, faire dans l'attraction, comme on dit en style commun faire dars les draps, et dès lors les philosophes se retourneraient sur l'attraction et ils arriveraient peu à peu au but,
lors même que cette théorie serait inconnue. A défaut de génie l'esprit de çontradiction leur servirait de guide et leur donnerait la force de secouer le joug des préjugés ct repousser tout calcul sur les devoirs. Dès ce moment ils sortiraient de l’ornière civilisée, ct leur sirène civilisée deviendrait tout à coup l’objet de leurs outrages; ils la traiteraient comme Voltaire traite les ministres congédiés ; il nous dit élégamment qu'on leur verse le pot sur la tête. Ainsi feraient les philosophes une fois engagés dans la théorie de l'attraction; et voyant par les essais progressifs de la Banque rurale un succès toujours croissant, ils abjureraient définitivement leurs anciennes erreurs et verseraient le pot sur la tête de leur vieille furie de Civilisation ; ce serait sa mort naturelle et le gage de la délivrance du genre humain , elle serait tuée par l'opprobre.
Je viens de décrire le genre de mort le plus naturel pour la Civilisation, mort bien graduée, passant par la 4° phase et conduisant par degrés à une autre période sociale ; il est diverses remarques à faire sur ce sujet.
Les impulsions collectives de la nature sont toujours bonnes et judicieuses. L'usure est aujourd'hui l'impulsion collective, la science en vogue est celle du 5 pour 100 et du 3 pour 100; les beaux génies sont les haussiers et les baissiers ; bref, les esprits, comme les capitaux, ne se portent plus qu'à l'usure, et cette manie tend à s’accrottre sans cesse comme celle des emprunts fiscaux, si commode pour tout nouveau ministre.
Est ce un vice que cette impulsion usuraire du siècle ? Non, c'est un précieux germe, pourvu qu'on sache l’élever du simple au composé , passer de l'usure individuelle et anarchique à l'usure nationale et féodale par établissement des Banques rurales. Dans ce cas, l'usure deviendrait la planche de salut pour le genre humain: car, en l'élevant à une Civilisation de 4° phase , elle le conduirait par cette voie à la période sociétaire n° 7, d’où l’on vuit que les impulsions collectives de la nature sont louables et judicieusement distribuées malgré leur apparence vicieuse. Elles ne deviennent malfaisantes que parce qu'on ne sait pas les élever du simple au composé, ce qu'on aurait déjà dù faire sur le monopole et l'esprit de conquête qui, exercés en mode composé, auraient conduit à deux issues de Civilisation ;: mais notre siècle est profondément encroûté de simplisme , et ce qui le prouve, c'est qu'il est arrivé au matérialisme et à l’athéisme qui sont les deux colonnes du simplisme.
Dans chacune des 4 phases de Civilisation, la nature donne toujours ces impulsions collectives qui poussent à la phase suivante, et qui nous semblent vices, parce que notre siècle n’a aucune connaissance en mou-
vement social et ignore même le premier principe de cette science, le principe que les attractions ou impulsions collectives sont proportionnées aux destinées générales et que les attractions individuelles sont proportionnées aux destins sociétaires de l'individu : sans cette [ ] Dieu serait faux et arbitraire en distribution du mouvement.
On vient de voir, au contraire, qu'il nous dirige fort bien vers la 4° phase de Civilisation. Quoi qu’en disent les philosophes des deux partis dominants, Dieu est ennemi de l’immobilisme, il veut que chaque phase d'un siècle avance vers la phase supérieure, et que chaque période sociale avance vers la période supérieure. C’est l’opposé des vues de nos 2 partis, dont l’un , celui des féodaux , veut que la Civilisation rétrograde de la 3° phase à à la 4e, et l’autre, celui des ? veut qu'elle demeure stationnaire en 3° phase.
C'est le cas de s'étonner que les ministres européens, enclins à l'esprit de centralisation et concentration, n'aient pas inventé cette 4° phase de Civilisation, ce régime des Banques rurales qui servirait si bien leurs vues de centralisation et leur jalousi® secrète contre la banque et l'esprit libéral. Ce sont les deux rivaux qui partout contrecarrent les ministres , et dans cette lutte les gouvernements ne savent employer que la marche rétrograde, appeler à leur secours le dixième siècle, quand ils pourraient, en faisant avancer le mouvement par entrée en &e phase, battre d'un seul coup les deux partis à la fois, confondre les banques et le haut commerce par une opération de libre concurrence, qui leur enlèverait tous lcurs bénéfices et apporterait leurs capitaux aux Banques rurales, et confondre les libéraux et philosophes, en leur prouvant qu'ils n’ont rien su faire pour le bien du peuple, pas même lai garantir du travail dont il ne peut plus manquer en &* phase de Civilisation. Ce serait pour des ministres une politique aussi brillante, aussi fructueuse que celle d'aujourd'hui est abjecte.
J'ai décrit l'entrée directe en 4° phase de Civilisation par les Banques rurales; il reste à décrire l'entrée indirecte dans cette même voie. On pourrait n’y arriver qu'après b.en des tourmentes, si on suivait les vagues systèmes essayés depuis peu sous le nom d'association en Hellande, en Ecosse, en Amérique, établissements entachés de deux vices radicaux, qui sont : de ne pas excrcer attraction, puisqu’aucun voisin ne les imite, de ne pas avoir les gouvernements pour associés co-intéressés. Ce sont des fondations de monachisme industriel, aussi arbitrai rement réglées que celles des Bruno, des Dominique, des Bernard, des Ignace. Leurs directeurs n'ont aucune boussole , aucure idée des deux principes sur lesquels doivent se régler toutes les dispositions, savoir : 4° que le peuple ne pouvant être h:ureux que par la concession d'un
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minimum en nourriture et entretien. et le minimum ne pouvant ètre concédé que dans le cas où règnerait l'attraction industrielle, qui garantit la rentrée du minimum avancé, il faut inventer un régime d'attraction industrielle; 2° que la découverte de l'attraction industrielle deviendrait un ressort insuffisant, si on n° découvrait pas en même temps un moyen d'établir l'accord de répartition satisfaisant pour chaque individu , en raison de son capital, de son travail et de son talent. Avant de faire aucune tentative d'association, il y a deux problèmes à résoudre, ct tous deux se résolvent par un seul caleul, qui est celui des séries passionnées, formées en conformité des trois régles de rivalité, charme, engrenage. J1 n’y a donc rien à espérer de tous ces établissements qui n'opèrent pas par séries passionnées ct ne connaissent pas même cette méthode. [ls n’arriveront qu'à de tristes avortements tant qu'ils ne se rallieront pas à ce procédé, et si, égarés par l’'amour-propre, ils veulent, selon l’usage des sophistes, dénaturer r:a théorie, la travestir pour l’accommoder à leurs idées morales ct former des approximations bâtardes et arbitrairement, fantastiquement distribuées, il résulterait un grand malheur, qui serait d’engouflrer la Civilisation en 4° phase, pour plusieurs siècles, et la faire passer par toutes les agitations dont cette phase est susceptible. Examinons l’écuei! à éviter.
Je suppose qu'ils parvinssent, moyennant quelques améliorations, à * séduire l’opmion, déterminer quelques villages à limitation; sitôt qu’on verrait ce régime gagner dans l'opinion, faire des prosélytes, les gouvernements interviendraient pour donner des statuts à ces réunions ou grandes fermes communales. Ils apportcraient dans c:{te organisation leurs idées despotiques et ignorantes, et on ne songerait, en organisant les fermes communales, qu’à réduire la ration du peuple, étouffer tout germe d'attraction industrielle , et on disposerait les grandes fermes à peu près comme les dépôts de mendicité. Il y aurait bénéfice, parce que les grandes réunions agricoles produisent toujours de grandes écoaomies ct favorisent la mécanique ; mais l’avidité des chefs amènerait tôt ou tard des soulèvements, à la suite desquels on reconnattrait la nécessité de recourir aux voies de séduction ou attraction pour maintenir les grandes fermes. Tout essai qu'on ferait en voie d'attraction donnerait d'heureux résultats, dont l'aspect ramènerait peu à peu les esprits à la bonne voie ; mais jusque là on aurait passé par des commotions qui sont évitées dans le cas où la 4° phase est organisée directement par les princes mêmes et par fondation générale de monts-depiété ruraux ou Banques rurales, s'adjoignant des fermes ou manufactures. Cette méthode est presque un embryon de 6° période, plutôt qu'une phase de Civilisation , tandis que les opérations essayées à Hoogstraeten et New-Lanark sont des associations fausses qui abouti-
raient ou à l'avortement, ce qui est déjà leur tort, puisque nul voisin ne les imite, ou à une eatrée pénible en 4° phase et un ballotement long et orageux dans les révolutions, dont cette phase est susceptible comme les trois autres, la Civilisation étant essentiellement malfaisante dans ses #4 phases.
En Civilisation, on ne peut innover sans l’appui et l'adhésion des gouvernements ; ils entraveraient d'emblée toute nouveauté qui leur porterait ombrage : on vient de le voir dans l'affaire de la société commanditaire de l’industrie. Là-dessus les libéraux de crier à l'oppression; le tort en est à eux, oui, à eux seuls. Pourquoi ne savent-ils pas inventer des opérations qui atteignent le double but de faire le bien et coïincider avec les vues du gouvernement ? Imbus d'esprit simpliste, comme tous les philosophes, ils se bornent à imaginer une opération utile, mais dépourvue d'unité, de concert avec l’autonité. C’est invention simple, il faut s'élever aux inventions composées , remplissant les deux conditions. Il en était quantité à faire, notamment celles qui forment le sujet de ces deux notices, 14: et 42; mais notre siècle , si inventif en mécanique industrielle, est aussi stérile sur la mécanique sociale que fécond sur le matériel.
Dieu sachant que la Civilisation est assujétie en innovations à la férule des gouvernements lui a ménagé de nombreux moyens de faire, d'accord avec eux, des progrès en mouvement. Dès le premier essai d’une Banque rurale, entreprise qui n’exige que 2 millions de capitaux, l'on verrait les ministres de tous pays au comble de la joie pour le double { ] qu'ils trouvera ent dans cette nouveauté :
4° Succès positif dans la faculté de réaliser leur plan de centralisation universelle, accroitre d’un tiers le produit fiscal et industriel, mettre un terme à la mendicité et à la famine, discipliner et tenir en bride la populace , faire face à l'intérèt et à l'amortissement rapide des dettes publique*, absorber le commerce et la banque dans un nouveau mécanisme, qui placerait tout le mouvement commercial sous la régie indirecte du gouvernement.
20 Succès négatif dans la faculté de renoncer à leurs pénibles systèmes d’obscurantisme, d’immobilisme et de dévergondage, méthodes et systèmes qui doivent leur peser en secret ; car cette marche inquisitoriale tendant à étoufler les lumières et ramener au dixième siècle, cette atroce tactique de lâcher toutes les bètes féroces d'Afrique sur une nation chrétienne, doit leur parattre aussi odieuse qu'elle paraît à tout le monde, et il est hors de doute qu’en secret ils se méprisent euxmêmes, et jouiraient plus que d’autres de l'invention d’une méthode qui doublerait leur influence, tout en n’employant que les voies honorables, pallicrait un peu la turpitude, l’opprobre que l'on
a imprimé sur les atroces diplomates de la génération présente.
Tel serait l'effet des Banques rurales, moyen de rapide progrès en mouvement, car elles ne feraient qu'effleurer la 4° phase de Civilisation, pour peu qu'on les organisât en sens d'attraction industricile, donnant au petit peuple des voies de fortune socictaire, par coupons d'actions appliqués aux plus petites sommes, et des voics de charmes sociétaires par la variété des fonctions et des séances du travail. Le nouvel ordre agricole et manufacturier ne ferait, dis-je, qu'effleurer la 4° phase de Civilisation, et conduire en très-peu de temps à la 7° période {asso— ciation simple, dont je suppose la théorie inconnuc).
Tels sont les biens dont la Civilisation a manqué la voie par une philantropie mal entendue, un génie noueux, un libéralisme simple, qui ne sait pas se combiner avec les vues des gouvernements, conception digne de figurer avec la morale simple, qui ne sait pas se combiner avec l'intérit, et veut faire aimer la vertu pour elle-même, aux dépens de Fintérèt.
Remarquons que l'inventon des Banques rurales était à peu près forcée par les circonstances, ct que l'entrée en 4° phase ne pouvait pas tarder un demi-siècle, par suite de la pénurie financière qui va croissant dans tous les empires, et qui, à la première guerre, aurait accru les embarras de toutes les puissances à tel point que Kinstinct de cupidité aurait conduit au but par l’usure communale. L'épuisement des movens, l'insuffisance des subtilités fiscales, enfin le besoin de puiser à de nouvelles sources auraient amené les esprits à s'élever du pillage simple au pillage composé. On ne sait dévorer aujourd'hui que le revenu à venir, on aurait enfin songé à dévorer le fonds, et d’abord s'en emparer par l'usure qui n’est qu'une application des monts-de-piété, opérant sur l'industrie et la propriété en système général.
On touchait donc de très-près à la 4° phase de Civilisation qui, bien que pétrie de vices comme les trois autres, a sur elle un avantage incontestab'e, c’est de se lier à la période suivante et d'y conduire en temps donné, soit subitement, si on organise les Banques rurales , selon la méthode régulière que je viens d'indiquer, soit lentement, mais à terme de 300 ans au plus, si on prend la fausse route qui, malgré tous les inconvénients, aurait du moins l'avantage de faire avancer le mouvement et ne pas laisser l'humanité embourbée pendant des milliers d'années daus le malheur. J'ai fait observer que la &° phase, opérant forcément sur des masses, oblige les sophistes à spéculer en in- : dustrie sur des masses et non sur le morcellement par couples conjugaux. Ce changement de direction dans les sciences est de telle importance, qu'il faut examiner avec soin les différents événements qui pouvaient l'opérer en faisant naître la 4° phase.
Je vais analyser d’autres: voies qui y conduisaient plus ou moins rapidement.