‹ Manuscrits de l'ancienne abbaye de saint Julien, à BrioudeChapitre 17 sur 36 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

En quelle manière la concupiscence du Franc Harderad fut vaincue par la piété de la vierge Aurélia ; et de plusieurs entretiens qu'ils eurent ensemble.

Harderad , à peine éveillé de son sommeil , ne manqua pas d'être informé que pendant la nuit , un prêtre était venu furtivement visiter la famille romaine. Il en conçut une grande colère, soupçonnant que les conseils de l'homme de Dieu devraient fortifier Aurélia dans son obstination. Mais lui-même ne s'en obstina que davantage dans la résolution perverse de la contraindre à être son épouse, et, impatient de tout délai, il se précipita dans le gynécée , non moins violemment que s'il se fût agi d'aller frapper un ennemi. Papianus dormait, fatigué des entretiens de la nuit : Aurélia ellemême, malgré tous ses efforts pour suivre le saint précepte d'Evodius , ne veillait plus , ni ne priait. Au milieu des extases

de son amé élevée vers le ciel , Tengourdissement s'était glissé dans ses membres ; ses yeux fixés sur l'image glorieuse de la Vierge étaient retombés ; et l'on ne pouvait connaître qu'elle n'était point entièrement vaincue du sommeil que par le léger mouvement de ses lèvres qui murmuraient encore leurs oraisons accoutumées. Bientôt ce mouvement même cessa , et elle demeura plongée en un profond assoupissement. Il fallut y à la soudaine entrée d'Harderad ^ que Ragneric la saisit avec force par la main , pour qu'elle ne fût pas livrée , en l'attitude du repos y aux regards profanes du Barbare. Elle , tout soudainement réveillée , se dressa sur ses pieds , et sembla d'abord stupide à la vue du Franc. Mais en la voyant y lui-même avait changé de contenance , et la menace s'était retirée de son front. Toutefois il ne perdit pas l'ardeur de sa concupiscence ; et pendant qu'Aurélia , remise de son trouble , adressait humblement à Jésus-Christ , avec sa prière du matin , la première offre de son cœur, il s'approcha d'elle et se mit à lui

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parler. Alors commença entre eux un combat à jamais digne de mémoire^ où Dieu manifesta visiblement sa puissance'^ tant par les paroles miraculeuses qu'il inspira à la jeune vierge , que par les semences de grâce qui descendirent avec ces paroles dans l'ame du Barbare.

« Toujours des prières ! commença Har^ ce deràd y toujours ton Dieu dans la bouche ! « Ce que je t'ai dit hier méritait pourtant « d'occupef ton esprit. As-tu oublié que je « t'ai appelée mon épouse , et que c'est « aujourd'hui que neus devons nous unir « en mariage ? Tu semblés ne pas m'enc< tendre.... Aurélia, tu es ma femme, »

lui cria-t-il alors d'une voix terrible , et en lui secouant les bras avec violence , puis , comme honteux de ce qu'il avait fait , et se retirant d'un pas en arrièi^ , « Faut-il que je t'en fasse ainsi souvenir? » Celle - ci lui répondit avec tranquillité :

« J'achevais mentalement l'oraison que ta « présence profane me défend d'adresser de « vive voix au Seigneur. Je n'entends point « les hommes pendant que je converse avec

ET d' AURÉLIA. lo3

« Dieu. Que. me disais-tu? — Ce que je t'ai « déjà dit hier, que tu es l'épouse d'Har- « derad. — Et c'est pour cela que tu as ce interrompu ma prière ! Cependant hier « aussi tu as ouï ma réponse : La vierge « consacrée au Seigneur ne peut connaître

ce le mariage — Ce sont là de vaines

« paroles que j'ai déjà confondues en te dé-

« darant ma volonté. Tu seras à moi : je l'ai

« juré par les os de mon père, * — Je ne serai

« qu'à mon Dieu , s'écria glorieusement la

« vierge; je l'ai juré à mon Dieu. — Que tu

ce me fais pitié ! que tu m'irrites ! » répliqua

le Franc en se mordant les lèvres , comme

s'il eût voulu par là retenir sa fureur qui

allait échapper. <c Fille sotte, insensée! qu'a

ce ton Dieu de commun avec moi? aime-le,

ce prie-le , mais sois ma^femme ! — Aveugle

« et insensé toi-même! Quoi! je t'aimerais

« et j'aimerais mon Dieu en même temps!

« Je serais ton épouse à la fois et l'épouse

« du Christ ! Ton entendement grossier n'a

ce donc jamais compris ces paroles : que

ce l'on ne peut servir deux maîtres ensem-

cc ble ! » Harderad ne vse contint plus à

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ces derniers mots : « Misérables vaincus !

« vous appelerez toujours le Franc grossier, « parce qu'il rejette les fables de vos prê- « très ! Tu me tiendras plus stupide qu'un ce ours, parce que je ris de ce mariage K avec une croix de pierre ou de bois !

« viens dans mon lit, orgueilleuse Romaine, <c je veux que tu y connaisses un mari d'os

« et de chair. Viens » Et la force de son

bras de fer semblait irrésistible. Mais le bras de Dieu était plus puissant, et on le vit alors faire éclater sa force dans la faiblesse mAne. En effet Aurélia , épouvantée du geste furieux d'Harderad , ne sut que pousser un cri : «Seigneur, Seigneur, ne « m'abandonne pas , » et ce cri de détresse qu'elle jeta en approchant le crucifix de ses lèvres , retentit dans les entrailles du Barbare. Il lâcha tout d'un coup la main de la vierge ; et la bouche béante , fixant sur elle un regard plutôt triste que menaçant , après un moment de silence, il lui dit : « Tes baisers, pour ce froid simulacre! « Ah! que les miens te réchaufferaient bien « mieux ! et c'est avec cet époux-là que tu

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te passeras ta vie ! Mais que te fera-t-il ^ « malheureuse fille ? Défendra-^t-il ta tête ce contre la hache ennemie ? Ilemplira*t-il « la solitude de tes nuits ? te rendra*- t-il t< mère féconde et honorée ? Regarde-moi :

« je suis d'un sang libre : je suis jeune ^ je te suisbeau, vaillant par^lessus tous les guer- « lier s deThéodebert.Nulnete protégera, w ne t'aimera, ne te fera plus heureuse que a moi. Détourne les yeux de ces images de «c ton 'Christ î repousse les mensonges de te tes prêtres. Courons à Tautel de mes ee anciens dieux , de ces dieux meilleurs , «c qui chérissent Tunion des jeunes hom-

ee mes et des jeunes filles » Ce fut le

dernier blasphème qu'il prononça : car Aurélia l'interrompit soudaineirient, et lui cria d'une voix éclatante : e< Arrête, mal- *e heureux ! arrête , et n'achève pas de ee damner ton ame ! Puisse le Seigneur parte donner ton crime à ton ignorance ! Mais •

ee quels sont-ils donc ces hommes dont 1^ ee baptême a lavé le front , et qui peuvent ee encore te méconnaître ainsi , ô mon ee divin Jésus? Ils veulent nous traîner au

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K mariage terrestre , nous vierges , nous « récluses , qui sommes vouées , consacrées « au mariage.des cieux ! Sais-tu bien , jeune « Franc , sais-tu bien ce qu'ici tu me pro- « poses? Quel échaoge tu me veux faire « accepter ! Au Ueu de Tépoux immortel « qui me promet pour dot le Paradis , je « prendrais un époux mortel ' ! Au lieu des « roses impérissables que tresse en cou- « ronne la main des anges et des saints , « je m'enlaidirais des roses sans éclat de la a guirlande conjugale ! Je dois revêtir la K robe de pureté de l'agneau divin , et j'y <c substituerais la souillure des parures « mondaines ! Ah ! s'il en devait être ainsi , c< ^e souhaiterais que le jour qui a été le « commencement de m'a vie en eût pu ce être la fin : je regretterais de n'avoir point M passé les portes de la mort avant d'avoir « sucé le premier lait , et reçu les premiers « baisers de mes nourrices ! Toutes les ima- %ges de la terre me font horreur, quand « je vois les mains du Rédempteur cruelle lement percées pour la vie mondaine.

1 Foyez sur tout ce passage la note G , à la fin du volume.

ET D AUKÉIilA. lo-r

« Je ne puis contempler Féclat des pierreries « qui ornent le diadème , quand mon esprit « me retrace la sanglante couronne d'épines . «Je rejette loin de moi tous les vastes « espaces de la terre , éprise d'un immense « désir du Paradis. Retiens de moi ces pa-^ « rôles , jeune insensé qui parais convoi- « ter si ardemment la beauté d'une pauvre « mortelle : la beauté n'est rien , les ri- « chesses ne sont rien , la pompe de ce « siècle n'est rien ; cette vie même dont « nous jouissons n'est rien : il faut cher- « cher cette autre vie que la mort ne vient « pas fermer , qu'aucune tache ne peut « obscurcir , dont la lumière n'a pas d'é- « clipse, où l'homme, demeurant dans une « éternelle béatitude , vit au milieu d'un « jour sans déclin , où , pour comble de <4 félicité y la présence du Seigneur lui-même «lui fournit une intarissable contempla- « tion , le ravit dans des extases angéli- « ques , l'inonde d'une joie (Jui ne peur « finir. »

Ainsi fut rendu parlabôuchë d'une jeune vierge, le jrfus glorieux témoignage au

108 HISTOIRE d'hARDERAD .

Dieu du ciel et de la terre. Ragneric, et le vieux Papianus lui-même^ bien que d'ordinaire insensible au langage pieux de sa fille y furent frappés d'admiration de* vaut de si grandes paroles , et Ton ne saurait exprimer de quelle sorte en fut ému le Barbare. L'humilité semblait être entrée dans son ame orgueilleuse, il contemplait avec vénération celle sur qui tout à l'heure il avait porté ses mains impures : on eût dit que quelque chose de nouveau et d'inconnu s'agitait en son cœur. Il ouvrit enfin la bouche : « Femme, tu as dit «des choses singulières. Jamais je îï'en « avais ouï de semblables. Heureux le « Dieu que tu aimes ainsi ! ... » Et soupirant, il s'arrêta, comme pour recueillir ses pensées : puis il reprit : « Cela ne peut « être; non - quel qu'il soit, ton Christ ne « te punira point d'avoir fait ce que fît ta tt mère. Et la pieuse reine Clotilde , « l'épouse de notre grand Clovis, a bien « su conserver sa sainteté dans l'état du « mariage. Aurélia, je te révère : mais tu ce ne peux refuser de dormir avec moi dans

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R le lit nuptial. Ce sera moi, s'il le faut > «c qui en porterai là peine devant ton Dieu, ce Je te laisse encore aujourd'hui ; mais « demain je te reverrai , et ce lendemain « c'est le dernier : songes-y . »

Pour la première fois depuis son arrivée à Flammia^um, Harderad ne se Uvra pas le soir à la débauche avec ses compagnons.

Son fidèle adulateur , lui voyant le visage inquiet et attristé , l'engagea à se consoler de son chagrin , suivant l'usage des Barbares, par de larges coupes qui le mettraient en ivresse : mais il refusa , et aima mieux garder les soucis qui l'occupaient.

Les paroles extraordinaires qu'il avait ouïes d'une si jeune vierge le jetaient en un grand trouble de pensées ; et quoique son esprit n'eût guère été jusqu'alors accoutumé aux réflexions , il méditait beaucoup avec luimême. U recherchait curieusement d'où pouvait venir tant d'autorité aux discours d'une fille à peine adulte; et «ans concevoir en son intelligence les choses qu'eUe lui avait dites touchant l'autre vie, il y songeait pourtant avec une sorte de pé-

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nible inquiétude* Quelquefois il allait jusqu'à se reprocher la témérité de son lao»gage sur cette religion du Christ qui était si chère à Aurélia, et dont elle parlait d'une façon si magnifique ; mais il revenait aussi le plus souvent à ses idées de concupiscence , et désirait d'autant plus de faire Aurdia $on épouse , qu'elle lui paraissait une femme étonnante et surnaturelle. De tout cela son esprit fut tellement agité, qu'il ne put sommeiller la nuit , et roula ses membres en son lit , non moins que s'il eût été couché sur des chai4>ons embrasés.

Le jour suivant, il ne faillit pas d'aller trouver la fille de Papianus , ainsi qu'il le lui avait annoncé ; mais un changement bien manifeste s'était fait dans son langage. C'était peu qu'il ne pensât plus à la traîner de force en sa couche : il semblait même avoir quelque crainte de lui demander trop impérieusement qu'elle fût son épouse. On pouvait aisément reconnaître que la grâce inconnue dû Seigneur avait touché sou ame rebelle : car au lieu d'être menaçant, il était triste ^ et quelquefois on eût cru que

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des larmes allaient se répandre de ses jeux.

Tandis que les autres jours il n'était demeuré près d'Aurélia que la durée de leur entretien, et était allé ensuite rejoindre ses compagnons pour jouer avec eux aux dés, ou chasser les bêtes sauvages, celte fois il resta presque toute la journée au gynécée , tour à tour immobile et se promenant d'un pas rapide , parlant à Aurélia ou gardant un profond silence, ne songeant point à la nourriture de son corps , et oubliant tout autre soin que celui de con* templer la jeune sainte et de l'admirer.

Vers le soir , il dit : « J'ai la fièvre ; je vais « boire de l'eau . Que tu me fais mal , Aucc relia ! Mais aussi pourquoi suis -je si ce lâche de ne pas te réduire par force en « mon obéissance? » Et il sortit tout soudainement , comme pour échapper à une résolution violente qui recommençait d'agiter ses esprits.

Aurélia attentive au cours ordinaire de ses méditations et de ses lectures pieuses , s'était peu occupée de la présence du Franc, et n'avait répondu aux discours qu'il lui

Hî HISTOIAE d'hARDERAO

adressait que par des paroles brèves et pleines de l'inspiration du Seigneur. Toutefois elle ne pouvait voir sans pitié ce jeune homme brûlant ainsi pour la créature d'un amour qui n'est dû qu'au Créateur, et elle eût souhaité de détourner vers le ciel cette passion de la terre. Après qu'Harderad fut parti , elle se réjouit d'abord de pouvoir à la fin prier et s'entretenir avec Dieu sans contrainte : mais revenant bientôt après au souvenir du Barbare : « Ce Franc m'étonne , disait-elle à «' son père. Jamais pareille affection hu- « maine ne s'est montrée à moi. Il sem- « ble m'aimer comme j'aime mon Dieu.

« Pauvre insensé! » Elle s'arrêta, et Papianus ne répondit pas un seul mot , mais haussa les épaules en une manière de dédain.

Plusieurs journées suivirent où Harderad paraissait de plus en plus s'enflammer du désir d'avoir Aurélia pour épouse , et néanmoins lui parler avec plus de douceur et d'humilité. A chaque moment û lui rediy sait qu'il l'aimait pardessus toute autre

ET d'aurélia» ii3

chose , comme il n'avait jamais aimé ni sa mère ^ ni Théodebert , son roi et son ami.

Il la suppliait; lui naguère si haut et si superbe , il la conjurait de l'aimer et de l'accepter pour mari. Il lui parlait de sa faveur auprès du prince , des richesses dont ils jouiraient ensemble; pour se le concilier , il promettait au vieux Papianus de lui faire rendre^tous les biens de ses aïeux : il traitait même avec bonté et tâchait de séduire par ses oflPres l'affranchi Ragneric. Enfin il répétait sans cesse à la jeune fille : « Vois comme tu m'as fait malheureux ' <c Voilà que je pâlis , que je maigris 'tous « les jours , que je ne trouve nul plaisir « à manger ou à boire , que je fuis mes « compagnons , de .peur qu'ils ne rient ou « ne pleurent de moi! Ah! que ne t'ai-je « le premier jour , évanouie comme tu « l'étais , traitée en captive et unie à mon « corps ! Je serais heureux aujourd'hui !

« Mais ce que j'eusse osé alors , je ne l'ose V plus, insensé, lâche, méprisable esclave « que je suis ! » Et il pleurait , et quelquefois , en voyant ses larmes , entrait dans une

ll4 HISTOJbRE d'h1.A0KAAD

rage qui ie readait pareil aux animaux les plus saa^inaires. Aurélia , toujours éloignée de cette concupiscence humaine que le Barbare tâchait d'émouvoir en elle ^ pre-» nait cependant grande compassion de sa folie. Tous les fois qu elle le trouvait disposé à l'humilité , elle lentretenait des délices de cet amour divin , de cette pure et vive source des joies célestes, si différente des affections charnelles et des plaisirs grossiers qu'elles procurent. Aussitôt que cette image des béatitudes de l'amour incorruptible avait rendu le Barbare attentif, alors élevant la voix , elle glorifiait Dieu en publiant de plus hautes vérités, et essayait d'introduire son auditeur dans le^ grands mystères de la religion du Christ* Celui-ci comprenait peu, mais il écoutait néanmoins , parce que c'était Aurélia qui parlait.

Une fois cependant, comme elle achevait avec toute la suavité du langage des Ecritures ^ de tracer à celui que déjà elle nommait son disciple , le tableau des austérités et des ineffables douceurs de la vie

£T p'AURÉIilA, ll5

chrétienne, il vint en esprit au Franc de lui dire : « Tes paroles sont pleines de vé* « rite y Aurélia. Ëh bien , cette vie que tu « me proposes avec tous se^ labeui^is y avec ¥ toutes ses épines , je l'adopte , je l'em*tf braâse : je marcherai dans la voie que tu ML m'as montrée ; mais viens* j avec moi > 4c et soutiens-moi de tes exemples : que je « m'appuie sur ton innocence pour ne point « faillir : vivons en époux chrétiens y ôhère « fille , et notre union sera bénie du Sei- <i gneur, »> La vierge tréssaiUit à ces mots , et Ton eût pu croire un moment qu'elle consentit à accueillir cette espérance mon* daine. Mais détrompez •* vous , yeux pro-* fanes , et apprenez que l'émotion de son ame avait une plus sainte cause. C'était la joie qu'elle sentait à entendre pour la pre^ mière fois dans la bouche du Barbare des discours empruntés au langage de vérité et de vie. Cette joie éclatait dans son regard : elle en était possédée tout entière :

« Enfin donc^ s'écria-t'elle , tu te souviens^ « Harderad , du baptême que tu as reçu î «Tu as parlé en chrétien! Tes paroles

Il6 HISTOIAB d'hARDERAD

« t'ont rendu mon frère ! Mais mon époux «ici*bas, jamais, Harderad, non jamais.

H Aspirons , noble Franc ^ aspirons à un « autre mariage. Sois Fami de mon ame :

ce j'aimerai la tienne , parce qu'elle est un « pur esprit que je puis aimer en Jésusce Christ. Toutes deux se rencontreront un ce jour dans les démeures bienheureuses « du Paradis ; et là ^ confondues dans un « même transport d'adoration devant le ce Seigneur y elles seront mariées durant « l'éternité. Voilà les noces que je te proce pose : dis , ne sauras-tu pas leur sacrifier ce l'union profane que tu me demandes ? »

Harderad garda le silence : il avait entendu , et il faisait effort pour croire. Mais la chair luttait encore avec l'esprit , et le péché resta victorieux de la grâce. En arrêtant quelque temps ses regards sur Aurélia y que Dieu rendait alors aussi belle que ses anges , le Barbare reprit toutes les illusions de l'amour terrestre ; son œil redevint comme celui du roi David devant Betsabé , et ses lèvres se r'ouvrirent pour blasphémer : « Non, je, ne puis attendrecema-

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« riage de là haut ! Que je brûle dans ton « enfer , çt qu'ici-bas tu sois mon épouse !

« Je l'ai résolu.. .. » Aurélia jeta un cri perçant , et se voila la tête.

Il8 HISTOIRB d'hARDERAD

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