‹ Manuscrits de l'ancienne abbaye de saint Julien, à BrioudeChapitre 20 sur 36 · CHAPITRE X ET DERNIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE X ET DERNIER

Gomment Harderad fut visité du Seigneur durant son affliction , et se fit clerc , puis fut élu évéque.

Ici , pauvre moine que je suis , et de si peu de doctrine , j'envierais à plusieurs les richesses de l'éloquence , pour raconter en une digne manière les choses miraculeuses qui furent accomplies dans Hardtrad par la grâce du Seigneur. En eiffet , il faudrait en un tel récit la beauté du langage de saint Augustin , évêque , retraçant sa conversion, ou l'infini agrément des paroles du bienheureux Sidoine , la lumière des Arvernes.

Mais ne sachant atteindre à ce. haut points je dirai simplement et d'une humble façon les choses telles que je les trouve brièvement écrites dans les chartes de notre monastère , en y ajoutant ce qui me fut conté par plusieurs frères de très long âge et de fidèle mémoire.

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Après que Théodebert fut parti , Harderad se renferma seul en sa chambre de repos, et défendit que personne l'approchât.

Toutefois quelques-uns de ses compagnons, inquiets'de sa solitude et de son affliction extrême , ne se voulurent point tenir éloignés de lui , et s'ils ne virent point ce qu'il faisait , purent du moins l'ouïr. Il semblait être transporté souvent de la tristesse à la fureur : car tour à tour on l'entendait sanglotter et pleurer , s'agiter et pousser d'affreux hurlements. Une fois en la soirée il demanda de l'eau , ce qui témoignait une fièvre violente. Il ne fut pas plus tranquille durant la nuit , laquelle il passa sans sommeil ; non plus que toute la journée du lendemain , qu'il passa sans nourriture. Ses hommes éprouvaient une singulière compassion de voir leur chef en Un tel désespoir , et ne savaient quel conseil prendre entre eux à ce sujet. Ils ignoraient qu'à Dieu seul il appartient de porter remède à de si amères tribulations.

Comme la nuit approchait, Harderad retrouva par hasard dans ses vêtements le cru-

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cifix d'or que lui avait laissé Aurélia , en lui recommaudan t d'implorer Jésus-Christ pour qu'il fut son consolateur. D. se souvint en même temps des parojj^s de la jeune fille y et sans aucunement réfléchir à ce qu'il faisait, il se mit à prier. Ce n'étaient point les prières ordinaires qu'a consacrées l'Eglise , et que répètent les fidèles r mais quel que fut le langage dont il se servait, ce langage fut , à ce qu'il semble , entendu du Seigneur. Car après qu'il eut cessé de parler , il sentit son cœur plus léger et plus calme. Venant delà à se rappeler tout ce que lui avait enseigné la vierge chrétienne sur la foi du Christ , et particulièrement sur les délices ineiTables de la vie religieuse , il commença d'envier le bonheur dont elle était allée jouir , tandis que lui était resté si dolent et si malheureux. Parmi ces pensées, qui soulageaient un peu l'agitation de son esprit et de son corps, la fatigue fit insensiblement allanguir ses membres , et s'étant mis la tête sur le chevet de son lit , il tomba en un doux et profond sommeil. Alors se manifesta à lui par une vision céleste la grâce

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spéciale et infinie du Tout-Puissant, qui avait daigné le prendre en compassion.

Il lui sembla que tout soudainement appai^ut à ses regards une femme de beauté sans pareille , la tête environnée d'un rayon glorieux de lumière, et tenant entre ses bras un enfant dont le doux sourire n'avait rien qui fût de la terre. « Je suis, lui ditce elle, la mère des hommes, la consola- « trice des affligés , et celui-ci est mon fils , « le même que tout à l'heure tu as adoré sur « la croix. Ecoute maintenant ce que je vais « te dire : touchée des prières de là jeune « fille qui m'est consacrée et que tu me « voulais ravir, j'ai pour toi intercédé au- « près du Seigneur, et il t'a reçu dans sa « grâce. A côté d'Aurélia, tu viendras t'as- « seoir parmi les élus ; mais , comme elle , « tu dois prendre la voie d'épines , mortifier « ta chair, et t'affliger pour te réjouir ente suite. Et pour que tu saches de quel « péril tu es échappé , et craignes de re-, « tomber dans les embûches de la vie mon- « daine , le Dieu tout-puissant a commandé « qu'un de ses anges te prît par la main , et

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« te fît voir les choses de Tabîme. Après « quoi , il élèvera tes regards vers le séjour <c des élus , afin que connaissant les délices t< du paradis , tu te gardes de t'en priver « pour l'éternité. » Et en achevant ces paroles plus suaves que le miel , elle disparut tout à coup. Alors Harderad se sentit enlever par un bras puissant , qui l'emportait vers le fond de la terre , et le faisait rapi** dément tournoyer et descendre, sans qu'il le laissât un seul instant reposer. Ceci dura pendant plusieurs heures , et à la fin ils s'arrêtèrent au-dessus d'un gouffre sans fond , d'où sortaient des flammes avec des torrents de fumée , et s'exhalait une infecte odeur.

Là, le divin messager tint quelque temps Harderad le corps suspendu à l'entrée de l'abîme, et jetant des cris épouvantables.

En effet il sentait une très grande peur , et les choses qu'il voyait étaient si horribles, que jamais sa bouche n'a osé depuis les dire à personne. Lorsqu'il parut à l'ange qu'il eut assez long-temps regardé , alors ils remontèrent d'une course aussi prompte parmi les airs , qu'ils avaient fait pour des-

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cendre. Et comme ils s'étaieojt élevés de ciel en ciel^ il le conduisit jusqu'au plus haut séjour de la lumière , où est le trône même du Dieu tout-puissant. Là y fut manifesté aux regards d'Harderad tout ce que contemplèrent autrefois et le bienheureux Paul, et le bienheureux Jean, ainsi qu'il est dit de lui au livre de l'Apocalypse. De rapporter les glorieuses béatitudes que virent ses yeux, et les 'concerts harmonieux de Séraphins qu'ouïrent ses oreilles , c'est une chose que je n'essaierai, et que nul ne pourrait faire. Nous savons seulement que son ame fut transportée en un infini ravissement ,. et resta comme éblouie de l'immense spendeur du lieu trois fois saint de la céleste Jérusalem. Lorsqu'il s'éveilla, tout, à l'entour de lui, était illuminé d'un éclat incroyable de lumière, et s'étant mis à genoux, il pria.

Depuis ce moment , ses hommes furent étonnés du changement qui s'était fait en lui. Il aimait , il est vrai , de rester seul avec lui-même, mais sans qu'ils le vissent en aucun instant abattu de tristesse , ou agité

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de fureur. Il passa ainsi plusieurs journées, retiré et calme, si ce n'est que quelque chose semblait montrer en son esprit l'attente d'un grand événement. Enfin, il lui fut annoncé que le prêtre Evodius était venu pour la dernière fois visiter sa retraite de la montagne , non loin de laquelle se bâtissait l'autre retraite que lui avait donnée le roi Théodebert dans sa munificence. Ceci parut causer à Harderad une très grande joie , et il se fit mener incontinent dans l'ermitage souterrain du saint homme. Son séjour y fut, dit-on, de plus d'un mois, durant tout lequel temps il vécut en une manière merveilleusement édifiante. Il écoutait avec une docilité parfaite , et toute la simplesse d'un enfant , les enseignements salutaires que lui donnait le serviteur de Dieu : il s'unissait à ses prières , à ses mortifications , à son austère frugalité , et se couchait , comme lui , sur un pauvre lit d*herbes et de feuilles. Rien n'était plus beau que leurs entretiens , par lesquels le Franc se confirmait chaque jour davantage en la foi du Christ. Il parlait souvent au vé-

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nérable prêtre de la vierge Aurélia : mais ses discours n'avaient plus rien qui fût mondain^ ni profane. Il s'enquérait seulement si la jeune fille serait bientôt consacrée au Seigneur, et revêtue de la robe de pureté. Il se faisait raconter les douceurs de la vie qu'elle mènerait; et demandait enfin pour lui-même quand il serait assez purifié des taches de la concupiscence, pour être admis parmi les frères qu'allait rassembler autour de lui le digne vieillard Evodius. Celui-ci évitait de lui répondre , averti d'en-haut que le Franc était réservé pour de plus grandes choses.

Enfin après quelque temps il lui dit :

« Voilà que je dois me rendre en la cité « des Arvernes, pour recueillir ceux qui « vont vivre avec moi dans le saint monas- (^ tère que nous consacrerons au bienheu- « reux Austremoine. Tu me suivras , mon « fils , afin que , désormais assez instruit ^ en notre auguste religion , tu sois ordonné « et voué aux autels , selon que le Seigneur (« te l'a commandé par la très sainte vierge « Marie. Prépare- toi donc , et partons. »

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Et étant partis ^ ils arrivèrent dans la ville des Arvernes , où séjournait encore le prince Théodebert.

Harderad ne tarda pas à le visiter, et à lui dire ses résolutions. Théodebert, qui avait pleuré de joie en le revoyant , et Favait embrassé plusieurs fois avec une extrême tendresse, fut grièvement contristé de ce que son ami renonçât ainsi à la vie du siècle : mais il se garda de combattre un dessein *dans lequel il reconnaissait la grâce visible de Jésus-Christ. Il lui racontaqu'il avait donné de grandes richesses au monastère de Mauriacum , où s'était retirée Aurélia , et que sans doute après la mort de l'illustre reine Theudechilde , ce serait elle qui serait établie en la dignité d'abbesse. Quant à lui , il lui faisait espérer que sa piété , jointe à la faveur où il le tenait , lui procurerait bientôt les fonctions d^évéque ; ce qu'Harderad ne Voulait aucunement consentir dans la parfaite humilité de son cœur.

Gependafl^t l'ordination du jeune Franc s'accomplit avec une très grande solennité.

£T d'aUAÉLIA. 169

Quintîanus lui imposa les mains ^ et tout le clergé de la ville unit ses voix en un même cantique d'action de grâces. Ce fut peu de jours après cette cérémonie que TJbéodebert quitta le pays des Ârvernes , appelé en la ville de Metz y par la maladie de son père Théodonc ^ dont il recueillit les trésors et le royaume* Ëvodius se rendit aussi ^ vers le même temps , avec plusieitrs cénobites^ dans la demeure qui lui avait été bâtie près de la montagne dlndidacum . Harde* rad , qui n'était demeuré dans la dté des Arvernes qu'afin de complaire au prince , son ami , et entendre encore les préceptes de son maître spirituel , s'éloigna très promptement lui-même, décidé à vivre dans la solitude , selon l'exemple de plusieurs saints dont l'histoire lui avait été racontée. C'est pourquoi il fit un -assez long voyage avec très grande fatigue , et se retira en un lieu où, pendant d'assez longues années, il ne fut vu d'aucun de ceux qui l'avaient connu auparavant.

Comme il était oublié de beaucoup , et que Théodebert lui-même ; qui chérissait

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fidèlement sa mémoire , le croyait mort , il advint que quelques hommes des champs portèrent en la ville des Ruthènes la renommée d'un saint personnage ^ qui passait sa vie dans de continuelles oraisons , ton-jours prosterné devant le Seigneur , et mortifiant son corps par les plus dures austérités. Ils racontaient que plusieurs fois il était sorti de sa solitude pour distribuer à des malades le saint viatique y et par la vertu de ses mains en avait tiré quelquesuns des portes mêmes de la mort ; mais aucun ne savait dire son nom : ce qui excita parmi le peuple des Ruthènes un très grand désir de connaître Fhomme de Dieu par, qui étaient accomplis de tels'miraclés. Et une foule considérable de personnes pieuses dans l'affliction , ou même de gens simplemmit curieux, ne cessait d'affluer vers la retraite du prêtre inconnu. Mais lui , renfermé dans sa demeure , se laissait rarement voir , pour n'être point troublé dans ses religieux exercices , et un très petit nombre d'habitants de la ville pouvaient dire qu'ils avaient ouï sa voix

ET D^AURÉLIA. l6i

et aperçu son visage. Cependant tous ceux qui avaient eu ce bonheur ^ glorifiaient hautement le Seigneur d'avoir approché un homme de si rare piété , et dont les paroles étaient douées d'une grâce si efficace. C'est pourquoi il était grand par ses œuvres , et non moins grand par sa renommée.

Or voici ce qui advint à la mort de l'évéque Dalmatius. Comme une violente contention s'était élevée entre plusieurs prêtres du diocèse , pour succéder à ce prélat , et que le plus ambitieux de tous ces clercs , Transobad , était repoussé par le vœu du peuple presque entier des Ruthènes , im des premiers de la ville s'avisa de dire à quelques autres notables citoyens : « Puisque si près « de nous nous avons un homme agréable <( au Seigneur^ pourquoi jie pas le choisir « à la place du bienheureux Dalmatius? Ces « autres recherchent l'épiscopat avec concf voitise , ainsi qu'une dignité mondaine c « celui-là^ humble de cœur et retiré dans « sa vie , gouvernera notre Eglise selon l'or- « dre de Jésus*Christ et l'exemple de son

X6a HISTOIRE DHAKD£AAD

«< prédécesseur. » Ces paroles ayant plu à à tous , ils convinrent entre eux de rassem* bler le peuple , et de lui faire cette proposition. Le peu pie raccueillit avec très grande joie 9 et en poussant de vives acclamations.

Puis aussitôt on les vit tous se précipiter hors des murs^ et se porter tumultueuse-* ment vers la demeure du saint homme y de trois lieues distante de la ville.

Alors se renouvela ce que Sulpicius Sévérus a raconté si éloquemment sur Télection du bienheureux Martin y évéque de Tours. Le pieux personnage j qui était Harderad , et que nul de cette multitude ne connaissait^ fut arraché de vive force à sa retraite. Un nombre infini de citoyens , disposé le long de la route y le conduisit jusqu'à la ville ^ pour ainsi dire sous escorte et avec des gardes. Là il n'y eut qu'une seule voix, qu'une seule volonté, et cet homme qui pour la première fois était vu dans la cité des Ruthènes, en fut nommé évéque par le suffrage unanime du peuple, lequel contraignit celui du clergé. Et changeant contre un nom romain son nom bar-

ET d' AURÉLIA. l63

bare , ainsi qu'il se faisait souvent , le nouveau prélat fut désormais appelé Théodosius.

Ainsi s'accomplirent.les volontés du Dieu tout-puissant sur Harderad ^ et sa piété reçut dès ce monde une digne récompense. Au reste , suivant le vœu de son saint prédécesseur Dalmatius , il ne se laissa entraîner à aucun des vices du siècle, et^ véritable prêtre de Jésus-Christ ^ il ne permit pas que son cœur fut enflé par l'orgueil y ni cor* rompu par la luxure ou l'avarice. C'est pourquoi tout le monde , et même ceux des diocèses voisins , ne cessèrent d'avoir son nom en extrême vénération. Non seulement Théodebert^ qui mourut peu d'annéesaprès que son ami (ut fait évêque ^ mais encore le roi Childebert avec son épouse , la pieuse Ultrogothe et le roi Qotaire lui-même , le chérirent beaucoup et l'honorèrent. Son Eglise devint riche par les largesses d'un grand nombre de fidèles.

Aurélia de son coté , ayant été reconnue comme abbesse par les saintes filles de Mauriacum , les gouverna avec une sagesse mer-

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veilleuse ; et faisant prospérer cette maison sainte , elle crut en grâce devant Dieu , elle qui , sousFœil que rien ne trompe, avait toujours été le miroir de pureté et le vase d'élection. Elle avait appris les choses miraculeuses faites sur Harderad par la Providence d'en-haut , et elle s'en était réjouie. Lorsque ensuite , dans les travaux de son ministère , l'évêque Théodosius vit l'abbesse de Mauriacum , tous les deux éprouvèrent une très vive joie : le passé avait fui pour eux avec toutes ses ténèbres , et se retrouvant désormais en Jésus-Christ , ils se complaisaient l'un et l'autre dans une chaste et religieuse affection. Aussi se revirent -ils souvent, et loin d'en fuir les occasions, ils les recherchaient , ne les regardant plus comme des pièges du tentateur, mais bien au contraire comme des sources de grâce et de bénédiction pour l'un et pour l'autre.

Chacun d'eux vécut une assez longue vie.

Toutefois Harderad mourut plusieurs années avant Aurélia , et selon le désir qu'il en avait témoigné , son corps fut ensevelie dans le monastère de Mauriacum. Plus tard^

ET d'a^urélia. i65

quand Aurélia, pleine de jours, quitta le

siècle , son tombeau fut placé près de celui

î révêque des Ruthènes , en signe de leur

iunion et de leurs noces éternelles dans le

aradis. Et il a plu au Seigneur d'attribuer

ces deux sépulcres la vertu des miracles.

!%.>. gio' Çlt moi, humble serviteur de Jésus, avant

C*^^ 2*? It^c j^ fusse enfermé dans cette abbaye de

§ ?^| .^ ^ ffiaint- Julien , j'y ai prié plusieurs fois en

-^ 3^ 1^^">t"cs' afflictions , j'y ai pleuré , et j'ai été

I^SS S JonsoJe.

s,? se:' FIN DE l'histoire .d'harderad

'^ '^ ^ ^ 3 ET d' AURÉLIA.

3s O cr

5 2" ^ A) 'sa- Soff.

Note ï , page 26.

De Vabbaye de SaintrJulien à Brivœ .

Saint Julien , martyr , était dans la plus haute vénération chez les Arverncs , comme le témoigne toute l'histoire de ces temps. Grégoire de Tours , Auvergnat de naissance , en fait foi particulièrement. Au reste , ce ne fut qu'au sep' tiéme siècle qu'une abbaye fut jointe à l'église de ce saint, à Brioude , et le premier abbé dont le nom se rencontre dans les récits ecclésiastiques , est Félix, en 643.

Note II , page Sg.

Du pillard qui vola le bienheureux saint Martin,.»

Clovis , comme on le sait , fit mettre à mort un soldat qui avait volé un peu de foin dans un pré appartenant à l'abbaye de Saint - Martin , comme il marchait en guerre contre les Visigoths : « Et ubi etit spes vicia toriœ j si beatus Martinus qffenditur? Et où sera l'espé- « rancedc lavictoire,s'écrîa-t-i( , si le bienheureux Martin a est offensé? ?»

Note III , page 65.

Se hâtèrent de laver dans des vases remplis d*eau chaude, etc.

Cet ancien usage des Grecs et des Romains subsistait encore. 3'en trouve également la trace dans une anecdote

l68 NOTES.

rapportée par Grégoire de Tours , sur un certain Andarchius qui se prévalut de la faveur du roi pour venir 8*iinpatroniser dans la maison d'un pauvre propriétaire qu'il avait dépouillé par ruse. « Ingressusque XJrsi domum, ' c caenam sibi praecepit praeparari , atque aquas quibus abc lueretur calefieri jubet. Sed cum servi domus minime rudi c domino parèrent , alios fustibus , alios virgis csdit , nonc nullis capita percutiens sanguinem elicuit. Turbata ergo c familia, prseparatur caena, abluitur hic aquis calidis, < inebriatur vino, et secoUocat super stratum. » ( Greg. Tur. , lib. IV, cap. 47- ) Voyez la Collection des Mémoires relatijs à l'Histoire de France, publiée par Guizot^ tom. i, page ao8.

Il y a , comme on peut voir , assez de ressemblance entre le procédé de cet Andarchius , et celui d'Rarderad et de ses compagnons.

NoteIV, pagc'70.

Mes maisons d*Aquœ Calidœ.

Sidoine appelle ces eaux , CaUntes Baiœ, Elles sont aujourd'hui un) bienfait pour la ville 'à laquelle elles ont donné leur nom. Les habitants de Ghaudes-Aigues trouvent à tout instant , à une fontaine commune , une eau d'un degré de chaleur assez élevé pour y faire cuire des œufs, ou y apprêter quelque autre nourriture.

Note'^V , page qS.

Comme écrivait le bienheureux Salvien,

Salvien, évéque de Marseille, dans son livre de Guhematione Dei f a censuré avec une austère franchise, et souvent une rare éloquence , les vices de son temps , et fait rougir les peuples corrompus de la Gaule , devant les

mœurs féroces des Barbares. U se recommande aussi pour les détails précieux qu'il fournit sur le système yex.atoire de l'administration romaine.

Note VI , page 106.

Au lieu de l'époux immortel , etc.

Ceci nous parait imité et presque copié de Grégoire de Tours , (Grec. Tua. lib. 7. cap. xlii.) dans la scène si connue des amants de Clermont. Voici ses paroles :

« Ecce, relicta ab immortaliChristoenimqui mihidotem « promittebat paradisum , mortalis bominis sum' sortita « consortium ; et pro rosis immarcescibilibus , arentium me « rosarum non ornât, sed déformât spolium. Et cum debui c super quadrifluoAgni flumiue stolam puritatis induere, « haec mihi vestis onus exhibuit , non bonorem 0,si

< mibi bxc futura erant , quare non dies vit» meœ ipse « fuit finis , qui fuit initium ? O , si introissem mortis ja- « nuam , antequam lactis acciperem alimenta ! û , si mibi c dulcium nutricum oscilla in funere fuissent expensa ! « Horrent enim mibi terreme species , quia pro mundi

< vit^ transfixas video Redemptoris manus. Nec cerno dia« « demata gemmis insignibus coruscantia , cum illam spi- « neammiror mente coronam. Respuo longe latcque diffusa « spalia ferr» tuas , quia amaenitatem concupisco para-

« disi Nibil est mundus , nibil sunt diyitia , nibil est

« pompa saeculi bu jus : nibil est vita ipsa qua fruimur : c sed illa magis vita qusrenda est, quae morte termi- « nante non clauditur , quae labe uUa non solvitur , nec « aliquo occasu finitur ; ubi faomo in beatitudine aetema « permanens , luce non occidente yiyit. Et quod magis est « fab omnibus , ipsius Domini praesentia , jugi perfruens

lyO NOTES.

c contemplatione , in angelico translatus statn , indissoc lubili laetitia gaudet. > (Voy.les Mèmoiret rtlatifià V Histoire de France y'ç\xh\\és par M. Guizot , 1. 1 , pag. 33.)

Note VII, page laS.

Que le roi Clovisjit bâtir à Midacum,

Je cite textuellement ici le récit de cette donation , écrit au septième siècle , environ cent années après qu'elle fut faite. L'auteur est un moine même de Miciac , qui paraft 'vfvement jouir des avantages de sa solitude religieuse.

....... a Un jour Clovis, dans un de ces moments de vi-

c vacité extrême , ordinaires aux rois , comme saisi d'une c inspiration divine , fit appeler le saint vieillard Euspic cius , et son neveu Maximin , lequel lui tenait par la c vertu aussi-bien que par le sang. Il lui dit : Ma volonté c avait été d'^abord , et j'avais cru que l'utilité de l'Eglise « demandait que tu fusses le docteur et le ,chef de la ville c de Verdun et du peuple parmi lequel tu es né. Mais^ c puisque , d'après les suggestions de mon esprit , je t'ai « trafné jusqu'en ce lieu ( Orléans) , peut-être par l'effet a de la volonté divine , je souhaite que tu choisisses un «c endroit dans ces environs , dans lequel il soit satisfait à c tes désirs et à ton utilité , en même temps qu^à l'utilité c du temps à venir. Par-là votre position sera meilleure, « et la Divinité me deviendra plus favorable : par-là vos c successeurs recueilleront de grands avantages et gardes ront ma mémoire. C'est donc à vous de vous aviser , et à < moi d'accomplir ce que vous aurez avisé. Les deux saints e hommes ayant ouï cette ofire bienveillante , se mirent à «c rechercher avec le plus grand soin^ le lieu le plus corna mode à leurs désirs : Ils voulaient trouver la solitude , K et avoir en tout temps une retraite salutaire à l'ame.

« Mais ayant découvert par la faveur divine ce qu'ils «c cherchaient, et ayant informe le roi de la chose, saint « Çuspicius , qui sentait arriver pour lui le jour de la vo- « cation dernière , voulut qu'une si riche donation ne se « fît pas sous son nom , mais sous celui du bienheureux c Maximin : Seigneur , mon roi , dit-il , comme mon âge « avancé ne me permet pas de longues années , et que l'ac- « tivité , aussV-bien que la dévotion de mou neveu Maxia min, votre serviteur, permettent d'espérer mieux de loi, a je demande que votre libéralité veuille bien lui accorder « le champ de Miciac , et la petite possession appelée

< Cangiacum , en même temps qu'une autre appelée Liti- « miacum ; afin que , tant que nous vivrons , nous puis- « sions nous y livrer à Dieu , avec ceux qui voudront s'aS" « socier avec nous , sous la protection de l'évèque de cette « ville , Eusébius. Ayant ouï ces paroles , le roi y con- « sentit de grand cœur , et satisfit aux demandes de cet « homme vénérable. Ayant donc fait- appeler les notaires « et les greffiers publics , un acte solennel fut rédigé , « écrit et confirmé , revêtu de signatures et de cachets , « avec le nom de saint Maximin : afin que dans cette « même terre de Miciac , où ne se trouvaient que de vieux « débris de murailles , il pût faire reconstruire une nou- V velle demeure à l'usage des serviteurs du Christ, où rien a ne vînt distraire leur vie consacrée au Seigneur...

« £b effet , la terre de Miciac , qui leur est attribuée ,

< est si bien convenable à un ordre monastique , qu'elle y « semble , si on peut le dire , spécialement destinée par « Dieu. Car , baigné des deux c6tés par la Loire et le Loi- « ret^ ce lieu présente une demeure retirée aux serviteurs « de Dieu , et empêche d'approcher tous les importnns* « L'Ile dans son intérieur est plus fertile qu'étendue. Elle « produit, en effet, du blé en grande quantité^ le vin y « abonde et est excellent. Comment dire ce que la va-

c riëté des jardins ajoute de charme , et proeure d'avantage c à ce lieu? Efr pour tout comprendre en un mot, cette « petite ile engendre et nourrit toute sorte de biens. Ce « n'est pas non plus un médiocre surcroit d'utilité et d'at- « trait que les bâtiments qui y apportent le commerce de- « puis la mer , etc. > ( Ex vita sancU Maximini , Script. ■FiiANci* , tome III , page 616. )

Cette retraite monastique, si douce à habiter, est aujourd'hui un joli village , prés d'Orléans , qui du nom de celui qui avait fondé le couvent, s'appelle Saint^Mesmin , corruption de Maximin.

NoTB YIII, page iôï.

/Je que Sulpicius Séuérus a raconté , etc.

Voici le texte deSulpice Sévère ; il est fort remarquable : ....... c QuumMartinuserui a monastcrio suo facile non

« posset , Ruricius quidam , unus e civibus , uxoris lan- K guore simulato , ad genua illius provolutus , ut egredec retur obtinuit. Ita dispositis fam initinere civium turbis, « sub quadam custodia ad civitatem usque deducitur. Mic rum in modum incredibilis multitudo nou solum ex illo «c oppido , sed etiam ex vicinis urbibus ad ferenda suffragia s convenerat. TTua omnium voluntas , eadem vota , eademc que sententia , Martinum episcopatu esse dignissimum, « felicem fore taliEcclesiam sacerdote » , etc.... { Ex Sulp.

Sev, librode vita sancti Martini, cap. vii. ).

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