‹ Manuscrits de l'ancienne abbaye de saint Julien, à BrioudeChapitre 21 sur 36 · AVERTISSEMENT DE L'EDITEUR · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE L'EDITEUR

L'estimable antiquaire pour qui nous remplissons les fonctions d'éditeur ^ nous a adressé une seconde lettre relative à cet autre reste d'antiquités qu'il a retrouvé et dont il fait part au public. Nous voulions ^ d'abord , comme la première , la placer ici en forme de préface ; mais elle nous a paru beaucoup trop longue pour que cela fût praticable.

L'auteur commençait par y raconter la découverte de ce deuxième manuscrit que lui a encore fourni l'ancienne abbaye de Saint Julien , à Brioude : il traçait ensuite un rapide et intéressant tableau des révolutions survenues dans la Gaule depuis le temps où finit sa première histoire jusqu'à

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celui où commence la seconde^ s*attacbant surtout à montrer comment la chute des Mérovingiens, au lieu d'être une révolution de palais à la manière de l'Orient , fut un nouvel envahissement de la Gaule par les armes et les institutions des peuples Germains* Il se défendait vivement, contre son correspondant , d'être l'auteur do texte latin et français de la légende , et en maintenait avec chaleur l'irrécusable antiquité :

passant de là aux Gestes du roi Childebert ///qu'il met ici au jour, il s'expliquait fort nettement sur la nature de cet ouvrage où il prétend que l'on n'ait à voir autre chose qu'une chronique du huitième siècle.

« Il vous a plu , disait -il au docte académicien, de louer dans ma légende une certaine régularité d'ordonnance , une sorte d'intérêt romanesque qui semble appartenir à de^ compositions plus modernes.

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Permis à vous de penser ainsi. Mais, à coup sûr, vous ne trouverez plus en cet ouvrage-ci ni plan régulier , ni intérêt de roman , ni rien de ce qui vous charme dans l'autre , et bien malavisé le lecteur qui irait y chercher pareiUe chose . C'est de l'histoire, de l'histoire toute pure , ce sont des faits qui se succèdent dans leur ordre réel , sans songer à se tenir entre eux par cette unité factice , heureux mensonge de l'art, pour plaire et pour émouvoir.

ce Relirez donc d'avance toutes les critiques que vous pourriez adresser à la Chronique , en la jugeant comme vous avez fait de la Légende : et si vous allez me dire que le cadre en est étroit et mesquin, que les incidents s'y succèdent sans liaison et ne satisfont nullement l'ame par cette progression habilement graduée d'où naît l'intérêt , €[ue les caractères des personnages n'y ressortent jamais dans ces vives con-

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Tersations qui donnent au récit l'ame et le mouvement ^ qu'enfin la composition est froide , et le langage monotone f je vous répondrai : « Oui , vous pouvez avoir raison j <c mais sdngez seulement pour qui sont vos « reproches. C'est un moine du huitième « siècle , ce n'est pas moi qui ai tous ces « torts. » Et allant même plus loin, j'oserai prendre la parole pour l'accusé défunt et vous dirai : « Qu'à onze siècles de dis- « tance, il ne pouvait guère prévoir le goût « de ceux qui le liraient un jour : qu'il fai- <f sait l'histoire de son temps selon l'esprit « de son temps , et ne s'occupait en nulle « façon de préparer un roman à l'avenir* « Instruisez-vous avec ceci , si vous voulez , « ajouterais*je (toujours en sonnom)amu- « sez-vous, si vous pouvez. »

ce La réponse est dure > direz - vous , et satisfera peu de monde. Il se peut; niais ^ à mon sens, elle est concluante. Supposezi

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même uu moment (ce qui certes est loin de la vérité) que je fosse Tauteur de ces deux morceaux d'antiquité , le sens de mes paroles ne serait pas autre. En effet, ce qui s'y trouvé natutellement exprimé, j'aurais dû alors de mon mieux en rechercher

l'imitation. Vous trouvez mauvais que dans l'Histoire d'Harderad et d'Aurélia , je n*aye pas eu la pensée de me substituer comme narrateur au moine qui l'a écrite ; que je me sois interdit par là tout jugement sur ce qui est raconté , et me sois condamné à suivre en esclave tous les préjugés de l'époque :

surtout vous vous indignez contre ce mysticisme niais de langage , qui revêt indistinctement toute idée , quelle qu'elle soit , de la forme ecclésiastique; Je réponds, toujours en vous accordant par hypothèse ce que la réalité vous refose : Pouvais-je faire autrement? Et cela même n'est-il pas un fait très remarquable et très digne d'être

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retracé, qu*il n*y eut pas alors d*aut.re langue écrite que la langue de FEglise? Le même reproche tombera bien plus gravement sur la Vie de ChiUebert^ où la cour leur ecclésiastique domine bien davantage encore. Un tiers environ de cette chronique met en action des clercs , et ne s'occupe que de leurs idées , de leurs intéré Is , par conséquent renferme peu de quoi s'amuser. Mais tel n'était point alors l'état de la société , que l'activité et la vie y abondassent de toutes parts , et que le tableau en puisse être sans cesse mouvant , animé, dramatique. L'influence monastique partout répandue donnait au contraire à l'existence sociale un aspect de morne et sombre uniformité, avec .lequel il est peut-être difficile que'noiis sympathisions aujourd'hui, mais qui cependant ne peut manquer de se retrouver dans une peinture du temps* Tout se réduit donc à redire encore une

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fois que ceci n'est pas un roman , mais une vraie chronique , et doit être uniquement jugé sous ce rapport. Ce sera aux fécondes imaginations de reconnaître si avec ces matériaux bien incomplets qui leur sont fournis , il leur est possible de reconstruire l'édifice de la société , tel qu'il était alors tout entier; si de quelques ossements épars, comme dit l'ingénieux auteur d'Ivan-Hoe , l'évocation magique peut faire sortir un corps plein de mouvement et de vie.

Quoi qu'il en soit , si l'on veut réfléchir qu'une douzaine de lignes nous restent à à peine dans toute la collection des savants bénédictins sur les rois fainéants et leur présence aux assemblées du Ghampde-Mai; que pas une parole ne nous a été conservée de Pepin-d'Héristal, ni de Charles Martel, d'après laquelle on puisse deviner leur, caractère , ou seulement présumer les motifs qui les faisaient agir ; qu'enfin telle

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est l'obscurité répandue autour de cette période historique, que Ton est accoutumé à se figurer les rois enfants de la race Mérovingienne comme des califes ou des sultans endormis au sein de la mollesse orientale; )e ne puis croire qu'on ne reconnaisse alors quelque utilité en la publication de ma chronique , et que l'exhumation de ce débris d'antiquité n'ait son prix, même aux yeux de vos gens du monde. »

Nous ne citerons pas davantage. Dans la dernière partie de sa lettre , notre antiquaire s'occupait du roman de Quentin^ Durward, que, son correspondant lui a fait parvenir, et qu'il juge avec une grande sévérité , le plaçant fort au-dessous d'Ivan- Hoe, A ce sujet, il construisait une fort belle théorie du roman historique , appuyée de plus d'une savante citation : mais le lecteur dont nous ménageons la patience , concevra sans peine et approuvera le motif pour le-

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quel nous nous abstenons de lui offrir cette longue dissertation.

Par Post'scriptwn M. B]^....as demandait avec instance à son correspondant que , si l'ouvrage avait les honneurs d'une seconde édition , on ne manquât pas d'imprimer le texte latin en regard de la traduction française. C'est au public de décider si notre antiquaire aura cette satisfaction.

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