‹ Manuscrits de l'ancienne abbaye de saint Julien, à BrioudeChapitre 30 sur 36 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

CoBunent les Francs furent rëunis en un Champ-de-Mai par le duc Pépin : en quelle manière y yint le roi Childebert ^ et des choses qui s'y firent.

Voulant raconter les gestes du roî Chil-, debert, et les embûches de la famille d'Herstall contre les princes Merwings, je me suis détourné un peu du but qui m'était proposé 9 en rapportant l'histoire lamentable de Ghlodsinde ; mais je n'ei pas pensé que cela fût contraire à la raison , et je me suis remis en mémoire les paroles du très illustre Grégoire, éTcque de Tours, qui s'excuse de dire pêle-mêle les vertus des saints et les crimes des méchants. Que la même grâce me soit ici accordée de ceux qui liront ce livre , et incontinent je reprends le fil de mes récits.

Aux premiers joars du printemps de cette année , six cent quatre-vingt-dix-huitième

de l'incarnation de notre Seigneur ^ Pépin avait remporté la victoire sur Radbod , duc des Frisons , et la paix étant conclue , ils s'étaient donnés mutuellement des otages.

Gomme il s'agissait^ pour qu'elle fût solide entre les deux peuples^ d'unir en mariage Thusinde^ fille de Radbod^ avec le maire du palais Grimald , ces otages furent pris parmi les plus illustres hommes^ et Drogon^ fils aîné de Pépin , ayant été remis aux Frisiens ^ Radbod vint de sa personne au camp du vainqueur , en le château de Dorestadt.

Là , il accepta de se rendre à Paris , pour assister au plaid général de la nation des Francs qui se devait tenir , suivant la coutume , aux kalelides de mai.

Vers le temps même où l'armée des Francs approchait de Paris , l'évêque Leudésius célébrait la fête des Rogations ; et le clergé tout entier , en ses vêtements solennels , visitait l'un après l'autre chacun des lieux saints de la ville y répétant le chant des litanies , parmi une foule innoinbrable de peuple qui suivait avec humble dévotion. Il eût été misérable que cette fête auguste ^

par le bienfait de laquelle tant de maux ont été écartés des fidèles^ fût alors troublée par le tumulte de soldats en appareil de guerre. C'est pourquoi Leudésius s'empressa d'envoyer un clerc vers la porte par laquelle devait entrer le duc Pépin , le suppliant qu'il obtînt des siens de s'arrêter^ jusqu'à ce que fût accomplie la solennité de l'ÉgUse : ce qui devait être seulement de quelques instants. Pépin j qui feignait toujours grand respect pour les choses sainteS; répondit au clerc avec apparence de bontés et pria ses soldats qu'ils suspendissent un moment leur marche. Ceux-ci l'accordèrent : mais néanmoins ils murmuraient d'un tel retard^ et raillaient en termes grossiers la foule des peuples s'avançant à la suite du clergé en dévote procession.

Bien différente de cette vénérable pompe de religion , fut la pompe barbare de Farmée Franque^ alors qu'elle entra dans les murs de la ville ^ et tout autres aussi furent les sentiments qu'elle mit au cœur des citoyens. En effet , ce n'était pas sans une cer- II. 21

53o LE LIVAE DES GESTES

taine terreur qu'ils voyaient arriver parmi eux ces hommes de Germanie, presque tous venant d'au-delà du Rhin, et de qui l'aspect grossier et farouche semblait menacer même ceux pour lesquels ils étaient sans haine. Soit à cause de la médiocre largeur des rues, soit que ce fût leur habitude, ils s'en allaient, leurs rangs était dispersés et confus , et n'ayant rien d'un 1^1 ordre de bataille. Les uns étaient montés sur des chevaux équipés en guerre : dautres étaient portés dans des chariots, et le plus grand nombre marchaient en fantassins.

Devant, comme derrière eux, deâ troupeaux de bœufs et de porcs pris sur l'ennemi, accompagnaient et embarrassaient leur marche : i]s rapportaient en outre avec eux, une foule d'autres riches dépouilles, négligemment amoncelées. Mais ce qu'il j avait en tout cela de plus fait pour inspirer la crainte, c'était le visage même de ces Iiommes , avec leur barbe hérissée au-dessus de leurs lèvres, et les peaux de bêtes féroces dont étaient couvertes leurs épaules : c'étaient surtout leurs chansons de ba-

taille qu^ils faisaient horriblement retentir en l'air, les accompagnant du fracas de leurs boucliers. De dire ce qui était contenu dans ceschants, lesquels se pourraient mieux appeler des hurlements j c'est ce que je ne saurais faire. Mais ils ressemblaient aussi peu au concert magnifique de nos hymnes y que ces soldats profanes aux vénérables pas* teurs de l'Église.

Le duc Pépin y bien qu'il j eût en lui tout l'orgueil d'un victorieux y ne semblait pas néanmoins porter mépris aux habitants de Paris , ainsi que le faisaient ceux de sa troupe. Tout au contraire , il souriait aux uns et aux autres en la manière d'un homme convoitant la faveur publique. Un grand éclat reluisait dans son armure : son dieval était haut et vigoureux : lui-même y malgré son âge de cinquante années envi-* ron y portait en sa personne une fière et bel* liqueuse apparence. Toutefois il attirait bien moins les regards que le faisait le duc Radbod, lequel s'avançait à ses cotés. Celuici était d'une taille beaucoup au**des$us de l'ordinaire, et de membres décelant uoe

singulière vigueur : un casque d'airain^ ouvert comme la gueule d'un loup^ et une très large épée se faisaient seuls remarquer parmi ses armes. Son âge était un peu moindre que celui de Pépin ; mais les traits de sa figure^qui annonçaient une audace méprisante de tout danger^ faisaient voir aussi qu'il en avait couru un grand nombre, et non sans quelque fatigue. II était aisé de reconnaître qu'il ne se souciait en rien de toute cette multitude qui le regardait avec avidité; et le soin de guider son coursier à l'égal de celui de Pépin , paraissait être l'unique chose qui l'occupât. Tous en le voyant passer se taisaient , comme s'ils eussent été en étonnemen t. Puis , quand il était éloigné de leurs regards , celui-ci de dire tout bas à un autre : « C'est donc là ce fameux païen « qui a rejeté le baptême? » Et celui-là : »

« Voici le fier rebelle que depuis onze ans le ' « Germain Pépin n'a pu encore dompter. »

Après que le maire Grimald eut conduit son père avec Badbod jusques vers le palais où résidaient les rois Merwings , alors qu'ils n'étaient point relégués en des mai-

. DU AOI GHILDEBERT Itl. 353

sons des champs , la troupe des Francs qui avait été rassemblée en cprtége , se répandit de tous côtés dans la ville y chacun selon son bon plaisir. Nonchalants et curieux y selon qu'il est naturel aux Barbares , ils allaient , cherchant de leurs regards , les boutiques où se vendaient les armures y ainsi que les marchandises précieuses d'or et d'argent.

Plusieurs se trouvèrent qui furent désireux d'en acheter, et alors s'émut plus d'une fâcheuse querelle, avec des coups et autres violences. Car, comme les Francs, ne sachant parler pour la plupart que leur langue de Germanie , voulaient être entendus des Ro mains, quiàleur tour ignoraient ce grossier langage, il advenait rarement qu'aucun se rencontrât pour leur expliquer ce qu'ils se voulaient les uns aux autres , et les mettre en accord. Comme aussi les marchands essayaient parfois de tromper l'ignorance de ceux qui achetaient, et de leur donner, pour trèsdiëres, des choses modiques en valeur; les Francs, impatients d'être joués, menaçaient les trompeurs du poing ou même, de Tépée, et allaient jusqu'à les en meurtrir;

334 ^^ LIVRE DES 6BSTE8

après quoi, ils emportaient souVent sans payer ce qu'ils avaient désiré. D'où il arriva qu'en ce jour, la plupart des vendeurs, mus par la crainte , fermèrent leurs boutique^ , et se tinrent prêts à se défendre par la force. Ces choses déplurent gravement à Pépin , qui, le lendemain, apaisa les discordes, mais ne put empêcher que les deux peuples se regardassent entre eux d'un œil oblique.

Cependant le roi Childebert avait reçu k Mamaques un messager du duc Pépin , qui l'appelait à l'assemblée générale des Francs^ pour y être honoré des peuples et recevoir leurs dons. Childebert-, de qui les esprits sommeillaient souvent dansle vin, repoussa d'abord l'homme de Pépin , avec des paroles injurieuses, l'appelant chien envoyé par un chien , et lui disant que tous les dons des Francs ne valaient pas ses cruches de vm d'Aquitaine et les baisers de ses servantes. Mais quand il fut sorti d'ivresse, le lendemain à son réveil , je lui redis la chose qu'il semblait avoir oubliée, et alors il me répondit d'une voix superbe : << Oui , j'irai « à ce Champ-de-Mai , dont l'heure m'est

« attendue depuis long - temps. Mais je « n'irai pas en l'appareil servile d'un paysan « traîné par des bœufs : je serai vu achevai, « et avec les ornements d'un roi. -»~ Mais « le duc Pépin en sera gravement oflfensé, « lui dis-je. — Bien autreinent encore l'of- « fenserai-je, » s'écria- t-ilaudacieu sèment; et il se mordit les lèvres, soit par colère , soit qu'il voulût arrêter d'autres paroles qui allaient sortir.

Nul ne se trouvait alors en la maison de Mamaquesquipiit empêcher le roi d'accomplir ce qu'en son esprit il avait résolu. Car, de même qu'il lui arrivait souvent d'oublier toute chose et de se laisser aller à une stupeur insouciante et immobile . d'autres fois aussi il se faisait voir très impérieux en ses volontés, et hautain en son commandement, rappelant à chacun que c'était lui qui était roi et seigneur. C'est pourquoi il fallut le laisser partir en l'appareil qu'il avait choisi, el je ne le fis pas sans une grande terreur et un fâcheux pressentiment de ce qui en pouvait advenir. Ayant donc pris le cheval d'un de ses hommes, assez peu remarqua-

ble en beauté*^ mais toutefois propre à ses desseins , il s'habilla de sa tunique la plus resplendissante ; et jeta sur ses épaules une belle chlamy de, travaillée nouvellement par les ouvrières de sa maison : il prit dans sa main une courte lance , en signe de domination y et plaça sur sa tête un bonnet royal fermé d'en haut en forme de couronne ^ et hors duquel flottait avec grâce sa chevelure. Ainsi vêtu , il se mit en route vers la cité des Parisiens , accompagné de ses hommes^ parmilesquels je m'étais rangé.

C'était un spectacle inusité depuis longues années aux peuples Neustriens, de voir un de leurs rois voyager autrement qu'en ces chariots, où ils allaient exposés plutôt au mépris qu'à la vénération publique. Aussi l'élonnement et tout ensemble la joie furent extrêmes , alors qu'apparut aux regards le jeune Childebert,en une manière qui rappelait quelque chose de ses glorieux ancêtres. Lui que naguère chacun avait laissé passer sans le saluer et presque même le regarder , fut alors accueilli par d'unanimes acclamations , et au milieu de

m; ROI GHILDEBERT III. 337

ce bruit , il fut conduit par la foule jusques yers la tour en laquelle Pépin était allé séjourner , et qui , ainsi que je l'ai dit plus haut^ était la demeure royale. Pépin feignit de ne se point apercevoir en quel appareil il était venu/ et s'il en conçut quelque courroux , il le cacha habilement aux regards , l'honneur qu'il fit au jeune roi étant de tout point convenable.

Le lieu choisi pour que les Francs s'y rassemblassent en un plaid général fut celui des Arènes , vers la partie méridionale de la cité des Parisiens. Aux temps anciens ^ des jeux scéniques et autres divertissements profanes y avaient été oflferts aux peuples.

Le roi Chilpéric et son épouse Frédégonde , avaient aussi réjoui le vulgaire de pareils spectacles. Mais la foi chrétienne se forti-

fiant dans les esprits en avait banni l'amobr de ces fêtes d'idolâtrie , et les Arènes furent délaissées^ quand le plaisir public ne se trouva plus qu'aux pieuses solennités de l'Eglise. Depuis lors , plusieurs assemblées s'étaient tenues en cette place qui s'y accommodait fort aisément^ et ce n'était point la

. première fais que le duc Pépin y convoquait les principaux des Francs, ainsi que les évêques et les abbés du royaume.

Je m'abstiendrai de dire quelle foule d'hommes y accourut en ce jour des kalendes de mai, la chose étant d'elle-même assez facile à imaginer. Toutefois le nombre des Francs fut de beaucoup plus considérable que celui des habitants Romains.

Etant sortis dès le matin de leurs tentes sous lesquelles ils couchaient en dehors des murs^ ils occupaient tous les environs des Arènes, et rudoyaient ceux des Parisiens qui s'en voulaient approcher, leur disant qu'il ne s'y agissait point de leurs affaires. Leurs cris de joie et de triomphe éclatèrent violemment , lorsque passa au milieu d'eux Pépin , leur chef : puis , quand ils aperçurent auprès de lui le jeune roi , bien qu'il fût de bonne mine et de haute stature , ils se mirent à le railler avec d'outrageuses paroles. On put même remarquer qu'ils n'accueillirent pas sans quelque mépris la troupe vénérable desmini&tres du Seigneur.

Si ma mémoire était moins vieillie par les

DIT ROI CHILDEBERT III. SSq

années^ j'aimerais à rapporter tous les noms des illustres hommes , tant clercs que laïques , qui assistèrent à cette assemblée.

Beaucoup en effet m'étaient connus dès auparavant^ et ceux que je n'avais point encore vus me furent indiqués par d'autres qui les connaissaient. Mais un trop long intervalle de temps s'est depuis lors écoulé pour que tant de noms soient demeurés en mon souvenir. Je les tairai donc tous, dans la crainte de tomber en erreur ^ et je dirai seulement que la plupart des ducs et des comtes des provinces , non moins que les prélats , soit des diclcèses , soit des monastères , se trouvèrent réunis en ce plaid avec les premiers d'entre les fidèles de Pépin : d'où il arrivait que pour la gloire et le salut de tous , la force du lion et la prudence du serpent allaient siéger en une commune délibération.

G;pendant , malgré la vaste étendue de l'enceinte , où plusieurs milliers d'hommes pouvaient aisément être contenus , et quoique des gradins en bois demi-circulaires J fussent très commodément distribués , on

34o LE LIVRE DES GESTES

se tromperait de croire que s'établit en ce^ Champ-de-Mai Tordonnance régulière accoutumée aux saints synodes des églises chrétiennes. Les clercs , il est vrai , prirent tous leur place silencieusement les uns à côté des autres , et suivant l'ordre hiérarchique : mais il n'en fut pas ainsi des nobles hommes et des seigneurs de la nation des Francs. Ceux-ci, se pressant et se heurtant,

entraient pêle-mêle et ne se choisissaient leur place que selon leur convenance. Il y

en* avait qui restaient debout , appuyés sur leurs javelines ; d'autres s'étendaient négligemment , comme s'ils fussent venus en ce lieu pour y sommeiller ; plusieurs riaient entre eux ou se querellaient à haute voix , et après s'être un moment assis , se levaient et marchaient, impatients du repos.

Or cette confuse rumeur ne fut pas de quelques instants : on la vit durer jusqu'aux derniers jours de l'assemblée où se traitèrent les plus sérieuses affaires. Une chose surtout contribua à la prolonger et à l'accroître : c'est que chaque journée amenait au plaid de nouveaux venus , que le plaisir , ou

le brigandage, ou quelque autre soin avaient retenus en arrière , et leur arrivée ne manquait jamais d'exciter un grand bruit parmi leurs compagnons. Tel était l'aspect que présentait cette foule guerrière. Entre l'un et l'autre rang de gradins , s'élevaient à quelque hauteur deux sièges réservés au poi Childebert jet à Pépin. A leurs pieds , comme en une place choisie , se tenaient le maire du palais de Neustrie , Grimald , le comte du palais , Gislemar, le référendaire Wulfolaïc , et Radbod , que sa haute taille faisait remarquer , et qui , en une façon tout insouciante , laissait çà et là errer ses regards. Il fut même vu plusieurs fois bâillant, conime un homme grandement ennuyé, ou insolemment dédaigneux.

Aussitôt que Pépin se fut assis auprès du roi, parmi le murmure de la faveur publique , il se hâta de lui enseigner ce que d'abord il était convenable qu'il fît. Làdessus Childebert lui répliqua , en levant hautement la tête : « Retiens ta langue , je « n'ai nul besoin que tu m'apprennesà faire « le roi. » Bien qu'il lût irrité , Pépin agit

avec prudence ^ et lui dit à voix basse :

« Mais tu es encore en âge d*enfance , et « ignorant dans les affaires publiques. — A « cet âge d'enfant où je suis , Clovis régnait « sur les Francs et châtiait ses ennemis. Je « /erai comme Qovis, —^ 'fu es digne de « pkié , répondit Pépin , haussant les épau* ce les en signe de mépris ; mais agis selon ta « volonté , et donne à rire au peuple des « Francs. » Un très petit nombre d'hommes entendit ces paroles , ce qui empêcha le scandale de s'émouvoir dans l'assemblée :

et comme elles finissaient^ alors s'approchèrent plusieurs des Leudes , qui venaient saluer le jeune roi , et lui offrir leurs présents. Lui , leur rendait leur salut en une manière très grafcieuse, et semblait fort réjoui des choses qui lui étaient données.

Tout cela ne se put apporter en face de l'assemblée même , y ayant beaucoup de choses qui se vpituraient en de lourds chariots , comme du froment , du vin et du miel ; encore moins furent produits aux regards les divers troupieaux destinés aux étables royales : les objets de ce genre

Curent envoyés dans la cité , au palais du roi. Quelques-uns offrirent des pièces d'or et d'argent , renfermées dans de petits sacs de cuir ou en des coffres précieux. D'autres présentaient des tuniques et des chlamydes habilement travaillées. Mais parmi tous les dons ; il en £at un qui plut à Ghildebert pardessus les autres^ et que le duc Pépin sembla peu approuver. Leudemond , homme noble du pays des Ruthènes, désirant d'obtenir un bénéfice retiré à son père par l'iniquité d'Ebroïn , résolut de flatter le roi en lui offrant un casque de vermeil, avec une épée, dont la garde ainsi que le baudrier étaient enrichis d'or et de pierreries d'Espagne.

Ghildebert en effet fut singulièrement réjoui d'un tel présent , et ne se cachant point de son allégresse : « Tu m'as mieux honoré « que personne , lui dit-il. Je te tiendrai « en haute faveur* » Et il maniait ces armes en tous les sens , une apparence d'ardeur belliqueuse rayoflpant sur son visage. Ce que voyant plusietirs des Francs de Pépin , répandus autour de l'assemblée , ils s'emportaient a des paroles grossières : « Que

344 ^^ LIVAE DES GESTES

« fera de cette belle épée le jeûna roitelet ? K s'écriait l'un avec une voix hautement <c insultante. Il coupera sans doute les vian- « des qu'il avale "avec tant de voracité! » Et les autres d'éclater* de rire. Puis celui-là : ce Vojez ce casque , c'est pour y verser son « vin , et j boire de plus larges coupes : le « petit ivrogne ! ^ Et leurs ris insolents redoublaient sur cette inepte raillerie.

Il j en eut pour plusieurs journées avec les salutations et les dons des peuples au jeune roi ; car outre qu'il admit devant lui les hommes considérables ^ ainsi que je viens de le raconter ^ il s'en alla , selon la coutume , visiter dans une plaine voisine les moindres gens , accourus en grande foule pour lui offrir le denier de leur pauvreté.

Aussi le treizième jour seulement , lorsque furent arrivés ceux qui avaient tardé et dont la présence était nécessaire , on commença de vaquer aux imjportantes affaires du royaume. Les exposer dans le rang ou elles se succédèrent^ comme aussi les redire tou* tes , sans en excepter aucune , c'est ce qui me serait entièrement impossible. Je prie

DIT AOI CHILDEBERT IIX. 5^5

donc qu'4 me soit permis de ne rappeler que celles qui sont reàtéea dans ma mé-.

moire ^ et en un tel ordre qui convienne le mieux à ma narration.

Il était digne de la condition royale qu'a* près avoir reçu les dons des siens ^ Childebert offrît à son tour des témoignages de sa munificence. C'est pourquoi il accorda ou confirma un grand nombre de privilèges et de donations y tant aux clercs qu'aux laïques^mais bien davantage aux prenîiers^ ce qui contribua à l'édification générale. Les plus illustres monastères furent surtout par lui honorés : celui de Fonianella, dans la péninsule de laSeine^ celui de Saint-Carilelfe^, au bord de la rivière d'Anisole,. outre qu'ils furent affermis en la possession de leurs immunités ^ reçurent quelques largesses. Le pieux abbé de Sithiu, dans le pays de Terwannes, obtint plusieurs domaines d'un grand revenu , et fut traité avec extrême vénération . Mais nul n'approcha des honneurs déférés à Chaînon : le roi , en le voyant s'avancer, se leva du trône où il siégait, s'inclina humblement^ puis l'embrassa avec n* 22

346 liE LIVRE DBS GBSTBS

grande tendresse , et lui demanda s'il était quelque chose qui fût désirable au glorieux martyr saint Denys et à sa basilique. Et comme il lie répondait rien, Childeber t s'empressa d'ordonner au référendaire Wulfolaïc , qu'il dressât un acte qui concédait à l'abbaye du bienheureux Denys, la forêt de Roverétum la maison des champs de Hordinium , au pays des Bello^aqqes, et autres biens que je ne saurais énumérer. Puis il revêtit aussitôt la charte de son sceau .

Diverses choses se firent ensuite de moindre importance, auxquelles la présence du roi était nécessaÉ^, mais dont son esprit fut peu occupé , puisqu'on le vit s'endormir durc^nt qu'elles s'accomplissaient. Quelques hommes du pays des Andegaves vinrent requérir qu'on leur octroyât de nouvelles chartes de possession , en la place des leurs y brûlées par l'incursion des Bretons, n en fut d'autres qui accordèrent solennellement l'ingénuité dénariale - à

certains esclaves, en iiécompense de leur

> Maniéfe d'affranchissement. ( JVQtie ^ V^dii^wr, )

iidélité' Un homicide $e ppuryut d'une fséaeptioa toj^ qui g^r^ûti^s^it sa séçu<rite , pour aller en pèlerin visitep le sépnl^ cre dé saint Pierre , à Rome. Ept^din^ 1 noble de la contrée des Arvernes , et sa &mm^ Salaberge , se firent concession mutuelle de tous leurs biens, et , selon la cputupie, pour que la chose ne fut point oubliée, et qu'au cas nécessaire il en fut porté témpignage »

ils produisirent un enfiint d^onze années , quiétait de leur ville, et sur les joues duquel plusieurs soufiOets furent appliqués , comme étant moyens assurés de ^avenir. Toutes ces choses et d'autres s^fnblables se fiaient sur un signe de tête du dm Pépin , par les soins du référendaire , le roi j étant de tout* f»oint étranger.

U n'en fut {dus ^in^i alors quç furent portées en jugement les causes div^r^ç^ sur lesquelles l'équité royale d^ait prononeer. Childebert seikibla prêter à chaque procès une oreille très attentive > et s'y apj^liquer tnème à ce point y qu'il fit naître un grave scandale dans l'assemblée. Quelques-uns comparurent d'abord

qui avaient commis le meurtre sur quelqu'un des fidèles du roi, et la plupart d'entre eux, puissants par leur fortune, ne craignirent pas de s'avouer coupables, et composèrent avec les parents des morts.

Bertchramn et Rauching, deux hommes riches , l'un du pays de M ediomatricum ' , l'autre de la colonie d'Agrippine *, furent cités ensuite pour l'exécrable crime d'avoir enlevé et violé plusieurs jeunes filles vouées au Seigneur. Il était évident à chacun que ces mortels impies méritaient d'être punis selon toute la sévérité de la loi. Mais comme ils avaient de grands biens, il leur fut facile de rassembler autant de jureurs qu'il était nécessaire pour affirmer leur innocence. Et bien que fût présente devant l'assemblée une des vierges ainsi outrageusement traitées par Rauching , et qu'elle criât et se lamentât avec violence extrême , bien qu'elle attestât labienheureuse Marié, mère de Dieu, avec tous les saints, que cet homme l'avait ravie et deshonorée, e\ avait

« Metz.

' Cologne.

DU KOI CHILDEBERT III. 34g

en outre médité de la tuer, comme il avait fait de maintes autres^ néanmoins il fut renvoyé absous , ceux qui avaient j uré avec lui étant tenus pour hommes bons et intègres.

Ce jugement commença d'exciter une vive indignation parmi les prélats assistants : elle s'accrut bien davantage ^ lorsque se firent entendre les plaintes des monastères et autres saints lieux que la rapacité inique des puissants tentait de dépouiller de leurs biens. Ce crime y abominable aux yeux de Dieu plus que tout autre , avait été commis en un grand nombre d'endroits par ces honunes de licence et de pillage , arrivés en foule depuis que l'Austrasie avait pré-^ valu contre les peuples Neustriens, Le duc Pépin , auquel seul ils portaient quelque vénération , étant allé en guerre durant tous les derniers temps , ceux qui ne l'avaient pas accompagné avaient agi comme si toute chose leur était permise , et , de toutes parts , au mépris des plus inviolables chartes, on avait vu les chariots qui portaient aux couvents et aux églises les fruits

36o liB LiVRâ t>ni GBfrTES

de leurs tetres , saisis pat» force sur les chemins^ leà droits qui leur avaient été accordés par la munificencfé des tt>is , contestés ou etivâhis , et quelques domaines même enlevés par le tranchant de Fépée à ceuxqtii les administraient pour leurâ possesseurs.

LTiabitude ôt la perterâité des temps to*âvâient point encore rendu là chose familière, ainsi qu'elle Fest aujôurd'htri , et Pépin ne semblait pas favorable âui raviiisetirs, comme Test de nos jours Texéorable Karl, son fils. CTeét pourquoi une tio- • leàte rumeur, et aussi des cris d'aiiathème , ^'élevèrent MX bancs où siégaieilt les évé* quès et lès ab))és , alors qUè furent mentionnés ces crimes , et les coupables cités devant la justice du roi. Cela sans douté effraya le duc Pépin, qui évitait soigneusement Tinîmitiédes mihistres du Seigneur : (:ar il dicta lui-même à Childebèt*t les Sentences qui redressaient les torts de ses compagnons dé guerre envers les maisons dé Dieu , redi- ^nt à chaque fois : << Si nous ne révérons « tel choses sainte!; , nons périrons sous tiOs « Mneknis. » Et Cès paroles sètnblaienl

DU ROI GHILD&BERT III. 35l

peu ag;réables à la plupart des nobles hommes d'eDtre les Francs^ lesquels murmu^ raient et frémissaient avec une colère mal comprimée.

Mais il fallut voir combien fut grand Té-

tonnement de tous , lorsque se leva l'abbé

de Saint-Den js , le très vénérable Chaînon ,

et qu'il proféra ses plaintes contre le fils de

PepÎB y Grimald ^ comme ayant volé à la

basilique quelques - uns des droits qu'elle

avait sur toute marchaodise entrant par une

des portes de Paris ^ non moins que sur les

objets mis en vente au champ de foire : ce

qu'il prouva par le témoignage d'hommes

considérables y et aussi par l'exhibition de

ses chartes. Puis ^ à ces griefs il ajouta

d'aigres paroles contre la faveur où Grimald

tenait le^ Juifs j . et contre les autres négli-*

gences de sa conduite* Ceci émut fortement

l'assemblée , quoiqu'en diverses manières :

les prélats s'indignaient qu'une telle chose

é&t été osée contre saint Den js j les hommes

de Pépin qu'on accusât ainsi le fils de leur

chef. Mais celui-ci ^ comme il était toujours

rusé y s'empressa de gourmander la jeunesse

de son fils , et de dire à Chaînon : « Père très « pieux , nous te ferons restituer ce qui te « fut injustement pris, et rendrons honneur « au glorieux martyr par la donation d'une « de nos propres terres. Pardonne donc « tout ceci. » Les prélats accueillirent avec grande satisfaction ces paroles : mais elles ne donnèrent pas contentement à Childebert, qui, pendant ce temps, n'avait cessé de s*agiter avec violence , et paraissait disposé à éclater en quelque impétueux discours.

Ne se sachant plus contenir , . après que Pépin eut achevé de parler , il frappa très rudement du pied le degré où s'appuyait la tête de Grimald , et se mit à lui crier d'une voix menaçante : « Qui es - tu pour mal- « traiter ainsi notre père Fabbé Chaînon ?

ce — Je suis homme qui le vaux bien , et « fils de qui vaut mieux que toi. — Tu n'es « rien, reprit Childebert, et dois descendre « de ce siège d'où mon pied te va renver- « ser. — Ose-le, vil enfant, » cria Grimald en se levant , avec le geste et le regard de la menace. Pépin l'arrêta , et lui dit en un air tranquille : « Sieds - toi : cette

DU AOI GHtLDEBERT III. 553

tf place est la tienne Comme maire de son « palais. — Non il ne l'est pas le maire de « notre palais , cria plus haut encore le « jeune roi; Les peuples , ni moi , ne l'avons «voulu. Mais à présent les peuples et moi « nous allons dire notre vouloir. Tous les « deux nous vous répudions. — ^Retiens donc <c cette colère d- enfance , lui dit Pépin , ou , « comme insensé , il faudra qu*on t'éloigue << de cette illustre assemblée. - — Hommes « francs, s'écria Childberl en se levant, et « s'adressant à tous, ne suis-je pas votre roi? « Et celui-ci est-il pour me commander ? »

Et comme un murmure confus s'élevait à ces paroles , le duc Pépin s'adressant à son tour aux assistants : « Nobles hommes , « dit-il , voici le roi Childebert qui se prête tend d'âge assez mûr pour régner seul sur « vous , et n'avoir plus besoin de nos con^ a seils , ni de notre courage. C'est lui qui « maintenant va vous conduire en guerre, « et vous fer^ vaincre vos ennemis. Le « voulez- vous ? l'approuvez- vous ? » Une, immense clameur s'éleva alors parhii les Francs, qui tous s'écrièrent d'une même

354 ^^ LIVRB DBS GESTES

voix et) leur langue dé Germantô : « Pip^ne ! « Pippin ! » Et Ghildebert ajaat voulu à son tour prononcer de nouvelles paroles y d'in* solentes huées, des ris outrageants lui furent adressés , comme il arrive d*un enfttkl qui veut faire l'hômmeé Les esprits même pa<^ raissaient agités d'une telle sorte , qu'il en fut peut'-étre advenu quelque chose de tk-cheux y si l'abbé Chaînon ne se fût a^q^roché du jeune roi , et, comme pour lui faire hon<* neur , ne l'eut invité en son monastère. Ce qui fut le signal à chacun de se lever, et l'on se retira en grand tumulte.

La journée qui suivit celle-ci fut la der**.

nière du Champ-de-»Mai , et aussi vit-on s'y accomplir les plus importantes d'entre les affaires publiques. Le roi , soit qu'il fût gravement confus des choses de la teille et roulât secrètement en son cœur sa colère impuissante , soit qu'il fut tombé en une de ces stupeurs de corps et d'esprit qui lui étaient fréquentes , demeura tout ce jour présent à l'assemblée comme s'il ne s'y trouvait pas, et obéit silencieusement à toutes les volontés du duc Pépin. Celui-ci,

selon son usage 9 désirant savoir de quelle manière se passaient les choses en chaque partie du rojatime des Francs , si le fisc était dûment enrichi , la justice rendue équitaUement 9 et les frontières assurées contre les enpemis^ se mit alors à interroger les priticîpau:^ tant des laïques que des pré* latS; et à sifentietenir aTeceux de tout ce qu'il convenait de faire. L'évêque des Eduens ' ,.

Hennenaire^ le successeur du bienheureux Léger , fut le premier qui prit la parole pour instruire ie duc Pépin que de graves calamités pesaient sur la ville dont il était le prélat et en même temps le défenseur ^^ « L'impôt de la capitation sur les fils de fa- « mille en Fàge de puberté est devenu si M onéreux , dit^il / qu'à la honte du saint «* nom de Dieu , nous voyons se renouveler «I les abominations que voulut naguère « empêcher la pieuse reine Bathilde. Cha- « que jour il m'est annoncé que quelque « père a mis à mort son enfant , ne pouvant «< payer ce que sa tête doit au fisc. U est de

» D'AutuQ.

* Titre de magistrature municipale.

« ta prudence , très glorieux Pépin , d'ap- « porter remède à de telles misères , et de « délivrer le royaume des Francs d'une si « grande ignominie. » A quoi celui-ci répondit en exemptant pour quinze années la cité des Edùens de la capitàtion pour les fils< de famille. Puis se tournant vers le duc Adalric , qui commandait aux Gadurques % et N'as-tu rien ouï des Wascons ? lui de- « manda-t-il. Ont-ils osé encore avec leurs « pieds de lièvres sauter sur nos terres ?

« Seront-ils enfin fidèles à leur serment de « paix ? — Ton invincible nom les tient en « crainte , lui répondit Adalric , et aucun « d'entre eux n'a été vu hors de ses mbn- « tagnes. — A la bonne heure , reprit « Pépin. Tu n'as pas les mêmes nouvelles à « me donner, Waimer ? dit-il alors au comte « des Andegaves ^ ? Je sais que ces pillards « de Bretons t'ont visité cette année, et « que tu les as repoussés à grande peine.

« Mais sous peu j'irai les visiter à mon tour, «et leur reprendre les bœufs qu'ils nous

' Cahors.

* Angers.

<c volent. En attendant^ rainasse les hommes « die la cité des Cénomans ' pour les adjoin- <c dre à ceux de ta ville , et doubler ta force. « Ce sont toujours les têtes rases de la tribu <c de Chanober, n'est-ce pas? les autres « sont en repos. — Pour le présent, dit « Waimer. Mais les voleurs ne dorment pas « long-temps. » Sans répondre à ces dernières paroles , Pépin adressa aussitôt son discours au vénérable évêque des Bituriges *, pour qu'il lui apprit quelque chose des présages funestes qu'on disait s'être manifestés en plusieurs lieux de son diocèse. « Il est « vrai, dit le pieux pasteur, que moi- «< même , le saint jour de Pâques , étant à <c l'autel , j'ai senti la basilique agitée d'un « tel tremblement, que chacun des assistants « fut jeté de force le visage contre terre.

« Déplus , quelques pâtres , voisins du mo- M nastère de Celles , ont vu une longue « armée de serpents s'avancer sur les routes « du coté de l'orient. Sans parler du se- « pulcre du bienheureux Austrégisile ,

• LeMaos.

• Bourges.

« hors duquel deux (m, pendant la huit ^ « sont sorties des flammes, — Je devrai in- « terroger sur ce sujet mes astrologues , « se dit Pépin à lui-même. Mais toi , que te a somble^'t-il de tous ces présages ^ 6 saint u père? — Que leSeigneur soit irrité contre (c les hommes , de cela on ne peut douter.

M Hais quelle sorte de maux nous est annonf< cée , la science humaine ne 1^ peut com^ « prendre. » Et , à ce sujet , il y en eut qui se mirent à raconter d'autres signes qu'en divers lieux on disait avoir apparu tant au ciel que sur la terre. D'où quelques-uns de l'assemblée conçurent une extrêiDe frayeur que n'apjH'ochât la un de ce inonde , et ils se disposaient à racheter leur ame en fiûssnt aux pauvres des aumônes , et des largesses aux maisons de Dieu.

En ce moment on vit se lever le véna:*a'ble Willibrod , que tous savaient avoir été envoyé par le duc Pépin pour convertir , dans les provinces du septentrion, ceux des peuples qui étaient encore infectés des erreurs de l'idolâtrie. La renommée avait publié des choses merveilleuses sur la ma-

DU IIOI GHILDEBBET III. SÔQ

niera doat il avait accompli sa missioa apostolique. Mai^ ce n'étaient que d'incertaines rumeurs , peu dignes de foi , ainsi qu'on le reconnaissait en voyant plein de vie le ^aint bomme que longtemps on avait cm mort.

C'est pourquoi la joie de tous fut extrême de ce qu'il allait conter l'histoire de ses pieux voyages ^ et il se fit en l'attente de ses paroles un silence universel parmi l'assembla • On pouvait aisément reoonnattre que , suivant la croyance de chacun , les choses qu'il allait dire étaient les plus importantes de celles qui avaient été dites en ce plaid de la nation des-Francs; Ayant donc marqué son front du signe de la croix , cç que firent tons les clercs à son exemple , puis ayant salué Pépin , il commença de parler en ces inots :

<j( Gloire à Dieu au plus haut des ciaux ^ ¥ et paix sur la terre aux hommes de bonne ff volonté I Tu as été bien sage en tes con- ^ seils , très glorieux Pépin , lorsque tu as « décidé d'envoyer des serviteurs du Christ « pour semer sa parole en des terres couff vertes de broussailles et d'épines , où ja-

3Go LE LIVRE DES GESTES

<c mais elle n'avait fructifié ! Tu as fait ton « nom bien grand parmi les hommes , et tu <c as gagné dans le ciel des palmes magni- « fiques ! Prêtres de Jésu s -Christ ^ mes «< frères , qui glorifiez tranquillement le « nom de Dieu dans vos basiliques et vos « monastères , pouvez- vous ainsi demeurer « dans votre paix , pendant que le lion ru- <€ gissant rôde à l'entour de vos' ouailles?

« Vous ne savez pas toutes les contrées que <c vous êtes accoutumés à appeler du nom « de chrétiennes , et qui sont plongées dans K€ les ombres du paganisme. Vous ignorez « que le Thuringien , que l'habitant de la « Flandre , que le Terwanien et vingt au- « très peuples adorent Moloch sur les hauts <c lieux ; ou sacrifient devant les images « païennes de Diane! Entendez donc, enten- « deztous mes paroles, qui vous seront de « grand enseignement, et que je vousapporte u ici en un appareil solennel pour engager « ceux qui seront fervents de cœur à suivre.

« ma trace. Entendez-les , hommes laïques, << dont plusieurs viennent de ces contrées « d'erreur, et méconnaissent le nom de

DU ROI CHILDBERT III. 36l

ce Jésus-Christ , afin que vous appreniez à « ne plus Outrager les choses saintes . Enten- « dez-les , peuples curieusement répandus « autour de cette assemblée, afin que vous « alliez les redire à toutes les villes et à tous « les bourgs. Entends-les aussi, toi, illustre ce Pépin , toi à qui je dois ce récit , puisque ce après Dieu et Notre Saint Père, le pape de « Rome , tu es celui qui m'as envoyé. »

n n'était aucun besoin que le vénérable Willibrod demandât à tous de l'écouter avec attention : car Dieu avait mis une telle force de persuasion sur ses lèvres et une telle puissance en ses gestes, si haute d'ailleurs était sa renommée , que nul ne se trouvait qui d'une bouche avide ne s'apprêtât à recueillir ses discours. Une componction profonde semblait même avoir pénétré dans les âmes dures de ces hommes de Germanie, si peu instruits en la foi chrétienne , et ils imitèrent l'action du saint homme , lorsqu'il s'agenouilla pour invoquer l'esprit de vérité , non moins que la vierge Marie et les anges , sur le récit qu'il allait faire.

Page 1