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seraient pas trop mauvaises y quelques-unes des feuilles quotidiennes qui circulent dans le canton pourraient , après avoir passé par quelques centaines de lecteurs , arriver jusqu'à moi. Mais mon tourment véritable est d'ignorer les intéressantes nouvelles du monde scientifique et littéraire , de ne pouvoir exactement apprendre ce que découvrent tous les jours en Angleterre , en Allemagne , en Italie , et dans notre France même les patientes recherches des érudits; de n'avoir enfin pour toute ressource que la trop rare apparition de vos lettres , qui encore s'égarent quelquefois eiî faisant route vers nos montagnes. Hoc animi mei 'vidnus , comme disait ce savant qui se plaignait d'être relégué non pas loin des hommes ^ mais loin de la science.
Telle a été pendant de bien longues années ma situation : telle elle serait encore , si , ce printemps dernier , une révolution véritable n'était venue se faire dans le cours uniforme de ma retraite et de mes idées. Voici à quelle occasion. Un jeune I. 1
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vajageur anglais , à ce qu'il m'a dit , ministre d'une paroisse du Derbj-shire , par-courait notre pays. Il était du petit nombre de ceux qui le visitent pour le connaître , non pour s'y promener et dire ensuite qu'ils l'ont vu. Dans son attentive et scrupuleuse curiosité, il fit ce que font bien peu , il descendit dans notre agreste vallée , et fut adressé par mes bons et ignorants voisins en mon ermitage. Sur mes pressantes soUi* citations ., il consentit à y passer cinq Oju six jours , et }e n'ai pas besoin de vousjdire combien fiit prompte notre liaison. Tous deux nous aimions à savoir, et tous deux nous avions mutuellement beaucoup à nous apprendre. M. Fêtchâll avait plusieurs livres daus son bagage : je lés parcourus tous ; mais un seiil m'attacha particulièrement , c'était un romain , c'était Ivan-Hoe , par l'auteur de Waverley. Je ne puis dire que je lus cet ouvrage , mais bien que je le dévorai. Ne voulant pas ine laisser victime^ d'une passion malheftu^use, le jeune ministre eut la bonté de me doiainer ce que
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j^aimais tant ^ et je ne lui en cachai pas toute ma joie- Depuis lors j*ai bien relu Ivan-Hoe une fois par mois.
Ne croyez pas cependant , Monsieur , qu'un homme de mon âge et de mes études se soit laissé prendre , comme une jeune fille , à rintérét chevaleresque des aventures^ aux souffrances amoureuses de la juive Rébecca , et aux illustres faits d'araies du tournois d'Ashby* Je rougirais trop par devers moi-même d'une si niaise admiration. Le charme a été pour moî tout autre.
J'étais heureux de voir réalisée par, un habile et savant écrivain une des plus anciennes chimères de mon esprit : je jouissais de trouver les vieux temps se ranimant devant notre siècle avec leur naïve et véritable figure.
Vous le savez , Monsieur , car mes lettres n'ont pu s'en taire^ combien de fois n'avais-je pas tourné et retourné cette conceptioiï dans mon esprit î Combien de fois ne vous avais- \e pas exprimé le vœu qu'un homme de talent parût enfin avec la pensée d'étonner
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les âges modernes par le simple et fidèle récit de qb qui fut avant eux î Quel intérêt ne vous prômettais-je pas dans un tableau tout antique ^ qui n'aurait pour lui que d'être vrai , et de n'être point ce qui se voit tous les jours ! Relisez, si vous l'avez conservée f toute ma correspondance de 1809 à 1810 : elle est pleine de cette idée, que vous appeliez en riant mon idée fixe, mais que, grâce à l'auteur d'Ivan-Hoe, l'on n'a plus le droit d'appeler aujourd'hui une idée creuse. Je vous citais alors bon nombre de vieilles histoires , que j'avais notées d'un signe particulier, dans ma laborieuse compilation des chroniques et des légendes , et que je semblais réserver à être racontées.
J'ajoutais que de bien plus intéressants récits existaient sans doute , tout-à-fait inconnus , et qui appartiendraient à celui dont la patience ne seraitpointrebutéepar l'odeur poudreuse des parchemins de monastères. Que j'eusse été heureux de savoir qu'au même temps la même pensée remplissait un des plus beaux esprits de la Grande-Bretagne !
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Cependant , par je ne sais quelle disposition particulière , mon imagination négli-* geait les plus brillantes époques de nos anciennes annales , et donnait toutes ses préférences aux temps les plus reculés , les plus tristes , les plus ignorés de notre vieille France. Peut-être est-ce la monotonie assez peu ^aie de mon existence , dans un pays dénué de tout agrément ; peut-être le genre des souvenirs tout monastiques dont je suis environné; peut-être enfin mon habitude de vivre parmi les légendes de nos couvents d'Auvergne , dont j'ai fait , à travers mes recherches, une assez ample collection. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'un intérêt très grand , un intérêt unique , m'a paru s'attacher à ces premiers siècles de notre monarchie /dont toute l'histoire est à peu près dans les Vies de saints ; où les plus grands actes de vertu , les seuls de qui fut gardé le souvenir , étaient des donations envers les églises et les abbayes ; où enfin il semble ne plus y avoir pour notre pays de destinées publiques , mais seulement des
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destinées privées qui s'achèvent de côté et d'autre dans Tobscurité et le silence. Yoil^, mon cher Monsieur , sur cjuel théâtre nM)a esprit me transportait habituellement ; voilà quelles images préoceupèrent si long-temps ma pensée , et . j'en paraûsais fort singaU^ au petit nombre de gens -que le hasard envoyait à ma rencontre* On dit que vous pensez de même 9 4 Paris , de notre compatriote M. de Montlosier : or^ sachez qu'à coup sûr son vieux château entre pour beaucoup dans la bizarrerie de ses idées.
Après ce préambule^ vous m'avez deviné sans doute ^ et déjà votre perspicacité parisienne me voit arriver devant le public avec une de mes découvertes^ ou, si vous aimez mieux y de mes trouvailles ^ dont je lui viens^ Étire confidence. Oui^ Monsieur ^ c'est en effet là mon dessein y et moi indigna y à l'exemple du célèbre auteur d'Ivan-Hoe, j'ai voulu» essayer sur mes contemporains l'effet des souvenirs de notre vieilieFrance. Un grand désordre a régné d'abord dans ce projet à peine naissant , et je n'ai su long-
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temps sur quoi arréfer mon choix. Désespéraot dô trouver dans la simple réalité qudque chose qui approchât des savantes combinaisons du génie qui a produit Ivan- Hd^ y je tâchais du moins d'imaginer une réunion factice d'aventures toutes véritables y dont pût être piqué le goût dédai-< gtieux des lecteurs d'aujourd'hui : car tels ils sont 9 à ce que l'on prétend ; tels surto]UC vous êtes à Paris , comme le rat d'Horace ;
Tangentes maie singula dente snperbo.
Mais à force de vouloir arranger ensemble et ajuster mes pauvres chroniques , mon cerveau se brouillait ^ et dans mon pénible travail pour lier ce qui ne se tenait pas , je m'éloignais de plus en plus de la vraisemblance et du sens commun. Je m'en aperçus j et de bonne foi avec moi-même, je ne songeai plus dès lors à rien inventer. Je résolus de donner au public (si toutefois l'expression est supportable) mon érudition toute crue à digérer ; et pour m'épargner rembarras des préférences ^ ne consultant
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que l'ordre chronologique , je pris de mes légendes la première dans la suite des temps • Elle mentionne des événements du sixième siècle , et est écrite au septième.
Personne que moi n'en a eu jusqu'ici connaissance. Lorsque fut détruite, en 1 794^ l'abbaye de St.*****, la plupart des papiers furent brûlés : d'autres , renfermés dans la bibliothèque, furent entassés pêle-mêle avec les livres , et vendus fort bon marché à quelques curieux acheteurs. Il en resta enfin qui, comme d'inutiles vieilleries, furent jetés dans un coin , et demeurèrent livrés à la poussière et aux vers. De ce nombre était le manuscrit de la légende dont je vous parle. Quand il s'agit de débarrasser en 1800 , à Aurillac, l'hôtel réservé à la préfecture , M. Tli***** , l'ami de ma jeunesse, et qui connaissait ma passion pour les antiquités , m'invita à me rendre au cheflieu , pour passer en revue le stérile dépôt de ces débris ecclésiastiques. Enchanté de cette heureuse pâture offerte à mon avidité , je restai deux jours à tout examiner ,