LA CONSIDÉRATION
La considération est un mot dont le sens n’a pas la même étendue dans les divers genres de Gouvernemens.
Les Républicains s’expliquent ordinairement la considération par les
richesses , le talent , les vertus ; les Aristocrates , par la naissance et le crédit. Et dans les Monarchies , où l’on ne rejette pas les conditions élémentaires de la considération, on en veut d’autres pourtant , d’autres moins distinctes, moins prononcées, mais qu’on exige aussi sévèrement.
C’est le propre des Républiques d’unir toutes les idées de supériorité à des circonstances positives , on y craint l’indéterminé par dessus tout.
Il règne beaucoup de vague dans le système des égards au sein des Monarchies. Là , rien n’est prouvé, rien ne doit l’étre , que la suprématie du Chef de l’Etat; et il y existe une sorte de négociation continuelle entre les rangs inférieurs. On connoit alors tout le prix de la considération, de cette distinction singulière, indépendante de la faveur du Prince, et que l’opinion décerne à elle seule. On n’a jamais
tant recherche la considération que sous les règnes dé Louis XV, et de Louis XVI; c’est quel7 opinion étoit forte, et les Monarques faibles. La:
Société avoit un tribunal plus redouté que l’autorité du Prince ; et' les Courtisans, les Ministres même, auroient risqué de déplaire à la famille Royale, plutôt que de s’exposer a; être mal venus dans les premiers salions de Paris. Cet intérêt pour la considération a, je crois, été porté trop loin; il a détourné lesgouvernemens d’employer a tems des moyens que les circonstances cxigeoient.
Deux époques favorables pour l’usage de la forcé : l’une sous Richelieu , lorsque l’autorité de l’opinion publique n’étoit pas formée : l’autre, lorsque par la fatigue de la révolution, cette autorité étoit détruite.