L’HÉRÉDITÉ DU TRONE
Il y a dans le monde social beaucoup d’institutions, qui recüescomme <3es choses simples , sont pourtant le résultat d’une longue suite d’idées plus ou moins métaphysiques. Combien d’idées de oè genre ont précédé le mot commun d’ordre public, le mot de liberté, le mot de pouvoir politique, le mot de Roi ou de Chef unique d’un grand Etat ; et combien d’idées de ce genre ont précédé de même le mot singulier d’autorité héréditaire ! ; ’ ' • * -
Le vulgaire ne voit dans l’horédilé du trône qu’un arrangement patrimonial, semblable à toutes les dis-
positions cibles qui règlent entre les particuliers la transmission successive des propriétés. La différence est ' grande cependant, elle l’est en principe, elle l’est en réalité. Tout le inonde est bon pour posséder un champ et pour y tracer un large sillon , mais le Gouvernement d’un Empire a d’autres difficultés. Ainsi faire passer de main en main l’administration d’un grand Etat, d’après des combinaisons généalogique^, et selon des lois de parentage, est une disposition politique dont on a dû s’étonner au premier coup - d’ceil.
Aller plus loin, et au même titre, faire passer l’administration d’un grand Etat des “mains d’un homme de génie et de caractère, à un homme sans esprit; sans volonté, c’est là une disposition plus extraordinaire encore. Comment donc l’hérédité du trône a-t-elle pu subsister ? On ne jésoüdroifr pas la question en mon-
trant les inconvéniens attachés à tout autre mode de succession, et en prononçant que la loi d’hérédité doit être pvëfërde aux élections les mieux combinées. Cette observation est favorable, sans doute, à la loi d’hérédité, mais aucune loi n’est sufbsam-
meqt défendue par un raisonnement.
Il faut donc chercher quelque autre motif de vie à l’autorité' héréditaire.
Et d’abord, nous voyons aisément comment cette autorité a pu exister et se maintenir chez les nations soumises à un gouvernement despotique. Le successeur, indiqué parla loi, s’empare à l’instant dn commandement militaire, il fait prêter serment à ses janissaires, à ses spahis; et pour empêcher qu’on ne mette en parab lèle son pouvoir et sa personne , il se cache au fond d’un serrail. La terreur fait le reste , et il règne.
On soutient l’hérédité dans notre Europe .d’une manière plus douce ,
• en
en assurant la continuité du respect par une médiation singulière. Le trône est environné d’une classe d’hommes réputés les premiers dans l’état, et qui, vus collectivement, ont toujours la même apparence, toujours la même d’àge en âge. Ces hommes , désignés sous le nom de grands- seigneurs , accoutument la nation aux idées de rang, et l’y rappellent sans cesse. Il empêchent le peuple de s’approcher assez près du trône , pour songer à devenir le juge et l’appréciateur de la personne du prince. Ils l’empêchent de confondre l’être royal avec l’individu , et de finir peut-être par demander au monarque d’être un héros , pour prix des honneurs qu’on lui rend ; car à de telles conditions la loi d hérédité ne pourroit être maintenue , à moins que la même famille ne donnât constamment, et par succession, des hommes supérieurs.
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Ainsi les grands seigneurs dans une monarchie, les grands seigneurs qui servent d’accompagnement à la Majesté Royale , assurent la continuité du respect envers le trône , envers une suite de Princes inégaux en talens et en mérite; résultat inévitable des chances de la nature.
Quelques hommes çà et là sur la route des siècles, quelques hommes cloués d’une manière extraordinaire, aidés encore par les circonstances, ont asservi par leur seule force l’opinion publique et l’ont fait aller dans leur sens ; mais les Princes qui entrent en possession de l'autorité par une succession régulière , par la loi de l’hérédité , sont des hommes dans l’ordre commun, et si vous ne voulez pas leur donner pour secours le despotisme Asiatique , assurezleur cette opinion dont les nations Européennes ont fait l’épreuve, cette
opinion qui dérive de la magie des rangs et des dignités; opinion douce dans ses moyens, et qui, s’adressant à notre imagination , ne la domine point par la frayeur , mais par une simple habitude.