S- 28. LE PATRIOTISME
Lorsqu’un pays s’étend chaque jour par des conquêtes ou par des affiliations nouvelles , le patriotisme n’est plus qu’un mot de dictionnaire. Il faut une circonscription, il faut une limite, pour sentir son individualité, et pour se comparer aux autres. L’Océan qui enferme la Grande-Bretagne , est un des premiers conservateurs du patriotisme Anglois. Les Américains ont trouvé le seul moyen de concilier un vaste continent avec l’amour de la patrie , le Gouvernement Fédératif. Ils sont restés petits, comme états particu-
Ucrs , petits dans leurs intérêts de tous les jours ; et s’ils arrêtent leur attention sur l’universalité des états et sur leur lien politique , c’est comme on songe à une alliance pour y trouver des moyens de force et de défense.
Il est une autre origine à l’amour de la patrie , c’est l’association des citoyens à la vie spirituelle de l’état , et je donne à ce mot la même signification qu’à la vie spirituelle d’un individu. Ou n’est soi isolément ou collectivement que par la pensée , le choix et la volonté. Ainsi dans un pays où les citoyens sont exclus de toute espèce d’intérêt politique, l’amour de la patrie est un vain nom. Croiriez-vous le ressentir cet amour , parce que vous aimez votre pays, parce que vous en connoissez les avantages? Tout cela se dit, se pense froidement j mais on pleure d’a-
mour au nom de la patrie. J’ai observé de près les Anglois sous ce l'apport ; ils songent vingt fois par jour qu’ils sont Anglois , et je ne sais si', sur le vaste continent des anciens Germains , on songe une fois dans la vie qu’on est Allemand.