ORDRE RELIGIEUX DES QADRYA
ABD-EL-QADER-EL-DJILANI (An 561 de l’Hégire. — 1165-1166 de J.-C.)
Après le Pontife souverain, après l’ascète visionnaire et après le moraliste philosophe, arrive, comme chef d’ordre religieux important, la personnalité sympathique et populaire d’un véritable saint : Sid Mahi-ed-Din- Abou-Mohammed-Abd-el-Qader-el-Djilani-ben-Abou- Salah - Moussa -el-Hassani (1), né à Djil (ou Djilan), *
(*) Les documents qui nous ont servi pour rédiger ce chapitre sont : t
1° Le manuscrit précité de Cheikh-Snoussi (traduction de M. Colas) ;
2° Les brevets et lettres-circulaires saisis sur des émissaires ou voyageurs de l’ordre ;
3“ Les renseignements verbaux recueillis directement auprès des moqaddem ou affiliés de l’ordre ; entre autres ceux donnés par M. Hassein-ben-Brihmat, directeur de la Médreça d’Alger ;
4° L’ouvrage du capitaine de Neveu (mort général de division en 1871) ;
5° Une note, imprimée dans la Revue archéologique de Conslantine (année 1869) et due à M. Mercier, interprète judiciaire, bien connu en Algérie pour ses travaux de recherches historiques.
(1) La vie du cheikh Abd-el-Qader a fait, en outre, l’objet de nombreux ouvrages musulmans : nous citerons, d’après l’historien Abou-Ras : « Anouar-el-Nader, » par Abdallah-ben-Nacer-el-Bekries-Seddiki ; « Nezhat-en-Nader, » par Abd-el-Latif-ben-Hibel-Allahel-Hachemi ; » Bohdjet-el-Asrar, » en 3 volumes, par Abou-el-Hassane-Ali-ben-Youssef-ben-Djara-el-Lakhim-Ech-Chetnoufi. — Il y a encore d’autres ouvrages, écrits en Hindoustani, entre autres une « cacida » (ou chant religieux), du poète hindoustani Woli, cité par
près de Bar’dad, l’an 471 de l’Hégire (1078-1079 de J. -G.) ; et décédé en cette ville à l’âge de 90 ans (1), dans la nuit du vendredi au samedi 8 de Rabi second 561 (11 février 1166). Quoique d’origine chérifienne, il était issu de parents pauvres, et il conserva, toute sa vie, une modestie et une douceur dont il ne s’est jamais départi. Ce qui dominait chez lui, c’était l’amour du prochain et une charité ardente qui l’a fait, de son vivant, le soutien des pauvres et des faibles ; et après sa mort, le patron sans cesse imploré de tous ceux qui souffrent ou qui sont malheureux. Cette charité, Sid Abd-el-Qader-el-Djilani la pratiqua dans toutes les phases de sa vie : comblé de richesses par les dons des fidèles et des souverains, il resta toujours pauvre, dépensant en aumônes, le plus souvent secrètes, ce que la piété des visiteurs apportait à son humble habitation.
Il répétait souvent: « Nous devons prier, non seule- » ment pour nous-mêmes, mais encore pour tous ceux » que Dieu a créés semblables à nous, » et, dans aucun de ses livres ou préceptes, on ne rencontre d’allusions malveillantes ou hostiles vis-à-vis des Chrétiens. Lorsqu’il parle des « gens des Écritures, » il se borne à regretter leurs erreurs en matière de religion, et à manifester le désir de voir Allah les éclairer.
Il avait une vénération toute particulière pour Sidna- Aïssa (N.-S. Jésus-Christ) dont il admirait l’immense charité ; aussi, ses disciples et adeptes ont-ils toujours conservé, pour Sidna-Aïssa, un respect religieux qu’on ne rencontre pas, au même degré, chez les autres Musulmans.
Sid Abd-el-Qader avait horreur du mensonge et de l’hypocrisie. Bien jeune encore, il était allé en pèlerinage à
M. Garcin de Tassy *vp. 339), et un commentaire en Hindoustani, par Abdallali-el-Hoceini-Kes-Diraz, de Kalbargah.
(1) Il s’agit ici, bien entendu, d’années lunaires, qui ne donnent en réalité que 83 années solaires.
La Mecque, avec une caravane, n'ayant que dix écus d'argent pour le voyage ; attaqués par des brigands, ses compagnons furent dépouillés de tout ce qu’ils avaient ; quant à lui, le voyant si pauvrement vêtu, le chef du Djich lui dit : « Va-t'en, tu n’as rien, je le vois. » — Non, répondit l’enfant, j’ai dix écus, les voilà. — Tu aurais pu les garder; pourquoi cet aveu? — Ma mère m’a recommandé de ne jamais mentir ! — Étonné de cette réponse, le chef des brigands lui remit 50 dinars d’or qu’Abd-el- Qader s’empressa de distribuer aux plus éprouvés de la caravane.
Sid Abd-el-Qader-el-Djilani est, bien certainement, le Saint le plus populaire, le plus universellement révéré dans l’Islam : « Si Dieu n’avait pas choisi Sidna-Moham- » med (sur lui le salut et la prière !), pour être le Sceau » des prophètes, il aurait envoyé Sid Abd-el-Qader, car » c’est, de tous les hommes, celui qui, par ses vertus et » son esprit de charité, s’est montré le plus semblable à » Sidna-Aïssa (Notre-Seigneur Jésus-Christ), sur lui la » bénédiction et le salut (1). »
Aussi, n’est-il pas de qualificatif honorique dont on n’accompagne le Saint de Bar’dad : le Sultan des Saints (Soltan-es-Salihine), le Kotb des Ktoub , le R’out , le plus grand Arc (2) (Qous-el-Azam), le Roi de la terre et de la mer, le Soutien de l’Islam, etc., etc.
Le nombre des mosquées, chapelles, oratoires, cimetières et lieux dits consacrés à Sid Abd-el-Qader (3) el- Djilani est également considérable. Dans la seule province d’Oran, sans compter les mosquées, il existe plus de 200 oratoires ou qobba placés sous le vocable de Sidi
(1) Opinion écrite d’un moqaddem des Qadrya.
(2) Chaque saint occupe une portion de circonférence — Abd-el- Qader étant le plus grand saint, selon ses adeptes, occupe le plus grand arc , a la plus large influence auprès de Dieu.
(3) Dans l’Extrême-Orient et aux Indes on dit le Pir Abd-el-Qaderel-Djilani. — Dans l’ouest du Maghreb, Mouley Abd-el-Qader.
Abd-el-Qader-el-Djilani (1). Depuis la mer de la Sonde jusqu’à l’Atlantique, la dévotion des Musulmans a, partout, multiplié les monuments placés sous son tout-puissant patronage. « Car Dieu ne refuse jamais d’accueillir » l’intercession de Sid Abd-el-Qader, dont l’âme plane » toujours entre le ciel et la terre, prête à venir en aide à » quiconque a besoin de secours, et à faire encore un » miracle en sa faveur ; or, tout le monde sait que, par » la volonté de Dieu, rien n’est impossible à Sid Abd-el- » Qader. »
Nul Saint, en effet, ne posséda à un si haut degré le pouvoir de faire des miracles, et il en est peu qui aient donné lieu, après leur mort, à autant de légendes merveilleuses. Aussi, dans tout pays musulman, entend-on à chaque instant invoquer son nom : qu’un incident survienne, victime et assistants s’écrient spontanément : « Ah ! ia Sidi Abd-el-Qader ! (Oh ! monseigneur Abd-el- Qader !) », la femme dans les douleurs de l’enfantement, l’ouvrier qui plie sous le fardeau, accompagnent chaque effort d’un énergique et fervent : « Ah ! ia Sidi Abdelkader ! » ce qui, toujours, les conforte, les soutient et les soulage.
Les mendiants, aux abords des mosquées, aux portes des villes, sur les marchés, dans les rues, ne demandent jamais l’aumône sans faire intervenir Sid Abd-el-Qader, et ils psalmodient, avec quelques variantes, une des formules suivantes :
« — Donnez-moi par la face de Sid Abd-el-Qader, pour » l’amour de lui et pour l’amour de Dieu ! O vous qui » craignez Dieu et Sid Abd-el-Qader !
» Ayez piété de moi pour l’amour du Sultan des Saints,
(1) Ce chiffre résulte d’un relevé statistique fait en 1856 avec beaucoup de soin : l’emplacement de 189 de ces qobba dédiées à Sid Abdel-Qader y est donné d’une façon précise et on rencontre plusieurs fois la mention : « En dehors de 99 qobba élevées à Sid Abd-el- Qader, il existe encore celles de »
» Sidi AM-el-Qader, le maître de Bar’dad, le maître de » l’oriflamme (Bou-Alam), celui dont l’intercession est » toute puissante sur terre et sur mer ! »
Chaque année de grands pèlerinages se font à Bar’dad, aux sept chapelles à dômes dorés qui entourent son tombeau ; et pas un voyageur musulman ne passe dans ces régions, sans se détourner de sa route pour visiter ce monument. Dans beaucoup d’endroits, au Maroc et en Algérie, des pèlerinages de même nature ont lieu, dans les premiers mois du printemps, aux zaouïa, et chapelles du Saint. Dans les Indes, les Musulmans nomment le mois de Rabi 2e : lune de Miran-ji, mois du seigneurprince, et le 11e jour ont lieu, partout, de grandes fêtes, en commémoration de Sid Abd-el-Qader.
Sid Abd-el-Qader ne fut pas seulement un homme bienfaisant, ce fut aussi un savant professeur et un ardent propagateur du Soufisme.
Il a laissé un certain nombre d’ouvrages mystiques et théologiques estimés, qui ont eu les honneurs de nombreux commentaires : en Arabe, en Turc et en Hindoustani. « Telle était, du reste, la culture de son esprit, dit » l’historien Bou-Ras, qu’il pouvait disserter sur treize » branches de connaissances : il rendait des décisions » sur les points litigieux des doctrines chaféites et han-
» balites l’Imamat lui fut abandonné, dans l’Irak,
» par droit de mérite. »
Mais l’enseignement du haut de la chaire ne suffisait pas à son âme ardente, et, après avoir, pendant quelques temps, pris le bâton de voyageur et parcouru le monde, prêchant les saines doctrines, il se donna des coadjuteurs dans cette œuvre pie, en fondant un ordre religieux qui subsiste aujourd’hui encore, plein de sève et de force expansive.
Ce furent les nombreux missionnaires de cet ordre qui contribuèrent le plus à ramener les Berbères d’Afrique dans la voie orthodoxe: il en vint d’Égypte où s’était
établi Fun des dix fils du Saint (1), le cheikh Aïssa, auteur d’un traité sur le Soufisme, intitulé « Lataïf-el- Anouar. »
Il en vint surtout d’Espagne, de la postérité de deux autres de ses fils, le cheikh Brahirn et le cheikh Abd-el- Aziz qui, d’Andalousie, émigrèrent à Fez après la prise de Grenade.
Dieu ayant accordé sa protection aux descendants du Saint homme, leurs enfants multiplièrent; c’est ce qui explique, disent les Musulmans, le grand nombre de marabouts, de vrais Cheurfa, venus de l’Occident et allant vers l*Est. Ce qui est certain, c’est que toutes les familles maraboutiques algériennes, qui se disent issues du Prophète, placent toujours un de leurs ancêtres dans le pays de Seguiat-el-Hamra, qui est le Sous marocain.
L’ordre des Qadrya étant un ordre chérifien, il n’est pas mauvais de dire un mot de la généalogie de son fondateur. — Nous la copions sur un très beau diplôme, délivré par les principaux dignitaires chefs de la zaouïamère, à Bar’dad.
Ce document est daté du 15 Choual 1292 (14 novembre 1875) et porte les empreintes de plusieurs cachets, parmi lesquels celui de Sid Abd-el-Qader ou, du moins, celui que se transmettent les chefs de l’ordre ; il porte :
(1) Neuf des fils de Si Abd-el-Qader, qui tous furent de savants professeurs, sont:
Cheikh Aïssa, mort à Karaf en 573 (1177-1178 de J.-C.);
Cheikh Abdallah, mort à Bar’dad en 589 (1193 de J.-C.) ;
Cheikh Brahirn, dont la postérité existe encore à Fez et en Syrie, mort à Ouarita (entre Bosra et El-Koufa en 592 1195-1196 de J.-C.) ; Cheikh Abd-el-Ouahab, mort à Bar’dad en 593 (1196-1197 de J.-C.);
Cheikh Mohammed I morts à Bar'dad en 600 (1202-1203 de J.-C.) ; Cheikh Abd-er-Rezeg, mort à Bar’dad en 603 (1206-1207 de J.-C.); Cheikh Moussa, mort à Damas en 613 (1206-1207 de J.-C.); Cheikh Abd-el-Aziz, qui émigra à Fez .
« Il n’y a de Divinité que Dieu, le cheikh Abd-el-Qader. œuvre de Dieu (1). »
Il débute ainsi :
Au nom du Dieu clément et miséricordieux,
« Ceci est un arbre généalogique, au tronc illustre, aux branches » vigoureuses. Celui auquel il a été remis est un homme éminent.
» Je prie Dieu de lui donner une conduite droite, par les mérites de » notre maître Mohammed, qui a reçu la révélation divine.
» J’ai signé cet arbre généalogique et lui ai donné une valeur » authentique, moi, le plus pauvre des hommes, le serviteur des » pauvres, Sliman-el-Qadri, desservant la mosquée de mon aïeul,
» le cheikh Abd-el-Qader-El-Djilani, de Bar’dad.
» Louange à Dieu qui pénètre les cœurs quand on l’invoque, qui b découvre les secrets de l’avenir à tout cœur pieux, qui donne à b ceux qui le louent les moyens de s’approcher davantage de lui ! Je b le remercie de m’avoir fait entrer parmi le peuple qui croit à son b unité et le supplie de m’accorder les marques de sa bienveillance. » Que Dieu répande ses grâces sur notre maître Mohammed, le plus » grand de ses prophètes, le meilleur de ses serviteurs, qu’il lui » accorde le salut à lui, à sa famille, à ses compagnons qui possèdent » une large part des faveurs célestes. Voici les paroles du serviteur » de Dieu, qui reconnaît son impuissance et sa faiblesse, qui espère » le pardon de ses fautes, le pieux Sid Sliman-El-Qadri-ben-Sid-Ali* » ben-Sidi-Seliman-ben-Sidi-Mostefa-ben-Zin-ed-Din-ben-Sid-Moham* b med-derwich-ben-Sid-Hassam-ed-din*ben-Sid-Nour-ed-din-ben*Sid* » Ouali- ed- din - ben-Sid-Zin-ed-din-ben- Sid-Cherf-ed-din-ben-Sid- » Chems-ed-din-ben-Sid-Mohammed-el-Hannak-ben-Sid-Abdelaziz, fils b de Sa Seigneurie, l’étoile polaire de l’existence, la perle blanche, le » guide de ceux qui administrent les affaires de la religion, l’être » préféré de Dieu, l’imam, la substance génératrice, l’homme à qui » Dieu avait donné le pouvoir de changer la nature des êtres, l’étoile » des étoiles, l’intermédiaire obligé entre le monde et le ciel, SidAbd- » el-Qader-et-Djilani, au saint et mystérieux pouvoir, fils d’Abou-Salah* » Moussa-Djanki-Doust-ben-Sid-Abdallah-el-Djili - ben- Sid-Yahia-el- » Zahid-ben-Sid-Mohammed-ben-Sid-Daoud-ben-Sid-Moussa-ben-Sid- » Abdallah-ben-Sid-Moussa-el-Djaoun-ben-Sid-Abdallah-el-Mahdi-ben- » Sid-Hassein-el-Motna-ben-el-Imam-Hassein-Radhi-Allah, fils de » l’Imam, prince des Croyants Ali-ben-Abou-Thaleb, le comblé des b faveurs de Dieu. »
(1) ôÜt Chose de Dieu : cette mention s’applique à quelques grands saints regardés comme des créatures privilégiées.
Puis la généalogie continue en remontant par Cham, Noé, Seth et Adam « père des hommes ». « Adam fut créé » avec de la boue; la boue vient de la terre; la terre, de » l’écume; l’écume, des flots; les flots, de l’eau; l’eau, » de l’esprit de Dieu ; l’esprit, de sa puissance ; sa puis- » sance, de sa volonté; sa volonté, de sa science. »
A côté de la généalogie réelle se place, dans tous les actes concernant l’ordre des Qadrya, la généalogie mystique qui est la suivante :
L’étoile des savants, le guide des hommes pieux, le cheikh Abd-el- Qader-el-Djilani, dont le cheikh fut (1) — Abou-Saïd-el-Mebarek-ben- Ali-ben-Mendar-el-Makhzoumi, — Le cheikh El-Islam-Abou-el-Hacemben-Ali-ben-Ahmed-ben-Youcef-el-Helari-el-Korchi, — Abou-Feradj- Mohammed-ben-Abdallah-el-Tarsoussi, — Abou-Ferdj-Abd-el-Ouahabben-Abdelaziz-el-Harets-el-Tamimi, — Abou-Beker-Mohammed-ben- Delou-ben-Khalef-ben-Mohammed-ben-Moudjedan-ech-Chebli, mort en 394 de l’Hégire (1003-1004 de J.-C.) et disciple d’Abou-Kacem-el-Djenidi, chef de l’ordre des Djenidya, cité d’autre part.
L’ordre des Qadrya se rattache donc au Prophète par Ali-ben-Abou-Thaleb, par Omar-el-Khettab, par Abou- Beker. Cet ordre a aussi des attaches avec Abou-Beker par voie de révélations directes faites par l’âme de ce Saint-Pontife, qui apparut à Abou-Beker-ben-Haouarael-Sahraoui, qui eut pour disciple Abou-Mohammed-el- Chankabi, professeur d’Abou-el-Oufa-el-Kerdi, qui à son tour fut un des professeurs de Sid Abd-el-Qader-el- Djilani.
A la mort de ce dernier, la direction spirituelle de l’ordre des Qadrya échut à son fils, Abd-el-Aziz, et s’est perpétuée jusqu’aujourd’hui dans sa famille. Le supérieur général a toujours résidé à Bar’dad, c’est aujourd’hui Sid El-Hadj-Mahmoud-el-Qadri, qui a succédé, il
(1) Cette mention, en arabe, s’interpose entre chaque nom, avec plus ou moins de qualificatifs laudatifs.
y a peu d’années, à Sliman-el-Qadri dont nous avons plusieurs brevets entre les mains.
Bien que le chef-lieu de l’ordre soit toujours Bar’dad, et que l’unité de tradition, de pratiques et de dikr se soit maintenue chez les Qadrya, ils forment, cependant, plusieurs branches ou congrégations, qui se distinguent par les cérémonies usitées lors de l’initiation : celle-ci est donnée : tantôt avec l’investiture du manteau symbolique ou de la ceinture, tantôt par la simple imposition des mains.
Il ne semble pas, du reste, que les relations entre les moqaddem d’Algérie et la maison-mère de Bar’dad soient bien suivies. Chaque moqaddem paraît jouir d’une véritable indépendance. Ils sont, de temps à autre, visités par des reqab qui, le plus souvent, débarquent dans nos villes du littoral, comme commerçants, munis de papiers en règle et ayant des références sérieuses, derrière lesquelles s’abrite leur mission. Contrairement à ce qui se passe pour les autres ordres religieux, ces émissaires ne montrent aucune avidité pour les offrandes religieuses, et ce désintéressement est fort apprécié des fidèles. Les dons volontaires affluant de l’Asie et de l’Inde à la maisonmère de Bar’dad, qui est immensément riche, expliquent la réserve de ces émissaires qui, armés de pouvoirs considérables, confirment les moqaddem, les révoquent, les dirigent, leur laissent des instructions spirituelles et partent, le plus souvent, sans que leur présence ait été signalée ou ait donné lieu à des manifestations inquiétantes.
Les doctrines des Qadrya s’inspirent des idées morales et philosophiques communes à tous les ordres religieux. Voici ce que nous trouvons dans un des catéchismes à l’usage des Néophytes :
« Si l’on te demande ce que c’est que la voie -AÂJji?, tu répondras : — » C’est la science, la continence, la patience, et l’excellence des suc- » cesseurs. Si l’on te demande quelles sont les obligations de la voie ?
» — Tu répondras: « De rejeter les mauvaises paroles; de prononcer » sans cesse le nom de Dieu ; de mépriser les biens de la terre ; de » repousser les amours humaines et de craindre le Dieu Très-Haut.
» — Si l’on te demande à quels signes se reconnaissent les gens de » la voie, tu répondras. — Ces signes sont: la bienfaisance, la retenue » de langue, la pitié, la douceur et l’éloignement des péchés.
» — Si l’on te demande quel est ton Ouerd et ce qu’il t’impose, tu » répondras : — « La recherche du salut et de la nourriture divine ; » la douceur des paroles, la confraternité et la sincérité du langage » et des œuvres.
v Si l’on te demande quelle est la maison périssable ? Quelle est la » maison éternelle ? Tu répondras : La terre est périssable, avec tout » ce qu’elle contient, car c’est la maison de l’illusion, conformément » à cette parole divine: « La vie de la terre n’offre que des jouissan- » ces trompeuses (Coran). » Quant à la maison éternelle, c’est la mai- » son de l’autre vie, et ne l’habitera pour l’éternité que celui qui aura » fait les bonnes œuvres, multiplié les bienfaits, rejeté l’impureté et » l’immoralité, méprisé les' amours terrestres, et détourné ses regards » des choses illicites. C’est la réunion des serviteurs au plus haut t> des cieux; c’est en ce lieu qu’ils obtiendront l’intercession efficace » de Mohammed, l’Envoyé de Dieu, le Maître des miracles.
> — Si l’on te demande, ce qu’il y a entre toi et ton indicateur, tu » répondras : Il y a entre nous, le pardon de Dieu magnifique, Sei- » gneur de Moise et d’Abraham, selon cette parole divine : « O ! vous » qui croyez, offrez, en entier, votre repentir à Dieu, et demandez- » lui le pardon de vos fautes. » Et cette parole : « Celui qui accom- » plira l’engagement contracté envers Dieu, je le récompenserai ma- » gnifiquement (1). »
Nous donnerons plus loin, en entier, ce catéchisme, que nous croyons moderne, et qui sera mieux en situation, quand nous parlerons des cérémonies de l’initiation. 11 est préférable, du reste, pour bien apprécier l’esprit général de l’ordre des Qadrya, de se reporter aux doctrines professées par Sid Abd-el-Qader-el-Djilani luimême. La note dominante, dans sa vie comme dans son
(1) Traduction de M. Mercier (loco citato) .
enseignement, était, comme nous l’avons dit, la charité, dans toutes ses formes et vis-à-vis toutes les créatures humaines, sans distinction de religion.
Cet ordre est à peu près le seul qui ait été fondé dans un but humanitaire et philantropique : ce que voulait le Saint de Bar’dad, c’était non seulement relever, par le Soufisme, la moralité des Musulmans corrompus, mais c’était, surtout: alléger toutes les misères humaines et reconforter les créatures, soit en ravivant la foi dans les récompenses d’une autre vie, soit en aidant, par des aumônes, les pauvres, les infirmes ou les déshérités de la société.
Gomme tous les hommes profondément religieux , Si Abd - el - Qader croyait à l’efficacité de la prière , pour calmer et adoucir les peines des âmes abattues par l’adversité; il croyait aussi qu’occuper l’esprit du malheureux à de nombreux exercices de dévotion, qui l’absorbent et l’empêchent de penser à son mal, c’était lui faire encore du bien; aussi son Ouerd est-il surchargé de pratiques religieuses et de prières interminables. Mais il y en a pour tous les tempéraments : depuis le simple dikr des initiés ordinaires, jusqu’aux longues et mystiques oraisons prescrites aux lettrés.
Le dikr le plus répandu, et celui qu’il suffit de donner aux Khouan lors de l’initiation, consiste à « réciter » 165 fois, à la suite de chacune des cinq prières obliga- » toires, et toutes les fois que la chose sera possible, la » parole de l’Unité de Dieu : « Il n’y a de Divinité que » Allah/ » (La ilaha, ilia Allah !), car l’ange Gabriel a dit au » Prophète : J’ai entendu le Tout-Puissant dire : il n’y a » de Divinité que Allah : c’est là ma forteresse. Celui qui » prononcera ces paroles entrera dans ma forteresse,
» et celui qui y entrera sera en sûreté contre mes châti- » ments (1). »
(1) Page 52 du manuscrit précité de Si Snoussi.
Ce dikr est le seul donné par les brevets authentiques délivrés à Bar’dad.
Cependant, quelques branches des Qadrya, en Algérie, ajoutent à ce simple dikr les deux formules suivantes, qu’on doit dire dans les mêmes conditions :
100 fois: Que Dieu pardonne !
100 fois : O mon Dieu, que Dieu répande ses bénédictions sur notre Seigneur Mohammed, le prophète (1) illettré
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Là ne se bornent pas les dikr en usage dans l’ordre ; le cheikh Snoussi nous indique encore, comme spéciales aux Qadrya, les oraisons suivantes, qui sont réservées aux adeptes privilégiés et plus avancés dans la voie spirituelle, ou qui servent, dans les Hadra, pour les prières faites en commun par les adeptes réunis :
« Réciter la Fatha, après les prières ordinaires, en demandant que » tous les mérites qui y sont attachés soient reportés sur le Prophète » (que Dieu répande sur lui ses bénédictions et le salut !) sur Pâme » du cheikh Sidi Abd-el-Qader-El-Djilani (que Dieu lui accorde ses » grâces !) et sur les âmes de tous les cheikhs de l’ordre fondé par » lui.
» Répéter 121 fois en chœur, avec tous les adeptes : « O Dieu, répan- » dez vos bénédictions sur notre Seigneur Mohammed et sur sa fa- » mille, un nombre de fois cent mille fois plus grand que celui des » atomes de l’air ; bénissez-le et accordez-lui le salut ! »
Répéter 121 fois aussi: « Que Dieu soit glorifié, Louange à Dieu, Il n'y » a de divinité que Allah , Dieu est très grand , Il n'y a de force et de » puissance que dans le Dieu Très-Haut et très grand ! .... »
Répéter 121 fois encore : « 0 Cheikh Ahd-eDQader-El-Djilani , quelque » chose pour Dieu! »
Réciter une fois la sourate de Ya-Sine.
Réciter 41 fois la sourate commençant par : « Est-ce que je ne m'ex- » plique pas ?.. . . »
(1) Ce mot se rapporte au radical ^*1 mère, il se traduit par
« ignorant comme l’enfant qui vient de naître. » C’est du moins le sens le plus ordinairement donné par les commentateurs.
Réciter 121 fois la sourate commençant par: « Lorsque viendra le » secours de Dieu »
Réciter encore 121 fois la prière transcrite plus haut ;
Réciter, si l’on sait lire, 8 fois la sourate de la Fatha, y compris la formule de : Au nom de Dieu , etc ...»
Réciter, si l’on sait lire, la sourate d’El-lkhelas.
Dire, si l’on sait lire, trois fois : Que Dieu répande ses bénédictions sur le Prophète.
La Fatha conduit vers le Prophète (que Dieu répande sur lui ses bénédictions et lui accorde le salut!), vers le cheikh Abd-el-Qader et vers tous les cheikhs de l’ordre fondé par lui.
Les Qadrya ont une manière particulière de se tenir pour prier, et les mendiants initiés ne manquent pas d’adopter cette posture pour demander la charité. Voici en quels termes s’exprime le cheikh Snoussi à ce sujet :
La position à prendre pour prier consiste à s’asseoir les jambes croisées ; alors on touche l’extrémité du pied droit, puis l’artère principale nommée El-Kias (?) qui contourne les entrailles ; on place la main ouverte, les doigts écartés, sur le genou, en prononçant le nom de Dieu, d’une voix grave et prolongée, en faisant chaque fois traîner, autant que la respiration le permet, la finale de ce mot, et en méditant sur l’infinie justice de Dieu. Il convient encore de prier, nonseulement pour soi-même, mais aussi pour autrui que Dieu a créé semblable à nous. Ces actes de dévotion doivent se prolonger jusqu’à ce que l’esprit et le cœur, parvenus aux doux instants du plaisir extatique, reçoivent les révélations des lumières divines.
Nous trouvons encore, dans ce même manuscrit, les quelques indications ci-après, qui nous montrent la partie de la règle des Qadrya, relatives aux exercices mystiques particulièrement recommandables aux yeux du cheikh Snoussi.
« Cet ordre a été institué par le plus puissant de tous les Saints, » le pontife de ceux dont la foi est inébranlable, le Cheikh notre maîu tre Abd-el-Qader-El-Djilani (que Dieu lui accorde ses grâces !) Les » pratiques qui en forment la base sont les suivantes :
La prière à haute voix, faite en se réunissant en rond; les pénibles mortifications de la vie ascétique, auxquelles on doit s’assujétir avec
assiduité ; arriver progressivement à ne manger que le moins possible ; éviter la société; commencer, avant tout, à méditer sur la grandeur de Dieu et le glorifier. C’est par ces actes de dévotion que l’ame s’assouplit et se forme à la foi; elle y puise la force, qui lui est nécessaire, pour se purifier des souillures qui l’alourdissent dans la matière.
Il faut aussi s’astreindre aux prières dites Ouerd-Debered, qui amènent à l'anéantissement de l’individualité de l’homme absorbé dans l’essence de Dieu (c’est-à-dire l’état à la suite duquel on arrive à la contemplation de Dieu en ses attributs) et qui font ensuite revenir à l’état ordinaire.
Ces prières ont été instituées par le Cheikh des Cheikhs Sidi Abdel-Qader. Pour les faire, on doit s’asseoir comme il a été déjà dit, porter sa face vers l’épaule droite, en disant ha, puis vers l’épaule gauche, en disant hou , puis la baisser en disant hi, puis recommencer. Il importe, et cela est indispensable, que celui qui les prononce, s’arrête sur le premier de ces noms aussi longtemps que son haleine le lui permet, puis quand il s’est purifié, il appuie de la même manière, sur le nom de Dieu, tant que son âme peut être sujette au reproche : ensuite il articule le nom hou, quand la personne est disposée à l’obéissance ; enfin, lorsque l’âme a atteint le degré de perfection désirable, il peut dire le dernier nom hi, mais toujours en observant scrupuleusement les prescriptions imposées. Les diverses obligations particulières, afférentes à ces pratiques, sont exposées ailleurs, dans mon ouvrage Es-Salsabil.
En raison de sa dispersion sur toute l’étendue du monde musulman, en raison aussi de son caractère gépéral de tolérance et de charité, l’ordre des Qadrya n’a pas cette homogénéité de statuts que l’on rencontre dans d’autres congrégations, qui semblent former de petites églises fermées hors desquelles il n’y a plus de salut. L’ordre de Qadrya est au contraire ouvert à tous ; loin de fuir les Grands de la Terre ou les détenteurs du pouvoir, il cherche ,à vivre en bonnes relations avec eux, stimule leur charité, leur demande des faveurs, et présente à leur adhésion la nomination de ses moqaddem : en un mot, il ne se cache jamais et il cherche à se faire accepter, même en pays chrétien.
Le respect pour le chef de l’ordre est, partout, porté à un très haut degré ; tous les Khouan qui arrivent de
Bar’dad sont l’objet d’une grande vénération ; mais l’autorité exercée par le Grand-Maître n’est ni tracassière, ni rapace, ni bien rigide, et ce qui le montre c’est que, malgré l’espèce de fétichisme dont il est l’objet, il y a, chez ses adeptes, bien des différences de pratiques et de prières. Nous en avons déjà touché un mot en disant que l’initiation se fait de diverses manières, suivant les congrégations dont l’ensemble constitue l’ordre proprement dit.
Nous avons, sur ce genre de cérémonies, des détails donnés par divers auteurs.
Le cheikh Snoussi décrit avec précision les opérations et prières imposées au néophyte, lors de l’investiture, mais il passe rapidement sur ce qui lui est dit par le cheikh, pour lui faire connaître les devoirs de l’ordre :
« Au nombre des cérémonies que nous avons remarquées dans cet » ordre, dit-il, nous avons constaté que les pratiques nécessaires » pour obtenir du cheikh la faveur de l’initiation étaient les sui- » vantes :
» Renouveler ses premières ablutions ; toutefois un lavage complet » est préférable ;
» Faire deux poses de prière, avec abnégation totale de ses idées » personnelles, en récitant la Fatha et la Sourate d’El-Ikhelas sept » fois ;
» S’asseoir devant le cheikh dans la posture accoutumée de la » prière. Le cheikh prend alors dans les siennes les mains de l’as- » pirant et dit :
Àu nom de Dieu clément et miséricordieux (une fois). Que Dieu 'pardonne (sept fois). Je crois en Dieu , à ses anges , à son Livre, à son Envoyé , au jour du jugement dernier , à ses décrets , à ses bienfaits , aux malheurs dont le Seigneur afflige , à la résurrection après la mort (une fois). L’aspirant répond à cela : Je suis Musulman et je reçois la confrmation dans mon culte et dans ma foi ; je me purifie de tous mes péchés par un repentir sincère ; je répudie l’hérésie et tout ce qui peut m’y conduire , puis il ajoute : Il n'y a de Dieu que le Dieu unique , qui n’a point d'associé; je déclare que Mohammed est son serviteur et son Envoyé. C’est de lui que je reçois l'admission dans l'ordre, je me pare de la coiffure qui en est le symbole , je fais le serment de fidélité entre les mains du docte , un tel, je m'engage à observer les lois divines et brillantes, à accomplir tous mes
actes en vue de Dieu , à accepter tout ce qu'il lui plaira de m'envoyer , à le remercier des malheurs dont il m'accablera.
Le cheikh, reprenant la parole, se proclame le disciple du cheikh qui l’a investi, nomme les chefs de l’ordre, ses devanciers, en énumérant leurs qualités et leurs vertus ; il peut les désigner tous, ou n’en citer que quelques-uns, selon qu’il le juge opportun. Cela fait, il récite les paroles du Dieu Très-Haut, au passage du Coran commençant aux mots : Ceux qui le proclament jusqu’à celui de grandement, puis la Fatha; puis il recommande à l’adepte d’observer la loi religieuse, et les statuts de l’ordre. Prenant ensuite des ciseaux dans la main il lui coupe deux cheveux sur le haut du front en disant : « Mon Dieu, coupez ainsi ses pensées personnelles : protégez-le contre la désobéissance , raffermissez -le dans la religion de l'Islam. » Puis, lui plaçant la couronne ou le turban sur la tête, il ajoute : « 0 mon Dieu, parez-le de la couronne delà venu et du bonheur; » ensuite, lui tendant une coupe dans laquelle il le fait boire, il récite le passage du Coran commençant à Aujourd'hui je vous ai confirmé dans voire foi jusqu’aux mots votre religion ; puis il fait deux poses de prière pour glorifier Dieu, en récitant une fois avec chacune, la Fatha, et onze fois la Sourate d’El-Ikhelas. Alors seulement l’aspirant donne la main à son cheikh et à tous les affiliés présents.
Toutes ces cérémonies terminées, le cheikh initie l’aspirant au rituel de Sidi Abd-el-Qader.
Le cheikh ne se borne pas à recommander à l’adepte : « d’observer la loi religieuse et les statuts de l’ordre, » il s’assure, en outre, que le néophyte connaît ses devoirs et, pour cela, il lui fait subir un interrogatoire en règle, résumé dans une sorte de catéchisme, sans nom d’auteur, qu’il nous paraît utile et curieux de reproduire en entier. On y trouvera un singulier mélange de morale, de mysticisme et de pratiques rappelant celles de toutes les sociétés secrètes.
Il va sans dire qu’avant de subir cet examen, le néophyte a déjà été catéchisé par le cheikh, qui lui a raconté la chute d’Adam, son repentir, son pardon, son « revêtement du manteau, de la décision et de la ceinture symbolique » par l’ange Gabriel, la même cérémonie pour Abraham, puis pour les disciples du Prophète, avec Ali comme principal acteur.
Il a édifié le néophyte : sur l’importance de son engagement, sur les peines terribles qui atteignent ceux
« qui rompront le pacte et V alliance » car, « même
» les Infidèles respectent entre eux la parole donnée . » Dans ces instructions assez longues, il a aussi insisté sur l’égalité qui existe entre les Croyants, car Dieu, a attaché avec la ceinture symbolique, les compagnons du Prophète, en mettant un pauvre avec un riche, un faible
avec un puissant (1), etc
Voici maintenant, comment s’exprime le manuscrit anonyme, au sujet du rituel de la séance de réception du néophyte et de son interrogatoire :
« Tout d’abord, le cheikh rasera la tête du néophyte, puis il rece- » vra de lui l’acte de contrition et l’engagement (Ahed). »
« Ensuite il le coiffera du diadème et le revêtira du manteau. Il le » liera à tel frère qu’il voudra, lui ceindra aux reins la ceinture et » l’initiera à la science.
» Cela terminé, il le fera asseoir sur le tapis, lui préparera la frian- » dise et chacun en mangera. On en enverra en différents endroits, » et de ville en ville, à ceux qui n’ont pu être présents, afin de leur » prouver l’intérêt constant que leur portent les frères. Il y aura un » interprète de langue pour expliquer les mystères.
» Il est nécessaire que le compagnon de la ceinture et de la main » retienne, par cœur, les préceptes et les questions qui suivent, les- » quels lui vaudront les grâces divines et le rendront glorieux auprès » des maîtres de la connaissance.
» Il devra, tout d’abord, réciter cette invocation : « Je cherche, » auprès de Dieu, un refuge contre sa colère, et le prie de me dé- » tourner de rejeter la ceinture, de rompre le pacte et de méconnaître » la confrérie établie au nom de Dieu. Car quiconque conservera la » ceinture, le pacte et la confrérie, sera conservé par Dieu, et obtien- » dra ses bénédictions ; mais quiconque les rejetera, irritera Dieu » contre lui ; aussi, le jour de la résurrection, il se présentera le » visage noir, de sorte que les anges du ciel le maudiront ! »
« Le néophyte devra aussi apprendre tout le résumé qui précède.
(1) Voir dans le Recueil de la Société archéologique (année 1869, page 410), la traduction plus explicite, par M. Mercier, du document que nous analysons — l’article est intitulé : « Étude sur la confrérie des Khouan de Sid Abdelkader-el-Djilani. »
» Comme il est essentiel que le compagnon du tapis soit versé dans » la loi, la justice, la voie droite et la connaissance, voici les répon- » ses qu’il devra donner aux questions qui lui seront posées. C’est » avec le questionnaire suivant que le cheikh initiera à la connais- » sance du Dieu Très-Haut. »