EL-HADJ-AHMED-BEN-MOHAMMED-BEN-BEL-KHEIR
» Louange au Dieu unique ! etc,
» (Empreinte effacée d’un cachet.)
» Louange à Dieu !
> Nous sommes guidés vers la voie droite, et, certes, nous ne i serions pas dans le droit chemin, si Dieu ne nous y avait dirigés, » car les envoyés de Notre-Seigneur nous ont apporté la vérité et » nous ont dit : « Vous hériterez du paradis, selon ce que vous aurez » fait sur la terre. »
» O ! mon Dieu, place-nous au nombre de ceux qui seront sauvés ! » Dirige-nous vers l’abreuvoir du Prophète, et, de là, au paradis !
» O ! mon Dieu, dirige-nous vers le bien et la voie droite !
» Nous accordons à El-Hadj-Ahmed-ben-Mohammed-ben-Bel-Kheïr, » la faveur entière, lui conférons le diplôme authentique, complet, » général, conformément à la règle du cheikh Abd-el-Qader.
» Nous l’élevons au rang de moqaddem, de telle sorte qu’aucune » main ne sera au-dessus de la sienne parmi les moqaddem.
» Il conférera l’Ouerd, donnera le titre de naïb (vicaire) à qui lui » en fera la demande et s’il le juge digne de recevoir cet honneur.
» Les frères devront avoir confiance en lui, comme nous avons eu, » nous-même, confiance ; et quiconque parmi les frères lui obéira, » obéira au cheikh Abd-el-Qader; mais quiconque lui désobéira, se » rendra criminel.
» Il (El-Hadj-Ahmed) se servira de ce pouvoir comme il le voudra, » dans l’intérêt de la vérité, de la loi et de la secte.
(1) Le diplôme que nous citons émane d’un moqaddem de la descendance d’Abd-el-Aziz-ben-Sid-Abd-el-Qader, dont les chefs spirituels ont été indiqués plus haut.
D’autres diplômes, délivrés au môme lieu, mais émanant d’un descendant de Si Abd-er-Rezeg-ben-Sid-Abd-el-Qader, sont conçus à peu près dans les mêmes termes.
» Il ne fera pas de distinction entre les frères, qui devront tous » être sur le même rang.
» S’il est d’un avis contraire aux frères, ceux-ci ne devront pas le » contredire.
» Lorsque les frères auront résolu une entreprise, il faudra absolu- » ment qu’ils prennent son avis, et quiconque parmi les frères lui » désobéira, dans ce qu’il aura dit pour le bien, ne sera plus des » nôtres.
» O ! frères, vous écouterez sa parole et aucun de vous ne devra » mettre opposition aux droits que ,lui confère son diplôme, lequel » devra être lu publiquement, le jour du festin, afin de rehausser et » de répandre la gloire du moqaddem susdit !
» O ! enfants de la grâce, il faut absolument que vous obéissiez à » notre moqaddem El-Hadj-Ahmed, et que nul de vous ne lui fasse » obstacle dans l’accomplissement de la bonne œuvre, car il a été » nommé par Sid Mohammed Effendi, descendant du saint des saints,
» le cheikh Abd-el-Qader, — que Dieu nous fasse profiter, ainsi que » vous, des faveurs, dont il est entouré, amen ! O ! Maître de l’Uni- » vers ! Salut !
» Écrit dans les dix derniers jours du- mois de Dieu, redjeb, an- » née 1269 (du 30 avril au 9 mai 1853).
(Empreinte d’un cachet sur lequel on lit : El-Hadj, plus bas : Sid, ou peut-être Effendi, et au-dessous : Mohammed ; ce qui donne : Sid El-Hadj-Mohammed, ou El-Hadj -Mohammed-Effendi.)
» Pour conférer l’alliance du cheikh Abd-el-Qader, vous prendrez » la main du néophyte et vous réciterez ce verset : « Je cherche au- » près de Dieu, un refuge contre Satan le lapidé (Coran). »
» Puis, vous lui ferez prononcer ce serment : « Je m’engage envers » Dieu, et je prends à témoin, que je ne me détournerai ni ne me « retirerai de la règle du cheikh Abd-el-Qader. » Cette phrase sera » répétée trois fois.
» Vous lui direz ensuite, par trois fois : « Acceptez-vous, acceptez- » vous ? »
» Il vous répondra : « J’accepte. »
» Vous lui conférerez alors l’ouerd selon la règle.
» Salut! »
(Suit une prière.)
Les moqaddem, dans l’ordre des Qadrya, nomment généralement leur successeur lorsqu’ils se sentent arrivés au terme de la vie; mais si la mort les surprend*
avant qu’ils aient pu faire cette désignation, les nouveaux moqaddem sont choisis par les Khouan, et nommés à l’élection, en hadra ; ils réclament ensuite la sanction du chef de l’ordre à Bar’dad, ou vont la chercher euxmêmes. Il n’y a pas d’exemple que le chef de l’ordre ait refusé de sanctionner une élection faite par les Khouan intéressés.
L’ordre des Qadrya compte un nombre incalculable d’adeptes dans tous les pays musulmans et notamment au Maroc, dans le Touat, le Tafilalet, le Gourara, l’Adrar ; dans l’Oued-Nsaoura cet ordre marche, comme importance, de pair avec ceux des Tidjanya, Taïbya, Kerzazya, Zianya et Chadelya.
En Algérie, d’après la statistique officielle de 1882, les Qadrya ont 29 zaouïa, 268 moqaddem, 14,574 Khouan.
Ils sont répartis en un grand nombre de congrégations ayant chacune plusieurs moqaddem, sans qu’il y ait, entre ces diverses congrégations, des relations plus suivies que celles existant entre leurs chefs respectifs et la maison-mère de Bar’dad. Il ne nous a pas été possible de fixer le nombre exact de ces congrégations en Algérie.
Au point de vue politique, l’ordre des Qadrya ne nous est pas hostile, et il est le plus souvent empreint d’un grand esprit de tolérance. Nous avons, parmi ses grands moqaddem, des caïds, des cadhi, des assesseurs, dont la fidélité et le dévouement se sont affirmés depuis la conquête. En 1879, pendant l’insurrection de l’Aurès, notre meilleur appoint contre les rebelles a été le chef des Qadrya de ce pays, le caïd Si Mahmed-bel-Abbès, dont le fils a été tué dans nos rangs.
Cependant, cet ordre a besoin d’être surveillé, parce qu’il peut être suivi en même temps qu’un autre, et qu’il est susceptible d’avoir, vis-à-vis des congrégations hostiles, les mêmes tolérances qu’il a vis-à-vis de tout le monde. Il a, en effet, les défauts de ses qualités, et la déférence de ses chefs, vis-à-vis des détenteurs de l’autorité, fait qu’il subit facilement les influences du milieu où il
se trouve. Ainsi, à La Mecque, les Qadrya se sont mis à l’unisson des sentiments qui dominent chez les autorités religieuses des deux villes saintes et ils sont, tout autant que les autres ordres, fanatiques et hostiles aux Chrétiens. De plus, la grande popularité dont jouissent les Qadrya, fait rechercher leur alliance par tous les agitateurs et personnages politiques en quête d’appuis religieux. C’est ainsi que jadis l’Émir Abd-el-Qader, qui était moqaddem de cet ordre, a essayé, sans y réussir, d’entraîner avec lui toutes les congrégations algériennes du rituel d’Abd-el-Qader-el-Djilani. C’est pour cette raison encore que Si Snoussi s’est fait affilier aux Qadrya, comme plus tard Bou-Amama.
Mais ces affiliations intéressées n’ont pas en général l’effet qu’en attendent ceux qui les recherchent. Les moqaddem Qadrya influents qui, en Algérie surtout, sont de véritables chefs de confréries à peu près autonomes, voient d’un très mauvais œil toute nouvelle autorité religieuse qui tend à se constituer à côté d’eux. Par jalousie ou intérêt, ils dévoilent et désapprouvent plus ou moins hautement la vanité des mobiles politiques qui inspirent les agitateurs. Ne voulant ni compromettre leur situation acquise auprès des autorités locales, ni risquer d’amoindrir leurs revenus religieux, ils refusent tout concours à leurs nouveaux collègues. Pour cela, ils se retranchent derrière leur dépendance de Bar’dad et demandent qu’on leur montre un diplôme ou une pièce authentique émanant du Grand-Maître de l’ordre, et conférant aux nouveaux moqaddem une autorité quelconque sur les anciens. Ils savent bien, en effet, que la maison-mère de Bar’dad est très loin, qu’elle est très prudente, et qu’il n’est pas dans ses habitudes de se mêler à des aventures politiques incertaines, et surtout, absolument contraires aux statuts de l’ordre et aux idées tolérantes et humanitaires qui doivent inspirer les chefs et les disciples des Qadrya.