LES BRANCHES SECONDAIRES & LES ORDRES DÉRIVÉS DES CHADELYA
Abou -Médian, Ben-Mechich et Ghadeli maintinrent toujours leur enseignement doctrinal dans les hautes sphères du mysticisme et de la morale. Dégagés de toute préoccupation humaine, n’ayànt aucun objectif temporel, ils furent les chefs vénérés d’une école philosophique religieuse, plutôt que les chefs d’une congrégation.
Les règles liturgiques, ouerd, dikr et autres pratiques du rituel des Chadelya, furent surtout l’œuvre de leurs disciples ; et, comme ces disciples étaient extrêmement nombreux dans tout le nord de l’Afrique, en Arabie, en Syrie et en Espagne, il en résulta que, de très bonne heure, les Chadelya se fractionnèrent en de nombreux groupes, parfaitement distincts. Nous avons, dans le chapitre précédent, suivi l’évolution d’un de ces groupes, de celui qui, pour nous Français, est le plus important, car il est réputé en Algérie, celui qui a le mieux conservé les doctrines, les traditions, le rituel et les tendances des premiers grands maîtres des Chadelya. Mais, à côté de ce groupe, il en existe d’autres, qui se sont détachés de lui à des époques différentes, et qui ont formé, dans les divers États musulmans, et aussi en Algérie, de petites ou de grandes congrégations ayant conservé, avec les Chadelya, des attaches plus ou moins sérieuses.
Quelques-unes de ces congrégations ne sont que des branches secondaires ou collatérales de l’ordre principal
que nous avons étudié. Leurs statuts n’ont rien qui les différencient, et, sauf leurs centres de direction et leurs noms qui se sont modifiés, elles ont conservé les doctrines et la règle des Chadelya ; ce sont des congrégations de Chadelya -, et elles le sont si bien, que plusieurs d’entre elles ont pour patron un des membres -de la chaîne mystique que nous avons donnée dans le précédent chapitre. D’autres, au contraire, se sont tout à fait séparées du groupe principal, en introduisant, dans leurs statuts, des dispositions nouvelles et en mitigeant les doctrines mystiques du premier grand maître, par l’indication d’objectifs temporels et humains qui leur donnent un caractère spécial, tout à fait différent de celui des Chadelya. Ces groupes, quoique dérivés des Chadelya, sont de véritables ordres nouveaux. Leur séparation est aujourd’hui un fait accompli et, malgré leurs attaches premières, ils n’ont presque plus de rapports avec la branche mère dont ils sont issus.
Les uns et les autres mériteraient une étude spéciale, car leur importance peut être énorme à un moment donné. L’Islam, nous l’avons dit, n’a jamais reconnu les limites que la politique a tracées entre les divers peuples disciples du Prophète, et, du fond de l’Arabie comme du fond du Maroc, un ordre religieux peut, à un moment donné, exercer une action très réelle sur nos sujets Algériens.
Mais, le plus souvent, les éléments d’information en pays étranger nous manquent tout à fait, et nous ne pouvons donner, ici, qu’une énumération très incomplète de ces ordres, que nous aurions tant d’intérêt à connaître ; souvent même, nous serons forcés de n’inscrire que le nom d’une branche, sans pouvoir dire au juste quel est son centre de direction.
Les congrégations qui se sont détachées des Chadelya sont, dans l’ordre chronologique, les suivantes :
(Vers 1310 de J. -G., 709-710 de — L’ordre des Oufaya , branche distincte des Chadelya , ayant pour patron et fondateur l’Imam el hâq Mohamrned-Ouafaben-Ahmed-Ouafa, qui figure dans plusieurs chaînes, et qui était le disciple direct d’Abd-el-Kerim-ben-Atha-Allahel-Iskanderi (n° 17 de la chaîne principale). Ce dernier étant mort en 709 de PH. (1309-1310 de J.-C.), l'ordre des Oufaya peut être considéré comme ayant pris naissance vers 1310 de J.-G. (709-710 de PH.) ou vers 1315 de J.-G. (714-715 de l’H.) .
Les Oufaya, qui existent croyons-nous en Égypte, observent les mêmes pratiques que les autres Chadelya, mais, au lieu de réciter l’oraison dite « Hezab-ech-Chadeli, » ils récitent celle dite « Hezab-el-Fath, » dont l’auteur est Ouafa-Ali, fils et successeur spirituel du fondateur de l’ordre. En outre,
« Lorsqu’ils font leurs prières, ils élèvent la voix en chœur et les » psalmodient à l’unisson, car ces prières font jaillir, du briquet de » l’amour divin, des étincelles qui viennent consumer, de leur feu, » le germe de l’impureté et de la tiédeur. »
L’imam El-Ouafa figure dans la chaîne qui est commune aux Zerroukya, Rachidya, Bekerya, R’azya, etc., dont il sera parlé plus loin.
Il figure encore dans cette autre chaîne, qui est celle citée par Gheikh-Snoussi dans ses appuis :
1° Imam el hâq Mohammed-el-Ouafa ; — 2° Ali-ben- el- Ouafa ; — 3° Cheikh-Abd-er-Rahman ; — 4° Cheikh-Djemal-ed-Din-ben-Abd-er- Rahman ; — 5° Cheikh-Abou-Hessen-el-Bekeri (1553 de J.-C., 960-961 de l’Hégire) ; — 6° Mohammed-ben-Abou-Hessen-el-Bekeri ; — 7° Abou- Mouaheb-el-Chenaoui; — 8° Abou-Abbas-el-Araïchi, qui fut un des maîtres éducateurs de Cheikh-Snoussi au commencement de ce siècle (1).
(t) Cette chaîne est évidemment incomplète; il y a eu, de 1350 à 1800, plus de 8 cheikhs. Cheikh-Snoussi n’a cité que les principaux personnages .
(Vers 853-854 de l’H., 1450 de J. -G.). — L’ordre des Aroussya, branche secondaire des Chadelya, ayant pour patron et fondateur Sid Abou-el-Abbas-Ahmed-ben-el- Arous, moqaddem des Chadelya, qui eut pour cheikh Abou-Abbas-Ahmed-ben-Okba-el-Hadrami, qui est le n° 19 de la chaîne principale, ce qui place l’origine du nouvel ordre vers 1450 ou 1460 de J.-G.
Cette branche se relie, en outre, à l’ordre des Qadrya, car le cheikh El-Hadrami était moqaddem des Qadrya, par la chaîne descendante suivante :
5, Abou- Zakaria-Yahia - el-Kadouri. — 4, Abou-es-Saoud-el-Messaoudi. — 3, Ahmed-ben-Abou-Solih-en-Nacer. — 2, Abou-Beker-Abder-Rezek, fils et disciple de Sid Abd-el Qader-el-Djilani.
Le cheikh Abou-Abbas-Ahmed-ben-Arous a écrit un ouvrage intitulé : (le Joyau de
Sid El-Mahdi-el-Fassi); dans lequel on trouverait, sans doute, les détails que nous n’avons pu nous procurer sur les pratiques spéciales à cet ordre.
Le cheikh Snoussi, qui le cite parmi ses appuis, donne à cet ordre la chaîne suivante :
1, Abou-Abbas-Ahmed-ben-Arous (qui fut aussi l’un des maîtres éducateurs de l’imam Zerrouk-el-Bernoussi). — 2, El-Màmar- Abou- Salem-Ibrahim-ez-Zouaouï-et-Tounsi (de Tunis). — 3, Sid Abou-Mehassen-Youcef-ben-Mohammed-el-Fassi, qui vivait en 986 de J.-C. (1578-1579 de l’H.) (1) et est cité dans la chaîne principale des Chadelya sous le n° 23 bis. — 4, Abou-Zid-Abd-er-Rahman-el-Fassi, frère du précédent. — 5, Cheikh-el-Islam-Abou-Mohammed-Abd-el-Qader-el- Fassi, neveu du précédent. — 6, Abd-es-Sellem-Benani. — 7, Djassous. 8, El-Beder-ben-Ameur-el-Hedani, qui fut un des maîtres de Cheikh-Snoussi au commencement de ce siècle.
(1) Cette date est donnée par l’historien Bou-Ras, qui cite Abou- Mehassen-Youcef-ben-Mohammed-el-Fassi, comme assistant à la bataille de El-Mekhazen, livrée par Abd-el-Melek, souverain du Maroc, à Mohammed-ben-Abdaliah et à Don Sébastien.
(En 869 de J.-C., 1464-1465 de PH.). — L’ordre des Djazoulya, branche marocaine des Chadelya, sous le patronage de l 'imam Abou-Abd-Allah-Mohammed-ben- Abou-Beker-&ùma/2-e^Z)/tf£owù‘-ech-Cherif-el-Hassani-es- Semlali-ech-Chadouli. Ce Saint fut le grand-père ou le bisaïeul de Si Mahmed-ben-Aïssa, fondateur de l’ordre des Aïssaoua. Il était né à Sousse ou, plus exactement, dans le voisinage, à un lieu dit Djazoula; il se fixa aux environs, à Afghal, puis à Metouara, et mourut empoisonné en 869 de J.-C. (1464-1465 de l’H.). Enterré d’abord au lieu dit Haha (Sala.), il fut, plus tard, exhumé et transporté à Maroc même, où son tombeau est l’objet de nombreux pèlerinages.
L’imam El-Djazouli est l’auteur d’un livre intitulé : « Les meilleurs arguments , » traitant des prières à faire pour le Prophète, prières encore en usage dans plusieurs groupes de Chadelya. Son ordre n’est guère aujourd’hui qu’une expression historique, car les Chadelya-Djazoulya se sont transformés en de nouvelles congrégations portant d’autres noms : Aïssaoua, Habibya, Taïbya.
Plusieurs chaînes sont données comme rattachant l’imam Djazouli aux Chadelya; la plus connue est celle qui est commune aux Aïssaoua et aux Taïbya, et qui remonte à Abd-el-Kerim-ben-Atha-Allah, n° 17 de la chaîne principale. (Voir chap. XXII et XXVI.)
Les Habibya ont une chaîne plus courte, dans laquelle ils présentent le cheikh de l’imam Djazouli, Abou-Abd- Allah-Mohammed-Amrar-Cherif, comme disciple d’un nommé Abd-Allah-el-Ili, disciple direct lui-même d’ Abdel-Kerim-ben-Atha-Allah.
Le cheikh Snoussi, qui cite les Djazoulya dans ses appuis, évite de nommer les chefs des ordres qui en dérivent, et donne une chaîne un peu différente, qu’il
est bon de connaître, car elle semble être celle qui continue les Djazoulya purs :
1° L’imam El-Djazouli; — 2° Aboul-Amedad-Abd-el-Aziz-ben-Abdel-Haq-el-Hersar, surnommé Atteba ; — 3° Aboul-Beka-Amar-ben-Abd* el-Aziz-el-Khettobi-el-Zerhouni ; — 4° Cheikh-el-Medjedoub-Sid-Abder-Rahman-el-Oukil ; — 5° Abou-Mehassen-Youcef-ben-Mohammed-el- Fassi (1578 de l’H., 986 de J.-C.) ; — 6° Abd-er-Rahman-ben-Mohammed-el-Fassi, frère du précédent; — 7° Abou-Barkat-Abd-el-Qaderel-Fassi, neveu du précédent ; — 8° Sid Mohammed-ben-Abd-er-Rahman-ben-Abd-el-Qader-el-Fassi, petit-fils du précédent ; — 9° Sid Mohammed-Abdallah-er-R’azi-el-Madani; — 10° Sid El-Sindi; — 11° Abou- Abbas-el-Araïchi, qui fut l’un des maîtres de Cheikh-Snoussi au commencement de ce siècle.
(En 899 de J.-C., 1493-1494 de EH.). — L’ordre des Zerroukya, branche des Chadelya, ayant pour patron et pour fondateur l’imam Sid-Abou-Abbas-Ahmed-Zerroukel-Bernoussi, qui est le n° 20 de la chaîne des Derqaoua. Ahmed-Zerrouk est né en 845 de J.-C., 1441-42 de l’H., à Bernoussi, qui est entre Fez et Taza, au Maroc, un « lieu dit , » où on lui a élevé une koubba vénérée. Il eut de nombreux professeurs et chefs spirituels, parmi lesquels on cite, outre le cheikh El-Hadrami (n° 19), l’imam Sid- Ahmed-ben-Arous, chef des Aroussya ; Abd-Allah-es- Sakhri, qui figure dans la chaîne des Kerzazya ; le savant docteur Abou-Abbas-Ahmed-ben-Mohammed-ez-Zekri (mort en 910 de J.-C., 1504 de l’H., et patron de la mosquée Sidi-Zekri, à Tlemcen), etc.
L’imam Zerrouk a laissé de nombreux ouvrages très estimés de tous les Musulmans ; les Chadelya citent, entre autres, un savant commentaire du livre de Tadjed-Din-Abd-el-Kerim-ben-Atha-Allah, et un autre intitulé : le Bouclier préservateur des innovations dans la tradition (Al*î)l ^ ^ Il mourut
en 899 de J.-C. (1494 de l’H.), à Mezrata, dans la Tripolitain e.
Par le cheikh El-Hadrami, les Zerroukya se rattachent aux Qadrya ; leur chef, l’imam Zerrouk, est en outre compté parmi les appuis des Bekerya, Rachidya, Rachidya-Zerroukya, R’azya-Sahilya, Cheikya-Kerzazya-Nacerya, Zianya, c’est-à-dire parmi les principales branches des Ghadelya.
(909 de l’H., 1503-1504 de J.-C.). — L’ordre des Bekerya ou Bekriya, branche des Chadelya, pouvant bien avoir son centre de direction à la Mecque, où Si Mohammedben- Abou-Beker, disciple de l’imam Zerrouk (n° 20) est vénéré comme le patron et le fondateur de ce groupe, quelquefois dénommé aussi Bekerya-Zerroukya.
Ce personnage nous a été donné comme étant le même que celui désigné, en Orient, sous le nom de Pir-Abou- Beker-Oufayi, mort à Alep, en 909 de l’H. (1503-1504 de J.-C.). Peut-être est-ce simplement un de ses descendants.
Les Bekerya se distinguent des autres Chadelya, par l’habitude où ils sont de comprendre, dans leur rituel, une prière surérogatoire dite « Hezab-el-Fath , » prière imposée par. Abou-Hassen-el-Bekri, fils et successeur spirituel du fondateur de l’ordre.
Si Snoussi donne, dans ses appuis, la chaîne suivante, comme étant celle des cheikhs qui ont continué l’enseignement des Bekerya :
1, Si Mohammed - ben - Abou-Beka-el-Bekeri. — 2, Le kotb Abou- Hassen-ben-Mohammed-el-Bekeri. — 3, Aboul-Mekarem-Mohammedel-Bekeri, fils du précédent. — 4, Sid Zin-el-Abed-ben-Mohammedben-el-Bekeri. — 5, Abou-Salem-el-Ayachi, qui fut un des cheikhs de Si Snoussi et qui dit avoir été initié à La Mecque « par voie de révélation » du précédent (sans doute dans un songe).
(931 de l’H., 1524-1525 de J. -G.)- — L’ordre des Youcefya ou Rachidya, branche secondaire et locale des Chadelya, ayant pour patron Sid Ahmed-ben-Youcef-el-Miliani-er- Rachidi, l’une des plus grandes célébrités maraboutiques du Mar’reb ; de nombreuses légendes hagiographiques racontent sa vie ou ses miracles, et son tombeau, à Miliana, est le but de nombreux pèlerinages faits, indistinctement, par tous les Musulmans affiliés ou non aux ordres religieux.
Sid Ahmed- ben-Youcef-el-Miliani-er-Rachidi, mort Fan 931 de FH. (1524-1525 de J. -G.), était moqaddem des Chadelya (n° 20 bis de la chaîne principale). Il passe pour avoir importé les doctrines du soufisme dans la tribu marocaine des Cheurfa d’Archidia ou Rachidia, de l’amalat de Taza.
Les membres de cette tribu sont aujourd’hui considérés comme formant, sinon un ordre religieux, du moins un groupe maraboutique pratiquant le rituel des Chadelya. Ils habitent plusieurs gros villages au S.-O. de Debdou, à 50 kilomètres environ de la rive droite de la Moulaïa. Ils possèdent, en outre, en dehors de leur pays, des zaouïa importantes, notamment à Bou-Rached, près du village de Zahledj (ou Zahleg), chez les Beni-Ouaraïn ; à Zekkous, entre les Beni-Ouaraïn et les Reggou ; à Miter, près du Djebel-et-Teldj., chez les Ouled-el-Hadj, et, enfin, à Quiliz, dans la plaine de Garet, chez les Beni-bou-Yahi. Leur influence et très grande sur tout ce pays qui est déterminé par les affluents de la Haute-Mouïouya, à l’ouest de l’Oued-Charef, au Maroc.
Ils vont souvent à Miliana visiter le tombeau de leur patron, et faire acte de déférence vis-à-vis des descendants de Sid Ahmed-ben-Youcef, qui habitent dans la tribu des Beni-Ferat, aux environs de Miliana, sans être cependant tous affiliés à l’ordre des Chadelya.
Sid Ahmed-ben-Youcef figure parmi les appuis des
Zeroukya, R’azya, Sahelya, Cheikhya, Kerzazya, Nacerya, Zianya.
(931 de VH., 1524-1525 de J.-G.). — L’ordre des Rachidya-Zerroukya est indiqué, par Cheikh-Snoussi, comme distinct du précédent. D’après la liste qu’il donne, il semble que cet ordre représente un soff comprenant la branche méridionale et occidentale des Chadelya-Rachedya. Voici en effet cette liste :
1, Sid Ahmed-ben-Youcef-el-Miliani-er-Rachidi. — 2, Sid Ahmedben-Moussa (mort vers 1608 et chef des Kerzazya). — 3, Abou-Abbas~ Ahmed-ben-Mohammed-Adebal. — 4, Abou-Salem-Abdallah-ben-Mohammed-ben-Abou-Beker-el-Ayachi (qui vivait encore en 1663 de J.-C., 1073-1074 de PH.). — 5, Mohammed-ben-Abd-er-Rahman-ben-Abd-el- Qader-el-Fassi. •— 6, Sid Mohammed-ben-Abd-es-Sellem-el-Benani. — 7, Djassous. — ■ 7 bis , Abou-Yacoub-Youcef-ben-Mohammed-en-Naceri. — 8, Cheikh-Abd-es-Sellem-en-Naceri et, 8 bis , Cheikh-Beder-ben- Ameur-el-Hedani qui, tous deux, furent professeurs de Cheikh-Snoussi au commencement de ce siècle.
Une autre branche des Rachidya existe au Gourara ; ses adhérents se disent descendants de Mansour, fils de Sid Ahmed-ben-Youcef. D’autres descendants du Saint ont aussi fait souche à Thiout ; ils ont des serviteurs religieux à Aïn-Sefra, Sfissifa, Ich, Figuig, Beni-Goumi, Igli, et se relient avec les précédents. Les chefs de cette branche de Thiout représentent le soff Français dans cette région.
La statistique faite en 1882 donne, pour les Rachidyaou-Youcefya, en Algérie: une zaouïa, 5 moqaddem et 519 Khouan, savoir :
A Alger... 1 moqaddem 60 khouan
A Aïn-Sefra: Ouled-Aliat
— Thiout 1 zaouïa,
A Géryville : Ouled-Moullah
A Tlemcen : Ouled-Ahmed-ben-Youcef. .
A Oran : Douairs de Melata
Mais, cette statistique est certainement très incomplète, beaucoup de personnes estimant, à tort, que les Ouled-Sidi-Youcef n’ont que des serviteurs religieux et pas de khouan.
(Vers 1526 de J.-C., 932-933 de PH.). — L’ordre des R’azya, branche secondaire des Ghadelya, cantonnée dans l’Oued-Draâ au Maroc, a pour patron et fondateur Sid Abou-el-Hassen-el-Kacem-el-R’azi, ou Cheikh-er- R’azi-ben-Belgacem (1). C’est sous ce dernier nom qu’il figure (sous le n° 21 ter) dans la chaîne principale des Chadelya comme disciple direct de Sid-Ahmed-ben-Youcef-el-Miliani. — Mais d’autres chaînes le donnent comme ayant eu pour maître un disciple de ce dernier, Sid Ali-ben- Abd-Allah-el-Fi la li.
Peut-être, aussi, la date que nous donnons pour la fondation de cet ordre est-elle inexacte, car il a existé un nommé Abou-Abd-Allah-Mohammed-ben-Ali-ben- R’azi, qui pourrait bien être le vrai fondateur de l’ordre. Or, ce dernier, qui était un soufi célèbre, était né à Méquinez en 841 de l’H. (1437-1438 de J.-C.), et il est mort dans cette ville, en 919 de l’H. (1513-1514 de J.-C.) (2).
Nous n’avons aucun détail sur les R’azya, qui, d’après le cheikh Snoussi, se sont continués par la chaîne suivante :
1, Cheikh -Abou-el-Ivacem-er-R’azi. — 2, Sid Ahmed - ben -Ali-el- Hadj-ed-Deraï. — 3, Sid Abdallah-ben-el-Hessen-er-Radi. — 4, Sid Mohammed-ben-Nacer-ed-Deraï, chef de l’ordre des Nacerya(1669 de J.-C., 1079-1080 de l’H.). — 5, Si Ahmed-ben-Nacer. — 6, Sidi-Meba-
(1) On dit aussi Cheikh-er-R’azi-ben-Abou-Kacem.
(2) D’Herbelot cite aussi un Abou-Hassen-R’azi-Abd-er-Rahmanben-Omar-ben-Sohaïl-cs-Sofi, fort estimé pour la règle austère qu’il donna aux Soufi, et mort en 876 de l’H. (1471-1472 de J.-C.) à l’âge de 85 ans.
rek-ben-Kerni-el-Filali. — 7, Sidi Amar-ben-Zian. — 8, Sidi Abd-el- Ouahab-et-Tazi. — 9, Sid Ahmed-ben-Idris, mort en 1835 de J.*C., (1250-1251 de l’H.), après avoir été le maître et l’ami de Cheikh-Snoussi.
Cette chaîne montre que les R’azya ont des attaches avec les Nacerya ; ils en ont aussi avec les Zianya, car Sid Abou-el-Hessen-el-Kacem-el-R’azi figure dans les appuis de ce dernier ordre. (Voir chap. XXIX.)
Enfin, par leur origine première, ils ont d’autres attaches encore avec tous les ordres dont les chaînes comportent l’imam Zerouk, ou Sid Ahmed-ben-Youcef-el- Milani.
(Vers 1525 de l’H., 930 deJ.-C.). — Ordre religieux des Aïssaoua , dérivé des Djazoulya, fondé par Si-Mahmed-ben-Aïssa (Voir chap. XXI).
(Vers 1530 de J.-C., 936-937 de l’H.). — Le groupe maraboutique des Sohaïlya ou Sohelya, famille de Cheurfa marocains qui, sans être peut-être absolument organisés en congrégation religieuse, n’en suivent pas moins le rituel des Chadelya, sous la direction des descendants de Sid Mohammed-ben-Abd-er-Rahman-es-Soheli , qui était disciple de Sid Ahmed-ben-Youcef (n° 20 bis de la chaîne principale).
D’après la tradition, Sid Mohammed-ben-er-Rahman était originaire de Yambo (sur la mer Rouge). Après avoir reçu en Orient l’affiliation à l’ordre des Chadelya, il était venu compléter ses études dans le Mar’reb et s’était attaché au Saint de Miliana. A une époque qui ne saurait être précisée, il quitta son maître et vint vivre dans la solitude et la retraite, au pied d’une montagne dite Djebel-Sehoul, à 70 kilom. S.-O. d’Aïn-Chair et à 112 kilom.
N.-E. de Riçani du Tafilalet, près de l’Oued-Guir. Là il bâtit un oratoire et s’adonna à la vie contemplative, sans chercher à faire des disciples. Mais sa réputation était déjà grande, et bientôt le nombre de ceux qui vinrent lui demander de les instruire augmenta dans de telles proportions, qu’il fallut construire la zaouïa actuelle, et qu’une ville s’éleva autour de la demeure de Sid Mohammed-ben-Abd-er-Rahman qui, dès lors, prit le nom de Soheli ou de Mouley-Sehoul (1).
Parmi ses disciples, on cite le grand Sidi Cheikh-Adbel-Qader-ben-Mohammed, fondateur des Gheikhya et Sid Ahmed'ben-Moussa, fondateur des Kerzazya. Aussi, chez tous les Ghadelya, la zaouïa de Soheli et ses chefs sontils l’objet de la plus grande vénération.
Le grand maître des Sohelya porte le titre de Cheikh-el- Mechaïkh, dans le but, assure-t-on, d’affirmer sa suprématie spirituelle sur les deux ordres des Gheikhya et des Kerzazya, qui, du reste, la reconnaissent par des égards et des présents. Au-dessous de lui le cheikh El-Mechaikh a des Khalifa, des Moqaddem, des Khouan et des Khodam ou simples serviteurs non affiliés. Cet ordre passe pour être un de ceux où on observe le mieux le rituel liturgique des Chadelya. Ses tendances sont pacifiques et tolérantes, son influence considérable dans le Sud Marocain ; ses Khouan accompagnent les caravanes des nomades et leur servent de caution.
Le chef actuel de cet ordre est un nommé Sid El-Hadjel-Mahi, soufi austère, toujours plongé dans les pratiques outrées d’une dévotion incessante qui semble avoir atro-
(1) Nous avons reproduit la légende locale qui donne à Sid Mohammed-ben-Abd-er-Rahman le surnom de Soheli, à cause de la montagne voisine ; mais Soheli peut être aussi une épithète dérivée de Sohaïl Canope, étoile. Ce surnom a été donné à de nombreux savants, en Espagne et ailleurs; entre autres à Abou-Kncem-Abd-er-Rahmanes-Sohaïli-el-Andalousi, auteur du Raoudh- el-Onof, livre de théologie estimé, et mort en 581 de l’H. (1185-1186 de J.-C.), à l’âge de 85 ans. Citons encore Abou-Abd-Allah-es-Soheli, prédicateur que Ibn-Batouta rencontra en 753, en Espagne, à Malaga.
phié son intelligence. C’est du reste un homme doux, inoffensif, nullement fanatique, et charitable à l’excès. Sa zaouïa, où affluent les offrandes, est toujours très pauvre, en raison des nombreuses aumônes qui s’y font journellement.
Cet ordre a peu ou point d’adhérents en Algérie, sauf chez les étrangers. Par contre, il en a un très grand nombre dans le Tell et le Sahara Marocain, chez les Beni-Guill et les Doui-Menia, ainsi que dans les Ksour de Figuig, du Tafilalet et de Saguiet-el-Hamra.