‹ Marabouts et Khouan. Étude sur l'Islam en AlgérieChapitre 31 sur 60 · ABOU-AIMAN-SAID-BEN-YOUCEF-EL-HANSALI · texte numérisé non relu

ABOU-AIMAN-SAID-BEN-YOUCEF-EL-HANSALI

(1er redjeb 1114. — 21 novembre 1702 de J.-C.).

Le fondateur (1) de l’ordre des Hansalya, qui dérive de celui des Chadelya, fut Abou-Aïman-Saïd-ben-Youcef-el- Hansali (2), né au Maroc, dans le courant du XVIIe siècle de notre ère, et mort le 1er redjeb 1114 (21 novembre 1702).

Il appartenait à une famille maraboutique berbère, originaire des Hansala, fraction et village (3) de la tribu des Beni-Mettir, situé au sud de Fez, sur une des routes du TafilaleL Au XIIIe siècle, un de ses ancêtres, Si Saïdel-Hansali-el-Kebir (4), après avoir acquis une grande

(1) On donne souvent, en Algérie, comme fondateur de l’ordre des Ilansalia : Sidi Youcef-el-Hansali, c’est-à-dire le fils du fondateur et le premier grand-maître de l’ordre.

(2) On doit écrire Hansali et non pas Hamsali ; ce nom, sur les cartes que nous avons pu consulter, est écrit Hansalen, qui est la forme du pluriel marocain du mot hansala. La position du village est approximativement 32° latit. Nord et 7°55 longit. Ouest du méridien de Paris. Ce nom (écrit Hahansalah), figure sur la carte au 1/1, 600, 000e du ministère de la guerre.

(3) Les détails biographiques sur Sid Saïd-ben-Youcef sont extraits d’un manuscrit arabe communiqué par M. le chef d’escadron Cartairade, directeur des affaires indigènes de la division de Constantine.

(4) Si Saïd-el-Kebir, était le disciple d’Abou-Mohammed-Salah qui est mort à Sofi où il lui a été élevé une koubba, objet d’une très grande vénération. Abou - Mohammed -Salah était, lui -meme, disciple du célèbre Abou-Median, de Tlemcen.

notoriété comme missionnaire (daï) et comme soufi, était mort, en odeur de sainteté, au sud du Djebel-Deren, à Dadès (1), où sa koubba est restée un lieu de pèlerinage très en vogue dans le pays.

Ce fut à la suite d’une pieuse visite, faite au tombeau de ce saint, que Nedjma, femme de Youcef, conçut et mit au monde, avant terme, un enfant à qui, en l’honneur de son ancêtre, on donna le nom de Saïd.

A son entrée dans la vie, il était si chétif et si faible de complexion, que ses biographes regardent comme un miracle qu’il ait pu conserver l’existence ; et la légende s’est emparée de ce fait pour raconter, à ce sujet, des choses invraisemblables.

Saïd-ben-Youcef était encore dans la première enfance, quand il perdit son père ; il fut recueilli, avec sa mère et son jeune frère Mohammed, par un de ses oncles. Contrarié dans ses goûts pour l’étude par son tuteur, qui lui faisait garder les moutons et l’empêchait de s’instruire, il prit la fuite et se réfugia, no;i loin du Djebel-Ghenim, à Tislit, chez un maître d’école qui lui apprit le Coran.

Il quitta ensuite le modeste mcid et partit, pour compléter son instruction, allant, de ville en ville, entendre les cheikh en renom. Il se fixa d’abord à Ksar-el-Kebir (2), où il demeura six ou sept ans. Là, soit zèle religieux faillit lui être fatal, car il s’en fallut de peu qu’il ne fût tué par la population, un jour que, dans un accès d’intolérance, il s’était mis à éventrer, avec son couteau, un certain nombre d’outres de vin colportées en ville. Conduit devant le cadhi, il se borna à répondre : « J’ai vu une chose réprouvée par notre religion, je l’ai détruite. » Le cadhi le félicita d’être aussi bon musulman,

(1) Dadès est marqué sur la carte d’Algérie au 1/1 ,600,000^ du ministère de la guerre, entre 32° et 31° de latitude Nord et 1° et 8° de longitude Ouest.

(2) Ksar-el-Kebir est au nord de Fez.

déclara qu’il n’avait rien à payer aux propriétaires des outres et le couvrit de sa protection.

Quand Sid Saïd-ben-Youcef quitta Ksar-el-Kebir, ce fut pour se rendre à Fez où il resta sept ans.

De là, il se rendit à Sidjilmassa (Tafilalet), et demeura sept ans à la zaouïa de Akhennous, auprès du chef de cette zaouïa, le cheikh Abou-Abd-Allah-Mohammed-ben- Sidi-Hafid, des Oulad-Mahmed.

Sid Saïd-ben-Youcef ne quitta cette maison hospitalière que pour faire le pèlerinage. Il l’avait à peine terminé qu’il fut atteint de la variole à Médine. Après sa guérison, il séjourna trois ans dans cette ville, puis il se rendit au Caire, où il compléta ses études à la mosquée El-Azhara.

Il eut de nombreux professeurs, parmi lesquels ses descendants citent : l’imam El-Kharchi et le cheikh Soltan. Le premier était un Savant jurisconsulte; le second était un soufi, qui se prétendait en relations spirituelles avec le Prophète, par le roi des Génies Chamcharous ; Sidi Saïd-ben-Youcef apprit de lui comment le Prophète récitait le Coran.

Pendant son séjour au Caire, il alla plusieurs fois à Damiette, rendre visite au cheikh Sidi Aïssa-el-Djoneïdied-Damiati, auprès de qui il resta pendant un certain temps.

Parmi les ouerd nombreux que ce cheikh donna à Sid Saïd, figure le poème de l’imam Abou-Abd-Allah-Chemsed-Din-Mohammed-el-Dirouti-el-Damiati. Ce poème, connu dans le public sous le nom de Damiatia3 est devenu un des ouerd des Hansalya; nous aurons occasion d’y revenir.

De Damiette, Sid Saïd alla à Alexandrie, au tombeau de Sid Abou-el-Abbas-el-Mersi (1). Ce fut dans la mosquée attenante à ce sépulcre que se décida sa vocation apostolique : une nuit qu’il lisait le Coran, il vit le mur du sanctuaire s’entr’ouvrir, et, pendant qu’il continuait

(1) Voir chapitre XVII, les Chadelya.

sa lecture, tous les Saihts de l’Orient vinrent le saluer et s’asseoir auprès de lui. Quand il y en eut un nombre considérable, arriva un dernier saint, devant qui tous les autres s’inclinèrent (c’était, croit-on, Abd-el-Qader-el- Djilani). Les saints signifièrent alors, à Sidi Saïd, que le moment était venu pour lui de quitter Alexandrie et de se rendre au Moghreb pour ramener les hommes au bien.

Si Saïd se défendit longuement, alléguant son désir de rester près des lieux saints’ sa pauvreté, son peu de crédit auprès des saints d’Occident, les difficultés de l’apostolat, etc. Les saints d’Orient répondirent à toutes ces objections, et la discussion se prolongea jusqu’au jour, sans que l’Hansali ait pris un parti.

Après la prière du matin, il alla consulter un homme pieux qui lui annonça que, la nuit suivante, il verrait le Prophète présider l’assemblée des Saints et lui confirmer l’ordre de Dieu.

Les choses, en effet, se passèrent ainsi la nuit suivante : tout à coup les odeurs les plus délicieuses se répandirent dans le sanctuaire, subitement encombré des fleurs les plus rares et les plus belles, le Prophète parut et présida l’assemblée, mais il ne prit pas la parole et se contenta de confirmer, par signes, ce que disaient les Saints (1).

Tout le monde put constater la réalité de cette apparition, car le lendemain, lorsque le muezzin entra dans la mosquée, les suaves odeurs persistaient encore. Il y eut ensuite des réunions de Saints (mais sans le Prophète), jusqu’à la veille du départ de Si Saïd-ben-Youcef. Dans la dernière séance, les Saints lui remirent un fouet de cuir, en lui disant : « Prenez ce fouet, et, si vous rencon- » trez des gens qui ne soient pas dans la bonne voie et » à qui vous souhaitiez d’ètre bien dirigés par Dieu, ou » si vous trouvez un homme atteint de maladie, frappez-

(1) Nous abrogeons ici le long récit de ces deux séances nocturnes sur lesquelles insiste beaucoup le manuscrit arabe.

» le de ce fouet, et vous obtiendrez aussitôt le résultat » désiré. »

C’est de là que vient l’usage des flagellations, conservé chez les Hansalya.

Le retour de Si Saïd dans son pays ne présenta rien d’anormal, jusqu’aux environs de Tlemcen, où il fut dévalisé par des brigands des Beni-Amer, qui lui enlevèrent tous ses livres et le laissèrent nu.

La frayeur qu’il ressentit en cette circonstance, comme aussi les fatigues de son long voyage, paraissent avoir affecté vivement le physique et le moral du Saint, car, en ce moment, il s’aperçoit tout à coup qu’il a oublié le Coran et tout ce qu’il a appris en Égypte. De toute sa science, qui était considérable, sa mémoire n’a conservé que les deux sourates préservatrices (CXIII et CXIV) et le poème de l’imam Damiati.

Ce fut dans cet état qu’il arriva dans le Drâa, à la zaouïa des Nacerya, auprès de Sidi Mohammed-ben-Nacer-el- Derai (1), où il demeura quelque temps. Le saint homme lui remémora l’ouerd des Chadelya.

De là, il se rendit chez le cheikh Sid Ahmed-ben-Abd- Allah - ben - Ahmed - es - Saddoq (2) qui lui conféra son ouerd.

Il continua ainsi ses pérégrinations dans le Maroc, en refaisant son éducation spirituelle, et il prit les ouerd de 13 cheikhs différents. (Le manuscrit, que nous avons, ne nomme pas ces cheikhs.)

Cependant, si sa mémoire était revenue, il ne pouvait réussir à retrouver les extases et les apparitions qu’il avait eues en Égypte. Pour y arriver, il se rendit au Djebel-Alem, au tombeau du cheikh Sid Abd-es-Selem-ben- Mechich, et s’enferma une année entière dans une kheloua voisine de ce sanctuaire, ne vivant que d’un peu de farine d’orge délayée dans de l’eau. Ces exercices ascéti-

(1) Voir chapitre XVIII.

(2) Nous n’avons pu savoir quel était ce cheikh.

ques n’amenèrent pas les résultats qu’il en espérait, et ils n’eurent pour effet que de provoquer une nouvelle crise maladive, dans laquelle ses facultés mnémoniques subirent un nouvel échec.

Il se dirigea alors vers Fez où, pendant deux ans, il suivit les cours de professeurs en renom. A la zaouïa- de Sidi Beka-el-Delmaoui, il eut, entre autres professeurs, Sid Abd-el-Malek-el-Tadjemout, de Sidjilmassa, et Sid El-Hassen-ben-Messaoud.

Puis, dans une autre zaouïa, située entre Fez etZerara, près de Tadela (1), il devint, avec le temps, le disciple de prédilection de Sidi Ali-ben-Abd-er-Rahman-el-Tadjemouti, moqaddem des Djazaoulya. Celui-ci lui confia le soin de donner l’ouerd aux gens qui viendraient la demander à la zaouïa. Alors Si Saïd-ben-Youcef fit venir près de lui ses parents et se livra à l’enseignement ; sur l’ordre de Sid Ali-ben-Abd-er-Rahman, il voyagea pour prêcher ses doctrines et visita ainsi successivement Taria, le Djebel-Fechtal, Adjarsak, Akemis, etc. Enfin, toujours sur les conseils de son cheikh, Sid Saïd construisit , aux Aït-Metrif, une zaouïa où il fît plusieurs miracles, et où il mourut, le mardi 1er redjeb 1114- = (21 novembre 1702 de J.-C.), après avoir désigné, pour lui succéder, son fils Sid Abou-Amran-Youcef-ben-Saïd-el- Hansali.

L’importance de l’ordre grandit démesurément sous ce dernier, et c’est, pour cette raison que, souvent, les Indigènes donnent, comme fondateur de l’ordre, Sidi Youcef-ben-Saïd-el-Hansali.

L’influence de Sidi Youcef s’étendit sur toutes les populations berbères qui habitent les montagnes de l’Atlas; elle devint même assez considérable pour porter ombrage au sultan Mouley-Ismaïl et, surtout, à son entourage de Cheurfa.

(1) Le manuscrit arabe dit: entre Fez et Zerara, près de Tadela, à deux ou trois parasanges.

Un jour, on manda Sidi Youssef à la cour de Méquenez, sous prétexte de lui rendre honneur; on s’empara de sa personne, et il fut mis à mort, sans que ses khouan aient jamais pu savoir où ses restes avaient été déposés.

Les Hansalya perdirent alors beaucoup de leur crédit et furent absorbés par les ordres chérifiens des Taïbya et des Aïssaoua. Cependant deux zaouïa subsistent encore : l’une à Dadès } où est le tombeau de Sidi Saïd-el- Hansali-el-Kebir, chef de la famille (elle est aujourd’hui dirigée par le cheikh Ahÿned-ben-Ahmed-el-Hansali, qui passe pour le grand-maître de l’ordre) (1); l’autre aux Aït-Métrif, au tombeau de Sidi Youcef, père de Sidi Youcef-el-Hansali .

L’ordre des Hansalya a été importé en Algérie par Sid Sadoun-el-Ferdjioui, *qui avait fait ses études à la zaouïa de Sidi Youcef-el-Hansali, et qui était moqaddem, lors de la mort de son cheikh. Ce fut, sans doute, peu après cet événement, que Sid Sadoun quitta le Maroc pour rentrer dans son pays d’origine, ce qui fixe, pour l’introduction de l’ordre en Algérie, une date antérieure à 1727, puisque Mouley-Smaïl mourut le 22 mars de cette année (29 redjeb 1139).

Sid Sadoun eut pour successeur, en Algérie, Sid Maammar, marabout originaire de la tribu des Telaghma où est situé son tombeau. Celui-ci transmit ses pouvoirs à Sid Ahmed-el-Zouaoui, personnage issu d’une vieille famille maraboutique, très vénérée dans les environs de Constantine, où, dès le XVIe siècle (2), elle possédait,

(1) Nous n’avons pu nous procurer la chaîne de la branche marocaine.

(2) Le membre de cette famille, qui vivait à cette époque, était Abou-Zakaria-Yahia-ben-Amor-ez-Zaouï, disciple d’Abou-Hafs-Sid- Amor-el-Ouzan. cheikh El-Islam de Constantine, mort en 965 de l’H. (1557-1558 de J .-C.). Le cheikh Zouaï, à cette époque, était déjà installé au Chettaba, non loin des ruines romaines de Phuentia et Arsacol, et près de l’emplacement où a depuis été bâti le village de Rouffach.

à 8 kilomètres de la ville, sur le Chettaba (1), une zaouïa déjà célèbre et influente.

Le cheikh Ahmed-ben-Zouaouï a une grande notoriété : de nombreuses légendes hagiographiques racontent ses miracles, parmi lesquels nous relevons un voyage fait, en 1775 de J.-G. (1188-1189 de l’H.), en deux nuits consécutives: la première, employée pour aller de Constantine à Alger, jeter à la mer les Chrétiens de O’Reilly, et la seconde pour revenir d’Alger à Constantine sur la même jument, la célèbre Roksa. #

Mais ce qui est certain, c’est que le cheikh Ahmed-ez- Zouaouï était renommé pour sa grande charité, que son intervention toute-puissante s’est exercée très souvent pour protéger les faibles et les malheureux contre la tyrannie des Turcs, et que sa zaouïa était un lieu d’asile que nul n’osait violer.

Salah-Bey, à qui le chef des Hansalya avait souvent tenu tête, essaya de se débarrasser de ce marabout incommode; il ne put y réussir.

Les traditions de charité se sont perpétuées chez les successeurs de Sid Ahmed-ez-Zaouï, et elles font partie intégrante des doctrines des Hansalya, qui, tous, sont renommés pour leur bienfaisance.

Nous avons dit que le fondateur de l’ordre au Maroc, Sid Saïd-ben-Youcef, avait reçu l’ouerd d’un grand nombre de cheikh, tant dans cette contrée qu’en Orient.

La chaîne que ses successeurs invoquent est celle des Chadelya et, plus particulièrement, celle qui est adoptée par les Aïssaoua et les Taïbya jusqu’au n° 26 (Si Mohamed-ben-Sliman-el-Djazouli).

Voici cette liste, telle qu’elle est présentée par les Hansalya :

(l)Sur le Chettaba, voir un article de M. Cherbonneau dans Y Annuaire archéologique de Constantine (1854-1855) ; sur cheikh Zaouï, voir Revue africaine (1865, p. 303) et Annuaire archéologique de Constantine (1868, p. 370 et 1869, p. 466), articles de M. Vayssett.es.

L’ange Gabriel. — Le Prophète. — 1, N. -S. Ali-ben-Abou-Taleb. — 2, Le premier des pôles, Sidi El-Hassan. — 3, Qotb-Abou-Mohammcd- Djaber. — 4, Qotb-Sidi-el-R’azouani. — 5, Qotb-Abou-Mohammed- Fath-es-Saoudi, — 6, Qotb-Saad. — 7, Qotb-Abou-Mohammed-Saïd.— 8, Qotb-Abou-el-Kassein-Ahmed-el-Merouani. — 9, Qotb-Abou-Ishak- Ibrahim-el-Bosri. — 10, Qobt-Zin-ed-Din-Mohad-el-Kazouini. — 11, Qotb-Chems-ed-Din-el-Turkomani. — 12, Qotb-Tadj-ed-Din-Mobammed.

— 13, Qotb-Nour-ed-Din-Abou-el-HassanAli. — 14, Qotb-Mahi-ed- Din. — 15, Qotb-Taki-ed-Din. — 16, Qotb-Sidi-Abd-er-Rahman-el- Madani. — 17, Qotb-el-Ktob-Abou-Mohammed-Abd-es-Selam-ben-Mechich. — 18, Qotb-Sidi-Abbu-Hassen-ech-ChadeJi. — 19, Sidi Abd- Allah-el-Megherbi. — 20, L’imam Abou-el-Abbas-Ahmed-el-Karafi. — 21, Sidi Amous-el-Badaoui. — 22, Sidi Abou-Fadel-el-Hindaoui. — 23, Sidi Abd-er-Rahman-cr-Redjeradji. — 24, Sidi Abou-Otsman-el-Hartani. — 25, Sidi Abd-Allah-Ameraï-ecli-Cherif. — 26, Sidi Mohammedben- Sliman-el-Djazouli (869 de l’H. (1464-1465 de J.-C.). —27, SidiAbdcl-Aziz-et-Tebbaï. — 28, Abdelkerim-el-Fellahi. — 29, Bou-Anesel-Merakchi. — 30, Abou-Beker-ed-Della. —31, Mohammed-ed-Dadassi.

— 32, Ali-ben-Abd-er-Rahman-ed-Deraï. — 32 bis, Mohammed-ben- Nacer-ed-Deraï, chef des Nacerya. — 33, Abou-Aïman-Saïd-ben-Youcef-el-Hansali, fondateur de l’ordre.

La chaîne continue par:

34, Sidi Abou- Amran-Youcef-ben-Sidi-Saïd-el-Hansali. — 35, Sidi Saadoun-el-Ferdjiouï-el-Hansali. — 36, Sidi Maammar-ez-Zaouï (enterré chez les Telaghma). — 37, Cheikh Ahmed-ez-Zaouï-el-Hansali. — 38, Sid Hammou-ben-Ahmed-ez-Zaouï-el-Hansali. — 39, Sid Youcef-ben- Si-Hammou-Zaouï-el-Hansali, encore en fonctions aujourd’hui.

Les doctrines et le rituel des Hansalya semblent avoir été inspirés par les divers et nombreux professeurs qui donnèrent l’enseignement à Sid Abou-Aïman-Saïd-ben- Youcef-el-Hansali, et aussi par les circonstances parti1 culières qui marquèrent les différentes phases de l’existence de ce saint personnage.

Au mysticisme exalté des maîtres de la djemâa El- Azhar et des Djazoulya, précurseurs des Aïssaoua, les Hansalya ont mêlé la charité ardente des Qadrya et l’esprit de tolérance relative, puisé tant auprès du chef des Nacerya, Si Mahmed-ben-Nacer-ed-Draï, que dans les

zaouïa du Touat et du Tidikelt, soumises à l’influence des Bakkay de Tinbouktou.

Le rituel des Hansalya emprunte aux Saints d’Orient et aux Djazoulya les danses et les chants destinés à produire l’excitation nerveuse favorable aux extases mystiques. L’unithéisme excessif des descendants de Toumert se laisse entrevoir dans les ouerd où, à côté de 500 invocations affirmant avec énergie l’unité de Dieu, on ne relève que 100 invocations mentionnant le Prophète. Le souvenir du séjour à Damiette se retrouve dans la récitation, imposée aux Hansalya, du poème dit : « Damiatia » dont nous avons parlé plus haut. La flagellation en usage dans cet ordre rappelle le présent fait, par les Saints d’Orient, à Sidi Saïd quittant Alexandrie. Enfin, les difficultés rencontrées par Sidi Saïd pour imposer sa règle, dans un pays où les ordres chérifiens étaient tout puissants, et où les persécutions furent nombreuses pour son ordre naissant, ont amené les Hansalya, à ne se livrer à leurs exercices spirituels qu’en réunions peu nombreuses, et dans des lieux clos dont l’entrée est interdite au public.

Voici, en effet, quel est le grand ouerd de cette congrégation :

1° Après la prière du matin (salat-el-fedjer) : 20 fois la sourate El- Hamdou-Lillahi (ou fatiha) et 100 fois la formule: « Pardonne ô mon Dieu » *

2° Après la prière de midi (salat-ed-dohor) : 20 fois la fatiha et 100 fois : « Il n’y a pas d’autre Divinité qu’Allah » .✓Jt ^ ) ‘

3° Après la prière de l’après-midi (salat-el-acer) : 20 fois la fatiha et

100 fois : « Au nom de Dieu clément et miséricordieux » (ôÜt ^%*** ?

4° Après la prière du soleil couchant (salat-el-Moghrab) : 20 fois la fatiha et 100 fois la sourate CXIII (1);

(1) Voici cette sourate : 1° dis : je cherche un refuge auprès du seigneur de l’aube du jour; 2° contre la méchanceté des êtres qu’il a

5° Après la prière du soir : 20 fois la fatiha et 100 fois « la prière

sur le Prophète ! »

(^Jl Je «U!).

En outre de ce dikr, qui est le dikr habituel et ordinaire, les khouan Hansalya, parvenus à un degré de pureté morale complet, peuvent être autorisés, par leurs moqaddem à réciter, un nombre de fois déterminé par jour (le plus souvent, 20 fois à l’acer et 21 fois au maghreb), l’un des 99 vers choisis par le moqaddem dans le poème de la Damiatia. Mais, sous peine de voir cette invocation lui être très préjudiciable, le khouan hansali ne doit ni augmenter ni diminuer le nombre de fois qui lui a été prescrit par le cheihh. S’il se trompe, le moins qu’il puisse lui arriver est de devenir fou, et dans ce cas , en Algérie , on dit que l’individu est medemiat c’est-à-dire privé de raison par le fait d’El-Da-

miati.

Ce poème de la Damiatia, qui n’est qu’une sorte de psaume rimé sur les quatre-vingt-dix-neuf attributs de Dieu, est célèbre chez tous les Musulmans qui ont, pour sa récitation ou sa lecture à haute voix, un respect superstitieux. Il est, en effet, admis chez eux que quiconque prononce uu seul de ces vers sans être dans un état de pureté morale complet, s’expose très gravement à la malédiction divine. Mais, par contre, si l’invocation ne se retourne pas d’une façon terrible contre celui qui l’a faite, elle est alors rigoureusement efficace contre la personne visée.

Aussi, les Hansalya qui peuvent être autorisés à réciter 41 fois dans une journée un de ces vers redoutables, sont-ils l’objet de la vénération de tous ceux qui les

créés; 3° contre le mal de la nuit sombre quand elle nous surprend ; 4° contre la méchanceté de celles qui soufflent sur les nœuds ; 5° contre le mal de l’envieux qui nous porte envie. — Ce chapitre, qui est l’avant-dernier du Coran, se porte souvent en amulette.

approchent, « car ce sont de véritables saints et leur pouvoir est immense. »

Le poème d’Abou-Abd-Allah-Chems-ed-Din-el-Dirouitel-Damiati est, d’ailleurs, remarquable comme style et comme poésie. En voici un court extrait, en arabe et en français, car c’est en arabe surtout qu’il faut pouvoir le lire.

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