‹ Marat inconnu, l'homme privé, le médecin, le savantChapitre 12 sur 86 · ALBERTINE MAR .T · texte numérisé non relu

ALBERTINE MAR .T

(D'après une miniature du MusO( Carnavalel.)

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d'aiguilles de montres, « autant qu'il le pourra comprendre ».

Outre ces aeux tiiies, les époux iviara eurent quatre fils. Jean-Paul était Fainé.

Vint ensuite au monde, en 17/i5, Henri iMara, qui partit de bonne heure pour la Russie, où il parcourut une carrière brillante. Le gouvernement russe avait fondé, à Saint-Pétersbourg, une maison d'éducation modèle, pour la jeunesse aristocratique de Tempire, le lycée de Tsarkoië-Selo. Presque tous les professeurs de cet établissement étaient des étrangers, élevés dans l'esprit libéral du temps. Henri Mara professa la littérature française, sous le nom de M. de Boudry (1). M. de Boudry compta parmi ses élèves le futur prince Gortchakoff; l'éminent diplomate fit honneur à son premier maître.

Nous n'avons que peu de renseignements sur Henri Marat. Brissot rapporte, dans ses Mémoires (2), qu'il fit le pèlerinage de Ferney avec un jeune frère de Marat, non moins original que lui. « Il avait jeté quelques écrits dans le torrent politique qui agitait alors Genève. Il y était peu connu, et sa famille n'étant pas à l'aise, il prit le parti de passer en Russie et d'embrasser la carrière du préceptorat, où Ton peut gagner de Pargent, si l'on n'y gagne Das delà considération... »

(li .Julian Klaczko, les Deux Chanceliers (Paris, Pion, 1876). (2) T. IT, 13').

Un deuxième frère de Marat, David, naquit le 15 février 1756 (1). L'histoire est muette sur son compte. L'allusion qui y a été faite plus haut semble indiquer qu'il fut, dans son enfance, plutôt turbulent.

David Marat avait étudié la théologie à Genève.

Le quatrième fils vit le jour le23 janvier 1767(2). Il reçut les prénoms de Jean-Pierre. Il se fît connaître par son habileté dans la fabrication des aiguilles de montres et des compensateurs (3). Il se fixa à Genève.

(1) Dans les Registres des baptêmes de iXcuchàtel, on lit : « 17£6, le samedi 21 février, M. Cartier a balizé David, fils de M. Jean Mara de Cagliari, en Sardaigne, et de dame Louise Cabrol. Parrain : M. David Huguenin, conseiller d'État et chancelier ; marraine : Mme Judith-Eslher Sandoz, sa femme.

(2) Le 27 janvier 1767, « M. Dardel a batizé Jean-Pierre, né le 23 janvier, fils de M, Jean Mara, bourgeois de Boudry, et de Mme Louise Cabrol native de Genève. Parrain : M. lofficier Louis Brun ; marraine : Mlle Mardemmes, fille de M. Sandoz de Rozières. »

(3) Le catalogue Benjamin Fillon (séi'iesS et 4, pp. 71-77) indique une « recommandation de Soulavie, résident de France à Genève, aux représentants du peuple de Commune-Affranchie (Lyon), en faveur de Jean-Pierre Marat, » indiqué par erreur comme né en 1756 (à moins qu'il ne s'agisse de David, né en effet à cette date), « qui s'est procuré sept cents pièces de drap bleu pour l'habillement de nos troupes. » Il est également question, dans le même catalogue, de l'autre frère de Marat, Henri, né en 1745, « qui prit quelque part à la Révolution de Genève en 1782, dans les rangs des démocrates, publia à cette occasion divers pamphlets, puis passa en Russie. » D'après la même source, Marat aurait eu une sœur nommée Marie-Anne, née à Boudryen 1746, qui aurait été mariée à un sieur Olivier. Ne l'aurait-on pas confondue avec Marie ou Marie-Madeleine, dont ij

Le II avril 1791, il se mariait, à Vandœuvres, près Genève, avec la fille d'un bijoutier (1). Il serait mort à Calsruhe, vers 18/i6, â^é de soixante-dixneuf ans.

C'est de ce dernier que descendent les représentants actuels de la famille. Un de ses fils, Jean- Paul-Darlhé Marat s'établit à Genève; il avait demandé, en 1843, l'autorisation de reprendre le nom hispano-sarde de son grand-père Mara^ ce qui lui fut acpordé. Sa belle-fille, Mme E. Mara, a publié, en 1872, à Genève, un roman, sous le titre de ; Lina Dale.

a été plus haut question; se serait-elle mariée en secondes noces avec cet Olivier, ou s'agiiait-il d'une troisième sœur? Nous n'avons pu éclaircir ce point généalogique. Sur le beau-frère de Marat, v. la pièce justificative C.

(1) « 4 avril 1791. Contrat de mariage entre vS' Jean-Pierre Mara, horloger, fils mineur de Jean Mara, habitant, décédé, et de défunte Louise Cabrol, agissant sous l'autorité du sieur Gédéon Brousson son beau-frère, finisseur de dentures, natif, son curateur, établi par acte fait en la justice de cette ville, le second du courant, et demoiselle Jeanne-Louise, fille mineure du sieur Louis-Gabriel [Minutes du notaire P.- L. Girod, voI.V'I, pp. 11.5-118). L'époux signe J. -Pierre Mara (Communication de M. DuFouH, de Genève).

YII

î;enfan(:e et la jeunesse de marat

C'est à Boudry qu'a vu le jour, le V^ mai 17'i3, et qu'a été baptisé, le 8 juin de la môme année, sans parrain, et avec, pour marraine, sa grand'mère, Jean-Paul Marat, qui va désormais nous occuper.

La maison natale du futur démagogue était située dans le bas de la ville, entre le bureau de la Préfecture et Fauberge dite du Lion. Cette maison, petite et basse, ne se distinguait en rien des immeubles voisins. Le rez-de-chaussée était occupé par une boutique d'épicerie.

L'aspect général de l'immeuDie ne s est guci ë modilié ; il appartient (1) à un hôtelier, et la boutique du bas a disparu. Il reste à l'étage une grande chambre, basse de plafond, avec une fenêtre

(1) Du moins, il appaiiciuul à la d.ile de 1901 (^V. l'article au Temps, du 30 aoùL rJUl).

lîg marat inconnu

à trois pans, qui donne seule quelque cachet à la façade.

Cette pièce, que i on assure être la chamore ou naquit Marat, sert aujourd'hui de billard. On n'y trouve, en fait de reliques, que deux portraits de notre héros, accrochés au mur et, à côté de l'un d'eux, l'image de Fange de l' assassinai ! Singulier rapprochement, qui atteste l'éclectisme de celui qui le ménagea.

On sait peu de chose sur l'enfance de Jean-Pjml Marat. A s'en rapporter à ses propres déclarations, il aurait vécu, jusqu'à l'âge de seize ans, en Suisse, «on pays natal.

11 avait commence ses études à Neuchàtei. J^a oibliothèque municipale de cette ville possède un dictionnaire latin-français (1), aux feuillets maculés d'encre^ et portant la signature : Jean-Paul A/ara. Ce n'est que plus tard qu'il ajoutera un / final à son nom, pour lui donner une allure plus française (2).

(1) Ce dictionnaire aurait, nous dit-on, figuré à l'Exposition nationale au profit des incendiés de Travers, en 1866.

(2) « Le conventionnel a jugé bon dajouter un / final à pon nom, pour le rendre plus français, / qui ne se trouve ni dans son acte de naissance, ni dans aucun de ceux des membres de notre famille. » Ces lignes sont extraites de la lettre écrite de Genève, le 2 juillet 1867, au bibliographe de Marat, M. Chèvremont, par M. Jean Mara, directeur de l'enregistrement et du timbre. M. Chèvremont possédait, en outre, plusieurs lettres du frère de M. Mara, de Genève, M. Louis Mara, chef de la

Il reconnaît lui-même qu'il était d'un naturel indomptable. On a rapporté un trait qui peint son caractère. Il avait onze ans. Puni, injustement selon lui, il refuse pendant deux jours d'aller à l'école et, pendant ces deux jours, se prive de toute nourriture.

Ses parents, ne pouvant venir à bout de son obstination, l'enferment dans une chambre : il ouvie la croisée et se précipite dans la rue. Il en résulta une blessure au front, dont il garda toute sa vie la cicatrice.

Gamin têtu et violent, ainsi nous apparaît-il dès son jeune âge.

Et quel orgueil, pour mieux dire quelle vanité hypertrophiée ! A cinq ans, il aurait voulu être « maître d'école ; à quinze ans, professeur ; auteur à dix-huit ; génie créateur à vingt... » Ce sont ses propres déclarations.

Son père avait beaucoup contribué à cette éducation.

De bonne heure, le jeune Marat s'était familiarisé avec la plupart des langues européennes. 11 avait appris le français, l'angkiis, l'italien, l'espagnol, l'allemand et même le hollandais, sans préjudice des

comptabilité générale de la Société des Forges et des Hauts Fourneaux de Denain et dAnzin. Ce dernier signait toujours Mara sans le / final. Par contre, la sœur de Marat, Albertine, signait Marat avec le /. Le / fut supprimé à la suite dun jugement rectificatif du tribunal civil de Genève ;i2 septembre 18t3;.

iô Marat inconnu

langues mortes, comme le grec et le latin (1). Un bibliothécaire suisse, M. Félix Bovet, a rapporté qu'il eut entre les mains un exemplaire du Florns fronciscuSj du P. Berthault, appartenant à Marat. On lisait, sur la garde du volume, le nom du futur conventionnel, accompagné de ce qualificatif étrange, mais significatif : Étudiant en Humanité (2) !

Le désir ardent de s'instruire poussa de bonne heure Marat à tenter les aventures, à entreprendre de lointains voyages. 11 n'avait pas plus de dix-sept ans, lorsqu'il sollicita du roi Louis XV la faveur d'être attaché à l'expédition de l'abbé Chappe d'Auteroche, envoyé à Tobolsk pour observer le passage de Vénus sur le soleil. Probablement en raison de son jeune âge, sa demande ne fut pas agréée (3).

Cet échec ne le rebuta pas. Il était plus que jamais décidé à parcourir le monde, afin de s'initier aux mœurs et aux lois des peuples, et aussi pour s'assimiler plus parfaitement leur langue. La mort de sa mère leva ses dernières hésitations.

Résolu à conquérir une situation, Marat quitte la Suisse (h) et se rend d'abord en France.

(1) Alf. BouGEART, Maral, V Ami du Peuple, I, 13,

(2) Le Quérard, 1856, 464 et sq.

(3) Chéron de Villiers, Marie-Anne-Charlolle de Corday.

(4) Marat parle rarement de la Suisse dans ses écrits. On a seulement noté qu'en 1778, une société helvétique, ayant demandé et mis au concours un plan de Code pénal, Marat lui

Sa première étape fut Bordeaux, où il séjourna deux ans. Pendant ce temps, il fut le précepteur d'un des enfants de M. Paul Nairac.

A l'époque où débutait le mouvement révolutionnaire, les Nairac étaient à Bordeaux depuis plus d'un siècle. Ils étaient établis, comme raffineurs, dans une maison de la rue du Moulin.

Paul Nairac, le seul de la famille qui ait laissé un nom, naquit à Bordeaux, le 2 avril 1735 (1). Le Dictionnaire des Parlementaires indique qu'il fut député du tiers aux Etats Généraux de 1789, et qu'il mourut « à la lin de l'Empire », dans sa ville natale, où il s'était retiré. H y habitait l/i, allées de Tourny, avant de se fixer dans l'hôtel qu'il fit édifier, par le célèbre architecte du grand théâtre de Bordeaux, Louis, au n*" 17 du cours du Jardin-Public, aujourd'hui hôtel de Curzay (2).

Paul Xairac est surtout connu comme armateur; il fournit des navires pour le transport des troupes, lors de la guerre d'Amérique. On montre, chez son arrière-petit-fils, un fort beau portrait de Louis XVI, que le roi lui donna en témoignage de gratitude.

On s'étonnerait que le député royaliste ait choisi

adressa son Plan de législation criminelle, qu'il fit imprimer à Neuchàtel en 1780.

(1) Inlerniédiaire des chercheurs et curieux, 20 mai 1898.

(2) Ces détails sur les Nairac nous ont été donnés par le docteur Gvoux.

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pour précepteur le démagogue Marat, si on ne connaissait cette circonstance, que Mme Paul Nairac, née Jeanne-Barbe Welter, était d'origine suisse. Elle dut influer sur le choix de son mari et l'engager à confier à son compatriote l'éducation de ses enfants.

Quoi qu 11 en sou, le séjour ae .Marat à Boraeaux explique comment il a pu prendre part à un concours ouvert, en 178*2, par T Académie de Bordeaux et dont le sujet était VÉloge de Montesquieu. Le travail de Marat qui, d'ailleurs, n'est pas sans mérite, fut rejeté, sur le rapport de de Sèze, de la famille qui compte parmi ses membres l'éloquent défenseur de Louis XVL

L'ouvrage ae iMarat avait ete trouve u iroia et languissant, manquant également de grâce dans le style, d'énergie dans les pensées et, dans son ensemble, de ces vues philosophiques auxquelles le sujet fournissait un si vaste champ et tant d'occasions de se développer (1) ».

L'Académie de Bordeaux reconnaissait que « Montesquieu ne peut être loué que par des grands écrivains, et k s grands écrivains se vouent rarement à la gloire des auteurs ». C'est pour ce motif, qu'elle ne jugea pas bon de décerner la récompense qu'elle

(1) Éloge de Montesquieu, présenté à l'Académie de Bordeaux, le 28 mars 1785, par J.-P. Marat, publié avec une introduction, par Arthur de Brezetz, avocat, etc. Libourne, 1883.

avait annoncée, le grand écrivain qui l'aurait méritée ne s'étant pas révélé.

« Pour peindre un x\iexanare, ii laudrait un Apelle », telle est la devise qui accompagnait l'œuvre de Marat ; elle serait une prouve de sa modestie, si elle n'était un simple artifice de rhétorique.

Lorsque Marat rédigea ce mémoire, il avait « promené sa pauvreté vaillante et studieuse » à travers la plupart des pays d'Europe et s'était déjà fait connaître par de nombreuses publications.

Il avait séjourné dix ans en Angleterre : « L*envie de me former aux sciences et de me soustraire aux dangers de la dissipation m'avait engagé de passer en Angleterre », déclare-t-ii dans une lettre du 20 novembre 1783.

Bien qu'il n'ait pas précisé la aate de son départ pour la Grande-Bretagne, on présume qu'il passa trois ans à Paris et en Hollande, avant de devenir sujet britannique, de par les circonstances.

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