DIPLÔME DE DOCTEUR EN MÉDECINE
conféré sur certificats à Jean-Paul Mahat.
« Nous, recteur de l'Université Saint-André d'Ecosse, directeur, préfets de collège, doyen et professeurs à tous degrés de la Faculté des Arts, aux lecteurs, salut.
« Puisqu'il est juste et rationnel que ceux qui, par une longue étude, sont arrivés à la connaissance des arts utiles, reçoivent un prix digne de leurs études et se distinguent du vulgaire ignorant par des honneurs et des privilèges particuliers, qui leur attirent quelque avantage et les déférences d'un chacun; puisque, parmi les droits immenses accordés dès longtemps à lUniversité de Saint-André, elle a celui, toutes les fois que besoin en est, de s'attacher les hommes capables dans chaque partie des Facultés et de les faire participer aux honneurs dont elle jouit; puisque Jean-Paul Marat, maître très distingué dans les arts, a donné tous ses soins à la médecine depuis plusieurs années et s'est acquis une grande habileté dans toutes les branches de cette science ; avec l'approbation de nombreux docteurs en médecine, il lui a été conféré le grade suprême de docteur en médecine; à ces titres, nous avons accordé au maître qui s'est présenté et qui a été nommé ci dessus, la libre et entière liberté de professer, d'exercer de quelque façon que ce soit, l'art de la médecine, et de faire tout ce qui se rapporte à cet art ; de telle sorte que tous les privilèges, avantages, émoluments, honoraires, qui sont accordés en tous pays aux docteurs en médecine, lui soient conférés ; et nous voulons qu'il soit honoré du titre de docteur en médecine et qu'il soit considéré, désormais, par tous,
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talents pour la musique que pour la peinture », et sur laquelle il lui conta maintes anecdotes.
Pour en revenir à la brochure sur la goutte militaire, elle est restée longtemps introuvable. VEncy^ clopedie britannique s'est contentée d'en signaler l'existence; elle n'a été réimprimée, comme nous l'avons indiqué, qu'en 1891. Ce n'est donc qu'après cent dix-sept ans qu'on s'est aperçu, à la Société royale, médicale et chirurgicale de Londres, de l'intérêt que pouvait présenter sa publication.
UAvis au lecteur^ qui précède l'opuscule, atteste que Marat ne fut aidé, pour la composition de son œuvre, par aucun Anglais, comme il Pavait été pour les Chaînes de F Esclavage et V Essai sur V homme.
Après avoir réclamé l'indulgence du lecteur pour l'imperfection de sa traduction, l'auteur aborde la
comme docteur reçu et très digne de l'être. En foi de quoi, nous )ui avons délivré ce diplôme comme privilège revêtu de notre signature et ceint du sceau de notre puissante Université de Saint-André.
« Donné à Andréapolis, le 30 du mois de juin 1775.
« Extraits des miaules de l Université de Saint-André.
« i^^aint-André, le 30 juin 1775.
« Devant le Recteur, le professeur Shaw, le docteur Forrest, M. Cook, le docteur Flint, M. Cleghorn.
« L'Université, d'accord, a conféré le degré (grade) de docteur en médecine à Jean-Paul Marat, praticien en physique, sur les certificats qui sont entre les mains du docteur Ilugh James et du docteur William Buchan, médecins à Edimbourg. »
FRAGME>(T AUTOGRAPHE DE MABAT.
(Collection du Professeur Lacassagne.)
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description de Taffection dont il se propose de faire connaître le remède.
Pour Marat, la blennôrrhée « n'est que trop souvent la triste conséquence d'une gonorrhée virulente ». Elle se manifeste « après avoir trop fréquenté les femmes ou s'être trop livré à la boisson ».
Autrefois, dit-il, on attribuait l'écoulement « à un relâchement des parties affectées » ; mais il est maintenant prouvé, ajoute Marat, que la persistance de cet écoulement est due à des ulcères du canal: ce qui n'était pas si mal observé.
Le procédé de Marat ne diffère pas sensiblement de celui de Daran, bien qu'il se vante d'y avoir apporté une modification notable.
Son premier défaut (de la bougie de Daran) est la dureté du suppuratif avec lequel sont faites les bougies ordinaires. Cela saute aux yeux, quand on considère la structure des parties malades. La tunique interne de Turèthre, quoique toujours irritée dans une gonorrhée virulente, est souvent le siège de la maladie, qui réside ordinairement dans la tunique glandulaire, au dessous de la tunique musculaire, comme le prouve labondance de la suppuration et, plus incontestablement, la dissection.
Un autre défaut des bougies de Daran, selon notre critique, c'est « le manque de graduation dans leur vertu suppurative ». Les bougies devraient être plus ou moins suppuratives, « suivant les degrés de la maladie ». De même, il n'est pas plus rationnel
d'employerles bougies dessiccatives, quand la c^ippu. ration est encore abondante. On arrête de la sorte le flux pour un temps, mais il ne tarde pas à reparaître. Enfin, remarque très judicieusement }^Iarat, avec les bougies communément employées, l'enduit suppuratif s'étend sur tous les points de l'urèthre, au lieu d'être localisé au seul endroitqui est le siège du mal.
Mais peut-on arriver à reconnaître ce dernier ? Rien de plus aisé, réplique ^larat ; il suffit, pour cela, « d'introduire une sonde dans Turcthre ».
Un autre reproche que fait Fauteur de ce curieux opuscule à l'usage des bougies longtemps continué, est celui de provoquer l'impuissance virile (!) et « une difficulté permanente d'uriner », produite par un rétrécissement fibreux du canal ; c'est pour ce motif qu'il leur substitue des bougies de son invention, dont il fait connaître tout au long la composition. Il prescrit, en même temps que les bougies, des injections à base de sel ammoniac, dissous dans de l'eau ordinaire : on est revenu à ce médicament, en ces dernières années.
Pour Marat, l'espace de temps qu'il estime nécessaire pour guérir une blennorrhée est, d'ordinaire, de 25 à 30 jours ; mais pour celles qui sont tenaces, le traitement peut se prolonger au delà de 10 semaines.
Chez les malades « d'une constitution flegmatique ou pléthorique », on se trouvera bien de don-
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ner de Técorce de quinquina macérée dans du vin rouge.
A l'appui de sa démonstration, Marat cite deux observations de malades guéris par sa méthode, dont l'un avait été traité par « le célèbre Daran ». Il en conclut qu'il n'y a pas de blennorrhée qui soit incurable, et qu'il n'y en a aucune qui ne puisse être facilement et promptement guérie, si elle est soumise à un traitement approprié.
Contrairement aux usages de l'époque, Marat ne dévoile pas le nom des clients dont il publie l'observation ; il se contente de les désigner par des initiales. Ce respect du secret professionnel est tout à son honneur.
Il avait là-dessus son opinion. « La discrétion, écrit-il, est un des devoirs du médecin. » Mais, la vérité avant tout, et quelque déplaisir que pourraient éprouver les malades qu'il a soignes à voir leur incognito trahi, ils ne refuseraient certainement pas d'affirmer que ce qu'il avance est véridique, « si quelques personnes, souffrant du même mal, désiraient avoir une entrevue particulière avec eux ».
Ce travail, presque complètement ignoré, de Marat, 'îiéritait d'être exhumé.
L'autre brochure médicale, du même auteur, avait été signalée par le premier éditeur des Mémoires de Brissof, M . de M ont roi, qui en a indiqué le titre
d'après une note écrite par Marat lui-même. Plus tard, M. Chèvremont, qui a consacré, on peut le dire, son existence entière à recueillir tout ce qui se rapporte à son personnage favori, ^I. Chèvremont, qui s'est lui-même intitulé « le bibliographe de Marat», insérait Tavis suivant, dans Tappendice au livre, bien connu, d'Air. Bougeart •
ludépendamment de The Chains of Slaverij, édité par Marat à Londres ea 177 î^, et de A Philosophical Essaij on man, en 1773, Marat serait l'auteur d'un troisième ouvrage, édi'é en Angleterre sous ce titre : Essaij on a singular disease of Ihe eijes, by M. M... M. D...
Brissot (Mémoires^ t. II, p. 3) annonce cet ouvrage, et Simonne Evrard (veuve Marat), dans son Prospectus de la réimpression des œuvres politiques de VA mi du Peuple, nous apprend que « Marat avait acquis une grande célébrité dans la curation des maux d'yeux où il excellait ».
Chèvremont écrivait ces lignes en 1865 ; en 1876, il n'avait pu réussir à découvrir un exemplaire de cet « Essay » de Marat (J); quatre ans plus tard, il en était au même point (2) et renonçait à dénicher l'oiseau rare.
(1) Cf. Maral, Index du bibliophile et de Vamaîeur de peintures, gravures, etc., par F. Chèvremont. Chez l'auteur, 56, avenue de Clichy, Paris.
(2) Jean-Paul Maral, Esprit politique, par le même, etc. 2 vol., 1850,
C'est en consultant le catalogue, très riche, des ouvrages de médecine, à la Bibliothèque Bodléienne, qu'en 1882, un étudiant anglais, M. H. Morse Stephens, découvrait un exemplaire de l'opuscule, si longtemps et si vainement cherché, dans la collection de la Société royale de médecine et de chirurgie de Londres. M. Stephens en publiait presque aussitôt une analyse assez étendue (1) ; mais ce n'est qu'en 1891 queparaissait la première édition française, par les soins de M. G. Pilotelle (2).
Cette brochure offre de Tintérêt non pas seulement par le jour qu'elle jette sur les idées scientifiques de Marat, mais par ce qu'elle nous fait connaître des particularités ignorées de sa vie et de sa carrière médicale.
Ainsi nous révèle-t-elle que Marat avait traité la fille d'un négociant de Paris, « dont les parents
(1) Dans le journal TheAcademy, du 23 sept. 1882, n° 342 (vol. XXîI, p. 225) ; la traduction de cet article, par F. Ciikvremont, a été publiée pour la première fois, dans la Chron. méd., n" du 1" août 1899, pp. 487 et suiv.
(2) Chez l'éditeur Honoré Champion, en février 1891, sous le titre : De la Presbylie accidentelle, par J.-P. Marat, docteur en médecine (t776), traduit pour la première fois de langlais, d'après le seul exemplaire connu, appartenant à la bibliothèque de la Société royale de médecine et de chirurgie de Londres, par Georges Pilotelle, précédée d'une Introduction par le bibliographe de Marat. Quelques mois plus tard, en novembre 1891, clail publiée la première édition anglaise, sous le titre que nous avons fait connaître : Two médical tracts, etc
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(D'après une estampe en couleur, du temps.
s'étniont adressés d'abord à un célèbre oculiste, « qui refusa d'entreprendre la guérison », plus tard, à un moine qui avait une certaine réputation pour la cure des maladies des yeux : son avis fat que la malade était atteinte de la goutte sereine ; il la traita pendant sept mois, prescrivant d'abord des boissons sudorifîques et finalement des fumigations d'ammoniaque, qui n'eurent d'autre effet que d'enflammer les yeux(l).
A cette fillette, âgée de onze ans environ, d'une constitution délicate, on avait prescrit des biscuits mercuriels, pour combattre les vers dont elle était incommodée. La salivation était survenue; bientôt après, la tête avait enflé et « la vue fut altérée, de telle sorte que la malade pouvait à peine distinguer un objet quelconque ».
Marat avait entrepris de la guérir; à ce dessein, il lui prescrivit des émoilients et des laxatifs, une diète rafraîchissante : deux drachmes de casse à prendre chaque matin, à jeun, pendant trois semaines, et comme boisson, une infusion de guimauve.
Voyant que la malade avait du dégoût pour cette infusion, il lui substitua le petit-lait. Au bout de quelques jours, la casse était remplacée par des fumigations de guimauve, répétées deux fois dans les
(1) De la Presbylie accidentelle, par J.-P. Marat (traduction Pilotelle, p. 17).
vingt-quatre heures, et « un cataplasme raou, des quatre farines, à appliquer sur les tempes ».
Mais voici la partie la plus originale du traitement : Marat eut recours aux étincelles électriques, qu'il faisait précéder d'une saignée, pour en augmente» l'action.
Nous verrons bientôt que Marat avait de grundes connaissances en physique, qu'il étaitparticulièrement informé des phénomènes électriques et des applications de l'électricité à la thérapeutique. L'observation que nous avons résumée prouve que, de bonne heure, il avait cultivé cette science et qu'il y avait acquis une compétence indiscutable.
Les deux autres cas de guérison dont nous entretient Marat n'offrent pas un moindre intérêt.
D. B., négociant à Londres, avait été affecté d'une ophtalmie, à la suite d'un traitement mercuriel (solution alcoolique de sublimé). « Le malade ne pouvait voir les objets qu'à une certaine distance et, même alors, partiellement, leur image restant indécise. Dans son dépit, il congédia le médecin qui le soignait et s'adressa à un autre. » Celui-ci lui prescrivit une médication qui ne réussit qu'à aggraver les symptômes.
Le malade était depuis sept mois dans cette position, quand il vint réclamer les soins de Marat. Là encore, le régime rafraîchissant, les saignées répétées, les infusions dépuratives et surtout les étin-
celles électriques firent merveille. De fréquentes lotions d'eau froide achevèrent la guérison.
Marat obtint le même succès avec un troisième sujet,.!. P., esq., mercurialisé comme les précédents et en imminence de perdre la vue : v( c'est la plus grande altération de la vue que j'aie jamais connue », affirme Marat, qui lui prescrivit « le petit-lait et l'eau de pommes, pour toute boisson, avec du lait et des légumes frais pour nourriture ».
La constitution du malade était trop faible pour qu'on se hasardât à pratiquer une saignée, dont on redoutait les funestes effets. Mais ce n'était que partie remise : la phlébotomie devait trouver son indication, quand le malade aurait acquis plus de force.
L'électricité, enfin, produisit son effet ordinaire ; mais Marat avoue que, « depuis lors, l'œil gauche est toujours resté faible ».
La dernière observation se rapporte à un gentleman américain, que ^L'irat avait soigné a en présence de M. Miller, l'habile oculiste ». Des affaires l'ayant rappelé à Londres, Marat laissa son client entre les mains de M. Miller, « avec toutes les indications pour la marche du traitement ».
Deux ans après la publication de la brochure anglaise dont nous avons présenté un résumé, ^larat revenait sur la question qui le préoccupait, dans deux lettres adressées à un personnage italien, le marquis
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Ignazio de Zuchelli, par l'intermédiaire du docteur Tarzioni, savant médecin de Florence (1).
La maladie singulière que Marat assure avoir observée, et à laquelle" on n'a pas encore assigné de nom, est toujours, à ce que prétend Marat, « la funeste conséquence du mercure mal administré ».
Ce corps, sous forme de calomel ou de sublimé, peut désorganiser de mille manières l'économie animale. Marat cherche seulement à expliquer son action sur Torgane de la vision. Nous ne le suivrons pas dans ses laborieuses explications. Retenons seulement cette déclaration: qu'il importe, « pour découvrir les causes des défauts de la vue, de réunir la connaissance de l'optique à celle de la physiologie ; mais depuis que le traitement des maladies des yeux
(1) Cf. Raccolla di opuscoli ftsico-medici... Fîrenze, t. X, 1778, pp. 326-336. C'est une traduction de l'italien que M H. Duval a donnée, dans la Chr. méd, du 1" juin 1910, ignorant à ce moment que Marat avait envoyé originairement les mêmes lettres aux auteurs de la Gazelle de sanlé, qui les a publiées dans le supplément au n" 47 (jeudi 20 novembre 1777, p. 197- 198), et dans le n° du 4: décembre de la même année. Ces deux lettres ont été reproduites, en traduction italienne, dans les Opuscoli fîsico-medicl, de Florence. C'est la traduction de M. H. Duval que nous avons utilisée et non le texte de Marat; mais il n'y a entre les deux textes qu'une différence d'expression. Nous avions déjà donné, dans notre première édition (pp. 280 et suiv.), les articles de la Gazelle de sanlé, que M.Vellay a publiés à nouveau, dans le Sapplémenl à la Correspondance de Maral {Revue hist. de ta Réuolul. française^ 1910, pp. 81 et suiv.>
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est devenu une branche de l'art de guérir, il est parfois abandonné à des chirurgiens, qui souvent ne connaissent nullement les fonctions des différentes parties de Tœil et ignorent jusqu'à la structure de cet organe admirable ».
Quant à la méthode de traitement recommandée par Marat, nous la connaissons déjà ; mais elle est ici précisée et complétée.
Cette maladie ayant été, jusqu'à ce jour, confondue avec la goulte sereine, n'a pas été trailée autrement. Cautérisation, salivation, purgatifs, vomitifs, ont été tentés : remèdes bons seulement à aggraver le mal. Pour peu qu'on connaisse les lois de léconomie animale, on verra que les indications curatives se réduisent à trois : relàclier la partie affectée, la désobstruer et lui rendre son élasticité nécessaire.
Pour satisfaire à la première indication, le malade doit observer une diète rigoureuse: donc, s'abstenir de chocolat, de café, de vin, de liqueurs spiritueuses, de mets épicés. Il doit encore éviter le froid, les exercices de corps forcés, les passions violentes.
Sa nourriture doit se composer d'herbes cuites et de poulet rôti ; sa boisson, se réduire à une infusion théiforme de sommités de millefeuille. Ensuite le malade commencera son traitement par une petite saignée au pied, qu'il répétera tous les huit jours. Dans l'intervalle, il prendra chaque matin, à déjeuner, quelques drachmes de pulpe de casse, macérée dans l'eau. Lorsque le liquide aura acquis une grande limpidité, le malade mettra sur les tempes un topique émollient et se fera des fumigations anti-spasmodiques, à l'aide d un instrument affecté à cet effet. Par ce moyen, il
affaiblira lirritation des muscles de l'oeil, diminuera l'engorgerïient et la vue commencera à revenir.
Alors on aura recours à rélectrisalion, mais il convient de se limiter à tirer, matin et soir, quelques étincelles aux angles de l'œil.
Le malade portera, à la région des tempes, un petit emplâtre de gomme tamahaca et ajoutera à chaque tasse d'infusion de millefeuille, deux grains de nitre. Ces remèdes, destinés à débarrasser de lengorgement la partie affectée, satis feront à la seconde- indication.
Lorsque la vue est rétablie dans son état normal, elle conserve encore un état de faiblesse auquel on remédie avec de fréquents lavages à l'eau fraîche.
On ne doit se permettre aucune modification au régime jusqu'à la fin du traitement; alors le malade peut faire usage de vin rouge et de viandes légèrement épicéas.
Telle est, dit Marat en terminant, « la méthode que j'ai toujours employée avec succès pour guérir cette maladie ».
Nous ne sommes personnellement pas qualifié pour juger Marat comme oculiste, et Ton pourrait, à bon droit, contester notre compétence. C'est pourquoi nous avons demandé à un ophtalmologiste d'une autorité indiscutée, de bien vouloir nous dire son sentiment sur les connaissances de Marat en cette matière : nous donnons ci-après la réponse de M. le professeur H. Truc, le savant spécialiste de la Faculté de Montpellier.
« Ces observations (de Marat) ne sont guère
démonstratives au point de vue diagnostique... Cette affection oculaire serait surtout remarquable par la presbytie... et résulterait de Faction irritante du mercure. Elle serait, d'ailleurs, assez commune et serait presque toujours confondue avec la goutte sereine, d'après Marat... Or, la goutte sereine comprenait diverses affections intra-oculaires, sans lésions appréciables en dehors des troubles pupillaires, avec amaurose ou amblyopie. La goutte sereine partielle correspondait à l'amblyopie, dans laquelle, comme on Ta dit malicieusement (Walïher, de Munich), malade et médecin ne voyaient pas grand' chose ; et la goutte sereine complète à l'amaurose, où malade et médecin ne voyaient rien du tout... On englobait aussi, dans la goutte sereine^ diverses irido-choroïdites, les névrites optiques et les glaucomes chroniques. »
D'après Marat, la « presbytie accidentelle » résulterait de l'irritation produite par l'usage du mercure. Cette pathogénie, assure le professeur Truc, découle des notions physiologiques de l'époque. La théorie accommodative des muscles droits et obliques est antérieure à Marat, puisqu'on la trouve, dès le dix- Sbptième siècle, dans Kepler et Descartes et, au siècle suivant, dans Boerhaave, Guérin, etc. ; mais l'action correspondante des fibres circulaires qui environnent le cristallin (corps ciliaire) est déjà 1res progressiste,
(( Ce qui me paraît personnel et loul à fait original (c'est nous qui soulignons) c'est la conception avant la lettre et le mécanisme même de l'astigmatisme irrégulier dans le trouble visuel qui résulte, cliez les malades de Marat, de l'engorgement rétro" oculaire... Celle nolion de rasligmatisme mérite d'être soulignée et signalée, car elle se trouve antérieure de plus de vingt ans aux premières médications classiques (1). ^)
Un dernier point à mettre en valeur, dans le mémoire et les lettres de Marat, c'est celui qui se rapporte à l'application de l'électrothérapie. Certes, nous fait observer le professeur Truc, « on appliquait déjà l'électricité statique : car Le Roy (1755) tirait des étincelles, dans diverses affections médicales ; avant lui, Sauvages (17/19), d'autres encore l'avaient employée en oculistique (2) ; mais l'électrothérapie restait exceptionnelle. Marat, lui, en usait couramment, parce que ses connaissances physiques, ses études spéciales et ses recherches antérieures lui rendaient l'électricité familière... Le mérite lui revient donc d'avoir, de bonne heure et méthodiquement, employé l'électrothérapie en oculistique, comme en médecine générale. » Et le professeur H. Truc conclut: que (( le mémoire et les lettres ocu-
(1) V.^la thèse Young, 1800.
(2) Cf. le Traité déleclrolhérapie oculaire, par P. Pansier (Paris, Maloine. 1896), p. 14.
listiques de Marat témoignent de réelles qualités d'observation médicale et de thérapeutique spéciale. Ils impliquent de sérieuses connaissances pathologiques, physiologiques, physiques, surtout optiques et électriques. Ils révèlent un praticien distingué, réputé, presque célèbre, appelé en temps ordinaire à une grande situation, scientifique et professionnelle... Marat possédait, au point de vue oculistique, comme au point de vue médical et scientifique, une valeur réelle. »
Ce ne sont pas, du reste, les seules maladies des yeux que Marat ait eues à traiter; il lui était loisible, tout comme à un autre, d'acquérir un renom comme médecin traitant les maladies générales, et les succès qu'il obtint, dès ses débuts en clientèle, lui promettaient une carrière brillante.
Marat vécut en Angleterre jusqu'en 1777, époque à laquelle il rentrait en France, pour définitivement s'y fixer (1). Cette même année, il était nommé médecin des gardes du corps de Monseigneur le comte dWrtois.
(1) Il avait fait de rares voyages sur le continent, pendant son séjour en Grande-Bretagne. Un court billet, écrit à Toccasion d'un de ces voyages, et écrit en anglais, porte la date du 11 avril 1776.11 se trouve dans le Catalogue Morri&on, t. IV p. 130.