‹ Marat inconnu, l'homme privé, le médecin, le savantChapitre 17 sur 86 · LA CLIENTÈLE DU DOCTEUR MARAT · texte numérisé non relu

LA CLIENTÈLE DU DOCTEUR MARAT

La charge qu'occupait Marat auprès du frère du roi lui créait une situation privilégiée. Ses consultations devaient être, et furent, à certain moment, très courues : on ne les payait pas moins d'un louis (1).

Un louis d'or, au taux actuel, représenterait presque le double de cette somme. Brissot, dont le témoignage n'est pas suspect (2), ne dit-il pas, du reste, que Marat reçut jusqu'à 36 livres pour une visite, et qu'il n'arrivait pas toujours à suffire à la besogne ?

Nous trouvons la confirmation de ces dires par l'intéressé lui-même. « Absorbé que je suis par tant d'occupations^ écrit-il, il faudrait, mon cher comte, pour avoir le temps de vous donner une consultation sur l'état de Mme du Mesnil, que je négligeasse

(1) Nous reproduisons p. 133 un autographe du «docteur Marat » constatant qu'il avait reçu « de Monsieur le chevallier {&ic) de Nançouti » deux. louis d'or, pour deux consultations.

(2) V. ses Mémoires, t. L

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plusieurs malades qui ont besoin de mon secours (1). » La clientèle était de choix, du moins Marat le déclare-t-il , et ses déclarations sont conformes à la réalité. « Plusieurs malades d'an rang distingué confesse-t-il dans une sorte d'autobiographie [T) dans laquelle il étale complaisamment ses qualités et ses titres, abandonnés des médecins, et à qui je venais de rendre la santé, se joignirent à mes amis et mirent tout en œuvre pour me fixer dans la capitale... Le bruit des cures éclatantes que j'avais faites m'attira une foule prodigieuse de malades ; ma porte était continuellement assaillie par les voitures des personnes qui venaient me consulter de toutes parts. Gomme j'exerçais mon art en physicien, la connaissance de la nature me donnait de grands avantages ; la rapidité du coup d'œil et la sûreté du tact, des succès multipliés me tirent appeler le médecin des incurables. » Oublions le ton emphatique de la tirade, négligeons cet accès de vanité presque enfantine, tant naïvement elle s'exprime, et vérifions les allégations qui y sont contenues.

Que Marat ait eu la vogue en tant que médecin, c'est un point acquis ; qu'elle ait été de courte durée, cela n'est pas moins prouvé.

{!) Revue de la Réoolulion, 18S3, l" semestre, l. I, p. 292-

(2) Marat à M. Roume de Saint-Laurent (Chèvremont. J.-Paul Marat, Esprit polilique, t. I, 1880, p. 44-45).

Comment lui était venue cette réputation de guérisseur dont il se flattait ?

11 fut un temps où il s'inquiétait, dans des expériences qu'il poursuivait avec ardeur au laboratoire, de chercher un remède héroïque contre la plus pénible des maladies, la phtisie, qui semble défier, encore à l'heure actuelle, la science de nos thérapeutes. En combinant dans d'heureuses proportions des drogues diverses, Marat avait composé un spécifique, dont les premiers essais avaient laissé concevoir les plus grandes espérances.

Une de ses cures avait eu du retentissement : Marat avait eu la bonne fortune d'être mis en rapport avec la marquise de Laubespine, nièce de l'un des plus illustres ministres de la monarchie des Bourbons.

Mme de Laubespine était une femme d'une rare distinction et de beaucoup de charme. Plante délicate, à laquelle convenait une température de serre, elle s'étiolait d'un mal de langueur. En vain avait-elle recouru aux praticiens les plus fameux : Bouvard, un des plus réputés, avait prononcé une condamnation sans appel, o Elle ne passera pas vingt-quatre heures (1) », avait-il dit à Tentourage de la dolente personne. Celle-ci désespérait de revenir à la santé, quand on lui conta les prouesses d'un certain docteur

(l) Gazette de sanié, 1777, p. 173.

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