‹ Marat inconnu, l'homme privé, le médecin, le savantChapitre 20 sur 86 · MARAT PRATICIEN · texte numérisé non relu

MARAT PRATICIEN

La polémique eng-ngrc par ^larat, à l'occasion de la guérison de Mme de Laubespine, avait déjà révélé son extrême susceptibilité, il était de ceux, on eiïet, qui supportaient malla contradiction ; il donua une preuve de ce caractère difficile, ombrageux, dans la discussion qui suivit la découverte de son fameux remède.

C'est en termes des plus vifs qu'il réplique au con tradicteur assez osé, pour élever quelques doutes sur la nature des symptômes qu'il a décrits (I). Il persifle ceux qui ne partagent pas sa manière de voir.

Un médecin estimé, du nom de Côme, ancien chirurgien dans les hôpitaux du roi, en résidence à Poitiers, annonce-t-il qu'il ne traite ses « pulmoni-

(I) Gazette de santé, 1777, 208.

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ques » qu'avec des simples (1), aussitôt Marat de s'écrier, sur le ton de la raillerie :

J'avais dessein de continuer à vous faire part du traitement que j'ai suivi pour faire la cure de plusieurs pulmoniijues abandonnés... mais cela deviendrait parfaitement inutile, puisqu'il reste un nouvel Esculape devant qui j'avoue que je ne suis rien. Il veut vous rendre témoin de ses proJiges. il n'attend que de trouver des personnes attaquées de quelque maladie de poitrine qui lui procureot la facilité de se rendre à Paris. Comme il n est rien de si aisé, j'imagine qui! est sur son départ; ainsi il ne me reste qu'à lui souhaiter un bon voyage ('2)...

C'était dissimuler, sous une ironie d'emprunt, le dépit que lui causaient les tentatives d'un dangereux rival. Avec sa franchise brutale, Marat fonçait sur l'adversaire, laissant trop voir qu'il était atteint dans son amour-propre, plutôt que de lui opposer le dédain de l'homme sur de soi. Il eût été mieux inspiré de rendre publiques les guérisons obtenues grâce à sa méthode nouvelle de traitement (3).

Car Marat pouvait citer à son actif des cures presque miraculeuses, dues à son remède.

M. du Clusel, intendant à Tours, remerciait le

(1) Gazette de santé, n» 49 (4 <Iéc. 1777;, p. 204 et suiv.

(2) Id., ibid., 43.

(3) La polémique se poursuivit quelque temps encore dans les colonnes de la Gazette de santé (Cf. ce journal, 1777,n'' 51, p. 213; 1778, n" 2, p. 51.)

marquis de Choiseul, qui Tavait eng-ngé à consulter Marut, « pour une demoiselle dangereusement malade w, de Tavoir mis en rapport avec « un homme bien lumineux et qui a le coup d'œil bien prompt : il a aperçu dans un moment ce que toute la Faculté réunie n'a trouvé qu'après bien des observations. Il est fâcheux pour Fhumanité qu'il se livre aussi peu (1). »

Un trésorier général des Ponts et Chaussées de France, M. Prévost (2)., sur la foi de la réputation de Marat et des différentes guérisons qu'il a opérées, le supplie de donner des soins à sa femme.

Le marquis de Gouy (3)prie, à son tour, le sauveur de Mme la marquise de Laubespine, de venir voir son fils, mettant en lui toute son espérance.

Un avocat résidant à L3'0n, M. Roubaud, écrit à son frère, étudiant en médecine à Paris, de se rendre chez le docteur Marat, pour obtenir de lui une consultation, au sujet de la maladie de sa femme.

Cette consultation mérite d'autant plus d'être reproduite, qu'elle témoigne de la conscience et de la probité professionnelle de Marat, qui n'entend se déterminer qu'après s'être complètement renseigné sur

(1) V. Maral inconnu^ première édition, 286-7.

(2) Id., ibid., p. 287.

(H) Dans une lettre datée de Paris, le 21 août 1781. (Maral inconnu, premier tirage, p. 285).

la marche de la maladie et sur ses manifestations successives (1). Voici le texte de ce curieux document :

« La malade a-t-elle quelque douleur à la poitrine? Y éprouve-t-elle des déchirements, lorsqu'elle tousse? Dort-elle sur les deux côtés et sur le dos indifféremment?

Ses crachats sont-ils teints de sang? Y aperçoiton du pus ? A-t-elle été sujette aux rhumes?

Eprouve-t-elle quelque changement dans les variations de l'atmosphère? A-t-elle des hémorragies et y a-t-elle été sujette?

Comment est son appétit? A-t-elle des sueurs nocturnes ? A t-elle des hémorragies et y a-t-elle été sujette?

Comment est son appétit? A-t elle des sueurs nocturnes? Le dévoiement, une fièvre lente? Estelle dans le marasme ? »

Comme on ne peut la laisser sans secours, Marat conseille à la malade de prendre, « en attendant», des gouttes anodines d'Holîmann : « elle en prendra douze gouttes dans deux cuillerées à bouche d'eau

(1) Cette consultation de Marat a été communiquée par un collectionneur à M. le docteur Vadon, qui l'a publiée sous le litre de : Marat médecin ; une consultalion inédile du dûcieur Maral. Clerinont (Oise), 1907.

fraîche, le matin à jeun, et autant le soir, en se mettant au lit ». En terminant, il fait coite recommandation à l'apothicaire : « ces gouttes no devront pas contenir une trop forte proportion d'éther ».

Quant à ralimentation, elle se réduira à « du ris au gras et du blanc manger ».

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UiNE ORDONNANCE MEDICALE DE NIARAT.

(Fragment il signaliire aulograjJies.)

L'aspirant docteur, une fois en possession de cette prescription, Tenvoie à son frère, « au café de Villery, place des Terreaux, à Lyon », selon l'adresse de la lettre, qui accompagnait la consultation de Marat.

132 Marat INCONNO

Cette lettre, des plus curieuses, est datée du 3 mars 1 779 ; on la croirait écrite d'hier :

(( Je suis venu à bout de joindre ton docteur, mon cher ami, et je t'envoie le petit mot de consultation qu'il m'a fait; tu m'adresseras tes réponses circonstanciées aux demandes qu'il fait ei il te tracera alors le traitement nécessaire ; voilà ce qu'il m'a chargé de t'écrire ; maintenant si tu veux sçavoir ce que je pense sur la maladie de ta femme, je te dirai qu'il seroit plus prudent de continuer les remède* qu'on t'ordonne à Lyon, que de songer à se régler sur les avis d'un home qui est à cent lieux, qui ne consulte sur l'état que tu lui donnes de la maladie qu'au moment où tu écris, dans le temps qu'elle est souvent toute changée quant aux symptômes quand il te lit ; et puis les docteurs à système qui entent les mathématiques sur la médecine et la médecine non sur des principes, mais sur des idées, ne me conviennent pas, ils en guérissent peu et en tuent beaucoup; voilà mon cher ami ce que mon amitié pour toi, pour ta femme me conseille de te remarquer ; je l'aurois dit à un autre, à mon père, à moi-même, mais tu te décideras comme tu croiras être le mieux, et quoique tu veuilles, tu me verras toujours prêt à te seconder du meilleur de mon cœur. »

Tout cela, c'est le bon sens même ; une consulta, tion à distance ne saurait être mise en balance avec Texamen direct, toujours préférable; et la pointe dirigée contre Marat, qui avait la prétention de se guider, pour sa thérapeutique, sur ses connaissances en physique, toute émoussée qu'elle soit, allait à son adresse.

Mais le trait final, c'est dans lo post-scriptum qu'il se découvre, in caudâ veneniim :

« M. le docteur Marat me paroit un peu cher, ses consultations se paient 2/i (livres), et le petit chiffon que je t'envoie m'en a coulé i'I. »

Ces observations ne pouvaient manquer de produire leur effet : Marat ne fut plus consulté, et l'on s'en tint à sa première ordonnance.

Le document que nous avons reproduit, et que le docteur Vadon a eu la bonne fortune de découvrir, est doublement précieux: outre qi'il confirme la réputation dont Marat jouissait comme praticien, puisque sa réputation avait franchi les barrières delà capitale, elle nous donne des indications sur la façon dont il procédait à l'examen de ses malades, apportant dans cet examen la rigueur de méthode qu'il ap{)liqLiera plus tard à l'étude des problèmes de science pure.

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