‹ Marat inconnu, l'homme privé, le médecin, le savantChapitre 25 sur 86 · DÉCOUVERTES SUR LA LUMIERE · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTES SUR LA LUMIERE

Dans ce livre, Fauteur s'altache surtout à discuter la doctrine de Newton sur la décomposition dé la lumière solaire par lé prisme. C'était s'attaquer à utie puissance jusqu^alors incontestée.

L'ouvrage obtint, dès son apparition, un succès de curiosité. Le première édition en fut presque épuisée wu bout de quelques semaines.

Il fallait ({uolque audace pour contredire auxidé^s partout acceptées. Les thcH^Hes de Newtoii avaient reçu l'approbation de tous les corps savants et Marat ne visait à rien moins qu'à remeltre en question la plupart des découvertes du physicien anglais.

Comme il appuyait l'exposé de ses théories d'expériences nombreuses, comme sa léfutation était d'une logique serrée, ses démonstrations d'une grande nouveauté, la lecture de eoii méltiioit'e s'imposait k Eattcntion. Néanmoins, en présentnnt à rAcadômio deà

Sciences son manuscrit des Découvertes sur la Lumière, Marat s'était heurté à cette force d'inertie qu'on a si bien nommée la conspiration du silence. Sept mois avaient été employés à vérilier ses expériences, cinq à solliciter un rapport, trois à rédiger celui-ci (1).

L'académicien Le Roy qui, avec le comte de Maillebois, le minéralogiste Sage et le chimiste Cousin, avait été chargé de l'examen des doctrines de Marat, promettait à celui-ci, dès le mois de janvier 1780, de remettre son rapport à bref délai : le 23 février, le travail n'était pas terminé.

« Il y a un tel esprit de chicane dans l'Académie... il y a beaucoup d'expériences qui ne sont pas tellement simples qu'il n'y ait uniquement à se prononcer que sur le fait », tels étaient les prétextes invoqués pour expliquei" cet ajournement. Le 10 mai seulement, le fameux rapport était déposé. Il était des moins concluants : les expériences étaient en trop grand nombre pour qu'on eût pu les vérilier toutes ; elles ne prouvaient pas ce que l'auteur imaginait qu'elles établissaient; elles étaient, de plus, « contraires à ce qu'il y a de plus connu dans l'optique (2) ». Gon-

(1) V. dans la première édition de Maral inconnu, les pièces justificatives XV à XXXIII, pour les rapports de Marat avec l'Académie des sciences.

(2) Ext. des Registres de l'Acadcmie royale des Sciences, du 10 mai 1780.

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clusion ! rAcadénne ne pouvait accorder la sanction qu'avait espérée Marat.

Celui-ci ne manqua pas d'y voir un déni de justice, le résultat d'une cabale. Les géomètres surtout s'étaient, à l'entendre, ligués contre lui, et à force de crier, ils avaient réduit au silence le malheureux rapporteur, dont le travail primitif, « de quarantecinq pages in-i », s'était réduit à des conclusions tenant en une page ou deux, et qui dissimulaient mal son embarras.

Ce qui pouvait consoler Marat de cette opposition du corps savant, c'est que ses découvertes avaient été accueillies avec faveur parla partie la plus éclairée du public.

Le comte de Tressan, « lieutenant général des Armées du Roi et depuis de l'Académie française », désirant connaître ses ouvrages et leur auteur, l'avait invité à venir le voir dans son « ermitage ».

Un professeur de physique de Châlons-sur-Marne faisait le voyage de Paris tout exprès, pour avoir un entretien avec Marat ; il demandait à lui présenter un officier des gardes du corps du Roi, qui l'avait accompagné dans le même but ; il se proposait de faire connaître ensuite aux Écoles de Reims et de Chalons ses précieuses découvertes (1).

Des journaux de la capitale, voire de l'étranger, l'importante revue anglaise Monlhly Beview, notam-

(1; Mise, of Ihe Philohihllon Socielij, 80, 88-EO.

là

ment, rendaient un compte élogieux de ses travaux. Le Mercure de France^ qui avait omis d'en parler, s'attirait une protestation d'un lecteur, s'étonnant de la négligence avec laquelle on avait laissé de côté le mémoire de M. c/eMarat.

a Quelle que soit Topinion qui restera de ses expériences, dit le signataire de l'épître, l'affaire du journaliste est d'oflrir à la curiosité publique tous les objets nouveaux sur les sciences, sauf à en discuter le plus ou moins d'importance... cela vaut beaucoup mieux pour tout le monde qu'un silence qui ne convient à personne. »

Et qui osait parler sur ce ton, prendre avec tant de chaleur la défense du persécuté ? Vous êtes à cent lieues de l'imaginer, et nous ne voudrions pas mettre plus longtemps votre esprit à la torture : c'est Beaumarchais, l'auteur de la Folle Journée et du Mariage de Figaro^ qui écrit cette recommandation en faveur de M. de Marat (1)!

L'éditeur tint-il compte de ce rappel, quelque peu impérieux, à ses devoirs professionnels? Nous avouons ne pas l'avoir recherché, le défaut de tables dans le recueil de Panckouke rendant cette recherche presque impossible. Il n'eût pas été cependant sans intérêt de connaître Pissue de l'incident.

(1) Inlermédiaire des Chercheurs el des Curieux, 30 juin 1893. Un fac-similé de la lettre de Beaumarchais a figuré dans VAulo graphe, de t8G4, p. 342.

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