‹ Marat inconnu, l'homme privé, le médecin, le savantChapitre 26 sur 86 · AUTRES MÉMOIRES SCIENTIFIOUES DE MARAT · texte numérisé non relu

AUTRES MÉMOIRES SCIENTIFIOUES DE MARAT

Le premier mémoire publié par ^larat sur la lumière n'était, selon son expression, qu'une ébauche légère, « résultat d'un travail facile » ; il fut bientôt 6uivi d'un précis sur la théorie des couleurs, imprimé sous le titre de Notions élémentaires d'optique (1).

Marat.y établit, contrairement à Newton, que les «ouieurs primitives du spectre doivent se réduire à trois: la jaune, la bleue et la rouge: le physicien anglais n'en admettait pas moins de sept (2). En

(1) In-8 de 44 p. (1784).

(2) Comme lécrit l'auteur d'une Théorie des nouvelles découvertes en genre de Physique et de Chymie, M. l'abbé Para (1786), la théorie expérimentale de Newton sur la lumière est purement et simplement une question de fait. Deux physiciens, l'un Français, l'autre Anglais, Marat et Palmer — c'est notre auteur qui les qualifie ainsi — « en décomposant la lumière selon leurs méthodes particulières, n'obtiennent, disent-ils, que trois couleurs primitives, savoir le rou^e, le jaune et le bleu ; et de leurs expériences ils ont conclu que la théorie de Newton sur les

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outre, la différence de réfrangibilité des rayons hétérogènes n'avait été admise par Newton, qu'après avoir accepté comme acquis ce fait contestable, que les rayons introduits par le trou du volet de la chambre obscure, arrivent parallèlement à la surface d'incidence du prisme, alors qu'il est démontré par l'expérience, que les rayons lumineux sont déviés par les bords de l'ouverture circulaire ; qu'ils arrivent, en conséquence, sur la surface d'incidence en divergeant, c'est-à-dire sous différents angles d'incidence (1).

Bien qu'également réfrangibles, Marat croit les rayons du spectre inégalement déviables : les bleus, le moins ; les jaunes, le plus ; les rouges, de déviabilité moyenne. Voici l'opinion qu'émet, à ce sujet, un contemporain de Marat :

Après avoir observé et analysé les principaux pliénoniènes que présente la dévialion de la Lumière, et après avoir montré ou indiqué la cause pliysi(juc de ces sortes de piiénoinônes, Newton laissa à d'autres génies la gloire et le

couleurs péchait par excès, et qu'au lieu de sept couleurs primitives et inaltérables, il fallait n'en admettre que trois, les quatre autres n'étant que des mélanges et des combinaisons du rouge, du jaune et du bleu. Mais il ne résulte rien de là, contre la théorie expérimentale de Newton qui, en décomposant la lumière d'une autre manière, y trouve et y démontre sept couleurs bien distintes. » Op. cit., 522-3.

(1) Raspail, Étude imparliale sur Jean-Paul Mural e savant ei Jean-Paul Moral le révolutionnaire (183G-18fi3).

nicrilc de suivre celle dccouverlo, dans toutes les brillantes applications dont elle était susceptible; et cet avantage a été réservé à M. Marat, qui a fait naître de cette ancienne décourerle, une foule de petits phénomènes nouveaux et curieux, dans lesquels se montre beaucoup de sr£*acité et d industrie, mais qui ne sont qu'une dépendance de la théorie même de Newton 1).

L'erreur fondamentale de Mnrat, selon la physique moderne (2), est « d'attribuer les couleurs speiti'nles que donnent les prismes aux phénomènes de difl'raction qui peuvent s'y adjoindre comme phénomènes perturbateurs, et de cherclier la cause des couleurs dans l'inégalité d'incidence dû faisceau sur le prisme ».

Quoi qu'il en soit, Marat avait réussi, par la nouveauté de ses tliéories, à ébranler la conviction de quelques-uns des partisans des idées nt\vloniennes.

Newton avait établi sa doctrine de la décomposition de la lumière sur des expériences nombreuses, dont certaines pouvaient donner lieu à des interprétations diverses et contradictoires. Ces divergences

(1) Théorie des nouvelles découverles en genre de Physique eî de Chijmie, pour servir de supplément à la théorie des l'iies sensible?, ou au Cours complet et au Cours élcmenluiie de Physique de M. l'abbé Para, par l'auteur de ces deux ouvrages; Paris, 1786, p. 527 et suiv.

(2) Docteur L. Didelot, op. cil., p. Il,

ie vues engagt'rent les sociétés savantes à mettre au concours un problème dont la solution était encore à trouver.

En 1785, l'Académie de Lyon proposait de « déterminer si les expériences, sur lesquelles Newton établit la différente réfrangibilité des rayons hétérogènes, sont décisives ou illusoires ^). Un prix extraordinaire de physique devait récompenser lauteur du meilleur mémoire sur la question.

A son tour, la Société royale des Sciences de Montpellier ouvrait, au mois d'octobre 1786, un concours sur l'explication de l'arc-en-ciel donnée par Newton.

Enfin, l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen demandait « quelles sont les vraies causes des couleurs que présentent les lames de verre, les bulles d'eau de savon et autres matières diaphanes extrêmement minces ».

Marat prit part aux trois épreuves (1) : son mé-

(1 ) Marat ne perdait, a-t-on dit, aucune occat^ion de concourir, et sur les sujets les plus divers. « En 1783, Sa Majesté (Louis XVI fit annoncer à l'Académie, par M. le comte d'Angiviller, qu'elle destinait une somme de 12.000 livres pour trois prix qui devaient être décernés en 1785 aux auteurs qui, au jugement de cette compagnie, auraient proposé la meilleure manière de rétablir ou de perfectionner la machine actuelle de Marly, ou de emplacer celte machine par une autre. Le preniier prix élait de G.OOO livres, le second de 4.000, et le troisième de 2 000) L'Académie n'ayant pas été entièrement sali^faile des })ièces

LE SAVANT lî)i)

moire fat couronné à Rouen ; à Lyon, on lui préféra un de ses concurrents.

L'Académie de Lyon avait admis huit mémoires : quatre attaquaient les doctrines de Newton, quatre les défendaient. Deux des défenseurs du physicien anofiais furent couronnés ; la médaille d'or fut décernée au travail portant pour devise : Simpllcitas experimeniis, vigorque demonstralione. L'auteur était M. Flaugergues fils, correspondant de la Société royale de Médecine de Paris, etc. L'accessit fut décerné à Brugmans, professeur de philosophie et de mathématiques à Groningue.

qui furent envoyées pour le concours de 1785, proposa le •nème sujet pour Tannée 1787, avec les mêmes prix. Elle croit devoir partager le premier de ces prix entre la pièce n° 8 qui a pour devise : Sallem voluisse décorum est, et dont l'auteur est M. Gondouin-Desluais, et la pièce n° 45, qui a pour devise : Perficiet tempus, et dont on ne connaît pas encore l'auteur. Le second prix entre la pièce n° 21, qui a pour devise : Transiui per igneni el aqiiani et dont l'auteur est M. Viallon, chanoine rét,'uiier et bibliothécaire de Sainte-Geneviève, et la pièce n" .33, qui a pour devise : Qiiandoque bonus dormilal Homerus, et dont l'auteur est. V. Maral. » Méiïi. secrets, pour servir à Ihistoire de la République des lettres, t. XXXI V ; Londres, 1789, 417-418.0n aurait reconnu depuis qu'il ne s'agissait pas, en la circonstance, de Marat, mais de Maret. Il n'y aurait eu cependant rien d'étonnant à ce qu'il se fût agi de Marat, qui avait des connaissances véritablement encyclopédiques, nous en avons donné maints témoignages. Nous pouvons ajouter celui-ci: Marat avait présenté à l'Académie des .Sciences un mémoire sur la manière de faire mouvoir les vaisseau»!: «-ans l'iction du vent 17 avril 1771h.

Parmi les manusci'ils adressés à la Société, un portait l'épigrnplje : Ex fiimc dare lucem, tiré do VArl poéliqiie d'dorace, dont M a rat faisait son livre de chevet. Marqné du n° 5, il était parvenu à l'Académie de Lyon le 27 mars 1786, accompagné du pli cacheté d'usage.

Un de nos confrères, qui a eu le manuscrit entre les mains, nous le décrit très minutieusement. L'auteur a désiré garder l'anonyme. Son travail est accompagné de figures d'optique géométrique, empruntées au traité de Newton, et de treize figures coloriées au pinceau et distribuées en quatre planches. 11 a pour titre: Mémoire sur les expériences que Newlon donne en preuve du système de la différente réfrangibilité des rayons hétérogènes.

Tout permet d'attribuer ce travail à ^ïarat : « l'identité de méthode et d'erreurs scientifiques, les qualités du style, la violence des attaques contre les théories newtoniennes, tout concourt à l'établir (1) »

On ne conserve plus aucun doute en lisant ces lignes : « Au moment où elle (la théorie de Newlon) paraissait fixée sans appel, elle vient d'être vivement attaquée . par un auteur de nos jours, bi^n connu par son goût pour les recherches physiques et plus encore par sa méthode particulière d'obser-

(1) DlDKLOT, loç, CiU

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