‹ Marat inconnu, l'homme privé, le médecin, le savantChapitre 40 sur 86 · J.-P. MARAT · texte numérisé non relu

J.-P. MARAT

i Dessiné par Desrais; gravé par la citoyenne Monlaland.)

La psycho-physiologie de mar.vT 339

échouer ses projets; chaque jour, ses adversaires se multipliaient, et ils en étaient arrivés à former une confédération d'autant plus redoutable qu'elle était invisible (1). C'est la suspicion perpétuelle érigée en corps de doctrine, en principe, en système.

Qu'il ait été réellement persécuté ou, plutôt poursuivi, le fait est incontestable. En le contraignant à se cacher de retraite en retraite, en essayant de le réduire au silence, pour le mettre hors d'état de nuire, on l'a grandi hors de proportion.

La persécution, on l'a très justement dit, donne de l'intérêt aux causes les plus mauvaises: un libelle défendu et proscrit devient célèbre le lendemain; si on Peut laissé circuler librement, nul n'y aurait fait attention. Un sot ou un méchant, condamné pour la simple publication de ses opinions, est tout près de devenir un grand homme. Ceux qui persécutèrent Marat manquèrent d^esprit, car ils lui firent précisément le rôle qu'il ambitionnait (2).

Ce qui est exact pour l'iiomme politique, Test-il pour l'homme de science ? Peut-être les savants olTiciels n'ont-ils pas rendu à Marat toute la justice que méritait l'originalité de la plupart de ses travaux; mais a-t-il été aussi méconnu qu'il le prétend ; y a-t-il eu un parti-pris d'hostilité, de la part des savants à l'égard de Marat; n'était-ce pas plutôt jalou-

(1) Chèvremont, J.-P. Maral, l'.sprit politique, etc., I, 5G.

(2) M. Du Camp, loc. cil.

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sie professionnelle, chez quelques-uns d'entre eux ? Et n'avait-il pas lui-même provoqué ces prétendues injustices, par la violence de ses revendications, trop bruyantes pour qu'on les accueillit froidement (1).

A l'époque où l'Académie des Sciences traitait ses découvertes avec dédain, il avait songé à réserver à un autre pays que sa patrie d'adoption «l'honneur de donner à l'Europe la vraie théorie de l'électricité médicale ».

11 venait de présenter, sous le voile de l'anonyme, un mémoire sur ce sujet à l'Académie de Rouen; il résolut de ne le point publier en France, se réservant d'offrir à la nation espagnole un traité complet, d'accord avec la Faculté de Médecine, et de prier le roi d'en agréer l'hommage.

Ce n'est pas la première fois qu'il songeait à passer à l'étranger. Une dizaine d'années auparavant, il lui avait été fait des propositions brillantes par la cour de Russie : la rigueur du climat nvait déterminé son refus. Plus tard, sur la recommandation du comte Walis, un souverain du Nord lui fera oflrir 2/i.OOO livres de pension et 12.000 livres de retraite, pour aller dans ses Etats y travailler à un cours complet de physique (2).

Puis voici qu'un des amis les plus dévoués de Ma-

(1) V. par exemple la lettre qu'il écrivait à M. delà Métherie, le 26 mars 1788 {Chron. méd., 1" janvier 1901).

(2) J.-P. Maral, etc., par Ciièvrf.mont, i, 55,

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