‹ Marat inconnu, l'homme privé, le médecin, le savantChapitre 41 sur 86 · LA PSYCHO-PHYSIOLOGIE DE MARAT · texte numérisé non relu

LA PSYCHO-PHYSIOLOGIE DE MARAT

rat, Philippe-Rose Roume de Saint-Laurent, qui a quitté Paris pour T Espagne, profite de la faveur qu'il a su acquérir auprès du roi (Charles IIl, pour établir à Madrid une Académie des Sciences ; et qui propose-t-il de mettre à la tête de cet établissement de haute culture scientifique ? Le médecin des gardes du corps du comte d'Artois, le physicien Marat !

Les pourparlers sont engagés dès les premiers mois de l'année i 783 ; en juin, Marat commence à s'inquiéter de ne pas les voir aboutir (1). Son correspondant le rassure sans doute, car Marat fait ses préparatifs, étudie môme l'espagnol en vue de la situation qui lui est oflerte (2).

Les jours passent et Marat ne reçoit pas l'ordre de départ. Le projet aurait-il été éventé ? Il s'en désole à la pensée que, s'il n'aboutit pas, il pourrait perdre sa charge auprès du frère du Roi. Il se déclare toujours prêt à « travailler au progrès d'une nation dont il connaît les vertus et le riche naturel. Il a donné sa parole qu'il n'acceptera pas d'autres engagements et s'étonne un peu des précautions qu'on prend pour qu'il observe sa promesse. »

Toutes ces lenteurs, il sait à qui les attribuer: l'ambassadeur, chargé de prendre des informations sur son compte, a dû entendre « les clameurs de nos philosophes, pour qui c'est un crime que de croire en

(1) Calalogue Morrison, t. IV, 130.

(2) Catalogue Charauaij, 1901, 218.

Dieu ». Car Marat est profondément déiste. La criminelle secte, lisez la secte des Encyclopédistes, est toujours acharnée après lui, par^e qu'iLa osé «combattre avec courage leurs pernicieuses erreurs», ^lais ]\Iarat a des répondants : « Que de respectables ecclésiastiques, s'oublie-t-il à écrire, je pourrais donner pour garants ! »

On lui a proposé, ou plutôt plusieurs membres de la Société Royale de Londres lui proposent de répéter ses expériences à Londres, mais son cœur l'appelle en Espagne, peuplée « d'hommes dont le riche naturel est capable dos plus belles proJuctions de l'esprit humain (1) ».

Cette adroite flatterie va-t-elle manquer son but ^ La lettre ministérielle se fait attendre ; le bon M. de Saint-Laurent lui-même garde un silence de mauvais augure. Marat ne lui réclame plus qu' « un petit coin pour un philosophe qui aime la campagne. Qui sait si ses goûts ne le porteront pas un jour à se retirer dans un coin de la terre où il trouvera un ciel serein et riant (2) » ? En attendant la réalisai ion de ce rêve bucolique, il est parmi ses fourneaux du matin au soir et ne se dérobe un instant à ses creusets que pour goûter le plaisir de s'entretenir avec son correspondant.

Nous sommes à la fin de septembre et Marat n*a

(1) Revue polit, el lilL, 13 juillet 1907, 57-58.

(2) Chron. méd., 15 juillet 1899, p. 479,

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