L\ PSYCHO-PHYSIOLOGIE DE MARAT
toujours pas la place sur laquelle il a si bien compté jusqu'alors, qu'il s'est regardé comme au service de TEspagne du jour où le ministre de ce pays lui a marqué le désir de lui confier un poste éminent.
Il y a deux ans qu'il a disposé de son cabinet et il se trouve à Plieure actuelle dépourvu d'instruments pour poursuivre ses recherches. Avant de se procurer ceux qui lui sont indispensables, et conduire avec lui quelques ouvriers habiles en cuivre et en verres, une course d'un mois à Londres et une somme de quinze à vingt mille livres suffiraient. 11 compte bien que la cour d'Espagne voudra consentir à cette dépense nécessaire. Il n'oublie pas de rappeler, en terminant, à Pioume de Saint-Laurent (1), quïl a réussi, par l'électricité, à préserver son beau-père de la paralysie dont il était menacé; et aussi, qu'il a rendu, par le môme moye.i, la vue au célèbre M. Rome de l'Isle, qui Pavait perdue depuis trente-trois ans. Mais c'est en Espagne qu'il désire « déployer toutes les ressources de ce remède, admirable lorsqu'il est administré par un médecin physicien ». Comme moi reste sous entendu.
Il faut croire que les démarches de M. de Saint- Laurent ne furent pas très pressantes ; ou que son influence n'était pas celle qu'il se flattait d'avoir, car
(1) LeUre du 26 septembre 17S3, publiée dans la Cliron. méd, du 15 juillet 1890, p. 476-477.
l'atfaire de Marat n'avançait guère ; celui-ci commençait à perdre patience (1).
Que se passait-il ? A entendre Roume de Suint- Laurent, les ennemis de Marat mettaient tout en œuvre pour paralyser ses eilorts (2). N'était-ce pas une défaite commode ? Car des noms et des preuves, on n'en fournit point. On parle bien de lettres qui émanaient de membres de l'Académie des Sciences, lettres violentes et haineuses ; on a peine à croire que des savants aient occupé leur temps à ces perfides machinations.
Quoi qu'il en soit, Marat les a prises au sérieux et il y répond par une très longue lettre (3), remplie de récriminations à l'adresse d'adversaires dont son délire exagère l'importance et le nombre. " Ainsi, la calomnie a volé de Paris à l'Escurial, pour le noicir dans l'esprit d'un grand roi et d'un
(1) V. sa lettre publiée dans la Revue des documenls hislori' ques, III (1875-7fi), 141.
(2) Les négociations furent néanmoins bien près daboutir, car Marat avait déjà annoncé son intention d'écrire un « traité complet '> d'électrothérapie médicale, « de concert avec la Faculté de Médecine de Madrid », ouvrage qu'il dédiait, par avance, « à la nation espagnole ». (Chèvremont, Marat, Esprit politique, l. I, p. 52-53; v. aussi même ouvrage, t. II, p. 55.) Philippe de Saint Laurent prétend que la place fut ravie à Marat « par les manœuvres perfides de ses ennemis ». (V. Espri' politique, t. I, p. 40.)
(3) Lettre du 20 novembre 1783, i)ublicc dans Miscellanies of the Philobibllon Socielij, t. VIII, Londres, 1863-64.