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PORTRAIT, PRKSCME LE PLIS AUTHENTIyUE, DE CHARLOTTE COQDAY
{Musée de Caen.)
d'Argout, à l'angle de la petite rue Soly, disparue depuis vingt-cinq ans (1 1.
Cette maison du 26, si c'est elle, doit parler : elle a son état civil, elle a ses papiers : on sait qu'elle a été vendue en 1821 ; mais, par malchance, ce dossier a disparu dans Tincendie de 1871.
« Au milieu de telles contradictions, conclut G. Montorgueil, comment s'y reconnaître ? Ainsi, Charlotte Corday aurait habité, dans le même moment, la même nuit, au 12 et au 14, rue Hérold ; au 12, au 16, au 26 et au 57 de la rue d'Argout. Elle aurait, à la fois et la môme nuit, occupé une chambre au premier, et une mansarde au quatrième; et sa maison serait à la fois démolie et encore debout. »
L'opinion la plus vraisemblable serait, comme nous l'avions pressenti dans notre première édition, que l'hôtel de la Providence, où descendit Charlotte Corday en 1793, était au coin de la rue Soly ; mais cette rue, où Balzac a placé le début de son Histoire des Treize^ a disparu lors de la reconstruction de l'hôtel des Postes. Le prolongement de la rue du Louvre a fait également disparaître la maison où logea Charlotte Corday. Il n'y a donc aucune chance de revoir la chambre où elle médita l'acte qui, dans sa pensée, devait délivrer la France d'un tyran. En foulant le
(1) Inlermédiaire, 30 aoùL 1907.
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sol au croisement des rues du Louvre et Etienne- ]\Iarcel, tout au plus peut-on s'imaginer que c'est là que plana, avant de terrasser le monstre, « Fange de l'assassinat ».
Dès qu'elle eut pénétré dans la chambre où on venait de Tintroduire, la nouvelle venue eut vite fait d'inventorier, d'un coup d'œil rapide, le modeste mobilier qui la garnissait : un lit, une commode, un secrétaire et trois chaises.
Dans la commode elle s'empressa d'enfermer le contenu de sa malle, que nous fait connaître le procès-verbal de la perquisition qui devait y être pratiquée quelques jours plus tard : un déshabillé de bazin rayé, sans marque; deux jupons, l'un de soie rose et lautre de coton blanc, également sans marque ; deux chemises de femme, marquées des lettres CD. (Corday Barmans) ; un petit peignoir sans manches; deux paires de bas de coton, quatre mouchoirs blancs, deux bonnets de linon et quatre fichus, dont deux de linon, un de soie à bandes rouges et un de gaze verte.
Fatiguée du voyage, Charlotte ne sortit pas de la journée; le lendemain, 12 juillet, elle s'informait où était la rue Saint-Thomas du Louvre ; c'est là qu'habitait, au n" hi, un député qu'elle se proposait de voir, le conventionnel Claude De Perret, à qui elle devait remettre divers imprimés et une lettre,
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Cela se passait le vendredi 12 juillet.
Le samedi, dès 7 heures du matin, après s'être fait indiquer le Paluis-Egalité, actuellement le Palais- Uoyal, elle s'y rendait, dans l'intention d^ acheter le couteau destiné à être l'instrument du crime qu'elle avait froidement prémédité.
Ce couteau fut livré à Charlotte, moyennant quarante sols.
D'après une note que nous avons trouvée dans les papiers de Ch. Vatel, conservés à la Bibliothèque de Versailles, c'était un « couteau de table avec sa gaine, dont la lame avait environ cinq pouces, le manche de bois brun, à virole d'argent». A s'en rapporter au procès-verbal du commissaire de police chargé des premières constatations, ce couteau était pourvu d'un manche d'ébène, dont la lame était a toute fraîche émoulue... » Un contemporain de Marat, Restif delà Bretonne, dit d'autre part: «Dès que Marianne (c'est ainsi qu'il désigne Charlotte Corday, qui s'appelait, en réalité, Marie- Anne) vit le moment, elle tira un petit coideau longuet^ acheté le matin au Palais-Egalité... » {Les Nuits de Paris, t. VIII, pp. 536-o/i0). Restif/ de son naturel très curieux, très avide de tout ce qui se passait, a pu se rendre compte par lui-même, ou tout au moins se renseigner.
Le couteau était donc allongé, comme l'a représenté le peintre Hauer. Il était, en outre, petit,
c'est-à-dire étroit : ce qui le prouve, c'est que la blessure n'avait pas six lignes, d'après le procèsverbal du chirurgien chargé de l'autopsie.
Ch. Vatel, qui a publié tout le dossier du procès de Charlotte Gorday, avait essayé de retrouver le coutelier qui avait vendu linstrument du crime; il ne semble pas que ses recherches aient abouti. Nous avons relevé cette note dans les papiers de Vatel conservés à Versailles : « Palais-Royal : on doit trouver le coutelier : Badin, Palais-Égalité, galerie de pierre, 177; — Gayet, Palais-Egalité, galerie vitrée, 225; — Huau, idem^ galerie de bois, 192. » G. Lenotre (1) croit que le coutelier auquel s'adressa Charlotte était le sieur Badin, mais il ne fournit à l'appui de son opinion aucun document décisif.
Quoi qu'il en soit, la jenne fille quitte le Palais- Royal, le couteau dans son corsage, et après avoir quelque temps erré, à la recherche d'un fiacre, elie finit par en trouver un et se fait conduire rue des Cordeliers, chez le citoyen Marat.
Entre 8 et 9 heures du matin, suivant les uns, vers 11 heures et demie, selon une version moins probable, la voiture s'arrêtait devant le n'' 30 de la rue indiquée. La jeune Normande en descendait; après avoir franchi la porte, elle passait sous une voûte et montait l'escalier muni d'une rampe en fer forgé,
(1) Paris révolutionnaire. Firniin-Ditlot, 1895.
jusqu'au premier étage où on lui avait dit qu'habitait le rédacteur de VAmi du Peuple.
Elle sonne, une femme vient lui ouvrir qui, en la dévisageant, répond à la question : le citoyen Maral ? que celui-ci ne reçoit pas à cette heure.
Charlotte insiste; Simonne Evrard, la compagne de Marat, lui fait comprendre que son insistance est vaine. Devant cette volonté inébranlable, Charlotte prend le parti de se retirer.
Elle rentre chez elle, résolue à forcer cette porte qui refuse de s'ouvrir. Seule avec sa pensée, elle rédige ce factum étrange, cet Appel à la postérité^ qu'on trouvera dans ses papiers, tout en réfléchissant au moyen de pénétrer auprès de celui qu'elle a résolu d'immoler.