AUX VERTUS DE MARAT
MARAT
l'ami du peuple
assassiné
par les ennemis du peuple
Et comme s'il ne suffisait pas de cet hommage pic-
La mort de marat 451
tural, lapidaire et statuaire, on canonise le grand homme, on lui réserve une place d'honneur dans le calendrier révolutionnaire, ^langin, commissaire du Comité de Salut public, envoyé dans la Moselle, est un des premiers à adopter le patronage de saint Marat {i).
A l'hôtel des Invalides, un des corridors s'appelle corridor de Marat. Il était parallèle au corridor d'Ankastroom, l'assassin du roi de Suède (-2).
Dès la première heure, le club des Gordeliers était devenu le club de Marat; la butte Montmartre, le Montmarat ; la rue et le faubourg Montmartre, rue et faubourg Montmarat (3)
La rue des Gordeliers sera désormais la rue Marat; la place de l'Observance, place de l'Amidu-Peuple. Ces dénominations nouvelles, gravées sur douze pierres de la Bastille, furent offertes à la section du Théâtre-Français par le patriote Palloy.
Dans les départements, une série de communes substituent à leur appellation séculaire le nom de ridole.
Le Havre-de-Grâce, le Havre s'appellent le Havre-
(1) P. Fassy, loc. cit., 23.
(2) Beaulieu, Essais historiques sur les causes el les effets de la Révolution de France, III, 36.
(d) Cf. Curiosités du vieux Montmartre, par Ch. Sellier. Paris, 1893*
45â MARAT INCONNU
Marat (1); le village d'Ustaritz, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Bayonne, conserve pendant quelques mois le nom de ^larat-sur-Nive (2).
Nous avons relevé, à litre documentaire, toute une sériede villes quiadoptèrentlanouvelledénominûtion.
Champrond-en-Gàtine devient Champrond-Marat ; Saint-Hippolyte (Doubs), Doubs-Marat ; Tlle-de- Douin, Ile-^Iarat ; Jarzé (Maine-et-Loire), Jarzé-Marat; VaMu-Roi (Seine-Inférieure), Val-Marat. Pontl'Abbé s'appela Pont-Marat ; Soizy-sous-Etiolles, Soizy-Marat ; Aul>in-Saint-Vast, Aubin-Marat ; Beaumos-de-Transit, Beaumes-^Iarat ; Port-à-l'Anglais (Paris), Port-Marat ; Rocho-en-Réguie (Haute- Loire), Roche-Marat ; Saint-Martin (Gers), Maratsur-Lizet ; Saint-Denis sur-Loire (Loiret), Maratsur-Loire ; Castelmoron-d' Albert (Gironde), Castel- Marat; Lourdoueix-Saint-Michel (Indre), Lourdoueix- Marat ; Saint-Alban (Gard), Marat-de-Briège ; Saint-Léger (Seine-et-Oise), Marat-des-Bois; Condésur-Itou (Eure), Marat-gur-ltou ; Neuville (Rhône), Marat-sur-Saône ; Saint-Aubin (Seine-et^Oise), Mesnel-Marat; Saint-Saulge (Nièvre), Marat-les-Foréts. Sainte-Maure (Hautes-Pyrénées);, fut nommée Maratide; Cliâteau-Porcier (Ardennes), Marat- Fruvaisne.
D'autres villes substituèrent à leur nom celui de
(1) BouGEART, Marat, t. II, 292. Cf. aux pièces justificatives la note T.
(2) Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1878, col. 177.
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Marat tout court. De ce nombre furent ; Sainle- Quitterie (faubourg de Tarascon), Saint-Symphorien (Haute- Vienne), Sarriaus (Vaucluse), Saint-Xazaire (Charente-Inférieure), Saint-Hilaire-de-Gondilly (Cher), Saint-Marrien (Creuse).
Quelques-unes choisirent la dénomination, sans doute plus euphonique, de Monl-Marat : tels les villages de Saint-Just-en-Chevalet, Saint-Elix-Theux (Gers) et la ville de Mont-de-Marsan.
Reste à mentionner, pour être complet, les noms de Castel, Jac, Peyrol, Versillac-Marat, qui correspondent à des communes inconnues (i).
Dans les registres de Tétat civil de Paris, de 1793 à 1795, les Brutus-Marat, Marat-Brutus et Lepeletier-Marat figurent en grand nombre ; de même, les Rousseau-Marat, Marat-Duchesne et Marat-la-Montagne.
Une femme se fait inscrire sous les prénoms de Julie-Marat (2), tandis qu'une autre vient faire à la commune cette déclaration solennelle
Nous avons juré d'élever autaut de Marais que nous aurons d'eufanls ; nous leur donnerons pour Évangile les colleclions entières des œuvres de ce grand homme.
Un patriote apporte au club des Cordeliers son
(1) lUvue de la Révolution, passim,
(2) L'aljbé Gaume, Révolution, III et XX.
enfant, que le président reçoit, embrasse et remet à quatre jeunes filles, vêtues de blanc. On l'enveloppe dans un drapeau tricolore; puis deux prêtres mariés le baptisent, au nom du Très-Haut et de la Liberté, sous le nom de Brutus-Marat-Lepelletier (1).
A Aucli,*on vit un Paris-.Marat; à Brest, dans une fête de l'Etre suprême, Tofficier de l'état civil inscrivit un Théophile-Marat, à côté d'une Unité-Gornélie. A Valognes, un enfant fut appelé Sans-Culotte - Marat (2).
Des hommes faits briguèrent aussi cet honneur ! Dorat-Cubicres, le secrétaire adjoint greffier de la commune, voulut remplacer son premier parrain par Marat. Et l'on assure même que le futur roi de Naples,
(1) BouGEART, Marat, t. II. — Voir aussi le journal la Révolution française, t. XIV, 721.
(2) En faisant quelques réparations dans une des caves de l'hôtel de ville de Bourg,enl843, on retrouvait quatre pierres j)rovenant d'un petit monument élevé après la mort de Marat, et en son honneur, sur la place d'Armes, en face de la porte principale de l'église Notre-Dame. Une de ces pierres portait ces mots, gravés en lettres d'or: Ici les sans-culottes ont rendu justice aux vertus de Marat. — Les autres pierres poi-taient les inscriptions suivantes : A Marat, Vami du peuple. — Les vertus cJiéries des républicains sont la probité, la justice et lliumanité. — Marat, Vami du peuple, assassiné par les ennemis du peuple. Quand arrivèrent les jours de réaction, cette pyramide fut démolie et transportée sur la place de la Grenette ; plus tard, on se servit de ses débris pour élever, mais sur de plus grandes proportions, la pyramide à Joubert, que l'on voit encore sur la place de ce nom. {Bulletin de V Alliance des Arts, 25 déc. 1843.)
Joachim Marat, qui avait adopté avec ardeur les idées révolutionnaires, sollicita rautorisation de changer la deuxième lettre de son nom, pour l'assimiler au nom glorieux du martyr (1).
En plein culte de la Raison, les enfants étaient dressés, dans los écoles, à faire le signe de croix au nom de Marat et de Lazowski (2). Le Credo de IMarat avait été substitué au Credo des « fanatiques superstitieux ».
Sous la pression de Topinion publique la Convention s'était inclinée. C'était l'époque où la me dictait ses lois aux assemblées légiférantes.
(1) Biographie Didot. Suivant la Vie publique et privée de Mural, par Serieys, publiée en 1816, Murât aurait d'abord adressé ia demande à Marat de son vivant, puis, après sa mort, à la Convention, qui passa à l'ordre du jour.
(2) L'abbé Grégoire, Mémoires, cliap. III.
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