CERTIFICAT DES MEDECINS QUI ONT EXAMINE. LES BLESSURES DE MARAT
Nous Conseiller médecin et chirurgiens ordinaires du Roy en son Chateletde Paris, sûr l'ordonnance de Monsieur le Lieutenant Criminel, sur le réquisitoire de Monsieur le Procureur du Roy, nous sommes transportés rue de Bourgogne faubourg St- Germain à l'effet d'y voir et visiter Jean-Paul Mahat médecin des gardes du corps de M. le comte d'Artois pour constater létat de ses blessures, lequel nous avons trouvé au lit se plaignant de grandes douleurs de la tête à raison des coups qu'il nous a dit avoir reçu; l'ayant examiné nous lui avons remarqué plusieurs excoriations tant à la joue droite qu'à la partie externe de la main gauche, le tout fait par instrument contondant et d'un tranchant mousse comme coups de poings et d'ongle; pourquoi nous estimons qu'il a besoin d'être pansé médicamenté et qu'il sera en état de vaquer à ses affaires dans quinze jours.
{1; Moreau était conseiller dTAal, prorureur du roi au Châtelet; il ha-, bilait rue de l'Égout, près le place Royale.
ii) Archives Nalionales, Y mi. V la reproduction en foc simile du certificat des médecins, p. 520.
510 MARAl INCONNU
Fait à Paris le vingt neuf décembre mil sept cent soixante dix sept.
Sallin (1). Deleuby (2). Ledoux (3).
i.ETTRE, SIGNÉE le docleur Maraf^ datée de 1792.
Il y [a] près de trois ans que je n'ai réglé compte avec lui. Sur les Ifvres que je lui ai remis à vendre poui' mou compte, moyennant la remise convenue, je le prie de vouloir bien faire remettre à M. Fereaux, porteur de ce billet, Ja note et le montant des articles vendus, de même que la reconnaissance de* articles qui restent invendus,
Le porteur est autorisé à donner reçu en mon nom. Ce bille en servira de garaniie.
Le IJ'^ Makat.
Mes compliments à M. Mequignon.
Paris, ce 28 février 1/92.
La suscription porte : Monsieur Monsieur Mequignon l'aine rue des Cordeliers (4).
(1) Il habilail rue de la Sourdière, près le cul-de sac d Hyacinte {Almanacli royal de 1777).
(i) lis élaient deux médecins de ce nom : N.-P de Leuiye, ru^ Mauconseil, et F.-A. de Leurye, quai d'Orléans, près la rnie Saint-Louis.
(3j J.-P. Ledoux habilail ruades Ménestriers, du côté de la rue Saint- Marlin.
(4) Lettre inédite, du cabinet de M. Noël Cbaravay.
RAPPORT DE LA COMMISSION NOMMEE PAR L ACADEMIE DES SCIENCES, POUR l'eXAMEN DES DECOUVERTES DE MARAT (l)
MM. le Comte de Maillebois, Leroy et Sage ont fait le rapport suivant.
M. le Comte de Maillebois ([ui ne néglige rien de ce qui peut intéresser TAcadémie ayant eu connaissance d'un mémoire dans lequel on entreprend de prouver qu'on peut rendre visible le fluide igné, le présenta à la Compagnie vers la fin de Tannée dernière, il ajouta que si elle pensoit qu'il mcriloit son attention et quelle nommât des commissaires pour l'examiner, on leur fcroit voir les expériences sur lesquelles l'auteur du mémoire élablissoil Texistence de ce fluide.
L'Académie ayant nommé en conséquence M. le Comte de Maillebois, Demontigny, Sage et moi, commissaires à ce sujet, nous allons lui rendre compte des observations que nous avons faites sur le mémoire et sur les expériences qui y sont rapportées et ([u'on nous a fait voir.
La saine phisique ne marchant qu'à laide du flambeau de l'expérience tous les mémoiies, tous les traités où on entreprend de parler de cette science ne doivent être qu'un composé d'expériences bien faites et bien constatées servant de base aux vérités qu'on se propose d'établir dans ces mémoires ou dans ces traités : telle est la marche que l'auteur a suivie dans le mémoire que l'Académie nous a chargés d'examiner.
Il renferme plus de 120 expériences qui, toutes ou au moins la plus grande partie ont été faites par un moyen nouveau, ingénieux et qui ouvre un grand champ à de nouvelles reî:lierches dans la physique; ce moyen est le microscope solaire.
(1) Bibliothèque de Unstilul.
Jusqu'ici on n'avoit employé cet instrument que pour de petits objets dont les images se trouvant fort grossies par son effet, deviennent par là plus faciles à appercévoir et peuvent être facilement dessinées.
L'auteur du mémoire l'a employé à faire voir d'une manière sensible, diverses émanations qui sans son moyen ne pouvoient pas être apperçues ou qui ne l'avoient pas été d'une manière aussi claire et aussi distincte.
Pour cet effet, il adapte au volet d'une chambre obscure un microscope solaire, armé de son seul objectif et il reçoit les rayons divergens du soleil à l'ordinaire sur une toile ou sur un châssis de papier, il présente ensuite le corps dont il se propose d observer les émanations à une certaine distance du foyer et dans un point tel que l'image ou plutôt lombre de ces émanations soit la plus distincte et la plus sensible; mais il faut décrire quelques-unes de ses expériences pour qu'on se forme une idée plus juste de la manière dont il les fait.
Le microscope étant disposé comme nous venons de le dire, on présenta par exemple aux rayons solaires et dans le point dont nous avons parlé, la flamme d'une bougie. On vit aussitôt sur la toile, autour de la mèche, un cilindre allongé, ondoyant, dans lequel on distingua sensiblement l'image de Ja flamme qui parut sous une forme de navette et d'une couleur roussàtre et environnant une autre image moins colorée, au milieu de laquelle on vit briller un petit jet fort blanc. Le cilindre étoit bordé d'une raye brillante jusqu'au sommet où il se divisoiten plusieurs jets tourbillonnants qui étoie;it cependant encore bordés d'une raye brillante, mais plus petite et moins vive que celle du cilindre.
Au lieu de la flamme d'une bougie on exposa un charbon embrasé, un fer rouge et on vit pareillement leur ombre bordée d'une raye brillante et surmontée d'une touffe de jets moins éclatants, mais formant de même mille virivoltes.
On substitua à ces corps incandescens d'autres corps tels que l'or et l'argent affinés, la porcelaine du Japon, le ciistal de roche, les cailloux du Rhin rougis dans un creuset sous la
PIECES JUSTIFICATIYES r,î3
moufle d'un fourneau do coupelle et de manière qu'ils fussent exposés Je moins possible aux parties qui s'émanent du charbon embrasé. On vit ces différents corps présenter encore les mêmes phénomènes, excepté que l'ombre projettée sur la toile fut plus nette et d'une teinte encore plus claire.
Tous les corps plus chauds que la température de l'air ambiant présentés ainsi aux rayons du microscope solaire font appercevoir sur la toile une émanation sensible, ainsi M. Francklin qui a assisté avec nous à plusieurs de ces expériences, ayant présenté sa tète, sa main à ces rayons, on en vit s'élever sur la toile des émanations on ne peut plus apparentes, plusieurs de nous ayant présenté leurs mains de même, on vil les mômes émanations. . .
On plaça dans un récipient construit convenablement avec des glaces et exposé aux rayons du microscope solaire des corps chauds et incandescens, ces corps nous firent encore voir des émanations, et même quand on eut pompé l'air du récipient au moins jusqu'à un certain point, car faute d'un baromètre d'épreuve suffisamment exact, nous n'avons pu juger du degré auquel le vuide avoit été porté.
Nous en avons dit assès pour faire coimaître comment on procède dans ces expériences ; c'est d'après ces expériences très nombreuses e't très variées pour parvenir à l'objet qu'il se propose que l'auteur entreprend de prouver que toutes les émanations ainsi rendues visibles par le microscope solaire sont Tetlet d'un fluide qui sort et qui s'élève des corps échauffés et que ce fluide est le fluide igné.
On conçoit combien une pareille asserlion et d'où résulteront des conséquences aussi importantes que multipliées dans la phisique demande d'examens, de faits et d'expériences pour être solidement établie, aussi nous n'entreprendrons pas de déterminer ici jusqu'à quel point l'auteur est parvenu à prouver ce qu'il avance sur ce fluide, cela nous entraîneroit dans de trop longues discussions, nous avons appris d'ailleurs qu'il désiroit particulièrement que l'Académie prononçât sur la vérité et l'exactitude de ses expériences.
ÔU MARAT INCONNU
Nous nous contenterons ainsi d'observer qu'il paroil constant par toutes les expériences que nous avons vues, qu'il sort et émane des corps échauffés, rouges, incandescens, un fluide, que ce fluide forme autour de ces corps une atmosphère dune figure piramidale ou sphéroïdoconique ayant le sommet tourné en haut, que ce fluide porte la chaleur avec lui à une distance beaucoup plus grande au-dessus de ces corps que de tous les autres côtés, comme on le prouve sensiblement en réunissant ce fluide au moyen d'un entonnoir placé au-dessus des émanations, car alors il enflamme les corps combustibles qu'on leur présente ; enfin que ce fluide est élastique, expansif et qu'on peut l'attirer, lagiter comme l'air, etc. Nous ajouterons d'ailleurs que les expériences sur lesquelles Fauteur appuyé sa théorie et dont plusieurs ont été répétées devant nous nombre de fois, nous ont parues très exactes et que nous les avons toutes vérifiées autant qu'il est pos^^ible de le faire dans un examen de cette nature.
Nous concluons de tout ce que nous venons d'exposer que, sans prononcer décidément sur ce que l'auteur entreprend d'établir dans son mémoire sur le fluide igné, nous regardons ce mémoire comme fort intéressant par son objet, et comme contenant une suite d'expériences nouvelles, exactes et bien faites par un moyen également ingénieux et propre, comme nous l'avons dit, à ouvrir un vaste champ aux recherches des phisiciens, non seulement sur les émanations des corps échauffés, mais encore sur les évaporations des fluides, soit abandonnés à eux-mêmes, soit excités par des fermentations, des dissolutions, etc.
[Registres de r Académie des Sciences^ 1779, pp. 'J7-100.)
DEUXIEME RAPPORT DE L ACADEMIE DES SCIENCES, SUR LES DÉCOUVERTES DE MARAT
Séance du mercredi 10 mai 1780.
MM. le Comte de Maillebois, Sage et Cousin ont fait le rapport suivant :
M. Marat, médecin de M. le Comte d'Artois, ayant prié l'Académie de lui nommer des commissaires pour voir des expériences sur la lumière, la Compagnie nous en a chargés.
Ces expériences qui sont en très grand nombre roulent sur différents phénomènes de la lumière et particulièrement sur ceux qui appartiennent à son inflexion lorsqu'elle passe le long des corps, ainsi que sur ceux qui, selon l'auteur, établissent que la décomposition des couleurs qu'on observe dans cette inflexion est la cause de celle qu'on observe dans le prisme, ou que celles ci ne sont point l'effet de la réfraction, mais leffet unique de l'inflexion avant dy entrer; en sorte que, selon M, Marat, la décomposition de la lumière dans son inflexion et celle que l'on observe dans son passage par différents milieux sont la suite d'un même effet.
Mais comme ces expériences sont en très grand nombre, ainsi que nous l'avons dit, que nous n'avons pu par là les vérifier toutes, malgré toute l'attention que nous y avons apportée, avec l'exactitude nécessaire, que d'ailleurs elles ne nous paroissent pas prouver ce que l'auteur imagine qu'elles établissent, et qu'elles sont en général contraires à ce qu'il y a de plus connu dans l'optique, nous croyons qu'il seroit inutile d'entrer dans le détail pour les faire connoitre, ne les regardant pas comme de nature, par les raisons que nous venons d'exposer, à ce que l'Académie y puisse donner sa sanction ou son attache.
(Ext. des Registres de V Académie des Sciences, loc. cit.)
516^ MAÎl\T INCONNU
EFFETS DU MICROSCOPE SOLAIRE SUR LE CRISTAL SOUFFLE ET SUR CE MÊME CRISTAL COULE POUR LES GLACES
Par B. G. Sage.
Marat ayant proposé à l'Acaciémie des Sciences de faire voir le tluide igné, Franklin et moi, fûmes chargés de rendre compte des expériences qu'il donnait comme probatoires. Elles consistaient à exposer au foyer du microscope solaire un corps pénétré de plus de chaleur que celui de l'atmosphère qui se peignait sur la toile surmontée d'une auréole.
L'atmosphère ayant paru à Franklin et à moi concourir à la formation de cette auréole, nous proposâmes de faire les expériences dans le vide : un récipient du plus beau cristal y fut d'abord employé ; il n'offrait aucune bulle à l'œil, mais dès qu'il fut exposé au foyer du microscope solaire, un million de taches noires rendaient absolument invisible le corps qui était sous le récipient. Ces taches doivent être altribuées aux interstices imperceptibles ([ue laissent entre elles les molécules vitreuses du cristal; cellules qui disparaissent lorscfue le même cristal, coulé en tables, a été foulé par le cylindre qu'on prisse sur cette masse vitreuse encore rouge de feu Cet efiet est semblable à celui qu'éprouve le grain d'un métal, lorsqu'il a été passé au laminoir.
Cette vérité nous a été coafirmée en faisant faire un récipient en cuivre d'une forme sphéroïdale allongée, dont trois segments furent enlevés. Deux étaient opposés, et le troisième usé pour pouvoir adhérer au plateau de la machine : des glaces furent lutées aux deux segments opposés. Le vide ayant été formé, et cet appareil exposé au foyer du miroir ardent, on ne remarqua aucune tache sur la toUe^ et le corps échauffé, qui était sus-
pendu dans le récipient, ne produisit aucune auréole ; Tair ayant été restitué, l'auréole se manifesta, et disparaissait dès qu'on formait de nouveau le vide.
Le grossissement que produit le microscope solaire sur les corps exposés à son foyer est si considérable, qu'il n'est pas étonnant que les cellules du cristal, qui étaient imperceptibles à lœil, ne les aient rendus pour ainsi dire noirs et opaques : l'accétion de grandeur produite par le microscope solaire étant de 746.649 à 1, un pou, observé à l'aidé de ce microscope, se présente sur la toile ou spectre, de la grandeur de six pieds.
{Supplément aux Insîilulions de Physique, par B. G. Sage; Paris, 1812, pp. 2;)-31.j
ANECDOTE INCONNUE SUR MARAT (l)
Ceux qui n'oat vu dans Ma rat que le plus furieux des libellistes démagogues, n'ont connu tout au plus que la moitié du monstre. Dans son cerveau détraqué, le ridicule touchait à l'atrocité ; et, tandis qu'il épouvantait la France de ses' cris sanguinaires, il égayait, par le grotesque de sa personne, les curieux que son horrible renommée attirait auprès d'elle.
Un des travers de ce misérable était de se dire, de se croire grand chimiste, habile médecin, physicien expérimenté. C'était, tout au plus, un demi-savant à système. A l'entendre, celui qu'il avait imaginé pour expliquer les lois de l'univers était le comble et marquait le terme de la raison humaine; il devait
(1) Ext. de M. Terme ou la Science de conserver les places, par un employé sous tous les réc/imcs, pp. 39-44.
bouleverser les anciennes théories et faire révolution. C'est sur ce pied que Marat en parlait à tout propos et à tous venans.
Parmi ces derniers, il y avait un jeune médecin, nommé Séricart, patriote modéré, savant méthodique, qui soumettait le crime au sentiment, et les découvertes à l'expérience. A ce double titre, il détestait Marat et en était dédaigné. Mais le dédain d'un tigre peut se changer en rage; et c'est pour se soustraire à celle du charlatan que Séricart adopta le parti que voici :
La place de pharmacien en chef d'un hospice de Paris étant vacante, il jugea convenable de la solliciter, et aussi prudent que singulier, de la solliciter auprès de Marat. Celui-ci, par une générosité apparente, mais qui couvrait le projet le plus sinistre, appuya vivement la demande de son ennemi, qui dut à cette effrayante recommandation le plus prompt succès. Le voilà installé dans un poste qu'il ne croit qu'honorable, et qui est si périlleux.
Autour de ce poste, en effet, les agens du démagogue avaient placé des émissaires subalternes, chargés de surveiller Séricart dans sa conduite, de tenir note de ses paroles et de les transmettre au comité de salut public. C'était les enregistrer dans le gretTe de l'enfer.
Chose incroyable, et que l'événement explique, sans pouvoir le justifier! Séricart, entouré, surveillé, espionné, et sachant qu'il l'est, n'ayant rien à changer à sa conduite, change moins encore dans ses discours : respectueux envers l'autorité dont il relève, il continue à blâmer, à fronder Marat, dont il dépend. Le libelliste, prêt à répondre par une proscription, s'arrête avec une sorte de pudeur; sous couleur d'utilité publique, il réclame la destitution de Séricart, et désigne son successeur. C'est où l'attendait le jeune Esculape. Dénoncé, à demi destitué, presque remplacé, il va chez Marat, auquel il annonce l'objet de sa visite. Il s'agit d'une nouvelle théorie du feu : Marat l'interrompt, pour lui reprocher ses opinions politiques. C'est de physique qu'il est question: Marat lui jette au nez ses
propos contre-révolutionnaires. Pourquoi d'ailleurs s'occuper d'une nouvelle théorie du feu ? Depuis que j'ai publié la mienne, tout ce qu'on a écrit sur ce sujet est bon à faire des papillotes. Puisque vous vous mêlez d'en écrire, vous avez sans doute lu ce que j'en ai écrit moi-même. Séricart avoue, en rougissant, qu'il ne la connoît pas. Parbleu, dit Marat, je suis curieux de connaître une doctrine autre que la mienne, sur une matière que j'ai épuisée. Voyons. Et Séricart commence à exposer son système. A mesure qu'il le développe, Marat donne des signes fréquens, d'abord d'étonnement, puis d'humeur, puis d'impatience. Plusieurs fois il veut interrompre son interlocuteur, qui continue avec une opiniâtreté glacée. Marat sourit alors, s'enveloppe dans sa souquenille, et paraît écouter et dormir alternativement, enfoncé dans son fauteuil.
M. Séricart n'avait pas proféré le dernier mot, que Marat s'était élancé d'un bond impétueux. Il court à son secrétaire, ouvre plusieurs cartons, y fouille, en tire un volumineux rouleau de papiers, qu'il vient, tout d'un temps, apporter sous le nez de Séricart. Il les étale et lit. A mesure que les feuilles se succèdent, la physionomie de Marat, naturellement mobile, prend une expression d'hilarité sardonique, de gaîté moqueuse, qui semble consterner le jeune docteur. Bientôt la séance finit, sans qu'un mot de l'un des deux ait débrouillé l'énigme. Le lendemain elle recommence: du côté de Marat, présomption, arrogance, sarcasme; de la part de son adversaire, attention, complaisance, résignation. La sienne dura huit jours, pendant lesquels il s'ennuya avec courage, en feignant de s'intéresser avec transport. Eh bien ! s'écria le docteur de Neufchàtel, à la fin de sa dernière séance? Eh bien ! citoyen Marat, répondit l'autre, si je disais que les beaux esprits se rencontrent, je dirais une sottise; il n'en est pas moins vrai que je me suis rencontré avec vous. Tellement, dit Marat, que l'un ou l'autre doit reculer, et que votre ouvrage adopté rendrait le mien inutile. C'est l'épithète qui convient au mien, répliqua Séricart, en prenant congé. Relonrnez à l'hospice, lui cria Marat; lisez
Ni
ma Physique, améliorez la vôtre, et plu? de politique. Celle d'un pharmacien doit se faire aii laboratoire ; et il n'appartient qu'au génie de marier, dans la même tète, lintelligence de Newton à celle de Montesquieu.
Séricart, confirmé dans sa place, s'y maintint tout le temps que Marat déshonora la représentation publique de sa hideuse et cou{)able présence. En se livrant aux conjectures sur le motif qui l'avait consolidé, par le moyen même qui aurait dû le renverser, on supposait qu'il avait changé, sinon de conduite, au moins de discours; et lorsqu'on apprenait que sa haine devenait plus expressive, à mesure que le proscripteur devenait plus farouche, on gardait sur une contradiction aussi inexplicable le silence de la stupeur. Ce silence aurait cessé, si l'on eût su qu'à l'énergie du caractère, à la franchise de l'esprit, Séricart joignait le talent de s'ennuyer à propos.
LES PREMIÈRES ÉTAPES DE l'ÉLECTROTHÉRAPIE
[D'après une correspondance inédile) (1).
Grâce à l'obligeance de Mme veuve Charavay, nous avons eu communication d'un dossier de lettres, écrites par un médecin ou physicien de Vicence, ami du marquis MafFei, le docteur Dominique Sale (descendant desSa/a,médecinsà Padoueau dixseptième siècle), et qui nous donnent les renseignements les plus précieux sur les origines de l'électrothérapie.
Par les fragments que nous allons citer de cette correspondance, échangée avec un antiquaire et botaniste originaire de
(1) Communiquée par^^Mrae veuve Charavay.
Nîmes, J.-François SÉGuiER,on pourra, pour ainsi dire, mesurer les étapes d'une science qui, dès ses débuts, s'annonçait pleine tle promesses, que l'avenir ne devait, du reste, pas démentir.
Le 25 avril 1749, « ayant vu depuis peu un livre imprimé à Boulogne, au sujet de diverses expériences de la vertu électrique appliquée aux corps humains pour la guérison de plusieurs maladies », Sale demande à son correspondant de lui prêter le livre français de son ami (probablement celui de NoUet?) traitant de l'électricité et que celui-ci lui avait montré lors de son passage à Vérone. 11 lui fait part, en même temps, de la cure qu'il a obtenue, par rélectrisalion de son propre domestique somnambule, qui « depuis ces deux dernières années, ne se ressent nullement de son incommodité »; il lui signale « deux brochures allemandes qui traitent d'une semblable matière... la première in-4 de 44 feuillets avec des figures, qui traite de diverses expériences de l'électricité de»corps,swr les principes de M. H.Hawksbee, Gray et du Fay, avec des remarques et un petit éclaircissement physique qui en explique 1 hypothèse, deJean Gabriel Koppelmayr : à Nuremberg, par Jean Joseph Fleichsraann, 17^4; le second est un petit traité de Jean Gottlob Krïiger, adressé à ses écoliers, où il leur fait part de ses pensées au sujet de l'électricité, et leur explique ses leçons : in-12, 32 feuillets, à Halle, par Charles-Hermann Hemmerlé, 1744. »
Le mois suivant, il est déjà question de l'ouvrage de Jallabert, dont le médecin italien a pris connaissance et a tiré des extraits. « Il y a déjà longtemps, écrit-il à ce sujet, que je m'étois imaginé qu'on pourroit tirer une grande utilité de l'électricité pour plusieurs maux; mais je ne suis cependant pas assez visionnaire (sic) pour en vouloir former un nouveau système de médecine universelle, ni je ne désespère pas tant des bons effets qu'elle peut produire, que par son moyen je n'essaie, si je ne perfectionne pas quelque chose : c'est ce qui m'a fait entreprendre deux malades pour le moins aussi difticiles que celui de M. Jallabert, dont l'un soit par indolence, ou par la peur que lui a causé l'appareil magique de nos ma-
chines m'est déserté : je continue mes opérations sur l'autre et je vous en donnerai le détail, lorsque je mappercevrai de quelque melioration. Ce n'est pas que je me flatte d'avoir un meilleur succès que vos Messieurs de Genève et de France ; je prends même déjà patience, comme si j'avois mal réussi, — puisqu au reste j'auroi toujours la consolation d'avoir tenté d'être utile à mon prochain, au péril même d'apprêter à rire à ceux qui n'ont rien de mieux à faire, bien persuadé cependant d'être loué dans cette vue de tous les gens de Lien. J'exclame avec vous sur les opérations des odeurs (1), et j'en ai la même idée que vous me témoignez ; il ne faut pourtant pas le révoquer entièrement en doute, ni rien croire aveuglément. Je n'ai encore fait aucune expérience à ce sujet, puisque je m'occupe de ma guérison, qui si elle devient possible sera certainement de plus grande conséquence. »
11 parle ensuite « du petit ouvrage traduit de M. Kruger », autour duquel on a fait beaucoup trop de bruit; du « petit traité de M. Koppelmayr », meilleur sans doute que le piécédent, mais bon tout au plus « pour des commençans » et qui, au surplus, « a du bon et de l'instructif; mais ses fréquentes répétitions, et les menus détails où il descend ne le rendent pas fort agréable : il semble que ce soit un défaut de la nation (allemande) de vouloir épuiser chaque petite matière... «
Dominique Sale demande qu'on iui procure « le petit Iraité delà Commotion, de M. Winckler», dont la lecture lui procurera, du moins l'espère-t-il, plus de plaisir que celle des deux autres ouvrages précédemment cités.
Dans l'épître datée du 20 juin de la môme année (1749), nous relevons les lignes qui ont trait à quelques-uns des sujets soumis au traitement à la mode.
« Je vous avais promis de vous donner des nouvelles du malade qui m'étoit resté à traiter ; mais il a fait aussi bien que l'autre un trou à la Lune; ainsi je n'ai pu continuer mes opé-
(1) Il s'agit des expériences de Piva,lU et Bianchi, dont nous avons parlé dans le corps de ce livre
rations, que le manvai^i tcms qu'il a toujours fait depuis auroi^ aussi bicD empêché.
« Il est difficile de convertir les gens dans ce païs à Féleclrisation, parce qu'ils sont fort incrédules. Cet appareil magique qui paroit d'abord à leurs yeux leur inspire dabord la terreur; ils s'imaginent ensuite qu'une seule expérience les doit infailliblement remettre en santé, et dès qu'ils ne voient pas immédiatement effectué le miracle auquel ils s'attendoient, ils n'y croient plus, quelque chose qu'on leur dise. Je crois aussi que les secousses qu'ils reçoivent ne contribuent pas peu à les chasser; enfin, quoiqu'il en soit, ego aum vox clamantis in deserlo^ personne ne m'écoule, et les Audiences de Cassagne et de l'abbé Cotlin n étoient pas moins fréquentées. Je suis charmé que votre ami M. Jallabert ait trouvé plus de confiance que moi; ses enseignemens me feront toujours croire, malgré l'opinion du vulgaire, qu'on peut faire quelque chose de l'Électricité ; mais je ne veux pas m'obstlner à la vouloir faire passer, comme fout quelques-unSrpour Médecine universelle. Je mets bas tous préiugez, et j'attendrai en paix que quelqu'auire plus heureux que moi en éclaircisse la vérité. »
Malgré ce scepticisme de bon aloi, noire confrère enregistre les succès dus à la nouvelle méthode : à peine vient-il de l'apprendre, qu'il se hâte d annoncer à son correspondant, que « le 3^ lecteur des Dominicains de Mantoûe avoit été depuis peu guéri d'une sciatique au moyen de 1 Électrisation, ce .qui noas doit confirmer la puissance qu'a cette vertu ». Lui-même s'est livré à une expérience sur un de ses malades, qu'il décrit ainsi :
« Il (le sujet) étoit assis sur une chaise de bois de noyer et paille, placée sur une table posée sur quatre gâteaux de résine : la petite chaîne qui terminoil la ligne qui lui communiquoit l'électricité étoit entortillée autour d'une des pommes de la chaise, ayant sa petite balle pendante; pendant ce tems-là on tiroit delà personne électrisée de fort belles étincelles, mais sans commotion violente. Ayant fait prendre à une personne qui étoit surie plancher le fil de laiton qui communiquoit aux
cara(Te>, il ne tiroit de la personne électrisée que les étincelles ordinaires, sans donner ni recevoir de commotions extraordinaires, qui ne se rendoient sensibles que lorsque la personne électrisée tenoit la chainette en main, ou lorsqu'on la lui mettoit sur le col ; ce qui fait voir la différence de la communication par le métal, et par le bois ; on pourroit aussi éprouver la différence en interposant à la chainette et au corps électrisé divers autres corps. La personne posée sur le plancher en prenant le fil de laiton attaché aux caraffes a ainsi senti quelquefois quelques commotions, mais cependant de peu d'étendue, sans toucher le corps électrisé (1)... »
Dans une lettre ultérieure (3 octobre 1749), il semble qu'il soit fait allusion aux bouteilles de Leyde dans ce passage :
« J'ai déjà fait l'expérience d'un de ces verres enduits de cire d'Espagne et de sel, que 1 on appelle dans les Épiceries sel d'Angleterre, qui ma fait bonne reiissite. Comme je n'ai eu ni le temps, ni la commodité d'en faire une épreuve formelle je ne puis pas vous répondre si à la suite du tems il n'y arriveroit aucun changement. C'est le jeune homme qui servoit le sieur Bossaert qui s'est imaginé de faire au hazard cet enduit, qu'il m'a assuré lui avoir fort bien réussi en diverses rencontres. On le fait de cette manière. Il faut premièrement enduire le verre de cire d'Espagne de la manière accoutumée, après quoi on y jette une médiocre quantité de sel qui s'attache par ci par là à la cire en tournant le verre sur le feu. On m'assure, et j'en crois ûième quelque chose, qu'il augmente considérablement la force électrique. »
Le reste de la correspondance, qui prend fin le 14 janvier 1751 , n'intéresse plus notre sujet.
(1) Lettre du 16 juillet 1749
PLAIxNTE PAR LE SIEUR MARAT CON'J RE LE SIEUR CHARLES ET ADHÉRENTS (J)
Du 15 mars 1783.
L'an mil sept cent quatre vingt trois le samedy quinze mars huit heures et demie du soir Nous Antoine Joachim Thiot Conseiller du Roy commissaire au Chàlelet de Paris, ayant été requis nous sommes transporté rue du Sépulcre faux bourg ,S* Germain en une maison dont le S' Bergeot bourgeois de Paris est principal locataire, ou étant monté au premier étage, nous sommes entré dans une chambre sur le derrière ayant vue sur une cour, et nous y avons trouvé couché dans un lit S' Jean Paul Mabat médecin des Gardes du Corps de V.'' le comte d'Artois demeurant en la maison ou nous sommes.
Lequel nous a rendu plainte contre le S' Chahles professeur de phisique demeurant en cette ville place des Victoires, contre un de ses parents logé avec lui, et contre un autre particulier que le plaignant croit être le domestique du S"" Charles et nous a dit que ce matin vers dix heures il s'est rendu chez led. S' Charles, pour avoir avec lui un éclaircissement, sur des propos et rapports au plaignant comme tenus contre lui par icd. S' Charles, en faisant un parallèle du plaignant avec le S' Comus, ce qui tournoit le plaignant en ridicule, et étoit fort offensant; qu'ayant trouvé led. S' Charles dans son appartement, 1»'. plaignant lui a expliqué le sujet de sa visite; que led. S' Charles lui a répondu qu'il n'avoit aucune explication à lui donner ; que le plaignant ayant pris le parti de se retirer, led. S^ Charles a proffité du moment ou le
(1) Archives Nalionales, Y 13806.
plaignant étoit retourné pour s'en aller, pour lui porter sans que le plaignant ait pu s'en appercevoir ny le prévenir, un coup de poing tre« violent sur la tempe et sur l'œil gauche, qui en ont été endommagés ; que la force du coup a considérablement étourdi le plaignant lequel élant revenu à lui s'est trouvé investi par deux autres hofumes et par led. S' Charles qui lui ont arraché son epée du fourreau et l'ont brisée, qu'alors le plaignant a lait des efforts pour se dégager de leurs mains et y ayant réussi il ft'est relire et est revenu chez lui a laide d'une voiture avec l'intention de faire sa plainte, laquelle ilna pu faire plus tôt attendu l'étourdissement dans lequel il sest trouvé jusqu'à le moment, et le plaignant nous ayant requis de faire l'examen des marques du coup qu'il a reçu nous avons remarqué qu'il a l'œil gauche rouge et enfllammé tant sous cet œil qu'à la tempe avec enflure dans ces parties.
Desquels faits circonstances et dépendances il nous rend la présente plainte, sur laquelle il proleste de se pourvoir par toutes voies et de repeter tout ce qui est de droit en pareil cas nous requérant a cet effet acte du tour que nous lui avons octroyé pour service et valoir ce que de raison, et ce signé après qu'il a été rayé sept mots comme nuls.
J. P. Ma RAT. ÏHIOT.