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GAGNER L’AFFECTION DU PEUPLE

Ce n’est pas assez de commencer par endormir les esprits, les princes travaillent encore à se les concilier, et ce qne font les nns pour distraire l’attention du peuple, les autres le font ])our gagner son affection.

Le peuple romain qui distribuait les faisceaux et donnait le commandement des arniées, ce maître absolu de la terre était passionné des spectacles, la magnificence des fêtes fut le moyen dont se servirent, pour se l’attacher, ceux qui lui ravirent sa pmssaiice et sa liberté.

Pour captiver le peu])le, les princes ont quelquefois recours aux largesses. César parvenu à l’empire combla de dons ses officiors, ses soldais, et le peuple. Alors on entendit de tous côtés la stupide multitude s’écrier vive l’empereur ; tel ramassant un sesterce s’épuisait en éloges -sur la libéralité de son nouveau maître.

Lorsque Charles II monta sur le trône d’Espagne, le premier soin de ses ministres fut de ramener l’abondance dans l’état; à cet appât ils joignirent celui des spectacles; jamais , on ne vit tant de combats de taureaux, tant de comédies, tant de jeux, tant de fêtes au goût de la nation.

Louis XIV allant plus loin, s’étudia à gagner les cœurs par ses manières, ses prodigalités, sa magnificence. Il avait soin que personne ne sortît mécontent de sa présence ; il s’assurait par des emplois de ceux qui lui étaient suspects, et s’attachait par des bienfaits la foule avide des courtisans. A la cour, il donnait des festins, des feux d’artifices, des bals masqués, des tournois, des spectacles. Dans les campagnes, il répétait ses fêt' s, il visitait dans sa pompe leaviUes conquises, invitait à sa table les femmes de qualité, faisait des gratifications aux militaires, jetait de l’or à la pojjulace, et il était élevé jusqu’aux nues. ;

Louis I®r roi d’Espagne, signala les commencements de sou i règne en comblant de grâces et de bienfaits ceux qui l’approchaient.

Mais ce n’est pas aux dons seuls qu’ont recours les princes r pour gagner l’affection des peuples. En montant sur le trône, j

OAGXER l’affection DU PEUPLE

Ferdinand débuta par des actes apparens de bouté ; il donna ordre qu’on ouvrît les prisons à tous ceux qui y étaient détenus poxii criniG non cfipitâ/iix, il publia une amnistie en faveur des déserteurs ef des contrebandiers, il assigna deux jours de la semaines pour recevoir les suppliques de ses sujets, et leur donner audience.

Avant de paraître en public, (pielquefois Elisabeth commandait à ses gardes de frapper sur la populace puis, comme si elle eût été réellement fâchée qu’ils eussent suivi ses ordres elle relevait aigrement leur brutahté, et s’écriait: que ses swjets étaient ses e7i/a?its, qu’on se gardât bien de leur faire outrage. Séduits par ses faux airs de bienveillance, ces malheureux se précipitaient à ses pieds, on bénissant leur reine.

C’est souvent par une condescendance affectée que les . princes s’attachent à gagner les cœurs.

Le peuple de Venise admire la bonté de ses maîtres, lorsqu’il voit chaque année le doge à la tête du sénat, rendu à Sainte- Marie Forlnose pour y acquitter un vœu, ne pas dédaigner un chapeau de paille et deux bouteilles de vin, que-les arti.saus de la paroisse ont coutume de lui offrir; lorsqu’il voit le doge accepter quelques melons que les jardiniers viennent lui présenter le premier août, et leur permettre de l’embrasser; lorsqu’il voit tous les sénateurs assister le jour du mardi gras au massacre d un taureau ou a quelque fête îiopulaire, lorsqu’il voit le grand conseil, le jour de la Fête-Dieu, passer en jirocession dans la place Saint -Marc, chaque noble ayant à sa droite un mendiant.

Qui le croirait ? Les princes marchent quelquefois au desjiotisme par une route qui semblerait devoir les en éloigner.

Afip d’augmenter leur autorité, quelques-uns, par un raffinement politique, veulent iiaraîtïe justes, bons, modérés ; pour tromper les autres, ils se révêtent eux-mêmes du manteau de la bonne foi.

Xinlénes s’étant rendu l'idole des Castillans par la puièté apparente de ses mœurs, ses aumônes, sa munificence, son hypocrisie, parvint à bannir de leurs cœurs toute défiance; et ils le laissèrent tramer à son aise contre la liberté publique, solder de ses épargnes des troupes mercenaires, et augmenter l’autorité royale.

Le peuple de Terre-ferme, enelianté des manières populaires des podestats, vante la douceur du gouvernement de la seigneurie. En voyant les inquisiteurs d’Etat écouter favorablement ses plaintes, et tenir les grands jours iroùr la recherche des nobles du pays qu’il n’anne point, il s’imagine qu’elle n’a |iour but que le soin de sa défense ; et il bénit l’équité de ses maîtres. D’autres fois ceux qui commandent flattent l’ambition du peuple, pour mieux masquer la leur, ils ne lui parlent que de ses droits, ils affectent un zèle extrême pour ses intérêts, et s’érigent en tyrans, en feignant de le détendre. Voilà comment les princes de l’Europe en usèrent avec le peuple pour écraser les nobles, et fonder un gouvernement absolu sur les ruines du gouvernement féodal. Mais que ne mettent-ils point en œuvre pour caxitiver leurs sujets ? Quelques-uns s’attachent à rendre le peuple heureux ; p lis saisissant avec adresse le moment où il vient à vanter son bonheur, ils affectent du dégoût pour l’empire, ils feignent d’être las du fardeau de la couronne ; de vouloir abdiquer, puis ils se font presser de continuer à tenir les rênes de l’Etat ; ruse funeste, ces fourbes ayant alors la confiance aveugle de la nation, et les moyens d’en abuser.

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