DE L’APPAREIL DE LA PUISSANCE
Dan.s un sage gouvernement, les fonctionnaires publics doivent porter les attributs de leur dignité ; les honneurs qu’on leur rend sont censés rendus au peuple, dont ils sont les mandataires ; la pompe dans laquelle ils paraissent lorsqu’ils sont en fonctions n’est x^oint x)our eux. ils ne sont que des piliers auxquels sont suspendues les enseignes nationales.
Mais bientôt le vulgaire perd de vue ces utiles vérités, lieu d’hommes savent même distinguer de ces enseignes la jiersonne qui les porte ; ignorance dont les princes profitent habilement pour se mettre à la place de la nation, ne jamais se montrer que dans l’éclat de la majesté royale ; et prétendre néanmoins que, revêtus ou dépouillés des ornements de la royauté, ils n’en sont pas moins des objets sacrés de vénération, lors même que le destin les a précixiités du trône.
DE d’aPPAUEII. de LA PUISSANCE
Quoi qu’il en soit, aux yeux du peuiile, la pompe des princes fait partie de leur puissance, aussi la plupart se sont ils étudiés à en imposer par un appareil menaçant.
Quand ils se montrent en public, c’est toujours avec des attributs de l’autorité suprême. Quelquefois ils font porter devant eux le glaive de la justice, le sceptre et les faisceaux. Souvent ils se font accompagner en pompe par les grands officiers de la couronne, par le nombreux cortège de leurs courtisans et presque toujours jiar la bande formidable de leurs satellites.
Ils ont soin aussi d’entretenir le faste de leurs maisons, dans la crainte qu’en cessant de faire les maîtres, les grands qui les approchent ne cessent de faire les sujets ; ils en imposent toujours par un ton impérieux ; et afin de mieux apprendre aux peuples à les respecter, ils introduisent dans leur cour un cérémonial imposant quelqnes-uns vont même jusqu’cà ordonner qu’on ne les serve et qu’on ne leur parle qu’à genoux.
Dans les pays de l'Orient, les princes employent plus d’art encore pour sé faire obéir et révérer aveuglément. Renfermés dans leurs palais au milieu de leurs esclaves, ils se font rarement voir en public ; mais toujours dans la pompe la plus imposante, toujours accompagnés d’une garde nombreuse richement vêtue, toujours environnés do leurs ministres couverts d’or et de perles, qui baissent les yeux et attendent les ordres de leur maître dans un profond silence. Ce soin que les princes ont pour eux-mêmes, ils l’ont pour les officiers ; jaloux de faire paraître dans les magistrats, non l’homme de la loi, mais l’homme constitué en dignités.
Parmi les édits que Jacques rendit en 1613, les membres de son conseil d’Ecosse eurent ordre do ne point aller à pied dans les rues, mais en voiture et en grand habit.
Philippe II, roi d’Espagne ordonna par un décret particuher à tous les membres des conseils supérieurs, des chancelleries de ses états, de ne jamais paraître en public qu’avec de longues robes et la barbe.
Les princes ne sont pas moins attentifs à se ménager entre eux les mêmes respects. Voyagent-ils ? ils se reçoivent avec pompe, ils se traitent avec magnificence, ils se prodiguent tous les honneurs ; et pour que le iieuple soit d’autant plus
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frappe de la grandeur dos maîtres, toujours do liantes marques de distinction sont accordées à leur suite.
Rien ne sert mieux les princes que le soin qu’ils ont de fixer l’admiration du vulgaire sur leur personne, ^lar l’appareil de la iniissance. En voyant ses agents entourés de brillants satellites, le peuple n’ose porter sur eux des regards assurés ; les sages eux-mêmes ont peine à se défendre d’une certaine vénération pour la morgue environnée do tant de lustre, si tant est que ce qu’il y a de moins méritant au monde puisse être illus.
tré.