‹ MaratChapitre 12 sur 92 · AVILIR LES PEUPLES · texte numérisé non relu

AVILIR LES PEUPLES

Une fois qu’on a distrait et séduit les esprits, on s’efforce de les avilir. L’activité, la frugalité, le désintéressement, la vigilance, l’amour de la gloire et de la patrie, voilà les vertus au moyen desquelles les peuples conservent leixr liberté ; aussi les princes qui aspirent au despotisme travaiUent-ils à leur en faire perdre le goût...

Pour assujettir les Spartiates, Philopœmen les contraignit d’abandonner la manière mâle dont ils élevaient leurs enfants : il les livra à la mollesse, et bientôt il parvint à éteindre en eux cette grandeur d’âme, cette élévation de cœur qu’il redoutait si fort.

Après avoir réuni la principauté de Galles à ses états, Edouard I®r convaincu que rien ne contribuait davantage à nourrir l’amour de la liberté de ses nouveaux sujets, que le récit poétique de leurs exploits qu’ils avaient coutume de chanter dans leurs fêtes martiales, fit une exacte perquisition de tous les poètes Gallois, et les condamna à mort.

De nos jours, les Anglais n’ont-ils pas, dans la même vue, obligé les Ecossais de quitter leur habillement national, et de renoncer à leurs fêtes civiques ?

Mais il est rare que les princes emploient la violence pour avilir leurs sujets ; c’est à l’adresse qu’ils ont communément recours. Ils font construire des théâtres, des cirques, des salles de récréation, des casinos, des redoutes ; ils encouragent les talents propres à amuser le peuple et à fixer son inconstance ;

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