‹ MaratChapitre 13 sur 92 · AVILIR LE PEUPLE · texte numérisé non relu

AVILIR LE PEUPLE

ils protègent ceux qui les cultivent, ilspeiisionnent des acteurs, des musiciens, des baladins, des histrions, et bientôt le citoyen, entraîné vers les plaisirs, ne pense plus à autre chose...

Cyrus, ayant appris que les Lydiens s’étaient révoltés, ne voulant pas saccager leurs villes, moins encore y mettre de fortes garnisons, s’avisa d’y établir des jeux publics, des tavernes, des lieux do débauche ; dès-lors il ne fut plus dans le cas de tirer l’épée contre ces peuples.

Ceux qui gouvernaient à Athènes faisaient une dépense prodigieuse pour l’entretien des théâtres. A Rome, les empereurs donnaient souvent des spectacles au jieuple ; bientôt le goût de ces plaisirs dégénéra en passion, corrompit les mœurs des citoyens, et leur fit perdre jusqu’à l’idée de la hberté.

Dans la vue d’amollir le courage des Anglais, les princes de la maison de Stuart encouragèrent le goût des plaisirs. Jacques leur fît construire de vastes théâtres ; et bientôt les mascarades, les farces et les bals devinrent leur principale affaire.

Durani le règne de Charles T®r, la fureur des spectacles était si grande, que cinq théâtres toujours ouverts ne suffisaient pas pour le peuple de Londres. Partout les princes ont soin d’inspirer à leurs sujets le goût des spectacles. Ou n’imagine pas combien cet artifice leur réussit. Une fois que le peuple a pris le goût de ces amusements, il lui tient lieu de tout, il ne peut plus s’en passer et jamais il n’est si à craindre que lorsqu'il en est privé.

La guerre civile de 1041 ne commença en Angleterre, que lorsque les théâtres furent fermés. Que dis-je ? on a vu des peuples opprimés demander au iirince des spectacles, comme le seul remède à leurs maux.

Ainsi les jeux, les fêtes, les plaisirs, sont les appâts de la servitude, et deviennent bientôt le prix de la hberté, les instruments de la tyrannie. Si, joint à ce goût pour la frivolité et la dissipation qu’inspire le théâtre, les pièces qu’on joue sont issues de sentiments relâchés, de maximes rampantes, d’adroites flatteries pour les personnes constituées en dignité ; si on y fait l’éloge des vices ou des fohes de princes régnants, comme dans ces pastorales allégoriques qu’on représentait à la cour de Charles et de Louis XV ; alors le théâtre devient une

iNfARAT

funeste école tlo servitude. Au lieu de nous montrer des hommes et des sages, les défenseurs de l’état, les bienfaiteurs de la patrie, on ne nous montre que des amants, des fous, des fats, des coquettes, des fripons, des dupes, des maîtres insolents et de bas valets. Au lieu de dévoiler les noirs complots des mauvais ]ii'inccs, leurs trames perfides, leurs crimes atroces, on ne dévoile que des intrigues d’amour, des tracasseries de ménage, des aventures de boudoir. Au lieu d’en faire une école de vertu, on en fait une école de mauvaises mœurs. Que si de temps en temps, on donne quelques bonnes pièces la farce qui les suit, en détruit ordinairement l’impression. Les sages réflexions qu’elles ont fait naître sont effacées par les turlupînades d’un bouffon ou les tours d’une soubrette : les nobles sentiments qu’elles ont excités s’exhalent en risées, et l’audi • toire est congédié en folâtrant.

Page 1