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ENCOURAGER LES LETTRES, LES BEAUX-ARTS ET LES TALENTS AGRÉABLES

Pendant les crises orageuses d’une révolution, on ne pense qu’à l’étabhssement de la liberté ; mais dans le calme qui les suit, l’ardeur patriotique s’éteint, la paix donne d’autres idées, d’autres sentiments; et au miheu de. mille objets de dissipation on oublie jusqu’à ses devoirs.

Déjà la nation n’est plus unie ; les douces liaiisons qu’avait formées l’amour de la piatrie sont détruites ; les membres de l’état sont bien encore citoyens, mais ils ont cessé d’être patriotes.

C’est en encourageant les lettres, les beaux arts et les talents agréables qir’ Auguste plia les Romains au joug, et que ses successeurs y plièrent les nations barbares qu’ils avaient subjuguées.

Jamais peuple ne fut plus indépendant que les Germains. Sans établissement fixe, continuellement engagés dans quelque expédition pour faire du butin, passioimés de la liberté, et toujours sous les armes, ils donnèrent d’abord peu d’autorité à leurs princes ; encore cette autorité était-elle peu respectée. Mais lorsque ces princes eurent assuré leurs conqxiêtes, pour

encourage:!. ls.« talents agréables

étendre et affermir leur puissance, ils travaillèrent pour inspirer à leurs sujets le goût des occupations tranquilles, ils les engagèrent à cultiver les arts de la paix, en leur faisant connaître le.s doux fruits de l’industrie ; ils les encouragèrent à se livrer à l’étude des lettres, à la mollesse et aux douceurs d’une vie contemplative.

Dès que la couronne de la Grande-Bretagne fut affermie sur la tête d’Alfred, ce prince s’appliqua à inspirer à ses sujets le goût des lettres et des arts ; pour les engager à les cultiver, il les cultiva lui-même, et ne cessa de répandre ses grâces sur tous ceux qui s’y distinguaient.

Jusqu’au règne de Ferdinand, l’Espagne, livrée presque sans relâche aux feux des dissensions civiles, était encore barbare ; on n’y connaissait que le métier des armes. Pour étendre sa puissance, ce prince commença à faire naître dans ses états le goût des lettres, en répandant ses bienfaits sur ceux qui s’y appliquaient.

Philippe II et Philippe III, également avides de puissance, favorisèrent de tout leur pouvoir les lettres et les arts. Non content d’encourager les lettres, Philippe IV courut lui-même la carrière de bel esprit. Et, dès que Philippe V fut parvenu à s’assurer la paisible possession du trône, son premier soin fut de protéger les lettres, de fonder des académies, et de récompenser les talents.

Lorsque la puissance royale eut pris le dessus, François I« commença à accueillir les lettres, il attira les savants étrangers dans ses états, et encouragea les beaux-arts.

Ses successeurs, Louis XIV surtout, ont tous suivi cet exemple.

Au reste, aucun prince ne caresse les gens de lettres qu’au tant qu’ils flattent son orgueil, servent à ses plaisirs, relèvent sa magnificence, prêchent la soumission à ses ordres. Et combien de vils sycophantes mettent tout leur esprit à servir d’instrument au despotisme, à préconiser la servitude, à sanctifier l’oppression ! Prostitution infâme, qui étouffe la liberté sous les fleurs mêmes de l’imagination, du goût et du génie.

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