DÉSARMER LES SUJETS
la main qui voulait en faire nsage, Henri V remplaça, par des . contributions pécuniaires, le service militaire auquel ils étaient i tenus, et il eut une nouvelle milice à sa solde.
Après l’invasion du duc de Momouth, Jacques II demanda I au parlement des subsides pour entretenir une armée de I' troupes réglées, afin, disait-il, de faire face à un jjrochain [ danger. Mais l’Angleterre n’a eu d’armée réglée, propre- ; ment dite, que depuis l’avénement de la maison de Brunswick au trône. A la sollicitation de Georges l«r, elle prit à sa solde un corps considérable de troupes pour maintenir la tran- I quillité dans le royaume, et remplir les conditions du traité i: de Hanovre.
En tous lieux, les princes ont poursuivi le même dessein, et ils ont si bien niacbiné,qu’à l’exception des Suisses et des Etats- Unis de l’Amérique, il ne se trouve nulle jiart des soldat.s citoyens. Partout des me''cenaires armés par la tyiannie contre la liberté! Comme ces armées furent levées sous prétexte de défendre l’Etat, d’abord on enrôla des hommes qui avaient une patrie. De pareils soldats n’étaient guère maniables ; pour en avoir de plus dévoués, les princes sentirent la nécessité de composer leurs troupes d’hommes qui, ne tenant à rien, fussent tout prêts à marcher contre leurs concitoyens I aussi bien que contre l’ennomi. Le temps leur en fournit l’occasion.
A mesure que l’industrie s’anime, et que le commerce fleurit, l’inégalité s’étend, une partie des citoyens engloutit toutes les richesses de l’Etat ; le reste, avili par la misère, n'a plus qu’une existence précaire, ou ne possède qu’une industrie qui ne l’attache à aucun pays.
Ainsi, après avoir armé des mercenaires contre l’Etat, sous le prétexte d’assurer le repos public, le prince désarme ses sujets pour pouvoir plus aisément les jeter dans les fers.
Voilà comment la puissance exécutive, couverte d’un voile trompeur, parvient à se rendre redoutable. Semblable a ces fleuves qui cachent ciuelques moments leurs eaux sous terre pour paraître soudain, grossis ])ar les sources qui s’y jettent, et entraîner avec fureur tout ce qui s’oppose à leur cours impétueux.