DES ( RIMES CONTRE LES M(EÜRS
raOaticlomieut. Que dis-je, souvent elles la punissent de son infortune ; tandis que le cruel, qui en est l’auteur, reste impuni.
Du moins si elle trouvait quelque ressource dans la pitié publique; mais loin de prendre la défense d’une lille indignement séduite, le monde se plaît à en publier la fragilité ; et tandis qu’on la hue, le hâclie qui l’a tromiiée n’aperçoit aucune différence dans l’aocueil qu'on lui fait. S’il est riche, il continue à, être fêté, et il n’en trouvera pas moins à séduire d’autres filVs, qui ont encore leur innocence.
Après avoir passé longtemps à pleurer sa faute, lui sera-til permis enfin de rentrer dans le monde ? mais citte faible consolation lui est même refusée ; on la fuit, et si elle est san.‘( fortune, forcée de se cacher, souvent il ne lui reste xiour vivre ipie de se donner à la prostitution.
Son sort lui paraît insupportable ; qu’il est doux néan. moins, comiiai'é à celui qui l’attend ! Malheureuse victime bientôt fuyant la lumière imxiortiine du jour, n’osant se montrer que do nuit, exposée aux injures du temps au coin des rues et harassée de fatigue, elle sera réduite, [tcur avoir du pain, à vendre les baisers de l’amour au iiremicr venu, d’endurer ses dégoûtantes cares.ses, de souffrir ses mauvais propos, ses brutalités, ses outrages, et, comme si ce n’était jias assez d’être la pioie de cent libertins crax>uleux,elle sera encore livrée aiLx tourments d’une affreuse maladie, aux horreurs de la iiauvreté. Mais il en est qui vivent au sein des délices ! Pour une qu’on voit dans l’oimlenee, mille sont exposées à la plus affreuse misère, reléguées dans d’horribles réduits, couchées sur des grabats, en proie au besoin.
A la vue de tant de iiièges tendus sous les jiicds de la jeunesse, de tant d’ajipàts offerts à l’innocence, de tant de violences faites à la faiblesse, quelle âme juste n’excuserait les fautes d’un .çexe fragile que nous avons assujetti aux plus rudes devoirs ; et à la vue du sort affreux do tant do victimes de notre iierfidie, quelle âme sensible ne serait touchée de pitié !
Mais ce n’est pas la ])itié, c’est l’indignation que je voudrais exciter dans les cœurs. Quoi ! la duxilicité, la fourberie, l’hypocrisie, le mensonge, le parjure ne seront point blâmables chez les hommes; et, chez les femmes, la sensibilité, la cré-
(lulité, la faiblesse seront à jamais üétrissantes ! Au lieu d’êti leurs soutiens nous ne saurons que les tromp n-, et, après o avoir été les vils corrupteurs, il nous sera encore permis d’e être les lâches tyrans ?
De quel droit nous jouons-nous ainsi dé leur fragilité De quel droit nous arrogeons-nous sur elles une autorité tyran nicpie ?
Nous les avons assujetties aux plus austères devoirs; i le fallait, dit-on ; la débauche des femmes causerait un affreuj désordre dans la société. Comme si la débauche des hommei n'en causait aucun ! Comme si les hommes n’étaient pas tou jours de moitié avec elles ! Comme si l’impunité des homme! n’était pas le plus grand des désordres ! Laissons-là ces sottei maximes d’un s ècle corrompu ; le préjugé qui les favorise es honteux, mais les lois qui les autorisent sont atroces. Maudi soit à jamais leur inique. empire, si elles dispensent un sexe, d'être juste, si elles lui donnent le droit de corrompre la verü sans appui et si elles lui assurent l’odieux j rivilège de tyranniser la faiblesse! Osons réclamer ici contre leur partialité; après avoir si longtemps servi le crime, qu’elles protègenl enfin l’innocence. ;
Sans doute la débauche doit être punie dans les deux sexes puisqu’elle trouble l’ordre de la société ; mais la punition doit être égale. Egale, ai-je dit, je me trompe ; rarement la femme est coupable, et rarement l’homme est innocent... Le débor-i dément des sexes commence toujours par l’homme, et jamais femmaneserend qu’elle n’ait été séduite; un séducteur est donc plus coupable que l'infortunée qn’il déshonore .
Disons mê ne que chez les femmes le libertinage vient presque toujours de la dure nécessité, au lieu que chez les hommes il vient toujours d’un penchant vicieux. Pour une prostituée que fait la paresse ou l’amour de la parure, la faim en fait mille ; et qui ne sait qu’elles commencent toutes par être séduites ? 'Vu l’extrême inégalité des fortunes parmi nous, ! le grand nombre, à la merci du petit, ne trouve plus sa subsis- 1 tance que dans la servitude .
Qu’une jeune fille, chassée du foyer paternel par la misère, ' arrive dans une grande ville pour y chercher maison, si elle i est jolie, elle ne tarde pas à tomber dans les mains de ces misé- ^