‹ MaratChapitre 38 sur 92 · DE^^ONCIATION CONTRE NECKER · texte numérisé non relu

DE^^ONCIATION CONTRE NECKER

Depuis que j’ai dénoncé M. Neckcr, le public est inondé d’une foule d'écrits où le premier ministre des finances est flagorné, et où je suis impitoyablement déchiré par des vendeurs d’injures et de calomnies. Dans une guerre de ce genre, on sent trop le prodigieux avantage que doit avoir contre un homme réduit à travailler pour vivre, un homme qui a l’autorité en main, qui peut donner des places et qui dispose d’une fortune de 14 à 15 millions.

Quoi qu’il en soit, mes principes sont connus, mes mœurs sont connues, mon genre de vie est connu : ainsi je ne m’obstinerai point à combattre de lâches assassins qui s’enfoncent dans les ténèbres pour me poignarder. Que l’honnête homme qui a quelque reproche à me faire se montre, et si jamais j’ai manqué aux lois de la plus austère vertu, je le prie de publier les preuves de mon déshonneur. Je terminerais ici cet article, s’il n’importait à la cause de la liberté que le public no soit pas la dupe des artifices employés pour le prévenir défavorablerrent contre son incerruptible défenseur.

Comme ma plume a fait quelque sensation, les ennemis publics, qui sont les miens, ont répandu dans le monde qu’elle était vendue : ce qui, d’après le caiactère connu des gens de lettres du siècle, n’était pas difficile à persuader à qui ne m’a point lu. Mais il suffit de jeter les yeux sur mes écrits pour s’assurer que je suis peut-être le seul auteur depuis Rous eau qui dût être à l’abri du soupçon. Et à qui, de grâce, serais-je vendu ? Est-ce à l’Assemblée nationale, contre I laquelle je me suis élevé tant de fois, dont j’ai attaqué plu- j sieurs décrets funestes, et que j’ai si souvent rappelée à ses i devoirs ? Est-ce à la couronne, dont j’ai toujours attaqué ' les odieuses usurpations, les redoutables prérogatives ? ^ Est-ce au ministère que j’ai toujours donné pour l’éternel ennemi des peuples, et dont j’ai dénoncé les membres comme

DENUSCIATION CONTilE XECKER

traîtres à la patrie ? Est -ce aux princes, dont j’ai demandé que le faste scandaleux fût réprimé, les dépenses bornées au simple revenu des apanages, et dont je demande que le . procès soit fait aux coupables ? Est-ce au clergé, dont je i n’ai cessé d’attaquer les débordements, les prétentions ridi- I cules, et dont j’ai demandé que les biens fussent restitués

faux pauvres ? Est-ce h, la noblesse dont j’ai frondé les injustes prétentions, attaqué les privilèges iniques, dévoilé les perfides desseins ? Est-ce aux parlements, dont j’ai relevé les projets ambitieux, les dangereuses maximes, les I abus révoltants, et dont j’ai demandé la suppression ? Est-ce Il aux financiers, aux déprédateurs, aux concussionnaires, I aux sangsues do l’Etat, à qui j’ai demandé que la nation : fît rendre gorge ? Est-ce aux capitalistes, aux banquiers, - aux agioteurs, que j’ai poursuivis comme des pestes publiques ■? Est-ce à la municipalité, dont j’ai découvert les vues secrètes, dévoilé les desseins dangereux, dénoncé les attentats, et qui m’a fait arrêter ? Est-ce aux districts, dont j’ai attaqué ralaiinanto composition et proposé le besoin do réforme ? Est ce à la milice nationale dont j’ai attaqué les î sots procédés et la sotte confiance dans des chefs suspects ? — Reste donc le peuple, dont j’ai constamment déleiidu les droits et pour lequel mon zèle n’a point eu do bornes. Mais le peuple n’achète personne ; et puis pourquoi m’acheter ? Je lui suis tout acquis ; me fera-t on un crime de m’ètie donné '!

Si ces ennemis qui cherchent à me petdie avaient quelque jugement, ils sentiraient que leurs coups seront toujours sans efiet, tant qu’ils ne saisiront pas le défaut de la cuirasse. Ainsi, au lieu de frapper en aveugle, que ne cliLiehenlils mes faiblesses, que n’épient-ils mes ridicules, pour me psindre d’ap.ès moi ? ILs ont besoin d’aide, je vais leur en donner.

Depuis longues années, mes amis, témoins de mon insouciance sur l’avenir, me reprochent d’être un animal indécrottable ; p^iut-être n’ont-ils pas tort ; mais ce défaut n’est pas, je crois, celui d’un complaisant prêt à se vendre. Depuis longues années, mes voisins, qui voient que je me refuse le nécessaire pour faire construire des instruments do physique, me regardent comme un original inconcevable ;

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pout-être n’out-ils pas tort; mais ce défaut n’est pas, je crois, celui des intrigants qui cherchent à se vendre.

Il y a dix mois que je sers la patrie nuit et jour; mais je n’ai voulu prendre aucune part à la gestion des affaires publiques. Je me suis montré dès le premier instant d’alarme, et je n’ai consulté que mon cœur pour partager les périls communs. Depuis le mardi soir, jour de la prise de la Bastille, jusqu’au vendredi soir, je n’ai pas désemparé du comité -dos Carmes dont j’étais membre. Obligé de jirendre enfin quelque repos, je n’y reparus que le dimanche matin. Le danger n’était plus imminent, et je voyais les choses un peu plus de sang-froid. Quelque importantes que me païus- ■sent les occupations d’un commis.saire de district, je sentais qu’elles ne convenaient nullement à mon caractère, moi <iui ne voudrais pas de la place de premier ministre des finances, pas même pour m’empêcher do mourir de faim.

Je proposai donc au comité d’avoir une presse, et de trouver bon que, saiis ses auspices, je servisse la patrie en rédigeant I riiistorique de la révolution, en préparant le plan de l’organisarion des municipalités, en suivant le travail des Etats Généfjux. Cette proposition ne fut pas du goût de la majorité, je me le tins pour dit; et, pénétré de ma pai'faite inaptitude à toute autre chose, je me retirai. Aux yeux de tairt d’ho inêtes .citoyens qui font une s^réculation de l’honneur de servir la patrie, ma retraite doit paraître pure stupidité, je le sais; mais ma .proposition n’était pas celle d’un homme dont la plume est a vendre.

Lo plan que j’avais proposé au comité des Carmes, je l'ai exécuté dans mon cabinet et à mes dépens. Mes amis ont fait le diable irour m’empêcher d’écrire sur les affaires actuelles ; je les ai laissés crier et n’ai x>as craint de les p^erdre. Enfin je n’ai pas craint de mettre contre moi le gouverne- il ment, les princes, le clergé, la noblesse, les piarlements, les S districts mal composés, l’état-major de la garde soldée, les ji conseillers des cours de judicature, les avocats, les piroou- t; reucs, les financiers, les agioteurs, les dépiéd teurs, les sang- •sues de l’Etat et l’armée innombrable des ennemis publics. ; Serait-ce donc là le plan d’nn homme qui cherche à se vendre ? l:

Héî p)our qui me suis-je fait ces nuées de mortels en- '

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