DISCOURS AU PEUPLE
O Français! peuple libre et frivole, ne pressentirez-vmus donc jamais les malheurs (pii vous menacent, vous eiidoimirez-vous donc toujours sur le bord do l’ abîme . ^
, Grâce au peu do vues de cemx qui tenaient les renes du gouvernement, à la lâcheté des ennemis de 1 Etat, a un concours d’événements inattendus, vous avez rompu vos fer. , vous avez les armes à la main. Mais au liem de PO™-sans relâche le châtiment des ennemis publics, vous vous
êtes livrés an manège des hommes faibles on eoi-romims qui s’elïorçaicnt de les soustraire à votre juste vengeance, de les rappeler au milieu de vous, et vous avez laissé échap]iei' ces coupables victimes.
Au lieu de sentir que votre indépendance actuelle est l’ouvrage des conjectures, vous en faites honneur à votre sagesse, à votre courage ; la vanité vous aveugle, et dans rivrossc d’un faux triomphe, vous laissez vos peidides ennemis renouer tranquillement les fils de leur trame odieuse.
A l lieu de vous dévouer généreusement à la patrie, vous avez fait un objet de lucre des minces services que vous lui rendez ; vous ne semblez même vous disputer l’honneur do la servir que pour achever de la dépouiller.
Au lieu de choisir pour vos chefs des hommes indépendants, distingués pour leurs principes, leurs lumières et leurs vertus publiques, vous vous abandonnez autx premiers venus ; vous appelez à des places de confiance des hommes peu versés dans les affaires, des hommes pensionnés ])ar le prince, des hommes qui ne subsistent que de ses largesses. Comneent de pareils citoyens oseraient-ils élever la voix contre l’injuste autorité d’im maître, ou plutôt à quel titre compteriez-vous sur leur fidélité ? Le dirai-je ? Vous vous êtes montrés si peu jaloux du choix de vos mandataires, que dans vos comités municipaux sont des hommes nourris des maximes de la robe et de la cour ; mais ce que la postérité refusera de croire, c’est que dans l’assemblée même de vos représentants, où l’on ne devrait compter que des sages, se trouvent des hommes cjui n’avaient d’autres titres auprès de vous que d’avoir bonne table, et epii pis est, dos hommes peu recommandables par leurs sentiments, des hommes peu honorés par l’opinion publique, des hommes enfin qui n’ont échappé à la loi que par un certificat d’imbécilité... O siècle ! ô moeurs !
Peuple inconsidéré, livrez-vous à la joie, courez dans les temples, faites retentir les airs de vos chants de triomphe, et fatiguez le ciel de vos actions de grâces pour un bien dont vous ne jouissez pas. Vous n’avez plus de tyrans, mais vous éprouvez encore les effets de la tyrannie ; vous n’avez plus de maîtres, mais vous ressentez encore les maux de ropi)res-
DISCCjT'RS au peuple
sion ; vous ne tenez qu’un fantôme et vous êtes plus loiii du bonheur que jamais. lié ! de quoi vous applaudii icz vous ? D’un bout du royaume à l’autre, l’Etat est en travail et en convulsions; vous êtes dans l’infortune, vos ateliers sont déserts, vos manufactures abandoimées, votie commerce est dans la stagnation, vos finances sont ruinées, vos troupes sont débandées ; vous vivez dans l’anarchie, et pour surcroît de calamité, c’est en vain que le oiel a eu pitié de vous, c’est en vain cpi’il vous a ouvert les trésors de la fécondité. Vous n’avez échappé aux horreurs de la famine que pour éprouver la disette au sein même de l’abondance.
Encore, si vous touchiez au terme de vos maux ; mais ils ne feront qu’empirer. Les beaux jours fuient avec rapidité ; bientôt la rigueur de la saison ajoutera de nouveaux besoins à ceux qui vous consument ; le gain des ouvriers et des maîtres .liminuant peu à i)eu avec la longueur dos journées, ajoutera à la mi.sère commune ; des légions de domestiques, mis sur le pavé, augmentèrent la foule d( s indigents ; et l’affreux désespoir poussant au crime les malheureux qui manquent de tout et que la soeieHé abandonne, changera la capitale en un repaire de voleurs et d’assassins.
Quel sort vou.s attend ! Les ennemis crm Is acharnés à vous perdre, ne cessent de vous tendre des pièges ; jour et nuit ils s’clïorctint de vous entraîner dans tous Ls désordres, de vous accabler d’inquiétudes et d’alarmes, de vous fatiguer de votre indépendance, de vous faire seniir les mau.x de l’insubordination, de vous faire regretter l'esclavage et de vous réduire à chercher dans les bras d’un maître le repos, l’abondance et la paix.
Si du moins le Sénat national mettait fin à vos mallieur.s par la régénération du rcyaint.e. Jlais, ô l''uleur ! depuis longtemps vos ennemis y siègent avec sécurité ; ils ont trouvé moyen de s’y faire des eréatures, et de tourner conti'e vous vos propres défenseurs. ]>a plupart de ses députés n’a3ant à vous offrir qu’une fidélité incorruptible gardent le silence, tandis qu’une poignée d’orateurs ambitieux, verbeux et bruyants, consumant les jours en vains débats, tirent les affaires en longueur ])our ne rien conclure, et semblent cher-
^lAR \T
cher à vous enlacer dans les liens d’une politique cai)tieuf
Le voile enfin tombera... Déjà quelques provinces fo' éclater leur mécontentement ; l’Etat est sur le point d’êt décliiré. La capitale, qui no subsiste que par le luxe et 1 vices, pourra bien redemander un maître, et peut-être verr t-on quelques ambitieux prodiguer l’or pour se saisir d rênes flottantes du gouvernement. Mais les provinces, pcf dues pour le monarque, s’érigeront en républiques. S’il 01 conserve quelques-unes, il combattra bientôt pour conquérjj les autres, et nous serons replongés, pendant une longiji suite de siècles, dans les horreurs des guerres civiles q’ désolèrent autrefois la France. O ma patrie ! à ras]iect di malheurs qui t’accablent et te menacent, mou cœur se fen)i de douleur, dos larmes do sang coulent de mes yeux. j.
Cessons de nous plaindre : les maux cruels qui nous foi; gémir sont notre ouvrage, les fruits amers de notre dépri vation. Qu’attendre d’un peuple d’égoïstes qui n’agisseï que par des vues d’intérêt, qui ne consultent que leurs pa sions, et dont la vanité est l’unique mobile ? Ne nous abi sons plus : une nation sans lumières, sans mœurs, sans verti; n’est pas faite pour la liberté. Elle peut bien rompre un mi ment ses lois, mais peut-elle éviter de les reprendre ? et elle n’est pas enchaînée par la force, elle le sera infaillibl ment par la fourbe. I
Insensés que nous sommes, nous fermons l’oreille au sages qui cherchent à nous réveiller de notre léthargie, (i nous l’ouvrons aux fripons adroits qui cherchent à nor. endormir. Ah ! s’il nous reste encore quelque espoir, sor tons, sortons de notre fatale sécurité, découvrons l’abîm ouvert sous nos pas, mesurons-en la profondeur et travail Ions à le combler avant qu’il nous ait engloutis.
Réfléchissons-y mûrement. Jamais la machine pofitiqu no se remonte que par des secousses violentes, comme le airs ne se purifient que par des orages. Rassemblons-nout donc sur les places publiques, et avisons aux moyens d sauver l’Etat : mais hélas ! pourrions-nous les méconnaîtrj
encore ? . La source de nos malheurs actuels, c’est qu
les conseils do ceux qui nous gouvernent sont et trop nom : breux et trop dépourvus do sages ; les cohues ne serven i
DISCOURS AU l’EUI’UE
; u’à jeter partout le désordre ; et les a'ubitieux, les vicieux, «s sophistes soudoyés ne sont bons qu’à nous perdre. Por- )ns enfin la cognée à la racine. — Le seul moyen de tarir lit, source de nos maux, c’est de purger nos comités des omraes dmt les principes sont suspects ou dangereux, des ommes qui tiennent quelque place, quelque pension du (ouverneraent. Requérons aussi le Sénat national de se urger lui-même : que son premier décret déclare inhabile siéger tout homme qui tient quelque bienfait de la Cour, fU qui fait une spéculation de la gloire de servir la patrie ; ue tout mem'ore qui a une place ou une pension du Prince j)it invité à les remettre ; que chacun s’engage d’honneur t ne reoevfir aucune laveur de la Cour, que dix ans après 'sxpiration de la législature dont il fait partie. Si le Sénat ■fuse di se purger, que les pouvoirs des députés dans lesiiels on ne peut plus prendre confiance, soient révoqués ir leurs commettants, et qu’à leur place soient appelés [es hommes d’un vrai mérite.
Les Etats actuels ont été formés sur les mauvais jirincipes le la féodalité ; aujourd’hui qu’il n’y a plus dans le royaume l’un seul ordre de citoyens, que la hiérarchie sacrée et la iblesse n’y siègent plus comme classes privilégiées, cju’on y ad nette que ceux d’entre eux cpii ont fait ])reuvo de le patriotique, et cpio l’assemblée nationale, réduite au uart, soit uniquement composée d’hommes éclairés et verleux.
PROFE.SSfüX DE EOl DE MARA'l’
On m’écrit de tous côtés cpie cette feuille cause beaucoup ! scand vie ; les ennemis de la patrie crient au blasphème ; les citoyens timides qui n’éprouvèrent jamais ni les élans 3 l’amour de la liberté, ni le délire de la vertu, pâlissent à lecture. O 1 convient que j’ai raison d’attaquer la faction 'rrompue qui domine dans l’Assemblée nationale, mais i voudrait que ce fût avec modération : c’est faire procès un soldat de se battre en désespéré contre do perfides memis.
PeTÜ-être <wssi me juge-t-on avec un peu de légèreté, sans dont*! on oliangerait d’cpinion si l’on connaissait faits. En voici qu’il est bon de ne pas oublier. Tant que cru voir dans l’Asscinblce nationale des citovens dévo au service de l’Etat, j’ai eu pour elle le respect qu’inspin les vertus publiques. Tant que j’ai cru voir dans l’Asse blée nationale un désir soutenu, mais peu éclairé, d’al au bien, j’ai eu pour elle tous les égards que mérite la loyau j’ai travaillé à la rappeler aux bons principes, et, craii de diminuer la confiance des peuides, je lui ai adressé dir tement mon travail. Mais lorsque j’ai vu l’assemblée po suivre avec opiniâtreté un plan d’opérations funestes, j fait l’acquit de ma conscience en lui adressant publiqueme mes observations. Enfin, lorsque je n’ai pu me dissimu le dessein criminel qu’a formé la faction ennemie de sacrif la nation au prince et le bonheur public à la cupidité d’u poignée d’ambitieux, toute espèce de considérations s’e évanouie ; je n’ai vu que le danger de la patrie, son sal est devenu ma loi suprême, et je me suis fait un devoir répandre l’alarme, seul moyen d’empêcher la nation d’êf précipitée dans l’abîme.
Alt demeurant, je dois ma profession de foi à mes lecteur je vais la leur faire avec la franchise d’un homme qui i sait point dissimuler; mais je n’y reviendrai plus. Je l prie de s’en souvenir. — La vérité et la justice sont m seules divinités sur la terre. Je ne distingue les- homm que i)ar leurs qualités personnelles ; j’admire les talent je respecte la sagesse, j’adore les vertus ; je ne vois dans ]' grandeurs humaines que les fruits du crime ou les jeux ( la fortune : toujours je méprisai les idoles de la faveur, i n’encensai -jamais les idoles de la puissance : de quelqui titres qu’un potentat soit décoré, tant qu’il est sans mérit il est p U de c h ise à mes yeux, et tant qu’il est sans vertu il n’est à mes yeux qu’un objet d.- d'diin.
Les bons patriotes craignent que ma feuille ne soit su] primée. Ci serait d)nc par les suppôts du d sp alisme : o je les d’fi d’oser y toucher; ils savent combien peu je k crains, et je ne les crois pas assez imbéciles pour sc déclan ds la sorte ennemis du bien public, et traîtres à la patrii
SUR LES dettes DU UOUVERNE.MENT
j;Us iiu combat d3 discusbions épineuses le peuple a tout ¥;raind:e djs artifices de ses ennemis, et il n’a rien à espérer |i ses forces, de son courage, de son audace; il sera pris ’î piège s’il no l’aperçoit; il lui faut diiic djs hommes versés Lns la P ditique, qui veillent jour et nuit à ses intérêts, défense dj ses droits, au soin dj son salut ; je lui consarTai tous mes instants.
-En combattant contre les ennemis de l’Etat j’attaquerai (us ménagement les fripons, je démasquerai les hypo-
I.tes, je dénoncerai les traîtres ; j’écarterai dss affaires ibliques les hommes avides qui spéculent sur leur faux le;. les lâches et les inex)tes, incajiables de servir la xratsie ;
1 hommes suspects, en qui elle no peut prendre aucune nfiance. Quelque sévère que soit ma plume, elle ne sera jdoutable qu’aux vices, et, à l’égard même des scélérats, le respectera la vérité ; si elle s’en écarte un instant x>our esser l’innooence, qu’on jrunisse le téméraire, il est sous main de la loi.
.Je sais ce que je dois attendre de la foule des méchants jie je vais soulever contre moi ; mais la crainte ne i)eut pn sur mon âme, je me dévoue à la patrie, et suis prêt à l.rscr pour elle tout mon sang.