‹ MaratChapitre 5 sur 92 · II · texte numérisé non relu

II

N’OTICE

Nous allons passer en revue ses principaux ouvrages en ce genre, ouvrages qui sont l’explication de scs combats et de sa vie et qu’il ne fera que défendre ou développer dans l’Ami du peuple.

L(^ Projet de déclaration des Droits de l’Homme et duCitoyen en est comme une sorte de résumé.

L'homme étant né pour vivre a droit à tout ce qiii est nécessaire à son existence : il peut donc s'approprier tout ce qui lui est utile et « arracher à un autre le superflu dont il regorge... Plutôt que de périr de faim, il a droit deVégorger et de dévorer ses chairs.)-)

A ce droit de vivre viennent se joindre celui de légalité ainsi que ceux concernant la liberté de la résistance à l'oppression.

«Je ne dois obéissance à la société, écrit-il, qu' autant qu'elle m'assure mon bonheur, sinon je dois me révolter. »

La limite tracée à chaque individu s'arrête là où commence celle du prochain.

La Société, quelle que soit son organisation, se nomme Corps Politique : le gouvernement de tous par tous étant impossible, tout citoyen jouira du droit de vote pour élire des représentants qui 7i’ exerceront qu'une simple commission et seront toujours révocables en cas de trahison. Pour l’armée, Marat demande létahlissement de milices, avec artillerie et train de guerre. 71'ohéissant qu'aux municipalités ; en religion, il reconnaît la nécessité d’une religion d'Etat, ma'ts « la société doit tolérer toute religion excepté celle qui la sape ».

L'ordre social consistant dans des droits égaux, tout ce qui vient troubler l’ordre social doit être écarté. D’où, la nécessité d'une Législation Criminelle.

Mais les lois qu'édicte la société ne seront justes qu'à la condition de n'être pas en opposition avec celles de la nature et d'être ! applicables à tous les membres de l'Etat. Ainsi l’homme ayaiit le j droit de vivre, le gouvernement doit se préoccuper du paupérisme \ auqùél il remédiera par la création d'ateliers nationaux. C'est \ déjà le fouriérisme et le saint-simonisme, mais avec cette restric- | lion que Marat ne crée pas un système et n'embrigade personne.

Passant à l'examen des délits, Marat pose quelques principes : il reco7inait la nécessité de la peine de mort dans certains cas, mais non accompagnée de cruautés inutiles. Il la repousse dans les crimes contpe la propriété, parce que, dit-il, « il n'y a pas de proportion entre le prix de l'or et celui de la vie ». j

.Sl'K MARAT

Mil

Il veut que les preuves soient acquises de manière << à ne blesser )ti la justice ni la liberté et à concilier Vhumanité avec la sûreté de la société ». Les jugements seront publics, les prisons fortes mais saines; « les fers empêcheront de fuir le prisonnier, mais sans l'accabler ».

Un des premiers, il plaidera la cause de la femme que l'indigence a poussée à trafiquer de son honneur. Nous l'avons déjà vu réclamer la tolérance dans les questions religieuses, mais, chose bizarre, il reconnaît au législateur le droit « d'engager les sujets à se conformer à la religion en favorisant la profession publique du culte extérieur » ; à mérite égal il préférera pour les emplois de confiance « ceux qui la suivent » . N’’ est-il pas surprenant de voir le libertaire Marat partager à ce point la foi religieuse de son siècle ?

Telles sont les maximes fondamentales sur lesquelles Marat s'appuiera pour combattre l’ordre des choses de l’ancien Régime. L’Ami du Peuple, rédigé à la hâte, au jour le jour, suivant les besoins du moment, tantôt exaltant celui-ci, tantôt vilipendant celui-là, ne sera que la mise en action des doctrines que nous venons d’examiner.

De Septembre 17S9 au 14 juillet 1793, il rédigera seul ces pages endiablées où il tint en échec toute la Constituante. L’Ami du Peuple, c’est le document le plus précieux, le plus indispensable à qui veut connaître à fond l’histoire de la Révolution. C’est là qu’il faut aller chercher l’interprétation des decrets des diverses assemblées, c’est là qu’il fcHit voir dévoiler au grand jour les tentatives contre la République. On y retrouvera l’écho des intrigues d’alors, des luttes de parti, les dissensions intestines.

Marat, nous l’avons vu, a été l’objet des attaques les plus violentes : quelques-unes, comme le reproche de charlatanisme ou d’ignorance, doivent être retéguées au nombre des calomnies politiques. Mais s’il en est d’autres encore,dont on pourrait le disculper n’en est-il pas aussi du moins quelques-unes qui soient fondées ?

De son vivant meme, ses ennemis lui reprochèrent d’être vendu. C’est monnaie courante dans les querelles politiques. Seidement on se demande à qui cet homme, qui dut recourir à la bourse de Simone Evrard et qui vécut dans des caves aurait bien pu se vendre pour être aussi mal rétribué 1 Ce n’est certainement pas à V Assemblée ni à la Couronne contre lesquelles il a vomi toutes

NOTICE

sortes d'iHjures.Esl-cc au clergé,comiHC on Va répéiédesontemps? Ou en est encore à en découvrir la preuve. .Ih ministère ? Mais il ne cesse de le représenter comme un, ennemi de la démocratie.

banquiers et aux financiers? Mais les accapareurs de blé à la suite de ses attaques tombèrent dans le mépris public. Vraiment, on ne sait qui citer. Non, Marat id était pas à vendre et ses façons << d'animal indécrottable » ne sont pas un argument en faveur d'une prétendue rénalité.

La haine, une haine trop souvent injustifiée co)itre tous et contre tout, des violences que rien n'arr&te voilà bien les traits les p)lus repoussants de son caractère. Nous l'avons vu s'attaquer à Monge, à, Lavoisier ; Mirabeau, Bailly, La Fayette, Condorcet, à des titres divers, ont aussi essuyé de sa part les 'injures les plus atroces. Mais comme si toute affirmation sur Marat devait amener une objection contraire, on le vit à certains jours encenser La Fayette, rendre justice ce Bailly et envoyer une lettre d'excuse au sieur La Scdle qu'il avait injustement accusé. Ne serait-ce donc pas tout simplement qu'il louait ou attacqvait suivant les -actes de tel et tel individu en telle ou telle circonstance, sans avoir toujours une opinion bien ferme sur ses contemporains.

Reconnaissons d'ailleurs que la haine lui fit parfois deviner juste; six mois à l'avance il avait prédit la fuite de Varenne et celle de La Fayette. Dès Mars 1792, il prédit la trahison de Duniouriez.

Reste la grosse question de Marat, encourageant, poussant au massacre et particulièrement son rôle, en septembre 1792.

Tous les historiens ont traité Marat de bête féroce, et Michelet l'a nommé << l'apôtre du massacre ». Il commença par exiger 500 ou 600 têtes pour sauver la République et finit par en demander 500.000.

Les arguments présentés pour sa défense par ses apologistes ne semblent pas bien convaincants. Quand on demande à l'un d'eux pourquoi Marat ne préconisait pas l'exil ou la prison au lieu de la mort, il répond avec quelque naïveté : « C'est que de l'exil et de la prison on revient parce que toutes les autorités sont ■sœurs et que par prévoyance elles gracient » Etait-il donc absolument nécessaire que les accusés ne revinssent pas un jour, le danger passé et la république solidemeyit établie? Et d'autre part ces torrents de sang ont-ils empêché Brumaire? .Jusqu à quel point même ne l'ont-ils pas préparé ?

SCll MAEAT

« Murat voulait nous prouver que c'était un calcul très humain d' égorger dans un jour 2G0.000 hommes. Sans doute, il avait de la prédilection pour ce nombre, car depuis il a toujours demandé exactement 200.000 têtes ; rarement il allait jusqu'à 300.000. »

Pour ce qui est des 500.000 têtes qu'aurait réclamées Marat, certains allèguent n'avoir jamais rien trouvé de tel dans l’Ami du Peuple.

PouHant Barbaroux dit expressément dans ses Mcmoiri s :

NOTICE SUK MAEAT

D'autre 'part, à V AssetrMée, Marat était publiquement traité d'assassin par les députés. Corning un jour, on refusait de l’écouter ;

«Je demande, s’écria Gambon, d’entendre le crime aussi bien que la vertu ! »

Les plus récentes histoires de France, s’appiuyant sur les dernières investigations, font retomber sur la tête de Marat les crimes de septembre. « Au 2 septembre, lit-on dans l’une d’elles, peutêtre le sang n’aurait-il pas cmdé sans un journaliste adoré de la foule qui osa demander dans son journal une exécution en masse. Marat déclara que le seul moyen de sauver la patrie, c’était de tuer les prisonniers. Il se procura un poste d’action en se faisant admettre au Comité de Surveillance de la Commune. Il fit lancer des arrêts contre Rolland, Brissot et trente députés. Marat, le 3 septembre, rédigea une circulaire pour conseiller à toutes les communes de suivre l'exemple de Paris. Il réussit à en faire envoyer ■quelques unes avec le cachet du ministre. La Commune désavoua cette circulaire (1). •»

Quidonc,dans ces conditions,hésiterait à se rallier au jugement de Michelet quand il dit ;

« Quel que soit l’objet de ces emportements, qu’on le suppose ou non coupable, ils n’avilissent pas moins celui qui s’y livre. Ce ne sont pas là les graves, les saintes fureurs d’un cœur vraiment atteint de l’amour de la justice. On croirait plutôt y voir le délire 'd'une femme hors d’elle-méme, livrée aux f ureurs hystériques ou près de V épilepsie. »

Que Marat ait été l’apôtre du meurtre, la chose semble bien certaine et c’est là la tache infamante qui souille à jamais son nom, mais ce qu’il faut reconnaître, c’est que Marat fut un sincère et lin incorruptible.

On peut dire avec Kropothine (2) qu’il mit ses actes d'accord avec ses paroles et qu’il ne se contenta pas comme tant d’autres d’une révolution théorique.

(1) Histoire générale de Lavisse et Rambaud.

(2) La Grande Révolution, 19U9.

BIBLIOGRAPIIIE DES ŒDVRES DE MiRAI

Essay on Man, 1773 ; traductiou française, 1775. — The ehains of slavery, 1774 ; traduction française. 1778. — Lettres Polonaises, 1774; rééditées sous le titre Un Roman de Cœur par le bibliophile Jacob. — Découvertes de Marat sur le Feu, l'Electricité et la Lumière, 1779. — Recherches sur l’Electricité, 1782. — Notions d’Optique et Electricité médicale, 1784. — Lettres de Vobservateur Bon Sens, 1785. — Traduction de lOptiqiie de Newton, 1787. — Mémoires Académiques, 1788. — Plan de Législation criminelle, 1789. — Offrande à la Patrie

(et supplément) 1778. — Droits de VTIomme et du Citoyen,

Collection do \'Ami du Peuple, 6 vol.

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