‹ MaratChapitre 56 sur 92 · CORRUPTION DE L’ASSE.MBLEE NATIONALE · texte numérisé non relu

CORRUPTION DE L’ASSE.MBLEE NATIONALE

C'est une maxime bien fausse, de croire qu’il faille toujours dissimuler les maux de l’Etat et cacher la profondeur de ses plaies ; car si ceux qui tiennent les rênes du gouvernement sont toujours intéressés à combler la mesure des calamités publiques ; si les représentants de la nation sacrifient presquetoujours ses intérêts à leur ambition ou à leur cupidité, et si le peuple seul veut toujours le bien, comment le porter à chercher le remède à ses maux, quand on lui dissimule les dangers de son état ? Je n’aurai donc point de secret pour le public, et quoi qu’il arrive, je déchirerai le voile dont on couvre l’abîme où l’on cherche à nous précipiter.

Cv)RRUPTION DE l' ASSEMBLÉE NATIONALE

Tout ce qui s’est fait à l’Assemblée nationale depuis huit

Iours peiit être contenu dans une page, aux règlements près jui fixent le traitement des ministres de la religion. A l’oureriire de chaque séance, ce sont toujours de ridicules adresses l’adhésion aux augustes décrets, suivis du serment de les déendre jusqu’au dernier soupir; indiscrète adhésion, serment éméraire d’une aveugle multitude, incapable de distinguer lans l’ouvrage du législateur ce qui est digne d’éloges, de ce qui st digne de blâme. Sans doute les décrets faits pour le bonheur lublic doivent être maintenus au prix de tout notre sang, inai.s eux qui enlèvent aux citoyens leurs di'oits sacrés, et ceux qui acrifient au monarque la souveraineté de la nation, doivent tre proscrits avec la même ardeuj-,

Peuple inconsidéré, ce n’était donc pas assez pour ruiner ta ause et t’arracher le fruit do tes victoires, de l’avarice, de la apacite, de i ambition,, de la haine, de la l'age, de la fureur (jiii •évorent le sein des députés des ordres abolis ; ce n’était ]ias ssez de leurs intrigues, de leurs menées, de leurs complots, de |3urs trames odieuses ; ce n’était ))as assez de la vénalité, de astuce, de la perfidie, de la trahison de tes propres représenaiits; il fallait encore que ta crédulité, que ta sotte confiance. UC tes adulations, que ton idolâtrie encourageassent au crime t poussassent a\ix derniers attentats une lâche majorité prosituée à la cour ; il fallait encore que son ingratitude envefis te.s dcles représentants te fit comjitcr ])our rien leurs généreux fforts et leurs réclamations. Ah ! je le vois tro]), c’en est fait es intérêts de la liberté pendant le reste de cette législature, ourd à la voix des remords et de la pudeur, elle suit avec opiiàtreté ses noirs projets ; n’attendez plus d’elle que fausses romesses, bienfaits illu.soires, pièges, prévarications et perfiies ; sans cesse des comités vendus forgeront des projets de éorets funestes, qu’elle ado])tera avec acclamation ; sans esse elle entraînera le ])euple de chute en chute juseju’au molent de sa dissolution...

Jugeons de l’avenir p>ar le présent et le 2)assé. Vous verrez îtte assemblée rien moins ([u’auguste, au moment où elle Perchera à organiser le pouvoir judiciaire, mettre tous ses )ins à éviter l’institution d’un vrai tribunal d’Etat, et se donner wdc de le composer d’un petit nombre de patriotes distm-

JIAKA'l'

gués comme l’exigerait le salut de la patrie... Vous la verre imposant silence aux spectateurs témoins de prévarication' enlever aux électeurs le droit de surveiller le pays, le droit (•! destituer ceux qui seront suspects, le droit de punir ceux qi, seront corrompus.

Vous la verrez aussi, l’Assemblée nationale, au momei ou elle cherchera i\ organiser l’armée, mettre tous ses soins enlever aux soldats le droit incontestable qu’ils ont de nommd leurs officiers, de les surveiller, de les contrôler, de les destituer ou si elle craint de le leur enlever, vous la verrez afïranch les troupes do ligne du pouvoir eivil, attribuer à un consel de guerre la reconnaissance des délits qui n’appartient qu’au' tribunaux, soumettre à l’état-major le jugement des aot(< d’indiscipline et des abus d’autorité, qui n’appartient qu’à ir conseil nommé par le régiment et remettre dans les mains d ministre le dur joug sous lequel le soldat gémit depuis si lonj temps.- I

C’est ainsi que, dans l'organisation des municipalités, el s’est étudiée à enlever à la commune le droit incontestabl qu’elle a de toujours rester assemblée ou de s’assembler toute 1 les fois qu’elle juge à propos pour s’occuper des affaires publ j ques ; le droit do surveiller, de contrôler, de destituer, de r< -j primer, de punir ses mandataires, droit essentiel, sans lequéj tous les autres ne sont qu’illusoires. Le moyen d’en être sui J pris ! Elle s’est bien attribué à elle-même ceux que la' natiol a sur ses représentants.

Page 1