‹ MaratChapitre 57 sur 92 · PLAIDOYER POUR LES INVALIDES · texte numérisé non relu

PLAIDOYER POUR LES INVALIDES

Rien n’est mieux pour démontrer combien nous somme loin de la liberté et combien les agents comptent sur le réts blissement de l’ancien régime, que l’impudence avec laquell ils se jouent des lois, que l’audace avec laquelle ils foulent au p»ieds les décrets de réforme, que l’impunité avec laquelle il poursuivent leurs anciens errements ; on dirait qu’ils n’ont ei mxe que de nous faire sentir à quel point nous sommes escls ves ; encore si les citoyens qui ont le mieux mérité de la patri n’étaient pas leurs plus tristes victimes ! Voyez les invalides

l’ami du peuple a CAMILLE DESMOULINS 75

-il une âme honnête et sensible qui ne soit touchée de comi.ssion pour ces militaires surannés, ces infortunés serviteurs la patrie, que l’Assemblée nationale abandonne sans pitié .eurs tyrans, tandis qu’elle accumule sans pudeur des sommes ormes sur la tête des gros bénéficiers, et que des orateurs dis populaires n’ont pas honte de prostituer leurs talents encourager cette scandaleuse prodigalité, en plaidant le bein des délices mondaines, devenues nécessaires à ces sybaes par une suite de l’éducation et de l’habitude?

Mais quoi ! une coiffeuse empochera chaque année deux ille livres pour avoir donné un coup de peigne au dauphin, ndis qu’un brave soldat, criblé de coups, obtient à peine ais louis annuellement ! Un baladin de la cour touchera dix ille livres annuelles pour quelques cabrioles, tandis que le vinqueur d’une ville obtient à peine quarante-quatre livres 1 pension ! Et que ne dirions-nous pas, si nous faisions voir • fameuses catins do la cour, gorgées d’or pour quelques seroes honteux rendus à IMessaline, tandis que le pauvre peuple, li fournit à ces profusions, languit dans la misère !

Frappé do ces objets effroyables, le comité des pensions a ugi de voir 59 millions enlevés aux laboureurs et aux arti- ,ns pour engraisser les flagorneurs du prince, les suppôts et s satellites de l’autorité, les servantes et les valets de la cour. U a senti la nécessité de réduire ces pensions et d’accorder ifin quelques petites gratifications aux soldats de l’Etat. Au mt de trente ans de services, vous pourrez donc espérer aves guerriers, quelque faible rétribution, et à l’âge de soiinte-dix ans, lorsque vous n’aurez plus d’organes pour jouir, rsque votre sang sera glacé dans vos veines, lorsque vous rez mort au monde, vous recevrez en retraite vos minces ipointements, si toutefois ils ne vous .sont pas retenus alors, mime aujourd’hui, par vos indignes officiers.

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