‹ MaratChapitre 61 sur 92 · POUR QUE LE PEUPLE SOIT LIBRE ET HEUREUX · texte numérisé non relu

POUR QUE LE PEUPLE SOIT LIBRE ET HEUREUX

uneste qu’elle a formé de rendre au luonarque le pouvoir abiolu. Et quand tous ces décrets odieux ne saperaient pas à )etit bruit l’édifice de la constitution qu elle a élevé, ce noir >rojet devrait jeter l’alarme dans les esprits et détruire à amais tous ses titres à notre confiance.

Oui, c’en est fait, l’Assemblée nationale ne fera plus rien l)Our le bonheur des ])euples, pour le triomphe de la liberté ; a sécurité a commencé sa défection, la flagornerie l’a consomnée. De tous les coins du royaume sont arrivées des adresses l’adhésion à ses décrets ; adresses où l’on encense sa sagesse, lù l’on bénit sa bienfaisance. Mais si elle fit jamais quelque ■hose digne d’éloge, rendons grâce aux fureurs de la populace le.s faubourgs de Paris. Sans les têtes abattues de Launay, le i'Iessclks, de Berthier, et do Foulon, aurions-nous aujourd’hui une déclaration des droits de l'homme ? et les premières atteintes auraient-elles été ))ortées à la tyrannie féodale ?

Sans les têtes abattues de quelques satellites royaux, les biens du clergé seraient-ils rentrés dans les mains de la nation, et la réforme des abus de ce corps gangrené aurait-elle eu lieu ?

L’opinion publique était trop soulevée contre les ordres privilégiés ; l’impulsion est donnée ; le législateur ira donc jusqu’au bout ; il achèvera de démolir la forteresse gothique de la féodalité ; mais n’attendez rien de ]>lus et ne vous flattez pas de voir élever sur ses ruines le temple de la liberté .

Ces hommes, qui ont décrété la déclaration des droits du citoyen, sont les mêmes qui s’efforçaient de dissoudre l’Assemblée avant le 14 juillet 1789, les mêmes qui, depuis le 22 octobre, n’ont cessé de miner les fondements du frêle édifice de la constitution.

Insolents et superbes, tant qu’ils vous croyaient écrasés pour toujours, ils ne voulaient point entendre parler de vous relever, de vous affranchir.

Vous ont-ils vu en armes ? Aussi bas qu’ils étaient arrogants, ils ont été au-devant de vous, ils ont brisé vos chaînes ; ils ont renoncé d’eux-mêmes aux privilèges barbares qu’ils défendaient avec fureur quehiues jours auparavant, et ils ont pris l'engagement de travailler à établir le règne de la liberté et de la justice.

Mais à peine eurent-ils assuré leur inviolabilité, qu’ils ou-

Su

JIAKAT

blièrent Iclirs serment#, nu'ils violèrent eux-mêmes -les droit (le l’homme et du citoyen. A peine la loi martiale fut-elle prc mulguée, que, tapis derrière ce rempart, ils n’ont cessé de tra vailler à vous faire perdre le fruit de vos victoires, à vous en lever vos avantages et à rendre au monarque lepouvoirabsolu

Pour s’être pliés aux circonstances, ils n’en sont pas moin à eraindi-e ; leur cœur n’a ])oint changé, il tst plein de fiel. Ei dépit de leur nouveau serment, n’attendez d’eux que lois cap tiouscs, que règlements funestes ; ils vous parlent des soms d( leur zèle ; ils vous prêchent la souminission ; mais ils ne veulen que vous endormir ; ils ont ceint sur vos fronts le bandeau de respect superstitieux, ils a'Ous remettront aux fers, à moins ipie, honteux de votre sotte crédulité, vous ne vous éleviez contre eux avec fureur. Vou.s élever contre eux ? Ah ! vous êtes trop simples, trop lâches ; restez du moins immobiles et laissez faire au petit peuple. Lui seul les fera rentrer dans le devoir. Au premier signe d’une insurrection générale, ils reprendront avec empressement les sentiers délaissés de la justice, et quelques exéciitions militaires, faites de temps en temps à la porte du Sénat, les garantiiont pour toujours do la contagion de la cour.

11 n’est pas un homme de sens qui ne convienne que c’est là le moyen le plus efficace -de remettre les choses sur un bon pied, d’établir et d’affermir pour toujours la liberté publique. Mais, disent les patriotes pusillanimes, l’Assemblée nationale, toute corrompue qu’elle pniisse êtie, n’est-elle pas notre palladium, notre bouclier, et que deviendrion-nous, si elle était dissoute ? Ils auraient eu raison, il y a treize mois, lorsque le jn-ince était un despote terrible, qu’il avait trois cent mille ' satellites à ses ordres, cpie la nation était sous le joug, et que la capitale, environnée de cinquante mille assassins, était menacée de scènes d’horreur et de carnage. Mais aujourd’hui que le sceptre du despote est brisé, que les soldats des troupes | de ligne sont presqixe tous pour la patrie, et que la nation entière a les armes à la main, qu’avons-nous à craindre, à déployer de l’énergie, à manifester la ferme résolution de ne vouloir être, ni asservis, ni leurrés par nos mandataires ? Si, lors du décret sur le veto suspensif, Riquetti l’aîné, qui le fit passer, avait été honteusement chassé du Sénat national, ce seul acte

LEg HAINES SOULEVÉES CONTRE LUI

SI

, lio justice nous aurait épargnés les funestes deciets de la loi I martiale, de rindépendanee de nos représentants, du marc d’argent, de la contribution directe pour être électeur ou éli- I gible, de la conservation de la ferme, des impôts désastreux I de l’ancien régime, des tribunaux d’exception, de l’érection du Châtelet en tribunal d’Etat, des pensions énormes prodiguées ( aux frères du roi, du douaire exorbitant accordé à sa femme, du plan oppressif de municipalité, du droit de la paix et de la guerre, du serment fédératif et d’une multitude d’autres que l’on verra éclore sur l’organisation du pouvoir judiciaire, de l’armée de ligne et des gardes nationaux.

Un seul acte de rigueur déployé dès le premier par nous ; aurait dispensé d’y recourii jamais. Osons donc nous montrer et tous nos ennemis seront à nos pieds ; ils ne sauraient nous opposer la force, la fourberie est leur seule ressource. Nous n’avons donc rien à craindre que de nous-mêmes, de notre ignorance, de notre crédulité, de notre aveugle confiance, de notre respect superstitieux. Serons-nous doue éternellement de vieux enfa.its ? Quand viei dra le temps où pour juger les hommes, nous commencerons par les dépouiller de tout accessoire imposant ? où le caractère de représentant de la nation ne garantira pas des suites du mépris les traîtres qui en sont revêtus ? où l’appareil de la puissance laissera voir à nu le lâche qu’il environne ? et où l’éclat du diadème n’empêchera pas de voir le manant cpii le porte ? Quand viendra le tenqis où nos hommages seront réservés aux talents, et nos res((e( ts à la vertu ?

Page 1