LA NOUVELLE ASSEMBLÉE
11 est certain que réassemblée nationale actuelle renferme cois partis. L’un est compo.oé de chauds patriotes, de vrais mis de la libeité, (pii ne dcsi’ c nt que le bonheur de la nation t qui ne veulent d’autro récompense de leurs travaux que 1 gloive de les avoir consacrés au lien public. L’autre est omposée de ces hommes à préjugés ejui n’ont pu encore îcouer la crasse de leur éducation, qui ne conçoivent pas I majesté nationale, et cjui continuent à s’humilier devant 5S favoris de la fortune ; de ces endoi meurs publics qui ne edoutent rien tant au monde que les commotions politiques apables de déranger leur bien-être ; de ces égoïstes toujours inpressés à courir après la fortune et toujours prêts à lui acrifier le devoir et l'honneur. Enfin le derniir renferme ous les esclaves ministériels qui infectent le sénat ; hommes ans foi, sans loi et sans pudeur, cpii se prostitueraient aux olontés de la cour pour le moindre sourire, et qui traînaient leur patrie, leurs amis et leurs pères ]>our la ])lus légère aveur. Dans cette classe sont presque tous les députés do ’aris, les Crète t, les ïhorillon, les Hérault, les Mulot, les lodard, les Boscari, les Quatremère, les Debry, les Moneron, is Broussonet, les Caritat (Condorcet), les Lacepède, les louvion, les Cerutti, les Pastoret.
Je serai à la piste de toutes les meDc>es de ces lâches enemis de la patrie ; je dévoilerai au grand jour toutes leurs urpitudes ; j’appliquerai sur leur froirt le cachet de l’opprobre t je les dévouerai à l’exécration publicme comme j’en ai gi avec leurs infâmes devanciers, les Mouirier, les Target, )s Thouret, les Tronchet, les Goupil, les Emmery, les Pru-
gnou, les Rcigni r, les Rognaull, les Menou, les Sieyès, 1 ■ Rabaut, les Bailly, les Duport, les Lameth, les Barnae ; les Riquetli, les Motier, les d’André, noms trop fainei:| pour le malheur de la France, mais que le mépris des peuplai suivra partout, de quelques dignités que ceux qui les porte;'| soient jama's revêtus. '
Je ne serai pas moins soigneux à démasquer les faux p 'j triotes qui clierclicront à se mettre en montre pour se fai,l acheter, les petits intrigants qui s’insinueront dans les cornit;! pour se faite valoir, les fourbes adroits qui n’épouseroi 1 la cause du pieuple que pour capter sa confiance et trafiqui i impunément de ses intérêts. |
Enfin je me ferai un devoir sacré de rendre justice ai |{ vertus civiques des vrais défenseurs de la patrie eu de relevi ë leurs généreux efforts, mais sans jamais leur accorder ui I confiance aveugle, sans jamais leur prodiguer l’éloge. Sai j doute il est nécessaire de soutenir leur courage pendai | qu’ils parcourent leur pénible carrière, mais c’est au boi j qu’il faut les attendre pour les couronner.
LE PEUPLE A MANQUÉ LA RÉVOLUTION
Depuis trois ans, nous nous agito is pour recouvrer noti liberté, et cependant nous en sommes pdus éloignés qu’a premier jour ; jamais nous ne fûmes pilus asservis.
La révolution ayant tourné contre le peuple, est pour b le plus grand des malheurs. La liberté qu’il regardait comni le principe de tous biens, est devenue dans l’Etat une sourd: intarissable de violences, de désordres, de désastres, cl calamités. Dès l’origine, la révolution n’a été pour la cor et les suppôts qu’un motif éternel de siduction, de capti tien, de corruption, de machinations, de pièges, d’attentati d’assassinats, d’empoisonnements, de complots désastreui Bientôt elle fut pour les intrigants une occasion perpétuel! d’hypocrisie, d’astuce, ue menées, a’artifices, de vénalii: de bassesse et de crimes. Elle devint peu après pour les feno tionnaircs publics, un sujet toujours nouveau c.e vexatio; et d’oppression. Elle n’a été pour le législateur iui-mênii
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qu'une occasion de prévarications, de fourberies, de'^ friponneries, de perfidies, de tyrannies. Et déjà elle n’est plus pour les riches et les avares qu’une occasion de gains illicites, de monopoles, d’accaparements, d’usure, de fraude , de spoliations ; affreux brigandages qui ont ruiné le peuple et placé la classe innombrable des indigents entre la crainte de périr ele faim et la nécessité de se vendre.
De tout temps, les hommes furent des tigres, les uns à l’égard des autres. Sous l’ancien régime, nous avions pour maîtres et le des])ote et ses agents et ses valets, qui nous dépouillaient et nous ojiprimaient à l’envi, mais la loi nous laissait la défense naturelle et nous permettait la plainte. Sous le nouveau régime, la loi e|ui devrait nous eléfendrc, ne sert qu’à nous opprimer : nous n’avons plus de maîtres, mais nous gémissons sous la verge de fer de nos propres mandataires, nous sommes livrés sans défense à la merci de nos propres agents ; et ce qui est le comble de l’horreui, ils nous accablent au nom de la justice, ils nous chargent de fers au nom de la liberté ; ils nous empêchent de dévoiler les traîtres qui abusent de nos ])Ouvoirs pour nous perdre : ils nous punissent de résister aux prévaricateurs qui abusent de nos forces pour nous oirprimer ; ils nous font un crime de la défense naturelle, ils nous interdisent tout murmure, ils nous défendent juseju’à la plainte. Grâce aux institutions perfides de nos chargés de x>ouvoir, jamais nous n’eûmes autant de sujet de nous plaindre de nos anciens tyrans que nous en avons aujourd’hui de nous récrier contre la barbarie de nos propres délégués. Insensés que nous sommes ! consumerons-nous donc la vie entière à nous garantir des atteintes de nos ennemis du dedans et du dehors, à nous défendre des attentats des fonctionnaires publics, et à gémir sous les coups de nos oppresseurs pour tomber enfin, épuisés de veilles, d’ennuis, de cliagrins et de misère, après avoir souffert sous le prétendu régime de la liberté plus de maux cent fois que nous n’en avions à redouter sous celui du despotisme ?
Ne craignons pas de le redire, nous sommes plus loin de la liberté que jamais ; car non seulement nous sommee esclaves, mais nous le sommes légalement, par une suits
(le la perfidie do nos législateurs, doTcnus les complices d’.i i despotisme réhabilité. *
C’est une folie que do s’obstiner plus longtemps à vou- t. loir ressrisir un bien déjà trop loin de nous ; le peuple est > mort, et pour lui la liberté est perdue sans retour. Mais avant ' • de quitter la partie, du tond du théâtre où nous sommes ' ])lacés, considérons encore quelques moments la scène, examinons le jeu des acteurs, les affections des spectateurs > et recherchons les principales causes qui se sont opposées ^ parmi nous à l’établissement de la liberté, après que nous t eûmes un instent terrassé le despotisme.
Jetez un cou]) d’œil sur le théâtre de l’Etat. Les décora- i, tions seules ont changé, mais ce sont toujours les mêmes s acteurs, les mêmes masques, les mêmes intrigues, les mêmes l ressorts : toujou .s un despote er vironné de suppôts, tou. 1 jours des ministres ve.xateuis et oppre;ssevrs ; toujours un * législateur unique; toujours des dé] ositaires de l’autorité i infidèles et prévaricateurs ; toujorus des courtisans avides, ( rampo.iits, oppresseurs et maehinateurs ; Toujours de petits ' J ambitieux, d’effrontés intrigants, de lâches hypocrites ; toujours des hommes dévorés de la soif de l’or, et sourds à la VOIX du devoir, de l’honneur et de l’humanité, — poursuivent les faveurs de la fortune, au mépris de la justice, et cherchent à s’emparer de tous les emplois aux dépens du mérite. Aujourd’hui les principaux acteurs sont derrière la toile ; c’est là où ils machinent à leur aise avec ceux qui représentent sous nos yeux. La plupart de ceux-ci ont déjà disparu, de nouveaux acteurs se sont avancés sur la scène pour jouer les mêmes rôles; ils disparaîtront à leur tour; d’autres prendront leurs places, et seront remplacés de même sans que rien ait changé dans le jeu de la machine politique, tant que le pieu pile ne sera ni assez claii voyant pour déjouer les fourbes qui le trompent, ni assez courageux pour punir les scélérats qui l’ont trompé. Mais qu’attendre du peuple tant que r os mœurs ne seront pas changées ? Et quel remède contre la contagion invétérée qui a gagné tous les rangs î La première, la grande raison de l’impuissance de nos efforts pour arriver à la liberté, est tirée de la nature même de la révolution.
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Poussés au désespoir par l’excès de la tyrannie, les peuples )nt tenté cent fois de rompre leurs fers.
jlg y parviennent toujours lorsque la nation entière se souève contre le despotisme. Ce cas est extrêmement rare, mais ■ien n'est plus commun cpie de voir la nation partagée en leux partis qui se déclarent l’un pour et l’autre contre le iespote.
Lorsque chacun de ces partis est composé de différentes dasses de la société, celui qui se déclare contre le despodsnie parvient assez facilement a 1 écraser, parce qu il reunit dors plus d’avantages pour l’attaquer, que celui qui le défend l’en a pour le maintenir. C’était le cas des Suisses, des Holandais, des Anglais et des Américains.
Miis cela n’arrive jamais lorsque la plèbe, c’est-à-dire les liasses inférieures de la nation, sont seules a lutter contie les liasses élevées. Au moment de l’insurrection elle écrase bien 'd’abord tout par sa masse, mais quelque avantage qu’e le ait remporté, elle finit toujours par succomber ; car 46 trouvant toujours dénuée de lumières, d’arts, de richesses, d’armes, de chefs, de plans d’opérations, elle est sans moyen de défense contre des conjurés pleins de finesse, d’astuce et d’artifices, contre des macliinateurs éternels, qui ont à leur disposition richesses, armes, munitions, toutes les places de confiance, tous les moyens que donnent l’éducation, la politique, la fortune et l’autorité. C’est précisément le sas de la révolution française ; car il n est pas vrai que la aation entière se soit soulevee contre le despote, puisquil est toujours resté entouré de ses suppôts, de la noblesse, du clergé, de la robe, de la finance, dis capitalistes, des savants, des littérateui-s et de leurs créatures. Si les hommes instruits, aisés et intrigants des classes infériem-es, ont pris d’abord parti contre le despote, ça n’a été cpie pour se tourner contre le peuple, après s’être entourés de sa confiance et s’être servis de ses forces pour se mettre à la place des ordres privilégiés qu’ils ont proscrits. Ainsi la révolution n’a été faite et soutenue que par les dernières classes de la société, par les ouvriers, les artisans, les détaillistes. les agriculteiu-s, par la plèbe, par ces infortunés que la richesse appelle impu. demment la canaille, et que l’insolence romaine appelait
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SCS prolétaires. Mais ce qu’on n’aurait jamais imaginé, c’es qu’elle s’est faite uniquement en faveur des petits propri( taircs fonciers, des gens de lois, des suppôts de la chicane. î
Le plan de la révolution a été manqué complètemeni t Puisqu’elle se faisait contre le despotisme, il fallait commence 'é par suspendre de toutes leurs fonctions le despote et sell agents, conférer le gouvernement à des mandataires di peuple, décréter qu’il y aurait interrègne tout le temps qu, la constitution ne serait point faite. Une fois achevée, oi; l’aurait présentée au prince, qu’on aurait déclaré déchi ' du trône, s’il avait refusé de jurer obéissance aux nouvelle j lois et fidélité à la nation. Rien n’était si aisé aux représen tants du peuple le lendemain de la prise de la Bastille. Mais; pour cela, il fallait qu’ils eussent des vues et des vertu.s'.i Or. loin d’être hommes d’Etat, ils n’étaient presque tou; que d’adroits fripons qui cherchaient à se vendre, de vil; intrigants qui affichaient leur faux civisme pour se faire acheter à plus haut prix. Aussi ont-ils commencé par assurer les prérogatives de la couronne avant de statuer sur les droits- 1 du peuple. Ils ont fait plus, ils ont débuté par remettre au | prince le pouvoir exécutif suprême, par le rendre l’arbitre du législateur, par le charger de l’exécution des lois, et par lui abandonner les clefs du trésor public, la gestion des biens nationaux, le commandement des flottes et des armées et la disposition de la force publique, pour lui assurer les moyens de s’opposer plus efficacement à l’établissement de la liberté, et de bouleverser plus facilement le nouvel ordre de choses. i
Ce n’est pas tout, les représentants du peuple ont dépouillé, : i au nom de la nation, le clergé de ses biens, la noblesse de sesi titres, la finance de ses places, les ordres privilégiés de leurs prérogatives, mais au lieu d’abattre ces sup^oôts du despotisme, en les déclarant inhabiles à tous les emplois, ils leur ont laissé mille moyens de se relever avec lui : puis, contents de partager leur prééminence et de s’associer à leur fortune, ils se sont ligués avec eux en se vendant au despote.
Les premiers représentants du peuple doivent donc .être ; considérés comme les arcs-boutants des contre-révolutionnaires, comme ses plus mortels ennemis.
Du moins si le peuple avait connu ses droits, s’il avait
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SU apprécier la conduite perfide de ses chargés de pouvoir et sent'r la nécessité d’arrêter au pneiuier faux pas ses inli dèles ddégués, de réprimer vigoureusement les mauvais citoyens, de s 3, d 'faire des traîtres, et de se réserver l’exercice en x)lein de la souveraineté dans la sanction des lois, mais il n’a j)as même son^é aux moyens de n’être remis sous le j )ug, Au lieu de s’armer complètement, il a souffert qu’une j)artie seule des citoyens le fût, luiis il s’est abandonné à la foi de ses mandataires, et il a lu'is, avec les ennemis de la révolution, précisément le contrc-xùed do ce qu’il devait fiire. Liiii de les attaquer sans délai et do les accabler sans relâ he, il s’est tenu lui-même sur la défensive, et jiar cette fausse mesure il a stupidement renoncé à tous ses avantages : car le ])is qui puisse arriver à des machinateurs, c’est de ne jias toujours réussir ; en échouant, ils ne perdent même que du temjDS ; car à jieine déjoués ils recommencsnt sur nouveaux frais, cxuittes à mieux x^rendre leurs mesures que la première fois; or il est imxmssible d’être toujours sur ses gardes, et la moindre négligence devient souvent fatale. Jugez où doivent mener l’incurie et le sommeil léthirgique du peuple.
Ceux qui prétendent nous rassurer sur r.o're situation déchirante attribuent nos malheurs aux défauts des lumières du peuple, et je le crois comme eux, ])ourvu qu’ils n’en f iss.mt pas une cause exclusive. Puis x^onr nous ani ner de l’espoir qui rex>ose au fond de leur cœur, ils ajoutent qu'il est dans la nature des choses, que la marche de la raison soit lente et progressive. Cola est vrai x’our le x'ctit nombre des hommes qui pensent, mais il n’est x'oint de x'rogrès, de raisons et de lumières xoour la masse du peuple, (luoiqu’elle xoaraisse quelexuefois renonesr à certains x’céjugés ou xdutôt en changer. Los artifices d’un machiavélisme adroit et i)rofond lui écha])- [lent et lui échapperont toujours, elle manque et manquera toujours de sagacité x)our découvrir les x'ièges de ses ennemis et les discussions ]iolitiques ont toujours été, sont et seront toujours au-dessus do sa jîortée.
Supposez en sa faveur le cours des circonstances les xdus favorables, jamais elle ne sera en état d’analyser un décret, d’aporcevoir ce qu’il a de captieux, d’en déduire les consé-
BIAEAT
qiionces, d’en prévoir les snites et d’en présager les effets. S’il fallait ici nn exemple touchant de cette triste vérité, je dirais qn’en dépit des discours éternels de nos sociétés patriotiques et do ce déluge d’écrits dont nous sommes ■ inondés depuis trois ans, le peuple^st plus éloigné de sentir ■ ce qu'il lui convient de faire poru- résister à ses oppresseurs (pi’il ne l’éteit le premier jour de la tévohdion. Alors il s’aban- s donna à son instinct naturel, au simple bon sens qui lui avait à fait trouver le vrai moyen de mettre à la raison scs impla- ^ cables ennemis. ' j
Dès lors, endoctriné par luie foule de sophistes payés pour ( cacher sous le voile de l’ordre public les atteintes portées j à sa souveraineté, pour couvrir du manteau de la justice | les attentats contre ses droits, pour lui présenter comme j moyens d’assurer la liberté les mesures prises pour la détruire ; > leurré par une foule d’endormeurs intéressés à lui cacher i les dangers qui le menacent, à le repaître de fausses espé- ^ rances, à lui recommander le calme et la paix ; égaré par j uire foule de charlatans intéressés à vanter le faux patrie- ; tisme des fonctionnaires publics les plus infidèles, à prêter ' des intentions pures aux machinateurs les plus redoutables, à calomnier les meilleurs citoyens, à traiter de factieux h s i amis de la révolution, de séditieux les amis de la liberté, [ de brigands les ennemis de la tyrannie ; à décrier la sagesse ■ des mesures proposées pour assurer le triomphe de la justice, à faire i>asser pour des contes les complots tramés contre la patrie, à bercer le peuple d’illusions flatteuses ; à cacher, sous l’image trompeuse du bonheur, le précipice où l’on cherche à l’entraîner ; trompé par les fonctionnaires publics coalisés avec les traîtres et les conspirateurs pour retenir son indignation, étouffer son ressentiment, brider son zèle, enchaîner son audace, en lui prêchant sans cesse la confiance dans ses magistrats, la soumission aux autorités constituées et le respect aux lois ; enfin abusé par ses l^erfides représentants qui le berçaient de l’espoir de venger ses droits, d’assurer sa souveraineté, d’établir le règne de la liberté et de la justice, il s’est laissé prendre à tous les pièges. Le voilà enchaîné au nom des lois par le législateur et tyrannisé au nom de la justice x)ar les dépositaires de l’auto-