SUR LE JUGEMENT DE L’EX-MONARQUE
’iLes crimes de Louis XVI ne sont malheureusement que ( trop réels, ils sont constants, ils sont notoires. |
Mettre en question si la nation a le droit de juger et de punir ' ( du dernier supplice un fonctionnaire public élevé au premier | rang, lorsqu’il s’est couvert du masque de l’hypocrisie, pourli machiner contre elle avec plus de sécurité ; lorsqu’il a fait ser-i I vir à opprimer ses compatriotes l’autorité qui lui a été remise ' ■ pour les protéger ; lorsqu’il a fait des lois un instrument de fureur pour écraser les amis de la liberté, pour soudoyer leursi propres ennemis ; lorsqu’il leur a enlevé leurs subsistances' • pour approvisionner les hordes barbares qui venaient les mas-, sacrer ; lorsqu’il a formé des compagnies d’accapareurs, d’ouvriers de famine pour tarir les sources de l’abondance, fairei périr le peuple de misère et de faim ; lorsqu’il s’est déclaré le( chef des traîtres et des conspirateurs ; lorsqu’il a tourné contre la nation les armes qu’elle hii avait remises pour la défendre
SUK LE JUGEAIENT DE l’eX- MONARQUE
lorsqu’il a tramé le complot de faire massacrer les défenseurs de la liberté pour remettre le peuple à la chaîne ; c’est insulter à la raison, outrager la justice, révolter la nature. Mettre en question si un des^iote souillé de tous les crimes, un monstre encore tout couvert du sang des amis de la liberté qu’il a fait égorger, peut être amené en jugement et puni du dernier supplice, c’est se jouer de l’humanité, c’est renoncer à toute pudeur.
Votre comité de législation a fait voir par une série de raisons tirees du droit naturel, du droit des gens, du droit civ^il, que Louis Capst doit être amené en jugement. Cette marche était nécessaire pour l’instruction du peuple, car il importe de conduire à la conviction, par des routes différentes et analogues à la trempe des esprits, tous les membres de la République. A l’égard des représentants du souverain, ils ne peuvent envisager la question que par son côté politique.
Parmi les orateurs qui m’ont précédé à la tribune, ceux qui l’ont envisagée sous ce point de vue, remontant à un prétendu contrat primitif et arguant de la réciprocité des conditions stipulées entre le peuple et les princes, en ont inféré que Louis Capet, ayant rompu ce contrat par ses crimes, est déchu de la royauté, et ne peut plus être considéré que comme simple citoyen. Une nation qui délègue ses pouvoirs à ses mandataires, lie stipule point avec eux, elle leur commet telles ou telles fonctions, pour l’intérêt commun ; fonctions qu’ils sont bien quelquefois les maîtres de refuser, maïs qu’elle peut toujours leur retirer sans leur consentement, et dont ils lui doivent toujours compte. Ainsi, de quelque éclat qu’elles soient environnées, elles ne doivent jamais être considérées que comme une corvée honorable. Telles sont, messieurs, les vrais rapports qui existent entre un souverain et ses agents .
Venons au fait. Après treizo siècles de servitude et de tyrannie, le despotisme était abattu pour toujours si la nation trop longtemps courbée sous le joug avait pu jrrendre une attitude imposante et soutenir avec vigueur la résolution magnanime rie rentrer dans ses droits. Il était abattu pour toujours, si les mandataires du peuple avaient eu le courage de profiter de la îonsternation du despote et de ses suppôts, de le précipiter lu trône et de rétablir la liberté.