partie tel ou tel magistrat, tel ou tel espion. Dans le premier
cas, il n'expose que sa position; dans le second, il expose sa
▼ie, il arme des assassins. Aussi Marat périt- il sous un coup
^ poignard. Ne craignons pas de le proclamer bien haut :
c'est la véritable raison pour laquelle Slarat n'a pas trouvé
wi successeur. 11 croyait pourtant en avoir rencontré un à
^ni, dans l'attente de la mort violente qui le menaçait tous
les jours, il léguait ^vl terrible fonction; c'était Fréron : « Lf
^le patriotique de l'Orateur du peuple mérite beaucoup
d'éloges; ses vues toujours pures ont souvent de la justesse.
fc désirerais qu'il fût toujours sur ses gardes, toujours défiant
et ombrageux ; je désirerais qu'il bannît à jamais de ses écrits
politiques l'éloge indiscret. Eh! quel éloge auraient donc
''Mérité des fonctionnaires publics qui n'ont fait que leur
devoir? Je désirerais qu'il sanglât vertement tous ceux qui
^ont pas le courage de se déclarer sans détour pour la
liberté, qu'il écorchât tout vifs ceux qui prévariqtient, qu'il
'"ï^yrisât ceux qui trahissent la patrie. Alors je l'avouerais
pour inon successeur, si jamais les assassins du sieur Mottier
^'arrachent à la lumière. » [L'Ayni du Pntplc, N° 296.) On
^^ ce qui advint. Marat même s'était trompé dans ses cspé-
raiices : il devait seul occuper une fonction que nul autre n'oserait remplir après lui, afin qu'on en reconnût bien la * difficulté, afin que sa gloire en fût plus incontestable, et que la reconnaissance des vrais amis de la liberté demeurât sans limites.
Enfin , ne pouvant attaquer Marat ni dans son principe de dénonciation, synonyme de surveillance, ni dans rap[)lication qu'il en fit, on a feint de dédaigner un tel système comme méprisable, comme indigne d'un homme qui se respecte; on a cité avec ignominie les délateurs du temps de Tibère et d'autres tyrans; on a confondu à dessein les époques; on a enveloppé majestueusement sa lâcheté, ou son indifférence, ou sa trahison, du manteau de la dignité humaine; on a cou* vert son visage du masque d'un prétendu, honneur : ne sachant pas être citoyen, on a fait le héros de théâtre. C'était plus facile ; aussi les acteurs sont-ils nombreux. Qu'ils lisent le compte rendu du comité des recherches de la commune, imprimé au Moniteur du 10 décembre 1789, et qu'ils le réfutent, s'ils peuvent. Le comité, dans sa séance du 30 no^* vembre, après avoir démontré qu'on était privé d'un grand rouage d'action contre les ennemis de l'État, parce que chacun se fiiisait scrupule de dénoncer les coupables, ajoutait : « 11 est temps de déposer ces préjugés qui ne conviennent qu'à des esclaves et sont indignes d'un peuple libre* Autrefois on abhorrait le personnage de délateur, et Toa, avait raison, car à quoi aboutissait la délation? A faire coa — naître des actions souvent très-innocentes, à livrer le prétendu coupable au pouvoir arbitraire, à une justice partiaV* dans ses instructions, cruelle dans ses moyens, secrète ^s impénétrable dans sa marche. Aujourd'hui tout est chang Ce sont des con) plots contre la patrie qu'il s'agit de dénonce et le but de la dénonciation, c'est d'amener le prévenu deva^ ses pairs, pour y être examiné sur-le-champ; rçnvoyé, est trouvé innocent, ou, dans le cas contraire, livré à la jii. tice, mais à une justice humaine. Cessons donc d'appliqu
par me fatale prévention, au temps actuel, ce qui n'appartenait qu'à Tanf ien régime : le silence en matière de délation est vertu sous le despotisme; c'est un crime, oui, c'en est un sons l'empire de la liberté. »
Pourquoi ce qui était déclaré une garantie de la liberté au lendemain du 14 juillet fut-il honni plus tard par ceux-là mêmes qui avaient proclamé le principe? Demandez-le aux passions, mais n'incriminez pas Marat d'avoir été plus logique qtie le comité des recherches, que B^rnave, que .tous ceux ^pji successivement ne voulaient pas qu'on leui* appliquât un »5'stème d'investigation civique qu'ils avaient demandé pour d'autres. Le 24 janvier 1791, n'avait-on pas vu le club des Jacobins (le club de 91 et non celui de 94), sous la présidence du marquis de Broglie, faire serment de dénoncer tous tes traftces à la patrie? » (Révolutions de France et de Bra- ^ani^ N« 02.) *
Non, la dénonciation n'est plus infâme quand elle est animée de l'amour du bien public, quand elle n'est pas secrète, <iuand elle fournit ses preuves à la face de tiius , quand elle ne s'occupe que des hommes publics, quand elle est gratuite. Ne se relève-t-elle pas par les dangers auxquels elle s'expose volontairement? Ne se fait-elle pas la protectrice de l'intérêt commun, la sauvegarde des petits, l'avocat des opprimés, la terreur vivante des méchants? Sous un gouvernement libre, n'est-elle pas appelée à remplacer l'inHime police qui, salariée par un maître, agit toujours dans l'intérêt d'un tyran? ^oilà la dénonciation comme l'entendait, comme la pratiquait l*Aini du peuple. Et, croyez-moi, c'est la crainte qu'en ont '^ traîtres de tous les partis qui la' leur fait ré|)rouver; c'est ** terreur qu il ne se lève un jour contre eux un nouveau ^^fat qui leur fait vilipender le premier du nom. Qu'im- P^^te? Caton aussi, Caton le censeur, a été haï de son vivant, '^^^s la postérité l'a déclaré immortel.
Bésumons ce chapitre en quelques lignes, comme nous ^^ons fait jusqu'ici quand il s'agissait d'un principe.
278 JEAN-PAUL MAUAT.
Si la surveillance des fonctionnaires publics est un dri acquis aux délégants, la dénonciation libre de leurs méfa. en est la conséquence, elle devient un devoir pour tout vi citoyen. Nous avons dit dénonciation libre ^ même en c d'erreur volontaire, en cas de calomnie, car la moindre i pression serait plus fatale à la liberté que ne le sont, poua fonctionnaire faussement accusé, les inconvénients des ac« sations injustes. Dans le premier cas, cest le salut de la ] trie qui est en danger ; dans le second, ce n'est que la ré ] tâtion d'un seul homme : encore peut-il en appeler de calomnie i un tribunal public, être publiquement réhabil c'est-à-dire qu'il peut faire tourner à sa glorification ce qiA vil calomniateur méditait pour sa perte. Restent, pour l'ItK neur de celui qui se charge de la pénible fonction de cens4 public, les mesures à prendre pour s'assurer de la vérité ses dénonciations , mesures prescrites par l'Ami du peup prises par lui dans toutes les occasions, mais encore une i mesures libres, illimitées, mesures que la loi ne peut déti miner en quoi que ce soit, sous le prétexte toujours spécic de régler l'application du principe.