‹ Marat, l'ami du peuple (volume 3)Chapitre 68 sur 150 · JANVIER — !•' MARS · texte numérisé non relu

JANVIER — !•' MARS

SoMMAiRB. — La réconciliation n'est pas possible. — > Quelques prosélyte. — to qd doit retomber la responsabilité des attaques personnelles. — Scène du il téwm 1793; argument manuel. — Affaire du pillage dos épiciers. — Les Giroodins en accusent Marat. — Il se disculpe : citations 1i ces propos. — Moyens que l'Ami du peuple avait proposés pour remédier à la misère du moment. — Situation des ptf> tis à la Convention au 1''' mars 1*793.

Après le 21 janvier, le journaliste, pendant quelques jours, prend à tâche d'adoucir son ton ordinaire; il avait espéré que les dissensions intestines qui jusqu'aloi's avaient divisé la Convention s'éteindraient sur la tombe de Lepelletier : « Vaine attente; le soir même de rinhumation delà victime, elles éclataient avec fureur à propos de la nomination d'un nouveau président... J'aurais fort désiré pouvoir déposer le fouet de la censure, mais il est plus de saison que jamais. » [Journal de la République y N^ 109.) Nous avons dû remarquer qu'il en fut ainsi après chaque triomphe de la Révolution; comme un homme qui a terrassé son ennemi, mais qui, au lieu de l'écraser, le relève en lui proposant de faire la paix, Marat, au lendemain de l'exécution de Louis XYI, dit aux dissidents : soyons amis. Mais le 21 janvier n'avait tué qu'un homme, et TAmi du peuple pouvai écrire huit jours après : « Vouloir que les ennemis de 1j Révolution par sentiments, par principes, par intérêts, se sacrifient de bonne foi à la patrie, c'est prétendre la chose impossible; car les hommes ne changent pas de cœur comme le serpent change de peau... 11 ne s'agit donc plus de vivre

wec eux, maïs de leur déclarer une guerre éternelle. » / de la Républiqtie, N« 109.)

. donc recommencer avec une nouvelle rigueur, maisi ant il cherche à convai][icre ses collègues de la puses intentions, des vrais motifs de sa conduite polisqu'à ce jour; c'est à ce propos qu'il consacre à se r de tout ce dont on l'accuse ce fameux numéro 109 is avons cité ailleurs. Pourquoi essaye-t-il de se ré- * auprès des patriotes qui pourraient avoir quelque on contre lui? C'est qu'ayant besoin de leurs sufour faire le bien, il doit dissiper les impressions défa- \ qu'on a cherché à leur donner, en le peignant une tôte exaltée, un cœur féroce, lit bien croire qu'il y parvenait peu à peu, puisque le r il était en droit d'écrire : « On ne peut que rendre . l'énergie civique qu'à déployée Gambon depuis quelps. Le voilà maralisé (il est bien entendu que c'est rapport des principes) , me disaient mes collègues ontagùe. Tant mieux pour lui! Le public, témoin de ts, le comble déjà d'éloges, et Tépithète de maratiste^ faction Roland avait fait une injure, deviendra un lonneur; car il est impossible, sans être maratiste, itriote à Tépreuve, vrai défenseur du peuple, martyr erté. » {Journal de la République^ N** 113.) L' exprèstrouvée, elle passera dans la langue politique le jour trouvera un homme digne en tous points de Tépi- 3ur la consacrer.

que nous nous sommes fait un devoir de donner une iphie complète de l'Ami du peuple, nous devons ivis qu'il insérait au numéro 120 du Journal de blique : « L'Ami du peuple a trouvé jeudi matin, liée du Manège qui conduit à la salle, un porle- >leîn d'assignats. 11 Ta déposé sur le bureau de la ion, pour être remis à la personne qui Ta perdu. 5 s'il a été réclamé. Au cas qu'il ne le soit pas, la

somme qu'il contient sera employée à équiper un ou plusieurs volontaires nationaux, l'Ami du peuple ignorant à quoi elle se monte. »

Si Marat avait pris la résolution d'attaquer avec plus de vigueur que jamais les contre-révolutionnaires, ceux-ci de leur côté n'étaient ni d'humeur, ni de caractère à céder. Ces luttes de personnes dans une assemblée de législateurs, aa moment où l'union aurait été si nécessaire; font piiié, ^ les promoteuis sont bien coupables. Mais quels sont les vnis instigateurs? Sur qui doit retomber la faute? Tous les partis se la rejettent. L'historien dès lors n'a qu'un moyen de prononcer avec justice : c'est de s'appuyer sur les principes ^ de condamner qui s'en écarte. En effet , le véritable agresseur, c'est le violateur du droit. Nous ne devons donc pas chercher, dans telle ou telle séance, quel est l'orateur qui le premier a soulevé une question de personne, mais sur (pd principe poFitique se fondait cette attaque personnelle. & le plus souvent nous donnons tort aux Girondins, c'est que noos sommes convaincu qu'ils veulent tuer dans Marat le défatseur le plus ardent de la subordination de l'autorité gouvffnementale ; ils attaquent en cela le principe de liberté, donc nous devons les considérer comme les véritables agresseurs. Que m'importe qu'ils affichent après le 21 janvier des opinions républicaines, si, sous la Législative, sous la Convention, ai moment où ils étaient en possession de tous les pouvoirs, du législatif comme majorité, de l'exécutif comme ministres, du judiciaire et de l'administratif comme créatures; si, dis-je, au moment où ils' disposent de la puissance, ils n'ont pour ennemis que les patriotes qui se permettent le contrôle? Qu'importe le nom? Être royaliste, ce n'est pas défendre tel chef plutôt que tel autre, c'est soutenir Tautocratie de l'autorité; c'est en ce sens que nous accusons les Girondins d« royalisme; et c'est si vrai que, quelques années encore, et ceux qui auront survécu s'arrangeront mieux de la constitution de l'an lll que de celle de 93, quelque imparfaite que soit

eacore celle-ci à ce point de vue. Placeurs même ont pu se croire siDcèrement républicaius tout en soutenant un principe essentiellement monarchique; c*est sans doute à ces derniers que Marat s'adressait quand il proposait d'oublier deà ressentiments passés nés de malentendus, de les sacrifier aa salut de la patrie. Nous avons montré dans notre livre sur DmDtûD que jusqu'au dernier moment le grand tribun avait espéré pouvoir, lui aussi, concilier tous les partis dans le besoin commun du triomphe de la liberté, que ce fut une erreur de son cœur, et qu'il lui fallut enfin frapper ceux à qui tant de fois il avait tendu la main. C'est que les Girondins sentaient bien qu'avec le pnncipe de Marat et de Danton il n'y avait pas pour eux de puissance possible; or, ce qu'ils voulaient avant tout, c'était une autorité sans droit d'examen de la part des administrés.

Ces préliminaires rappelés, rentrons dans les faits.

Le 21 février, une scène des plus tumultueuses, et dont Marat fut le principal acteur, se passa à la Convention. Le Meniteur n'en dit rien; nous en extrairons le récit du numéro 132 du Journal de la République :

« Dans les moments critiques on sert la patrie comme on peut : les députés du peuple eux-mêmes sont quelquefois lorcés de la servir du bec et des ongles; les patriotes de la Convention ont été réduits plus d'une fois à cette dure extrémité contre leurs indignes collègues. » Le journaliste cite pkrsieurs circonstances. « Enfin l'Ami du peuple fut réduit jeudi dernier à employer le même expédient contre l'aristocrate Génésieux ; non pour repousser quelque insulte personnelle, mais comme Tunique moyen de prévenir le rapport d*nn article capital du décret sur la nomination aux grades militaires; rapport qui aurait longtemps empoché l'organisation de Tarmée, et qui nous aurait exposés aux entreprises de nos ennemis, avant d*être en mesure pour' les recevoir comme il faut.

« Voici le fait que j'aurais passé sous silence, s'il n'im-

portait de Topposer aux libellistes à gages, qui s'empresseront de le dénaturer.

« La Montagne se trouvant dégarnie sur la fin de h séance du 21 de ce mois, les hommes d'État se raUlërent pour faire rapporter le décret sur l'avancement militaire, oa plutôt l'article de ce décret qui est relatif à la nomination des officiers par les soldats, dans la vue â! asservir élemettmaU les subalternes à leurs chefs. Les patriotes de la Montagne craignant de se voir enlever un décret aussi salutaire, je me déterminai à demander au président, au nom du salât do peuple, de lever la séance; il repoussa cette mesure, et je crus pouvoir me charger de l'exécution; j'allai donc m'emparer de la tribune après avoir demandé la parole; l'aristocrate Génésieux vint me la disputer, je le priai de se retirer, il refusa; on dit que je lui ai apostrophé deux argumoits manuels; il faut bien le croire puisqu'on l'affirme : le fiât est que je voulais empêcher l'Assemblée de pouvoir dél&érer; elle fut complètement en désordre. Le vacarme afiew que faisaient dans la salle les contre-révolutionnaires, qri criaient en chœur : A l'Abbaye! à la barre! à la guillotine! appela tous les patriotes qui étaient dans les couloirs et dans les comités; la Montagne se regarnit, les esprits étaient éleotrisés par cet intermède. Cependant le patriote Prieur développa avec énergie d'excellentes raisons à la tribune; le décret fut maintenu en son entier, et les infidèles députés se retirèrent avec confusion. Ce trait nouveau de tactique n'est pas philosophique, je le sais; mais il est très-patriotique, et j'ose croire 'qu'il n'a pas été sans succès. Il m'a valu d'être rappelé à l'ordre avec censure; j'avais encouru la peine aux yeux 4^ ceux qui ignoraient mes motifs : quelque sévère qu'elle eût été, je l'aurais soufferte avec plaisir, content d'avoir payé ce nouveau tribut à la patrie. Nos braves sansculottes vont se battre pour nous sur nos frontières, c'est^ donc pour eux que je me serai battu à la tribune. »

Nous avons vu ailleurs qu'après avoir essayé de faire

tndamner Marat comme aspirant à la dictature, le parti do Gironde tenta de le traîner devant les tribunaux sous pré<^ xte qu'il avait soulevé les troupes les unes contre les autres^ f I février 93 , ils lui imputèrent uîn nouveau crime ave( * lUt autant de succès; il s'agissait cette fois de pillage db ïutiques ; c'était ameuter contre lui de nouveaux ennemis OTonnels, la bourgeoisie : on avait lieu d'espérer que de mt de classes exaspérées contre un homme abandonné de S8 collègues sortirait bientôt un assassin à peu près sûr de impunité. Entrons dans les détails; eux seuls peuvent délootrer la mauvaise foi.

Puis depuis quelque temps était dans la plus vive inniétade sur l'état des subsistances; on faisait courir le bruit ne la farine allait manquer, que la famine menaçait; tous is autres vivres de première nécessité avaient augmenté de rix, on accusait de cette hausse les accapareurs. Chaumette, rocareur de la commune , fit le 24 février ^ devant le conseil énéral, un rapport à ce sujet; il demandait qu'on prît toutes » mesures nécessaires pour calmer les esprits et s'opposer itt attroupements qui avaient eu lieu déjà à tort ou à rai- >n, attroupements composés d'agents de discorde soudoyés I de citoyens réellement indigents. Le conseil avait conclu l'on en référerait à la Convention. En effet, le ministre fit, 25 au matin, un rapport à l'Assemblée; celle-ci autorisa QQunicipalité à recourir à tous les moyens possibles pour ^tenlr les malveillants; de plus, la commune avait demandé c avance de quatre millions à prendre sur les sous addi- Onels de l'exercice de 93, pour inspirer confiance aux four- ^urs et assurer à la capitale six mois de subsistances; bre (de l'Hérault) avait proposé un projet de décret et, à >pos de* cette motion, on avait pu constater que la haine ^ Girondins contre Paris ne s'était pas apaisée; car on ^t entendu les interruptions suivantes :

DcPERRET. (c C'est ainsi qu'on dilapide les finances de itat. »

Ghambon. « Je demande le rapport du décret. »

Plusieurs membres de la droite, a C'est infâme, c*est une faveur marquée pour une seule rilte. »

DuPERRET. (( Je demande l'enyoi du décret aux quatrevingt-trois départements. » {Moniteur du 27 février 179S.)

Ce sont bien toujours les mêmes hommes et la même tactique : soulever les départements contre Paris, et, au mojfîik de la guerre civile, pensaient les royalties absolus, ramener l'ancien régime; et, au moyen des divisions et de^lasopièmatie des départements sur la cs^itale , pensait le parti de la Gironde, raffermir en nos mains Tautorité qui chancelle.

Pendant que cette question s'agitait à l'Assealdée, Têmeute rugissait dans les rues; on pillait les épiciers et lei chandeliers dans les quartiers populeux, od ae pnqpooit d'aller chez tous les marchands indistinctement. On ma remarqué des agitateurs soudoyés, des femmes qui n'étaient pas mères de famille chargées de six pains de quatre livres; à la section des Gravilliers, le prêtre Jacques Roux justifia les peiturbateurs; devant l'assemblée de la commune il» donnait le titre de Murât du conseil général, a H est évident, avait dit le maire, que les troubles sont dirigés par des instigations contre-révolutionnaires. » Vers minuit tout était apaisé, on avait arrêté environ quarante personnes panm lesquelles se trouvaient des hommes ci-devant titrés, des abbés, des domestiques d'aristocrates, une jadis comtesse déguisée, distribuant des assignats. (Extrait du Moniteur h 28 février 93.)

Voilà donc une affaire manquée encore ; mais il s'agissait pour les instigateurs de n'en pas encourir la responsabilité, de la rejeter sur quelque autre ; ce fut bientôt décidé.

Le lendemain 26 février, des pétitionnaires se présentent à la barre de la Convention pour protester contre ce qui s'était fait la veille dans Paris.

Barrère, qu'on rencontre à toutes les époques du côté de la majorité, Barrère par conséquent Girondin eu /é-

lier 9S, monte à la tribune : il attribue tous les désordres ux patriotes ultras, aux socialistes, comme il aurait dit de 06 jours, « qui veulent légitimer le vol comme à Sparte... ai excitent une partie du peuple contre les représentants... ij si je voulais salir ma bouche des paroles d'un journaliste troce ou insensé, trop connu parmi nous pour que je veuille i nommer, vous verriez que, sans être sorcier ni prophète, D pouvait présager ce qui vient d'arriver. »

Barrëre avait été trop lâche pour prononcer le nom. Salles en chargea.

« Je viens vous dénoncer un des instigateurs des troubles, 'est Marat; voici ce qu'il écrivait dans son numéro d'hier : Quand les lâches mand^ftaires du peuple encouragent au rime par l'impunité, on ne doit pas trouver étrange que le eapte, poussé au désespoir, se fasse lui-même justice... tous pays où les droits du peuple ne sont pas de vains consignés fastueusement dans une simple déclaration, } pillage de quelques magasins, à la porte desquels on penrait les accapareurs, mettrait fm aux malversations. » L'Assmblée presque entière paraît frappée d'indignation. Marat élance àHa tribune. La défense de l'inculpé et les intemipoos qui l'accompagnent sont en partie dans le Moniteur du J février. On nous permettra d'en extraire le résumé et les mmentaires des numéros 133 et 136 du journal de l'Ami u peuple, il nous semble plus juste d'entendre l'accusé luiiftme.

Remarquons d'abord que la feuille incriminée est datée a 25, jour de la perpétration des faits, mais que les troubles valent commencé quelques jours auparavant, que le jouralbte donc n'en était pas le promoteur, mais qu'il ne faisait ne donner son avis sur une insurrection dont il n'est nulsment question dans les numéros précédents.

Le journaliste donc distingue dans cette émeute connue oiis le nom de pillage des épiciers deux sortes de délinquants : es agitateurs politiquement intéressés et les vrais aflamés.

C'était juste, toute insurrection se compose necessairemeat des uns et des autres.

S' attaquant aux instigateurs : « Il est incontestable, écritf iU que les capitalistes, les agioteurs, les monopoleurs, les marchands de luxe, les suppôts de la chicane, les robiiis, les ex-nobles, etc., sont tous, à quelques-uns près, des suppôts de l'ancien régime, qui regrettent les abus dont ils profitaient pour s'enrichir des dépouilles publiques. Comment donc concourraient-ils de bonne foi à rétablissement du règne de la liberté et de l'égalité? Dans l'impossibilité de changer leur cœur..., je ne vois que la destruction totale de cdU engeance maudite qui puisse rendre la tranquillité à l'État.. Aujourd'hui ils redoublent de zèle pour désoler le peuple par la hausse exorbitante du prix des denrées de première nécessité et la crainte de la famine. » On sent bien que oe moyen de répression n'était pas fait pour laisser les coupables sans inquiétude, qu'il annonçait une enquête que le journaliste ne manquerait pas d'approfondir, qu'il y avait danger à l'y encourager par la liberté de la presse. Or, les coupables étaient de plusieurs camps; car si d'un côté Lasource avîit entendu des hommes crier : quand nous avions un roi, nous avions du pain < d'autre part des témoins assm'aient avoir entendu : quand Roland était ministre, nous avions du pain. On conçoit donc que royalistes et Girondins aient été de concert sur la mise en accusation de l'Ami du peuple.

Marat, venant aux vrais aiïamés complices du pillage de quelques livres de sucre et de chandelles, avait écrit ; « Eu attendant que la nation, fatiguée de ces désordres révoltants, prenne elle-même le parti de purger la terre de la liberté de cette race criminelle que ses lâches mandataires encouragenr au crime par l'impunité , on ne doit pas trouver étrange que le peuple, poussé au désespoir, se fasse lui-même justice. Dans tout pays où les droits du peuple ne sont pas de vains titres, consignés fastucuscment dans une simple déclaratiau. le pillage de quelques magasins, à la porte desquels oupiu-

irait les accapareurs, mettrait bientôt fin à ces malversations [ui réduisent cinq millions d'hommes au désespoir et qui en ont périr des milliers de misère. »>

JEn résumé, en l'absence d'une loi qui punisse les afianeurs, Marat pense que les allâmes n'avaient pas d'autres inoyens que ceux qu'ils ont pris ; de plus il croit que, sous rempire de bonnes lois, la pendaison de quelques-uns des iccapareurs suffirait pour arrêter à jamais tous les autres. Dans le premier cas, nous croyons que ceux-là seuls qui ont 6dm sont juges, justement parce qu'ils sont partie; c'est à la société à ne pas mettre des citoyens dans cette terrible nécessité. Dans le second cas, le législateur journaliste n'émettait qu'une opinion ; on pouvait sans doute être d'avis afférent, mais une loi formelle déclarait libres toutes les opinions.

Or, en février 1793, la loi politique n'avait pa& encore [KHirvu à ce qu'on ne mourût pas de faim ; et la liberté de la presse assurait le droit d'écrire ce qu'on croyait nécessaire au bfen de la société. 11 fallait donc être de mauvaise foi pour Faire à Marat un crime de l'insuffisance des lois ou de l'usage fc la liberté qu'elles accordaient.

Cest ce que l'orateur avait démontré dans sa défense à fAssemblée, quand il se réclamait de la liberté d'écrire prodamée dans la déclaration des droits.

Dira-t-on que le numéro 133, publié le 25 février au ■Mitîn, fut cause des pillages exécutés dans l'après-midi? ^ il y aurait encore mauvaise foi à insister, car nous avons *it remarquer que les troubles avaient commencé quelques ^Hirs auparavant; nous ajouterons que les affamés étaient sij ^ de l'avis de Marat pour le cas le plus grave, celui de la pression, que ni le Moniteur , ni la commune, ni l' Assemblée ne font mention de pendaison. — Mais ils ont pillé, *pIiquez-vous. — Mais la faim les poussait, répondrai -je; et ^nnaissez-vous d'autre moyen d'apaiser la faim que de ^ger? Et l'Ami du peuple improvisait si peu un moyen

d'émeute de circonstance, qu'on peut se rappeler, d'après ma >citations, qiïe douze ans auparavant, dans son Plan de ligihlatioHy il avait écrit froidement, avant d'être un homme politique, homme de parti, si vous voulez, avant qu'il fût questioD de Montagnards, de Girondins, d'émigrés, de contre-révolationnaires : « Sur une terre partout couverte des possessions d'autrui, et dont les indigents ne peuvent rien s'^proprier, les voilà donc réduits à périr de faim. Or, ne tenant à b société que par ses désavantages, sont-ils obligés d'en respecter les lois ? Non, sans doute; si la société les abandonne, ils rentrent dans l'état de nature ; et lorsqu'ils revendiquent par la force des droits qu'ils n'ont pu aliéner que pour s'assurer de plus grands avantages, toute autorité qui s'y oppose est tyrannique, et le juge qui les condamne à mort n'est qu'un lâche assassin. »

Je sais que contre les meurt-de-faim nos profonds législateurs ont inventé la baïonnette du gendarme ou la prison forcée ; je sais qu'il €St de bon ton, de bon goût, de bonnes mœurs, de vraie religion, de saine philosophie, et surtout de sûreté personnelle et d'approbation générale, d'être de l'avis du législateur; mais est-ce plus humain? est-ce plus juste? Prenez-y garde, lecteurs, car tant que vous n'aurei pas réj)ondu, je resterai du parti de Marat, et je puis vous afi^ mer, au nom de la conscience humaine, que je ferai des prosélytes .►

Mais ce n'est pas tout; apprenons à connaître la loyauté ^ .j^de ceux qui ont accusé et accusent encore Marat de mauvaise foi. Afin que le peuple ne se méprît pas sur ce qu'il wnait d'écrire , au même numéro le journaliste ajoutait : « I^^ seules lois efficaces sont les mesures révolutionnaires; or, je n'en connais aucune autre qui puisse s'adapter à nos faibles conceptions, si ce n'est d'investir le comité actuel de sûreté générale, tout composé de bons patriotes, du pouvoir de rechercher les principaux accapareurs et de les livrer à un tribunal d'État formé de cinq membres pris parmi les hommes

BIOGRAPHIE. m

connus les plus intègres et les plus sévères, pour les juger comme des traîtres à la patrie. »

Ce n'est pas tout, Marat va proposer encore un autre moyen pour prouver aux possédants qu'ils pouvaient éviter la perte totale de leur fortune et peut-être de la vie : « Je connais une autre mesure qui irait bien plus sûrement an bat; ce serait que les citoyens favorisés de la fortune s'assodassent pour faire venir de l'étranger les denrées de pre-' Bière nécessité, les donner à prix coûtant, et faire tomber de Il sorte celui auquel elles sont portées aujourd'hui, jusqu'à œ qu'il fût ramené à une juste balance; mais Texécution de €e.irian suppose des vertus introuvables dans un pays où les iSipcm dominent et ne jouent le citoyen que pour mieux tomper les sots et dépouiller le peuple, »

Et comme s'il eût prévu ce qui devrait arriver sur l'intcrpétation qu'on ferait de ce numéro, il disait en terminant : « lofâmes Tartufes, qui vous efforcez de perdre la patrie sous prétexte d'assurer le règne de la loi, ce numéro à la main, je ■Î8 prêt à vous confondre. »

Cette séance des plus scandaleuses se termina par le rentoî aux tribunaux ordinaires de la dénonciation faite contre Itoat, avec injonction au ministre de la justice de faire pour- •Dvre les auteurs et instigateurs des délits. Le pouvoir exé- ^Qtif, plus prudent, ne donna pas suite à l'affaire, du moins •*^ ce qui concernait le rédacteur incriminé. Les hommes de ■M*pcl au peuple, comme les désignait le journaliste, des- ^dirent d'un degré de plus dans l'opinion publique.

Et Marat consacrait encore les deux numéros qui suivaient fe 186"« à convaincre les patriotes, ses collègues à la Con- •^tion, de la droiture de ses intentions; nous allons en ^traire deux passages qui prouvent que le journaliste ne se ^ï^cupait pas seulement des fauteurs de la famine, mais 1^ moyens matériels qui auraient pu prévenir Textréme •tfsère où le peuple était plongé : « La cause du fléau qui lOos désole est dans cette masse énorme d'assignats dont la

valeur diminue toujours avec leur multiplicité autant que par leur contrefaçon ; or, leur diminution de valeur entraîne nécessairement l'augmentation du prix des demrées. Elles sont déjà parvenues à un prix exorbitant ; bientôt elles seront portées à un prix si haut, qu'il sera impossible aux classes indigentes d'y atteindre; ces classée font les deux tiers delà nation : attendez -vous donc à voir éclater les plus ailreai désordres, et peut-être le renversement de tout gouvernement, car le peuple affamé ne connaît pas de lois, la preniière de toutes est de chercher à vivre. Il y a trois ans que fa prévu tous ces désordres ; et que n'ai-je pas fait pour m[(ipposer au système des assignats, surtout des assignats de petite valeur! Ce n'est pas par de petits expédients qu'on j» viendra à remédier aux malheureuses suites de ce systèn^ mais par une grande mesm^e : la seule etïïcace, celle queje proposai dans le temps, c'est d'anéantir la dette publiqB^ en payant sans délai les créanciers de l'État, chacun avec m bon national, du montant de sa créance, et en recevant ei bon en payement des biens nationaux : au lieu de mettre ei émission une énorme quantité de papier-monnaie forcé, donl moindre inconvénient est le discrédit qu'entraîne toujoais ie défaut de confiance qui en est inséparable. Cette mesoie eût produit six grands biens à la fois : 1** on aurait diminué la masse des impôts de celle des intérêts de la dette publiqaej 2° on aurait obvié à Taccaparement du numéraire, coDSè* quemment à Taugmentation du prix des denrées; 3° on auraï évité les frais énormes de fabrication et de gestion des assignats ; li"" on aurait empêché les spéculations des agioteurs du trésor national; 5<* on aurait prévenu la contrefaçon te assignats au dedans et au dehors; 6° par là enfin on aurait accôléré la vente des biens nationaux. » {Journal de la Bip^ blique, N*' 137.)

Ce n'est pas là sans doute une de ces mesures fondameutaies qui attaquent la misère dans ses causes premières, et qui méritent vraiment le titre d*éconouiiques, mais elle n'e^ ■

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sancrà&er ceue usarpiikw, que falbùt-i! îiire des

de rÉédkie d>nî elle s'est emr^^irw lu nom dt: j^Mrne-

i?%vs prrtons êgiles dont Tune aanit (:é aiTectée in

tes mîsisires de la reîipv\Q : Fiaîre à scqïiîiter les

VigTiîiiies du çoorerDeaoent , et Fiutre i fiire un son

iamiDés. comme je n'ii ces^ê de le répéter dins le

Or. ea pirtaw2Lnt lax piurre^^ pir petits îots, le tiers

rres de FÉirîîse- on remollsNaît i leur ê^iid une oWî-

indispensable qn'imj>osa;t la justice, on en faisait de?

utiles, on les attachait fortement au maintien de la

et rÉ*»at y gagnait doublement, t [Ibidrm.'} is tuâtes les explications que l'Ami du peuple vient de r, croh-on, en conscience, que le pillage fut son pria- ^ êcnoomîque, oa l'expression d'une triste nécessité en de tout système, en présence d'affamés, ce qui ■« pus la même chose à coup sur? Et croit-on que le jour-

naliste, que le député qui a défendu si auâacieusemcDt les massacres de septembre devant toute la Convention ameutée contre lui, qui a soutenu si hardiment son système de dicta* ture momentanée, aurait hésité dans la circonstance présente, quand il s'agissait d'une émeute sitôt réprimée, s'il l'aTait conseillée réellement? Cela n'est pas soutenable, et les Girofr dins étaient trop intelligents pour s'y méprendre.

Mais ce n'est pas impunément que tant de fois on s'attaque à un homme public sans jamais réussir. La fin de l'adresse 'de Marat à ses collègues de la Montagne va non prouver combien l'opinion publique s'était modifiée déjà dans les premiers jours de mars 93. Il y a un an FAni du peuple n'était encore qu'un bouc émisssure sacrifié pir les patriotes mêmes, obligé de se cacher dans des mr terrains pour échapper aux poursuites des Girondins de la Législative ; il n'y a pas six mois, au début de la ConventioB, peu s'en est fallu qu'il ne fût sacrifié comme un fou dont les intentions étaient peut-être pures, mais dont la ttoiuit assurément perdue. Aujourd'hui la Montagne est ponrlm» parce qu'il est pour le peuple, la Plaine commence à hésiter, à se détacher des hommes d'État, et l'Ami du peuple peut écrire: « Le parti fédéraliste, quoique le moins nombrcuz aujourd'hui^ est encore le plus fort, ou, pour mieux dire, maître de tout. Par une suite de son influence dans la Constituante et la Législative, de la triture du travail et de la majorité qu'il formait d'abord, il s'est emparé de tous les comités, conséquemment de la puissance législative. Conjuré avec le ministère, les fonctionnaires publics et les généraui, il est maître des postes, du trésor national, des forces militaires, conséquemment des secrets de l'État, de la fortune et de la force publique. Pour se saisir de la souveraineté, Une lui manque que du génie et de l'audace.

<( Le parti patriotique, fort de la bonté de sa cause et de l'opinion publique, pourrait enfin prendre le dessus, s*il voulait, à l'exemple de ses adversaires, se réunir et concerter

mesures; mais il est lui-même séparé en deux sections avisées de principes, dont Tune est pleine d'énergie et l'autre attachée au modérantisme. La Montagne forme la première et TOUS formez la dernière. Je chéris com«)6 tous les maximes d'humanité, de commisération, de douce philanthropie, et je les écoute volontiers lorsqu'il faut sévir contre de simples prévaricateurs; mais quel homme de sens peut les adopter à)ntre des ennemis publics, des traîtres et des conspirateurs déterminés à périr plutôt que de se soumettre au nouvel ^irdre de choses, et acharnés depuis quatre ans à notre perte. Toute indulgence pour ces scélérats devient barbarie contre le peuple ; il faut que nous les écrasions, ou bien nous serons ftcrasés. » [Journal de la République ^ N® 138.)

Marat écrivait ces lignes le 2 mars; trois mois après» date pour date, le 2 juin, tout Paris était soulevé, le tocsin sonnait, le peuple campait aux Tuileries, il demandait la proscription de vingt-neuf députés fédéralistes ; la suite de ces débats va nous apprehdre comment les Girondins ont fini par soinr le supplice qu'ils avaient les premiers demandé contre FAmi du peuple.

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