‹ Marat, l'ami du peuple (volume 3)Chapitre 70 sur 150 · AVRIL · texte numérisé non relu

AVRIL

SoMMAiBB. — Déclaration de gaorro entre la Montagne et la Gironde. — lUrat m* tient Danton. — Violabilité des députés. — Relation de la séance da l* tvTfltt,pv le PubUciste de la République. — Réquisitoire de l'Ami du peuple contie les Oamdins. — Pétition de la section Bon-Conseil. — Guadet commence l'atiaqne. — Piétexte de la mise en accusation. — Les formalités no sont point remplies, MaratM te laisse pas arrêter. — Los députés patriotes contre-signent TadreMe det JaooUHb — Appel nominal. — Divers votes. — Réflexions du journaliste MaraL — > BMt»> tion de l'Assemblée à rédiger l'acte. — Il est signifié à Marat par le triboail iéT»> lutionnaire. — L'Ami du peuple en fait l'annonce aux patriotes.

C'est le 1*^ avril que s'engagea le combat, c'estSiiton qui donna le signal : « Il n'est plus de trêve entre la Montigne, entre les patriotes qui ont voulu la mort du roi et les lâches qui, en voulant le sauver, nous ont calomniés dans la France. >) Et toute la partie gauche de se lever simultanémeit et de s'écrier : u Nous sauverons la patrie. » (Monilatrèi 3 avril.)

U faut lire cette séance au complet pour se rendre compte de tous les motifs sur.lesquels le grand orateur appuyait cette déclaration de guerre, pour y retrouver la récapitulation de tous les chefs d'accusation énumérés par l'Ami du peaple depuis dix-sept mois, et pour se convaincre que nous n'avons rien exagéré en afTirmant que Marat en avait été le véritable promoteur.

Il faut la lire surtout pour voir avec quel enthousiasme Marat, qu'on nous a dépeint miné par l'envie de tout ce qui avait quelque grandeur, soutient celui qu'on pourrait appeler sous le rapport de l'éloquence son maître ou tout au moins

n supérieur. Comme il oublie qu'au 25 septembre Danton l'a

^andonné, comme il s'oublie lui-même pour ne plus penser

q[u*au triomphe de la cause, il ne se souvient plus de tout ce

^*il a fait, il ne songe pas un instant à revendiquer sa part

de gloire; ses interruptions sont comme autant de bordées

lâchées à dessein pour soutenir le feu de la grande batterie.

Uahat. « Non, vous ne panlendrez pas à égorger la patrie. »

DiKTON. u Les complices de la conjuration sont ceux qui ont fait des soupers clandestins avec Dumouriez. »

Màrât. « Lasource, Lasource en était. •• Oh! je dénonoerû tous les traîtres! »

Ou bien , emporté comme par un mouvement électrique par l'impulsion dantonienne, lui aussi se dressait sur son banc et s' adressant à la droite : « Oui, écoutez! » s'écriait-il. Et tous faisaient silence, tant il y avait de foi, de confiance, d'abnégation personnelle dans cette majestueuse déclaration des convaincus.

Et que surtout les historiens à venir n'oublient pas le décret qui vint terminer cette séance et sans lequel la déclaration de guerre aurait manqué de sanction, sans lequel tout te débat ne nous aurait plus apparu que comme une lutte de personnalités ; c'est à Marat qu'on le dut.

Romme demandait qu'on nommât des commissaires pour analyser les diiïérents plans de constitution envoyés par les départements; Marat réclame la parole. « Lorsque le feu de la sédition est allumé dans plusieurs parties de la République, lorsque les ennemis extérieurs vous pressent, lorsqu'il s'agit d'étouffer la guerre civile et d'arrêter L'ennemi, nous n'avons besoin que de lois révolutionnaires. Je m'oppose à toute discussion sur la constitution jusqu'après le retour des commissaires patriotes. Examinons la conduite des membres de la Convention, des généraux, des ministres, qui nous sont dénoncés de toute part. Frappons les traîtres quelque part qu'ils se trouvent. » Et l'Assemblée adopte la proposition en

CCS termes : « La Convention nationale, considérant qoe le salut du peuple est la loi suprême, décrète que, sans acoir fgard à V inviolabilité d'un représentant ^ elle décrétera d'accusation celui ou ceux de ses membres contre lesquels il y aun de fortes présomptions. »

Le 31 mai n'est- il pas tout entier dans ce décret? Nierat-on que Marat en soit le principal, Tunique auteur? EstHse ) un décret de circonstance, improvisé par haine particulièn i contre tel ou tel? Ne voilà-t-il pas quatre ans que l'Ami dtt \ peuple le réclame ? N'est-ce pas uniquement pour cela qw 'les pouvoirs qui se sont succédé l'ont poursuivi ; pour cela que i ^ les Girondins, les hommes de l'autorité inviolable, l'ODt < dévoué à la malédiction générale? Et si , le 1*"' avril, ce décret | est emporté par l'Ami du peuple sans qu'aucune réclamatk» \ ose se produire, sous peine de se déclarer complice de tyrw- j nie; si de ce décret devait sortir un principe nouveau, cdoi I de la subordination du pouvoir, devait dater l'ère vraiment i révolutionnaire, celle qui pose le point de démarcation entre 89 et 93, nous sommes en droit, au nom de l'histoire, de déclarer que Marat est véritablement l'incarnation preim&e de la politique de l'avenir. Je ne nie pas l'indispensable îçpni qu'y ont donné d'autres puissantes personnalités; loindelii qu'au contraire plus je lis Thistoire, plus j'ai l'occasion de constater que la nature, en haine elle aussi- de la tyrannie, n'a pas permis que rien de fondamental se fît par un seul; mMS puisqu'en dernière analyse il faut toujoure que l'expression du sentiment général d'une époque soit résumée par tel ou teli je dis qu'à Marat fut dévolu cet honneur; et sa vie tout entière» son œuvre, son martyre, sa mort, sont là pour le prouver*

11 faut lire dans le numéro 159 du Publiciste l'analj'sc ^^ cette grande séance, Danton la remplit toute : « il obtient »^ parole, il reconnaît enfin que les ménagements que lui avaî^** dictés le désir de la conciliation et l'amour de la paix est i^^ fausse mesure ; il fait avec un noble abandon ariiende ho^'^^ ''able de sa circonspection déplacée ; il déclare la guerre

iction infernale des hommes d'État; il confond leurs imposlires, il les accable de ridicule, et il sort triomphant de cette jUe, au bruit des acclamations publiques.

« Je regrette de n'avoir pas le temps de rapporter ici son iscours; j'observerai qu'il est de main de maître et d'autant lus précieux qu'il contient l'engagement solennel qu'a pris Canton de combattre désormais avec un courage indomptale. Or, on doit beaucoup attendre des moyens de ce patriote ëlèbre ; le peuple a les yeux sur lui et l'attend dans le champ le l'honneur. » Tout en couvrant le tribun de louanges mérites et sincèces, comme le joumaliste s'attache à le comproaettre à jamais dans la cause du peuple, à ne lui permettre ucun moyen de retour dans la voie des réconciliations imposibles, c'est qu'il connaît les hommes, c'est qu'il sait que la liblesse est le mal humain ; c'était là le véritable machiavétsme de Harat, celui que Fabre n'a pas soupçonné.

Désormais les rôles vont changer; d'accusateurs les Giron- Sus vont devenir accusés. Toutefois il ne faut pas perdre de ne que si leur influence tombe de jour en jour, si le minishrt leur échappe, si leurs créatures sont remplacées, si les omîtes composés de membres qui leur étsdent dévoués ont ut place à de plus patriotes, si surtout ils ont perdu au ébors tout prestige, déconsidération due en très- grande lartie à l'Ami du peuple qui , revenant tous les jours sur le iteie point, a fini par y fixer l'attention publique, qui,. rappant tous les matins sur la même place , a fini par /aire roo, n'oublions pas néanmoins, dis-je, qu'après même la tance du 1'' avril ils avaient encore sur la majorité, je veux ire sur la Plaine, cet ascendant que conserve pendant un sitain temps tout pouvoir qui a jeté un grand éclat, qui a ^oi d*an grand prestige. C'est justement en raison de cette isistance qu'il faut encore deux mois d'eflbrts pour abattre I colosse du fédéralisme ; la tâche de l'Ami du peuple n'est onc pas finie.

Il le savait et n'y faillit pas; et ce n'est point, pour s'en

convaincre^, à la* Convention seulement qu'il faut le suivret mais surtout dans son journal. A l'Assemblée, la parole loi est presque toujours refusée, ou les interruptions y sont combinées de telle sorte qu'elles le jettent toujours de côté et dans des motions qui ne manquent jamais de le faire rappder . à Tordre; dans le Publicistây au contraire, sa pensée se soit» et cette pensée est toujours une, la mise en accusation delà faction criminelle ; chaque jour il y revient ; rien n'est possible, pense-t-il, sans cette mesure préliminaire; tapt que subsistera ce fo ver de division , la moitié de la France se lève»

al « '

contre l'autre, l'ennemi aura des intelligences dans la place; pas de constitution , pas de paix , pas d'unité, pas de trioBphe, partant pas de liberté : voilà son delenda Carthago.

C'est la trahison de Dumouriez qui, dans les premier» jours d'avril, préoccupe tous les esprits; l'Ami du peuple iwfr plique à démontrer que les Girondins en sont les complieeSi puisque le complot , révélé par la fameuse proclamato da général menaçant de marcher sur Paris , est commun : « Oi voulaient conserver le monarque et rétablir la monarchie lois du jugement de Capet, Dumouriez veut rétablir la monardôe par le couronnement d'un nouveau roi.

« Ils voulaient dissoudre la Convention en en appelant aox assemblées primaires; il veut dissoudre la Convention et traiter avec le peuple seul.

« Ils déclament contre les Jacobins, ils veulent anéantir les sociétés populaires; c'est ce que fait le général.

« Ils ont mis cent obstacles aux recrutements de nos volontaires; il les a sacrifiés en toutes rencontres. •

« Ils ont tout fait pour empêcher la réunion de la Belgique à la France; il a tout fait pour l'empêcher aussi.

« Ils se sont élevés contre les journées de septembre, ils ont calomnié le peuple sur les événements du 25 février, ib se sont opposés à l'établissement du tribunal révolutionnaire; ainsi a fait Dumouriez.

« Ils ont maintenu en vigueur les lois tyranniques de

l'aDcienne constitution ; il demande le rétablissement de 1* ancienne constitution. » {I^e Publiciste de la Républiqu^y N"" 156.) Ce numéro est un véritable réquisitoire qui dut d* autant plus irrésistiblement soulever Paris contre les inculpés, qu'il ne 9* agissait pas là d'opinion, mais de faits encore vivants dans la oiémoire de chacun, auxquels chaque citoyen pouvait répondre : c'est vrai. Ce numéro, lancé en même temps que la réplique de Danton, dut produire la plus vive sensation et achever au dehors la conquête des indécis. Et que dut-ce être quand successivement on apprit l'arrestation des quatre commissaires, et finalement la fuite du traître, tous événements prévus? Et quelles réflexions durent assaillir les patriotes quand le journaliste, qui depuis si longtemps leur avait prédit ce qui venait d'arriver, leur disait ce jour encore : « M'écouterex-vous cette fois du moins, quand je vous dis que d'autres . traîtres, ses complices, sont au sein de la Gonvenftion, que c'esl là qu'il faut frapper si vous ne voulez pas succomber vous-mêmes? »

Ces sensations, ces réflexions ne sauraient être mises en doute; en voici l'expression. Le lundi 8 avril, une députatioD demande à traverser l'Assemblée, à présenter une pétition ; c'est une des plus énergiques, celle de la section de Bon-Ck)nseil. Elle est introduite. L'orateur : u Législateurs, la section de Bon-Conseil nous a envoyés vers vous pour vous demander que vous fassiez Texamen le plus sévère de la trahison de l'infâme Dumouriez, que vous suiviez tous les fds de cette trame horrible. Ce n'est pas seulement dans ses légions que le traître avait des complices. Le peuple n'est-il pas fondé à croire qu'il en avait jusque dans votre sein?... » (La gauciie, les tribunes applaudissent ; la droite se lève menaçant du geste les pétitionnaires ; elle veut qu'ils soiimt clMSsés; Mallarmé rappelle les principes.) L'orateur reprend : « Depuis assez longtemps la voix publique vous désigne les Yergniaud, les Guadet, les Gensonné, les Brissot, les Barbaroux, les Louvet, les Buzot, etc.; qu'attendez- vous pour les

frapper du décret d'accusation? \ous mettez Dumouriez bon la loi, et vous laissez assis parmi vous ses complices! Vous manque-t-îl des preuves? Les calomnies qu'ils ont vomies contre Paris déposent contre eux. Ne sont -ils pas assez confondus lorsque dans ce moment d'alarmes ils viennent id ei sûreté ?

« Représentants du peuple, patriotes de la MonUgne, c'est sur vous que se repose la patrie du soin de désigner ks traîtres : il est temps de les dépouiller de l'inviolabilité liba> ticide. Sortez de ce sommeil qui tue la liberté. Levçz-voos, livrez aux tribunaux des hommes que l'opinion publiqae accuse. Déclarez la guerre à tous les modérés, les Feuillanta, à tous ces agents de la ci -devant cour des Tuileries. Paraissez à cette tribune, ardents patriotes, appelez le glaive de la loi sur la tète de ces inviolables, et alors la postérité ibénin le temps où vous aurez existé. »

Tout Marat est là ; et le président invite les pétitionoûv aux honneurs de la séance, se fondant sur ce principe : ([oe c'est à tous qu'il appartient d'énoncer la volonté générale.

Paris venait de se prononcer, c'en était fait de la Gironde. Mais on ne meurt pas sans résister, quand on a jeunesse et foi. Elle sentait bien d'où partait le coup, il fallait un dernier effort, elle y concentra tout ce qu'elle avait d'ardeur et de talent. Lasource s était pris corps à corps avec Danton, il avait été écrasé; Vcrgniaud lui-même avait eu peine à se débarrasser de Tinextricable réseau d'accusations péniblement ourdi par Robespierre; contre Marat, ils allaient se mettre à deux : non pas que personnellement il fût de valeur double à celle de ses collègues, mais c'est que Marat c'était Paris; au 12 avril 03 il s'appelait la liberté.

Le premier qui se présente c'est Guadet. Il a compris que s'il veut soulever cette Plaine en faveur des siens et de luimême, ce n'est plus tel ou tel de ses collègues qu'il faut disculper. Qu'importe aux égoïstes du centre tel ou tel? ce qu'ils' veulent sauver, ce sont eux, rien qu'eux; ils voteront tout

K>ur sauvegarder leur existence : leur vie est le point senible, il ne s'agit donc pour les gflvaniser que de leur prouer qu'ils*sont en danger de mort; ainsi va-t*il faire.

« Écoutez Marat, dit-il, après les scènes du pillage des pîciers : o On a bien raison de s'étonner que le peuple se oit levé pour du sucre et du café. Quand le peuple se lève, L doit être terrible dans ses vengeances, tant (pi'il a des tnnemis à exterminer... C'était la Convention nationale qu'il albdt frapper, là étaient les victimes. » Mais, citoyens, ce langer auquel vous avez échappé, croyez-vous qu'on ne le irfipare pas encore ? Détrompez-vous ; écoutez :

I Là SOCIÉTÉ DES AMIS DE LA LIBERTÉ DE PARIS A LEURS FRÈRES DES DÉPARTEMENTS.

« Amis, nous sommes trahis, aux armes I aux armes I Foici l'heure terrible où les défenseurs de la patrie doivent raincre ou s'ensevelir sous les décombres de la République. Prançûs, jamsds votre liberté ne fut en plus grand péril; nos ennemis ont enfin mis le sceau à leurs noires perfidies, iU pour la consommer, Dumouriez, leur complice, marche mr Paris. Les trahisons manifestes des généraux coalisés lYec loi ne laissent pas à douter que ce plan de rébellion et :ette insolente audace ne soient dirigés par la faction criminelle qui l'a maintenu, déifié ainsi que Lafayette, et qui nous I trondpés jusqu'au moment décisif sur sa conduite. Les menées, les défaites et les attentats de ce traître, de cet impie {ui vient enfin de faire mettre en état d'arrestation les quatre XMDmissaires de la Convention et qui prétend la dissoudre, ont enfin connus... Mais, frères et amis, vos plus grands laogers sont au milieu de vous... C'est dans le sénat que les mains parricides déchirent vos entrailles I Oui, la contreévolution est dans le gouvernement, dans la Convention ationale... Hais déjà l'indignation enflamme votre coura- )eux civisme. Allons, républicains, armons-nous! »

Marat. « C'est vrai. »

(L'Assemblée se lève par un mouTement spontaoé : « A l'Abbaye. » )

Valazé. « J'observe que Tadresse que vient de lire Goadet circule dans les départements sons la signature de Marat. )>

Marat s'élance à la tribune « Pourquoi ce vsdn batelage, et à quoi bon? On cherche à jeter au milieu de vous ooe conspiration chimérique, afin d'étouffer une conspirate malheureusement trop réelle. On ne peut plus la révoquer en doute; Dumouriez lui-même y a mis le sceau, eB dédbrant qu'il marchait sur Paris pour faire triompher la factktt qu'il appelle la saine partie de l'Assemblée contre les pitriotes de la Montagne. »

Saps nul doute c'était là l'intention de Guadet, mais k centre sentait bien qu'entre deux dangers, Dumouriei et les Jacobins, il n'avait rien à craindre du premier, tout à eniadre des seconds. Aussi cette récrimination de Marat toucha-t-dle peu la majorité menacée, et celle-ci réclama-t-elle contre l'Ami du peuple le décret d'accusation. Dès lors la parde appartenait aux défenseurs de l'inculpé, Danton la prit Maïs ce grand cœur avait déjà oublié la menace qu'il aviil faite à ses ennemis personnels de les étouffer, il voulait croire encore au sacrifice de leur animosité au salut pobfic, ou, s'il n'y croyait pas, il le feignait pour en rappeler le devoir : « Je savais bien que la majorité de la Convention ne voudrait pas prononcer sur le sort d'un de ses membres sans avoir entendu parler, non en faveur d'un homme, mais de Tîntérôt public... Marat n'est-il pas représentant du peuple, et ne vous souvenez-vous plus de ce grand principe : que vous ne devez entamer la Convention qu'autant qu'une foule de preuves in-éfragables en démontre la nécessité? Si je demande quel est le coupable dans cette affaire, vous me direz : c'est Marat. 11 répondra : ce sont les hommes d'État. Notre juge ne peut-être que l'évidence bien

acquise. Vous vous accusez l'un et l'autre de conspiration: ainsi vous seriez en quelque sorte juges et parties. Le vrsu coupable, c'est d'Orléans. »

I^LLsii-rris MEMRRES : « Parlez de Msirat. » .

tf A l'égard de Marat, je dis qu'il est impossible que vous vous écartiez assez des principes de justice pour le décréter d'accusation, je ne dis pas sur son écrit, mais sur tous les faits dont on l'accuse, sans avoir renvoyé à un comité; et, pour qu'il y ait réciprocité, je demande le renvoi au même comité des accusations faites par Marat contre ses accusateurs; mais examinez quel moment vous choisissez pour traiter cette question ; plusieurs membres nos collègues sont absents. Voulez -vous saisir cet à-propos pour entamer une partie de l'Assemblée, tandis que cette même partie a eu le courage de vous quitter pour aller échaufler l'esprit public dans les départements et diriger les nouvelles forces contre les ennemis; si Marat est coupable, Marat n'a pas l'intention de vous échapper. »

Ma RAT. tt Non. »

Davtox. « Tous les griefs qu'on croit pouvoir lui rfeprodier ne seront point aflaiblis par ce renvoi à un comité. Je demande ({ue mes propositions soient mises aux voix. »

C'était prendre les Girondins dans le filet qu'ils avaient fendu eux-mêmes. Et comme cette habileté d'orateur était bien dissimulée, drapée qu'elle était dans le manteau de rimpartialité ! comme les hommes d'État durent se sentir saisis à la gorge par le colosse ! comme ces paroles durent retentir dans les âmes vraiment impartiales ! comme on est fort quand on marche dans la justice, si .fort que ce double jugement allait devenir un arnH accepté, non par la Gironde, mais par la capitale et les quarante départements restés (idèk's à la Révolution:. arrêt exécuté non pas en quelques jours, comme c'aurait Aà être, mais en moins de six 8em<iines : Marat d'abord, puis ses accusateurs; après le 2A avril, le 31 mai!

Appréciant ce discours, le journaliste dira : « Tavais jeté les hommes d'État dans l'abîme, Danton les y a tenus doués, le pied sur la gorge. » {Le Publiciste de lu BépublifUj N^ 169.) L'expression n'avait rien d'exagéré.

Il semblait que l'Assemblée dût se rendre à cette proposition; elle y aurait souscrit sans doute si l'on fût immédiatement allé aux voix, mais ce n'est pas ce que voulaient les Girondins; aussi Fonfrëde s'empara-t-il de la tribune, et, sachant bien qu'au fond un seul sentiment influençât le jugement de cette majorité intérieurement ennemie de l'Anu du peuple, la peur de ce qu'en diront les patriotes des £ubourgs, c'est cette appréhension qu'il va tâcher de oodbattre :

(( C'est 'aussi la voix du peuple que j'invoque; non pou faire de cette voix redoutable un moyen de terreur, et pour vous arracher par l'épouvante, à laquelle je ssds que vos imes sont inaccessibles, un décret favorable à mes vœux; c'est aussi la voix du peuple que j'invoque, non pas sealoDent celle de ce petit nombre d'hommes qui m'entourent, mais celle de tous les citoyens français ; et sans doute vous croyei que nos frères des départements sont aussi le peuple; si ma Voix pouvait de cette tribune se faire entendre à eux tous, ils s'écrieraient d'une voix unanime que je ne trahis ni leurs vœux, ni leurs espérances, lorsque je viens appeler sur Marat votre justice et votre sévérité.

« C'est à la bonne foi, à la conscience de chacun de vous que je m'adresse. Cet homme est-il en vénération ou en horreur dans les départements? Son nom est-il béni ou exécré par vos commettants? Ses écrits sont-ils voués à l'impression ou aux flammes? Est-il un d'entre vous auquel l'existence de cet homme dans la Convention n'ait été reprochée? Vos concitoyens ne vous ont-ils pas cent fois conjurés de bannir du sénat ce génie malfaisant, cet artisan de crimes, de calomnies, de troubles, de discordes et de haines? (Un grand nombre de membres se lèvent : « Oui, c'est vrai.») C'est donc

HARAT MIS EN AGCUSATJON. x S05

roix du peuple qui réprouve Marat, qui s'indigne de le voir nombre de ses représentants. Interrogez vos commissaires is les départements; ceux-là ne sont pas des modérés; û est celui d'entre eux qui s'est osé vanter de ses liaisons € cet homme? Quel est celui qui n'a pas désavoué sa :trine de sang? Comment se fait-il donc que cet homme $ toute la France accuse, que personne n'avoue et dont t le monde rougit, trouve même ici des défenseurs? Il Q trouve pas dans nos départements, et peut-être serezis surpris lorque vous saurez que quelques-uns de vos amissaires auxquels le préopinant fait l'injure de croire ils défendraient Marat, pressés par l'opinion publique* pris dans les sociétés républicaines l'engagement de deader à leur retour le décret d'accusation auquel vous vous K>sez aujourd'hui. »

Harat. « Je m'en fais honneur et gloire. » FoNFRÂDE. (( Renoncez à faire des lois, si vous voulez is-mêmes leur inexécution. N'avez-vous pas porté des lois trcf les provocateurs au pillage ? Eh bien ! Marat l'a pro- [ué. N'avez-vous pas porté des lois contre les provocateurs : meurtres? Eh bien! Marat les provoque sans cesse. Marat. « Oui, contre les royalistes. »

FoNFRKDK. u N'avez-vous pas porté la peine de mort tre quiconque demanderait le rétablissement du pouvoir itraire? Eh bien ! Marat a formellement demandé la dicta- B. N'avez-vous pas demandé la peine de mort contre quiique demanderait la dissolution de la Convention? Eh ti! Marat la demande chaque jour. Nous sommes ainsi es et parties, nous dit Danton; et n'est-ce pas à nous à tserver le dépôt précieux de la Convention nationale? C'est France entière qui accuse Marat, nous ne sommes que ses es... Je demande donc le décret d'accusation contre lui. » L'orateur avait soulagé la Plaine d'une grande appréheni; il l'avait convaincue que toute la France voterait avec f, qu'elle pouvait donc se prononcer sans crainte, que dans

la Montagne même elle trouverait des adhérents. L'Assemblée ferma la discussion. Mais qu'y avait-il au fond de ce discours? Que Thistoire ne roublie pas, il y avadt le tcbs incessant des Girondins, celui qu'elle venait d'exprimer encore au moment suprême par la bouche d'un de ses plos ardents orateurs, l'appel à la guerre civile, au moment où elle n'était déjà que trop allumée de tous les côtés; et c'est ce vœu qui sera son éternelle condamnation. Mais on devait une dernière fois la parole à l'accusé :

« L'écrit qui vous a été dénoncé est signé de moi : j'aide pendant sept à huit minutes pi-ésident de la Société des lu»l}ins. On m'a présenté un écrit que je n'ai point lu, portant h signature des secrétaires, et, sans savoir ce qu'il contenait, j'ai mis ma signature pour attester qu'il était émané de la société. Quant aux principes qu'il conlietUy je les avoue.

(( De quoi s'agit-il maintenant? Je suis accablé par des hommes dont je me suis porté l'accusateur. Ils deinandent un décret d'accusation contre moi ; par la même nûam fen demande un contre eux. Je ne récuse pas même ceox qd sont mes ennemis connus. Articulez les griefs que vous a?ei contre moi; ceux que j'articule contre vous sont contenos dans mes écrits; le public jugera. Quant à mes actions, je défie mon plus mortel ennemi de dire que mon nom ait été jamais compromis avec ceux des ennemis de la patrie, qoe je me sois jamais trouvé avec les conspirateurs et danskurs conciliabules nocturnes. Ma correspondance a été entre les mains de mes ennemis ; jamais ils n'y ont' trouvé un mot qoi pût me compromettre. Mais non, ce qui les acharne contre moi, c'est mon extrême surveillance, c'est ma prévoyance, mon courage à les dénoncer. Ils veulent m' égorger pour se débarrasser d'un sm'veillant incommode. Eh bien! je les attends à cette tribune... Mais je dois encore parler pour éviter de grands mouvements... »

Le présideat. « Vous faites injure aux habitants de Paris. •

Lacroix, a Qu'il soit mis sur-le-champ en accusation. ■>

MARAT MIS EN ACCUSATION. t67

Uarat. « Pour éviter des malheurs, je demande à être onduit aux Jacobins, sous la garde de deux gendarmes, pour prêcher la paix. »

Lacboix. a Je réitère ma proposition de mettre Harat en nrestation et d'entendre demain un rapport du comité. »

D'autres. « Qu'il soit retenu chez lui. »

D'autres. « A l'Abbaye. »

L'Assemblée décrète que Marat sera mis en arrestation rovisoire à l'Abbaye, et que le lendemain le comité de légisttion fera un rapport sur le décret d'accusation. (De violents lurmores éclatent et se prolongent dans les tribunes. J/oiuîiir du 16 avril 93.)

A l'instant on remet une expédition du décret à l'officier e garde à l'Assemblée; celui-ci consigne à la porte l'Ami du eaple. Cependant ses collègues lui oflrent de l'acoompagner la prison, Marat persiste dans son refus d'y alier. On ne eut plus le quitter; les membres opposants étaient partis; » Montagnards ne sont plus qu'au nombre d'une cinquajiûoe, mais les patriotes descendent des tribunes dans la ille, ils déclarent qu'on n'arrêtera pas leur défenseur de aelque manière que ce soit; ils l'entraînent dehors. La sntinelle s'oppose à sa sortie; on va chercher l'officier, il résente son expédition; on reconnaît que dans leur empres- Bment le président et le ministre de la justice ont oublié de i signer; elle était donc nulle. Marat sort, la foule l'accomagne ; il se rend en lieu sûr et de là adresse une lettre à la ODvention.

n y répète à peu près les paroles de sa défense. Il rapelle que d'autres suspects de dilapidation et de trahison ont té simplement gardés à vue, et l'on voudrait Tincarcérei onme on malfaiteor. n Non, il n'en sera rien, dussé-je 6rir cent fois ! c'est le cas où jamais de résister à l'oppresion... S'ils réussissaient à consommer leurs projets criminds mon égard, bientôt ils en viendraient à Robespierre età Dan- >n, à tous les députés patriotes qui ont fait preuve d'énergie.

«08 JEÂN-PÀUL MARAT.

« D* accusateur je ne serai pas seul réduit au rftle d'accusé. Je n'entends pas me soustraire à l'examen de mes juges, mais je ne m'exposerai pas sottement aux fureurs de mes ennemis... Tant qu'ils n'auront pas été eux-mêmes nus en état d* arrestation, à l'Abbaye, je ne me constituerai pis prisonnier... Avant d'appartenir à la Gon?ention j'appartiens à la patrie , je vais donc me mettre à couvert de leurs atteintes, continuer à soutenir la cause de la liberté par mes écrits, jusqu'à ce que la nation ait ouvert les yeux sur leus projets criminels. Un peu de patience, ils succomberont sous le poids de l'exécration publique. » (Le Publiciste^ N* 169 et le Moniteur du 16 avril 93.)

Cette lettre fut lue à la Convention le lendemain IS; on n'y donna pas de suite.

Delaunay le Jeune demande la parole pour faire codnaître le rapport du comité de législation.

Le rapporteur commence par la lecture de l'adresse des Jacobins qui a été l'occasion de la mise en accusation.

Dubois-Crancé. « Si cette adresse est coupable, décréteimoi aussi, car je l'approuve. »

Un grand nombre de montagnards se levant : « Nous l'approuvons tous. »

David. « Qu'on la dépose sur le bureau, nous la signerons. » Et ils se précipitent vers la tribune et signent au nombre de 96.

Le tumulte se prolonge au milieu des altercations.

BïJzoT. « 11 est inconcevable qu'un tel homme*jette encore la division dans cette assemblée... Je demande quil soit décrété d'accusation, luiqui a dégradé la morale publique, dont l'àme est toute calomnie, et la vie entière un tissu de crimes.»

Delaunay reprend la lecture du rapport. Les chefs d'accusation sont : 1** son numéro du 5 janvier, dénoncé par Chabot, où Marat a prêché la dissolution de la Convendon; 2* son numéro du 25 février, où il provoque au pillage des magasins.

Laréveillëre-Lepeaux y ajoute celui d'avoir demandé un maître.

On réclame le vote par appel nominal et motivé. Robespierre fait remarquer avec justice qu'on va voter une mise en accusation, sans avoir discuté l'objet du crime ou délit... « Je demande qu'à la suite du rapport envoyé aux départements soit joint un acte qui constate qu'on a refusé d'eiiteodre un accusé qui n'a jamais été mon ami, dont je n'ai point partagé les erreurs qu'on travestit ici en crimes, mais que je regarde comme un bon citoyen, zélé défenseur de la cause du peuple, et tout à fait étranger au crime qu'on lui impute. )) Il faut savoir gré à Robespierre de cette déclaration peut-être un peu tardive, assurément très-prudente, mais qui dut néanmoins décider toutes les hésitations jacobines; il est vrai que Paris s était déjà prononcé dans tous les autres clubs, et qu*il n'y avait plus crainte de compromettre sa réputation auprès des patriotes.

L'appel nominal est décrété et commence immédiatement. fjne pense-t-on de la valeur d'un homme à l'égard duquel la Convention croit nécessaire de prendre une mesure qu'elle ne prendra plus tard ni pour Danton, ni pour Robespierre? V^ppel nominal et motivé n'avait encore été fait que pour Louis XVI. C'est qu'en effet Louis XVI et Marat étaient les deux personnilications les plus prononcées des deux prindpes en lutte, du principe d'autorité et du principe de liberté ; personnifications du passé et de l'avenir, de la monarchie et de la Révolution , du progrès et du statu quo. Les défenseurs de Tautorité ont pu vilipender Marat, ils pourront déverser sur sa mémoire tout leur mépris, nous savons maintenant ce qu'il faut en penser; la solennité significative de leur appel nominal et motivé achèvera de le révéler.

Il n'est pas sans intérêt pour l'histoire de rappeler quelques-uns des motifs qui ont déterminé certains votes; ils donneront la mesure exacte de l'opinion de Paris sur ce pro- II. U

ces où il s'agit moins d*un homme que du triomphe d*im principe politique.

Il est curieux, par exemple, pour ceux qui se rappellent l'exécution de germinal, de prendre note d'un des mtiiib qui ont déterminé Maximilien Robespierre à rejeter la msL en accusation : « Comme le caractère de représentant da peuple, dit-il, doit être respecté par ceux que le peuple a choisis pour défendre sa cause, lors même qu'ils ne respeeteraient ni ceux des hommes, ni ceux des citoyens; coirae tous ces principes ont été violés et par la fureur avec laquelle un décret d'accusation a été provoqué, et par le refus d'entendre raccusé et tous ceux qui voulaient discuter Taccusition;... attendu que je ne vois dans cette délibération q« partialité, venggance, injustice, esprit de parti,... je repouBie avec mépris le décret proposé. » Qu'aurait répondu Robe»pierre au conventionnel qui aurait appuyé son vote du mèfl» considérant, en germinal?

Camille Desmoulins a toujours la mémoire des faits ou des paroles historiques, il a surtout le talent des rapprochements, ce qui donne beaucoup de trait à tout ce (fui vient de lui : « Comme J.-J. Rousseau dit quoique part que M. le lieutenant de police aurait fait pendre le bon Dieupojff le Sermon de la montagne, je ne veux pas me déshonorer en votant le décret d'accusation contre un écrivain trop souvent prophète à qui la postérité donnera des statues. » Paavre Camille, il lui faut toujours des idoles; Marat n'en deroxûr dait pas tant.

Lavicomterie. « J'ai toujours regardé Marat comme un homme nécessaire en temps de révolution. » Lavicomterie n'avait compris que la moitié de l'Ami du peuple.

Robespierre jeune. « Convaincu que les fauteurs de b tyrannie ont peint Marat non pas tel qu'il est mais tel qu'ils le veulent, afin de déshonorer les patriotes en les couvrant de ce masque hideux; convaincu que cette accusation n'«st qu'un prétexte pour peindre un patiûote ardent, l'homme quif

it qu'il vivra, fera trembler les fripons de toute couleur, dis non. » Voilà, certes, une des appréciations les plus tes : on a jpeint Marat non pas tel qu'il fut, mais tel qu'on dt besoin de le représenter pour faire abhorrer sa docle.

David. « Un Dumouriez dirait oui; un républicain dit 1. » Exaltation factice, expression enflée. Lantiiénas. « Je pense qu'il y a lieu à commettre des decins pour examiner si Marat n'est pas réellement atteint folie, de frénésie. Mais sur le décret dont il s'agit, il n'j »as lieu , je dis non. » M. Michelet s'est chargé de la comision : « Son médecin le saignait, » assure-t-il.

La déclaration de Vadier était bien propre à faire réflér les indécis, ceux qui n'avaient pas une opinion bien étée sur la politique de Marat : a Je ne lis point les feuilles l'Ami du peuple, je ne lui connais d'autres crimes que le atisme de la liberté et une sainte horreur pour les conrateurs et les tyrans. Je Taî vu dénoncer l'hypocrite Nec- % le traître Lafayette; je l'ai vu censurer les Maury, les raies, les lâches réviseurs de T Assemblée constituante, se :halner ensuite contre les Ramond, les Vaublanc du Corps ^latif, et démasquer enfin les continuateurs de Lafayette is la Convention, eu dénonçant leur complicité avec le ilérat Dumoui'iez. Marat ne peut donc être un ennemi de République, puisque tous les hommes qui l'ont trahie sont

ennemis... J'en conclus qu'il n'y a pas lieu à accusaa. » En effet, la pénétration antérieure de Marat à l'égard ( contre -révolutionnaires était une forte présomption en eur de ses dénonciations nouvelles.

Il était difficile de ne pas s'arrêter au moment de se proicer devant cette observation de Lakanal : « Vous avez isumé trois mois à discuter la cause d'un tyran, tout cout du sang de plusieurs milliers de nos frères, et vous refu-

d'accorder trois jours à un représentant du peuple pour airer votre décision ! »

à tous mes collègues ; je n'ai vu en lui que la fièvre dn patriotisme; mais supposer que Marat, qui, dès le commeDcément de la Révolution, a dénoncé tous les traîtres, toos les complots de la cour; que Marat, qui a vécu trois ans àm une cave pour se soustraire vlxw poignards de Lafayette; qo6 Marat, qui dénonce tous les intrigants, soit un conirtHiv»lutionnaire, c^esfle comble de l'absurdité.

« C'est vous qui avez donné à cet homme ignoré jusqn'kiy. dont l'existence môme fut longtemps un problème, unecoiH sistance qu'il ne cherchait pas; mais Marat vous était atik pour eflraycr lé peuple des départements d'une préiendac secte de maratistcs^ c'est-à-dire pour jeter à la fois le ridicule et la calomnie sur les patriotes de la Montagne... Yoos voulez mettre Marat en accusation : eh bien, voilà votre d»sein, car les intrigants ne sauraient pas leur métier, s'ils 96 se servaient pas d'un fer à deux tranchants. Ou Marat scn condamné, vous dites-vous, et alors vous serez vengés ptf la mort de votre accusateur; ou le tribunal révolutionôe l'absoudra, et alors vous dénoncerez à vos départements ce tribunal qui vous effraye, contre lequel vous vous êtes tant élevés, comme complice des crimes de Marat et de la prétendue faction d'Orléans.

« Vous êtes bien impoli tiques. Vous avez eu la faibles» de vouloir vous venger de Marat. Cazalès, Maury, Mskwfi^ ont aussi eu cette faiblesse; eh bien, voici ce qui arrimera: la dénonciation est absurde, le fond du procès n'a aucun des caractères qu'a voulu lui donner le rapporteur; on en sentira toute rinjustice, Marat sera absous, innocenté, et le peuple vous le rapportera en triompTie dans cette enceinte. » (Appd nominal imprimé par ordre de la Convention.)

Dubois-Crancé avait prévu de point en point ce qui allait arriver ; l'appel nominal dura seize heures dans un moment où le temps était si précieux. Disons que Lasource, bnarf, Guadet, Gensonné crurent devoir se récuser; Vergniaud s'absenta; Barbaroux accompagna son vote aiiirmatif de deux

MÂRÀT MfiSEN AGCESAiTION. 24^

alomiites noin^eHea. Voici la résultat défmiiif de l'appd.:. Sur 360 députés présenta,, 220*oni voté pour le décret 'accusation , 92 ont voté contre, &1 ont déclaré n'avoiir point e vœu quant à présent, 7 ont demandé rajournement. »

N'est-U pas digoe de remarque que ce soient justement euji. qui ont proclamé et soutenu 1* inviolabilité des repréestants du peuple, qui aujourd'hui votent avec le plus 'acharnement la mise en accusation d*un de leurs collègues? ïelirant reges^ oui, les rois sont fous! Voilà donc la voie averte, la voie qui doit aboutir à la place de la Révolution ! foe TAmi du peuple passe le premier, c'est justice, il ne s'en ilaindra pas ; mais que dans dix semaines on se récrie contre % mise en jugement de ceux qui viennent de traduire Marat lerant le Tribunal révolutionnaire, c'est à ne plus rien comtendre à la logique des partia*^

Voici les réflexions du journaliste : o C!omme les décrets f accusation lancés contre moi par la Cmuituanie et la I^^tiwiiwe étaient des actes tyranniques, exercés arbitrairement tar les mandataires infidèles du peuple qui s'étaient prostidés au despote, je les ai foulés aux pieds, en vertu du droit nprescriptible qu'a tout homme libre de résister à l'oppresioà sous quelque forme qu elle se déploie. L'indignation isblique en a fait justice; ils sont restés sans effet, et leurs ■leurs ont été couverts d'opprobre.

« Je pourrais suivre la même marche à l'égard du décret * arrestation que vient de décerner contre moi la faction ontre-révolutionnaire des hommes d'État. Je me garderai de I faire; non que je n'en aie le droit, mais je ne veux pas ccréditer les impostures que Roland, leur patron, a répanues dans tous les départements^ et les calomnies qu'ils ne eaaent de répandre eux-mêmes chaque jour. Je n'attends anc, pour me présenter au Tribunal révolutionnaire, que la ignification qu'il doit me Cake de l'acte d'accusation. J'ai Mue confiance dans l'équité de mes juges... Si j'ai refusé e me constituer prisonnier, c'est par sagesse ; depuis deux

mois, attaqué d'une maladie inflammatoire qui exige des soins et qui me dispose à la violence , je ne veux pas m*exposer dans un séjour ténébreux, au milieu de la crasse et de la vermine , à des réflexions douloureuses sur le sort de la vertu dans ce monde, aux mouvements d*indign^tion qui s'élèvent dans une âme généreuse à la vue de la tyrannie, i l'exagération du caractère qui en est la suite nécessaire, el aux malheurs qui pourraient être la suite d'un saint emportement. » [Le Publiciste de la République^ N® 170.)

On juge bien , sans que nous ayons besoin de produire les pièces, que les Girondins ne manquèrent pas d'agir dans certains départements pour faire appuyer leurs vœux. Mais lui les attendait avec confiance. La Convention tardant depuis quelques jours à donner notification de l'acte, Marat écrit an président pour la presser. C'est l'accusé qui commande à ses juges. Ceux-ci commençaient sans doute à pressentir k triomphe que Dubois-Crancé leur avait prédit. « Je somme mes atroces ennemis de présenter cet acte dans le jour... sinon je m'adresse au peuple souverain. » [Ibidem ^ N® 171.)

Entre-temps le journal paraît régulièrement; Marat y combat encore plus au long le projet de s'occuper, dans un tel moment, des lois constitutives; il propose quelques-unes des lois révolutionnaires qui ne seront votées que six mois plus tard, alors que le mal progressant sans cesse forcera au remède : a Est-ce au moment que le sol est agité de tremblements de terre que Ton doit travailler à poser les fondements du temple de la liberté?... Il ne faut à présent que des lois de circonstance, des mesures révolutionnaires pour épouvanter les ennemis intérieurs... Au moyen de ces lois sévèrement observées, Tordre et la paix renaîtront à l'instanl dans rÉtat. Et qu'on ne croie pas qu'elles feraient verseï beaucoup de sang, si elles étaient inflexibles, elles ne seraim pas fatales à vingt têtes. 11 faudra bien en venir là; et comme des insensés, nous serons forcés de finir par où nous aurions dû commencer. » {Ibidem^ K* 173.)

MARAT MIS EN ACCUSATION. tM

Avût-il donc le génie de la divination? Non, mais il voyait le mal et il o^t en assigner le remède, s'élever au-dessus des préjugés; il avait le courage de son opinion, l'abnégation de ses intérêts, le mépris de son propre salut.

Cependant la signification tardant toujours : o Mes commettants, écrivait-il, souffriront-ils plus longtemps que je reste sous le couteau des contre-révolutionnaires; j'ai hâte de paraître au tribunal, d'y confondre mes délateurs, de retourner à mon poste. » {Le Publiciste de la République^ N« 174.)

Non, ils ne le souffiiront pas plus longtemps, car le 15, le maire de Paris venait en personne présenter à la Convention une pétition de 35 sections de Paris sur &8; celles-ci réclamaient contre l'opinion répandue dans les départements: « Non, disait Rousselin, l'orateur, ce n'est point la dissolution de la Convention que nous demandons; nous voulons indiquer à la France les noms de ses perfides mandataires. » Ici venaient l'énoncé des différents griefs imputés aux Girondins et la désignation des inculpés Brissot, Yergniaud, Guadet, Roland, Salles, Gensonné, Buzot, Grangeneuve, Barbar- Toux, Pétîon, Louvet, Lasource, etc., vingt- deux en tout, avec prière d'envoyer l'adresse aux départements. » {Moniieur du 18 avril 93.)

C'était l'expression anticipée du jugement de la majorité des sections de Paris. Il semblait que les deux affaires s'instruisissent à la fois, bien que les Girondins ne fussent pas encore positivement mis en cause. On ne s'étonne guère que ceux-ci dent repoussé la pétition parisienne comme calomnieuse , et en aient appelé aux départements. Ils venaient de traduire , au nom de la loiy Marat devant le Tribunal révolutionnaire, tribunal institué à cette fm, et ils en appelaient au vœu de leurs commettants pour leur propre mise en jugement ! C'est à l'histoire à prononcer, ce n'est pas ici notre tâche. Quoi qu'il en soit, la pétition eut cela de bon qu'elle pressa la rédaction de l'acte d'accusation. Cet acte fut pré-

fis JEAN-PAUL MARAT.

sente dans' la séance du 20 et adopté saas réeianiation par TAssemblée nationale ; Te moment approchait eik les yaih w tribmial devaient êCre renouvelés : Toilà Ve secret chr retard, mais la péUtion ne permettaft plos qu'on attendit. Le 2?, Tacte, transmis parla CouTention aux juges, fut envoyé par ceuT-ci à Favcnçé.

le 23 au malin , on fissdt dsms Te' Pkbtîèfsee de*h Riph Miqne r « Penplte, c'est demain que ton incorruptibfe défen seur se préisente au Tribunal rérvolùtîbnnaire'; il ne Todrt jamais que ton bonheur; son innocence triomphera; il» ennemis seront confondas*; it sortFra de* cette lutfe plus (Bgne de toi, et il se consolera de cette nouvelle tribulatîtm par Fespoir des avantages qu'en tirera la cause de la liberté, Il cause de la patrie. » {F.e Puhliciste de la Répt^liguey J^ÏM,)

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