‹ Marat, l'ami du peuple (volume 3)Chapitre 71 sur 150 · AVRIL · texte numérisé non relu

AVRIL

8(»oitA»B. — Mant •« constitue prisonnier. — Défense de Faocnsé. — Yerdict d« J1113A — Retour de l'Ami du peuple A la ConventioB. ~ Réfutation de M. Hichelet.

Dans la soirée du 23, Marat s'était constitué prisouoier ; il était accompagné de plusieurs de ses collègues de la ConventioD, d'un colonel de la garde nationale, d'un capitaine de frégate, qui ne voulurent pas le quitter d'un instant. A peine était-il entré dans la prison que plusieurs administrateurs et municipaux se présentèrent pour veiller à sa sûreté, passèrent la nuit avec lui ; on lui fit servir à souper, on eut soin d'accompagner les plats, et les carafes furent apportées bien cachetées. Au dehors on veillait aussi, plusieurs sections avaient envoyé des commissaires à cet effet.

Le 2A, au matin, la salle du tribunal se trouvait pleine de patiîotes qui avaient passé la nuit pour assister au jugement. Bientôt toutes les salles du palais, les corridors, les cours et les rues adjacentes se trouvèrent remplis d'une foule immense de sans-culottes, tous se promettant de venger l'Ami du peuple. Le Moniteur en témoigne; on lit dans la relation de ce qui se passait à la Commune : « Un membre du conseil rend compte que lors de la translation de Marat du tribunal à la Convention , lui et plusieurs de ses collègues ont cru devoir se mettre à la tète d'une foule immense qui l'entourait. » {Moni^ leur du 27 avril.)

Au moment de commencer, le jugement faillit encore être ajourné ; le comité de législation n'avait pas joint à l'acte les

numéros incriminés. L'accusateur public court demander les pièces, on lui répond qu'on va les faire réimprimer ; l'intention était évidente; c'était celle qui avait tant fait à l'Assemblée retarder la signification. Mais Fouquier-Tinville leva toutes les difficultés en procurant des numéros , et les débats commencèrent.

Marat fut introduit et prit la parole : « Citoyens, ce n'est pas un coupable qui parait devant vous, c'est l'apôtre et le martyr de la liberté; ce n'est qu'un groupe de factieux et d'intrigants qui ont porté un décret d'acusation contre moi. i

On lit l'acte d'accusation (on peut le voir inséré tout au long dans le numéro 179 du Publiciste de la Républiques^ puis on procède à l'audition des témoins. Les dépositions sont si peu importantes et si ridicules, que nous croyons inutile de les rapporter ici ; elles sont consignées dans le numéro 16 du Bulletin du Tribunal révolutionnaire et dans le numéro 180 du Publiciste de la République. L'auditoire applaudissant, l'accusé se tourne et dit : « Citoyens, ma cause est la vôtre , je défends ma patrie ; je vous invite à garder le plus profond silence, afin d'ôter aux ennemis de la chose publique les moyens de dire que Ton a influencé. »

Interpellé par le président dfe déclarer s'il a quelques observations à faire sur l'acte d'accusation et sur les dépositions des témoins, Marat répond : « J'ai des réflexions générales à faire sur le décret d'accusation; fort de ma conscience et de l'équité du tribunal, je provoque moi-même l'examen le plus sévère de ma conduite avant et depuis la Révolution. J'ai écrit longtemps avant en Angleterre un ouvrage [In Chaînes de Vcsdavage) qui n'a pas peu contribué à la préparer; à l'approche des États-Généraux je redoublai d'eiïorts, et par nombre d'écrits patriotiques je ne cessai de réclamer pour les droits du peuple; depuis la Révolution je n'ai cessé de l'éclairer et de l'instruire; j'ai constamment et avec un courage que rien ne.peut ébranler, démasqué les traîtres qui, sous le voile de la popularité, avaient surpris sa confiance et

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