PROCÈS. - ACQUITTEMENT. U
séduit sa bonne foi; j'ai fait pâlir le tyran sur le trdne et je l'ai poursuivi jusqu'à la mort; la plume dans ma main étant devenue pour mes ennemis une arme redoutable, on n'a rien négligé pour étouffer ma voix et enchaîner ma plume : promesses, cajoleries, séductions, menaces, persécutions , tout a été tenté, mais inutilement; l'Ami du peuple s'est toujours montré digne de lui-même et de la juste cause qu'il a constamment défendue et qu'il ne cessera de défendre jusqu'à extinction de chaleur naturelle, puisqu'il s'agit de la liberté et du bonheur du genre humain. » {Bulletin du Tribunal révolutionnaire.)
Applaudissements universels.
Interrogé séparément sur chaque article incriminé, il réfute l'intention criminelle qu'on lui prête, les interprétations calomnieuses. Interpellé enfin de déclarer s'il a quelque chose à ajouter à sa justification , l'inculpé prend la parole et s'exprime en ces termes :
« Citoyens, membres du Tribunal révolutionnaire,
« Si Roland, le patron de la clique des Girondins, n'avait pas dilapidé les biens nationaux, pour égarer le peuple et pervertir Tesprit public; si la faction des hommes d'État n'avait pas inondé la République entière de libelles infâmes contre la commune , la municipalité, les sections, le comité de surveillance, et surtout contre la députation de Paris; s'ils ne s'étaient pas si longtemps concertés pour diffamer Danton, Robespierre et Marat; s'ils ne m'avaient pas sans cesse représenté comme un factieux, un anarchiste, un buveur de sang, un ambitieux qui visait au pouvoir suprême sous le titre de tribun, de triumvir, de dictateur; si la nation complètement détrompée avait reconnu la perfidie de ces impostures; si leurs coupables auteurs avaient été flétris, j'aurais résisté aux actes arbitraires portés contre moi sous le titre de décret et id'acte d'accusation par une faction perfide que j'ai tant de Ifois dénoncée comme presque toute composée de royalistes, de traîtres, de machinateurs; et j'aurais attendu que la Gon-
«a JEAN-PAUL MARAT.
veivtion eCtt été renforcée par le retour des députés patriote^ pour me présenter à la tribune, et foudroyer les vils scélérat qui me persécutent aujourd'hui avec un si odieux AdMd::: nement.
(( Si je parus devant mes juges, c*est donc jK>ur fat:i^ triompher la vérité et confondre llmposture; c'est p(^^/ dessiller les yeux de cette partie de la naiion qui est enoo^ égarée sur mon compte; c'est pour sortir vainqueur de o&tib lutte, fixer l'opinion publique^ mieux servir la patrie et cimenter la liberté.
« Plein de confiance dans les lumières, l'équité et le civisme du tribunal , je provoque moi-même l'examen le plus rigoureux de cette aflaire. Fort du témoignage de ma conscience, de la droiture de mes intentions, de la pureté ^ mon civisme, je ne veux point d'indulgence, mais je rédaas une justice sévère.
(( Me voilà prêt à répondre à mes juges; •cependant wM d'être interpellé, je -dois mettre sous vos yeux, citoyens, une série d'observations qui vous metti'ont à portée de juger de la crasse ignorance, de l'absurdité, de Tiniquité, de la perfidie, de r acharnement et de l'alirocité de mes vils délateurs.
« Le décret d'accusation rendu contre moi l'a été sans aucune discussion, au mépris d'une loi formelle et contre tous les principes de Tordre, de la liberté, de la justice. Car il est de droit rigoureux qu'aucun citoyen ne soit blâmé, sans avwr été entendu. Il a été rendu par' deux cent dix membres delà faction des hommes d'État, contre les réclamations de quatrevingt-douze membres de la Montagne ; c'est-à-dire par deux cent dix ennemis de la patria, contre quatre-vingt-dow défenseurs de la liberté. Il a été rendu au milieu du vacarme le i>lus scandaleux, durant lequel les patriotes ont couvert d'opprobre les royalistes, en leur reprochant leur incivisme,| leur turpitude, leurs machinations. U a été rendu conti«e li marri festation la plus marquée de l'opinion publique, au hnât des huées continuelles des tribunes. Il a été rendu d'une