MARAT AU 4 4 JUILLET
tionnaires» fmiraieDt« à bout de maes et de mensonges, par en appeler 4 la force brutale, afin qn'ii fût bîeB avéré que nous avions en eux des ennenis kréoonciliables, et que nous avions dès lors aoqnis le droit de Trousser la force par la
force. De ià le refus d% la noblesse et du clergé de vùriOer en commun les pouvoirs des députés de tous les ordres; de là te serment du ïiers, constitué en Assemblée nationale, ainsi que Pavait prescrit Marat, de ne se séparer qu'après avoir ^doraié à la France une constitution ; de là la concentration à Versailles et autour de Paris des ré^ments étrangers appelés ^ar la oonr ; de là le soulèvement de toute la population pari» aenne, avant-garde révolutionnaire; de là enfin l'attaque, la prise et le renversement de la Bastille, dernier retranchem^t de la royauté.
Que l'aisait Marat? li remplissait la fonction qu'il s'était volontairement imposée, celle de sentinelle avancée de la Bévolution. Pendant que les vainqueurs de la Bastille, ivres de leur victoire, insouciants du péril, fraternisaient autour de k. forteresse dénumlielée, lui veillait, car il craignait quelque surprise.
u A l'entrée de la nuit du 14 juillet, dit-il, je fis avorter le projet de surprendre Paris, en y introduisant plusieurs régiments de dragons et de cavalerie allemande, dont un nombreux détacben^ent y était déjà reçu aux acclamations; il venait de reconnaître le quartier Samt-Honoré et il alkût reconnaitre le quartier Saint>Germain, lorsque je le rencontrai sur le Pont-Neuf, où il fit iialte pour permettre à l'ofiicier qui était à la tête de haran:;uer la foule.
« l e ton de l'orateur me parut sus[)cct. 11 annonça comme une bonne nouvelle la prompte arrivée des dragons, de tous les hussards et du royal-allemand xïavaiecie, qui devaient ae réunir aux citoyens pour combattre avec eux. Un piège aif^ssi grossier n'était pas fait pour réussir. Et quoique Porateur se fût attiré les acclamations d'une foule immense dans tous les quartiers où il avait débité sa nouvelle, je ne balançai pas un
JEÂN-PACL UARAT.
instant à le regaidci- comme un perfide. Je m'élançai du trottoir, fendis la foule jusqu'à la tète des chevaux; j'arrêtai la marche triomphale, le sommai de faire mettre pied à terre à | sa troupe, et de rendre lem's armes pour les recevoir ensuite des mains de la patrie* Son silence ne me laissa plus de doute; je pressai le commandant de la garde bourgeoise qui condui- i sait ces cavaliers de s'assurer d'eux. 11 me traita de visionnaire, je le trnitai d'imbécile, et ne voyant plus d'autre moyen de faire avorter leur projet, je les dénonçai au public comme des traîtres qui venaient pour nous égorger dans la nuit. L'alarme que je répandis à grands cris en imposa ait commandapt, la menace que je lui fis d'aller le dénoncer luimême le détermina. Il fit faire volte-face aux cavaliers et les présenta à Ja Ville, où on Iciii' })roposa de mettre bas les armes; ils réinsèrent, on les renvoya à leur camp sous bonne escorte. » {L'Ami du Peuple, 36.)
Dans une lettre adressée, antérieurement à ce récit, aux membres de la commune de Paris, le rédacteur avait écrit déjà : « Où en seriez-vous aujourd'hui, si le ih juillet j*avais eu les yeux de la trop confiante multitude ; si je n'avais exposé ma vie pour arrêter la marche triomphale de la vile soldatesque, éventé le complot de surprendre Paris et de vous égoi [• à l;i faveur des ténèbres? Vous avez parmi vous des membres lionorables qui peuvent rendre témoignage officiel de ce fait, M. Delagray, par exemple, citoyen dont Rome se serait honorée dans les beaux jours de la République. » {L'Ami du Peuple, fi^iH.)
Vient -il à Tidée, après cet appel fait aux souvenii's d'hommes connus de tout le monde et qui ne l'ont pas désavoué, que le journallsle en ait imposé? Pourquoi donc presque tous les historiens de quelque valeur ont-ils passé sous silence ou révoqué en doute un acte qui n'était pas sans importance dans l'histoire du 1 A juillet? Nous ne le voyons guère consigné que dans XiUtstoire contemporaine deria Révolution par deux Âmis de la liberté; encore racontent-ils le fait sans désigner
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Miirat. On passe sous silence ses actes, on dénature ses opinions écrites, on interprète ses intentions pour les calomnier, reste un monstre. Le procédé est facile.
11 faut avouer pourtant que ce trait de courage et de perspicacité nous annonce avantagousemcnt, an début d'une ic'Vi'Uition, Maiat qu'on ne nous a ^aère représenté que coiiiine pubiici.ste. On aime à voir se confondre dans lo nièîne .individu riioinme d'idées et rijomme d'action. Cependant il ne faut pas donner à cette dernière qualification une signification trop restreinte, et s'attendre à rencontrer l'Ami du peuple dans les rues de Paris, armé d*un sabre, à toutes les « journées décisives, en octobre, en juin, au 10 août. On ne Ty trouverait pas, et poni-iant nous ne l'en coni^idérons pas moins comme une des personniiications les plus vraies de riionujie d'action.
' Si ce mot a un sens, il doit signifier l'homme qui agît contre une force opposante, Thomme qui résiste à son corps défendant, c'est-à-dire au péril de sa vie. Pour appliquer*ce terme à ceux qu'on est convenu d'appelerleshommes d'idées, auîc écrivains, nous dirons : celui qui ne rédige ses principes qu'à liuis clos, ou ne les proj)aii:e que clandestinement dans la crainte de comprometti'e sa sûreté personnelle, celui-là n'est pas homme d'action, on ne lui doit ni blâme ni reconnaissance. Celui qui ne les rédige ou ne les propage qu'à la condition d'en diminuer FelTet par des restrictions, par des hommages apparents à Pennemi, par d'ingénieuses équivoques, et cela dans le but de recueillir tous les profits de la réputation d'hyiiime de progçès, d'homme d'opposition, saqs en subir les domniagi\s, celui-là n'est pas honune d'action; c'est l'espèce la plus commune, elle compose la touri>e des journalistes; c'est la tâche la plus recherchée, parce q-.ie c'est la plus lucrative; l'homme qui la remplit mérite la réprobation de tous, il n'a droit à aucune confiance, à aucune considération ; ce peut être un homme d'esprit, ce ne sera jamais qu'un . mauvais citoyen.
m JEAN-PACL VARAT.
Mats celui qui, au défaut de la parole, prend la plume, s'anuoDoe par une déclaration explicite de principes, dénonce les abus de pouvoir, fait appel à la fésktance, répand ou fait répandre, an pdx des plus grands sacrifices, sa feuille însar-
recti( mil elle, la signe de son nom pour la revêtir de l"juiloriU» d'une conviction plus sincère, et cela au risque de perdre s.^ liberté, sa fortune et peut-être la vie; celui-là, :$ans aucun doute, doit être réputélMwame d'action ,' de résistance ; et c'est . si vrai, que la loi le frappe aussi impitoyabiement que Tinsurgé pris les ai-mes à la maiii. Tel iat Marat dans tout le cours de la Révolation *, sa déclaration des droits, nous allons la faire connaître; ses dénonciations rempliront son journal; ses appels à la résistance sojit consigiïés dans ses placards.
Et croira-t-on qu'au moment même où il soutenait cette lutte contre la police aux abois, contre la garde bourgeoise à raiTût, contre la municipalité, contre la cour ; au moment où, poursuivi par tous les limiers de la contre-révolution, il se
' réfugiait de cave en cave pour signer cbaque jour tine dénonciation de plus, croira-t-oo qu'il eût à se disculper du reproche de lâcheté, à prouver qu'il était homme d'action ? De telles
' injustices ont besoin d'être relevées, afin que celui q.ii se dévoue au bien public, à la cause du peuple, sache à quels déboires il s'expose, contre quelle ingratitude il doit armer son courage.
Mais avant de passer aux détails de la vie du publiciste, achevons de dire qud rôle liarat remplit dans la grande
semaine.
« Depuis le mardi soir, jour de la prise de la nastillê, jusqu'au vendredi soir, je n'ai pas désemparé du comité des Carmes dont j'étais membre. Obligé de prendre enfin quckjuc repos. Je n'j' reparus que le dimanche matin. Le danger n'était plus imminent, et je voyais les choses un peu plus de sangfroid. Quelque importantes que me parussent les occupations d*iîn commissaire de district, je sentais qu'elles ne conve- ^ liaient nullement à im homme de mou caractère, moi qui ne
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voudrais pas de la place de premier ininistre des finances, pas même pour m*empêcher de mourir de laim. Je proposai donc au comité d'avoir une presse et de trouver bon que, sous ses auspices, je servisse la patrie, en rédigeant Thistoire dç la Révolution, en préparant le plaai de l'organisation municipale, en suîvani le tcavail des États Généraux. IKU proposition ne fut pas du goût de la majorité, je me- le tins pour dit; et, pénétré de ma parfaite inaptitude à tonte autre chose, je me retirai... Le [lian que j'avais proposé au comité des Carmes, je l'ai exécuté dans mon cabinet et à mes dépens. Mes amis ont fait le diable pour m'empécher d'écrire sur les aflaires actuelles; je lesai laissés crier et n'ai pas craint de les perdre. Ënim je n'ai pas craint de mettre contre moi le gouiremement, les princes, ledergé, la noblesse, les parlements, les districts mal composés, Fétat-major de la garde soldée, les conseillers des cours de judicature, les avocats, les procureurs, les financiere, les a;:ioteais. les déprédateurs^, les sangsues^de i'Llat * et l'armce maooiI)rahle des ennemis publics. »> {Première dénonciation roture Mccker.) ,
La suite .de notre travail prouvera qu'il n'y a rien d exagéré dans ces paroljBS ; et c'est un tel bomme que les écrivains modernes accusent de vanité 2 A quoi réduit-il, en ré* sumé, ses aptitudes et ses aspirations? k éclairer le peuple comme législateur et comme journalisie. Est-ce bien présomptueux? Ses ouvra<j;es précédents ne lui donnaient-ils pas ce di'oit? « maladie de Rousseau, l'orgueil, devint vanité dans la tête de Marat, mais exaltée à sa dixième puissance. » (Michelet» Histoire de la BévoliUion française^, t. II, p.*386«)